L. LETELLIER
conseiller honoraire du Parlement de Normandie. Cette brochure, qui paraît en 1858, attire l'attention de tous les érudits et classe son auteur au premier rang des hommes de lettres. L'année suivante, il est élu, à peu d'intervalle, bâtonnier de l'Ordre des Avocats et membre de l'Académie Impériale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen. A peine entré dans cette savante compagnie, il accepte les accablantes fonctions de secrétaire de la classe des Lettres, qu'il conservera jusqu'en 1872.
Decorde, parvenu dès lors à la place brillante qu'il méritait d'acquérir, tant dans le monde judiciaire que dans les milieux littéraires, ne va pas ralentir ses travaux. Avec une remarquable fécondité, il publie de captivants ouvrages : (( Panégyriques d'André Pottier, de VAbbé Picard, du Peintre Court, etc.. )) En 1863, paraît son premier grand poème : (( Les Importations anglaises », où il se révèle apôtre zélé de l'école néo-classique, de cette école du « Bon Sens », représentée par Ponsard, héritière des grandes traditions littéraires. La lecture de quelques vers suffira pour nous en convaincre :
« Je ne puis approuver cette manie étrange, (( Qui prétend asservir la langue au libre-échange. (( Est-elle donc si pauvre, et, fuyant cet excès, (( Ne saurait-on parler français à des Français ? »
Mais si la muse attire Adolphe, elle ne l'accapare pas. La recherche historique est pour lui pleine d'attraits. Il s'y adonne avec passion. Nous devons à cette disposition curieuse de son esprit les intéressantes « Recherches sur la Conjérence
et la Bibliothèque du Collège des Avocats au Parlement de Normandie » , sa charmante « Histoire sur le droit, revendiqué par les avocats au Parlement de Normandie de se faire exempter du logement des gens de guerre », et surtout sa merveilleuse (( Etude sur l'époque à laquelle ont été inventés les moulins à eau. ))
Poëte, historien, avocat, savant, Adolphe est en outre un éminent politicien. Elu au Conseil Municipal au scrutin de ballottage, il parle avec autorité, au sein de l'Assemblée communale, de toutes les graves questions de voirie et de travaux publics. Il se fait remarquer par la fougue et la conviction qu'il apporte à combattre, auprès des électeurs du premier collège de Rouen, la candidature à la députation de M. Jean Rondeaux.
— (( Arrière ! Messieurs les Marchands électoraux ! Le collège, auquel vous vous adressez, a trop le sentiment de sa dignité pour tremper dans vos combinaisons machiavéliques ! » On ne saurait trop regretter que Decorde ne nous ait pas laissé de plus amples traces de son talent de pamphlétaire.
Il nous faut abandonner ici, faute de plus ample matière, l'étude du politicien pour reprendre celle du poëte. Il nous reste à examiner les pièces détachées, écrites par Adolphe de 1866 à 1901 , année de sa mort. Une telle enquête nous convaincra de l'originalité toujours croissante de sa pensée et de sa langue.