‹ Les Écrivains normandsChapitre 5 sur 57 · Scène IV · texte numérisé non relu

Scène IV

— Camomille, Coriace

Camomille Coriace, mon fils, il me faut -te parler !

Parlez, de grâce !

Coriacî:

Camomille

O Dieux !

Coriace

Vous ne pouvez celer

La forte émotion qui pénètre votre âme !

Camomille

Ah ! le pénible aveu...

Coriace

La bouche d'une femme N'est-elle toujours prête à livrer un secret ?

Camomille

Depuis longtemps, mon fils, par un zèle discret, Je cache à tes regards la douleur qui m'oppresse. Afin que de mon deuil nul chagrin ne paraisse Et de tes jeunes ans n'attriste les beaux jours ! . . .

Coriace

Je...

Camomille

Ne m'interromps pas ! Durant ce long discours, Ne profère aucun mot, tiens ta langue captive Et si ton coeur s'emplit d'une fureur trop vive. Ne la laisse éclater que quand j'aurai fini !...

Coriace

Bien !

Venge-moi !

Camomille

Coriace

De quoi ?

Camomille

D'un forfait impuni, Dont je dois aujourd'hui te révéler l'histoire

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Et que vingt ans n'ont pu chasser de ma mémoire. Voici l'âge venu de ta majorité Et l'heure d'accueillir la sombre vérité. Apprends donc qu'au moment de ta conception, — Inutile rappel de ma séduction — L'ambitieuse Rome avait ouvert la guerre Contre Albe, cher pays de ton malheureux père. Déjà devant nos nurs, les adverses armées, D'une égale verti pour la lutte animées, S'avançaient fièrement pour en venir aux mains. Quand Albe vint offrir, aux dictateurs romains, Pour éviter les maux d'une guerre civile, Que chaque canp choisît trois guerriers de sa ville Qui combattraiert pour tous au nom de leur cité. Ce généreux acc»rd fut sans peine accepté. Mon âme espérât donc en sa jeune innocence De la paix désomais goûter la bienfaisance ; Et l'auteur de irss jours devait le lendemain A celui que j'amais faire don de ma main. Bientôt, le bruitcoumt, que Rome en confiance A mes frères lassait le soin de sa défense. Sachant d'un te honneur et le prix et le poids Nous voulions élébrer la gloire de ce choix. Quand Flaviannous dit qu'en face des Horaces, Albe, pour sonsalut, dressait les Curiaces... Mesui'es-tu, m-n fils, avec quelle rigueur Le sort à ce mment vint éprouver mon cœur. Que s'allaient disputer l'amante et la romaine ?

Rome, ayant le salut, avait ainsi ma haine Et Sabine, ta tante, en ces cruels milieux, Pour Rome et son époux sacrifiait aux Dieux, Mais, par un prompt retour en ces destins contraires, Les implorait pour Albe, en pensant à ses frères. L'heure vint du combat. Ton oncle, dont l'oigueil, Oubliait que ce choix nous plongeait dans le deuil, S'en alla d'un pas sûr, et ton généreux père, Que ne put retenir ma pressante prière, Sans que par mon amour il se fît émouvoir, Le suivit pour répondre à l'appel du devoir. Réfléchis, Coriace, aux angoisses mortelles Qui troublèrent mon âme, avide de nouvelle Tandis que je savais le combat engagé.

Qui par la seule mort pouvait être abrégé... Espérant, sans y croire, un incertain miracle. Mon esprit attendait quelque divin oracle ; Et mon cœur féminin, brisé par tant d'émoi. .

Coriace

Ah !

Camomille Silence, ai-je dit.

Coriace

C'était plusjort que moi !

Camomille i

Te dirai-je, mon fils, les mille circonstances 1 Qui vinrent en mon cœur aviver mes souffrance! :

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De faux renseignements, partis de tous côtés

Et dans notre maison, par Julie ébruités.

Les discours insensés de ton grand-père Horace

Qui vantait devant tous les vertus de sa race,

Et la fouie d'amis, qui, plaignant mon malheur,

Faisait par ses propos redoubler ma douleur ?

Je demandais aux dieux de clore ma misère

Quand je vis arriver le chevalier Valère.

Ce jeune gentilhomme avait devant mes yeux

Mainte fois révélé son amour et ses feux

Et j'avais jusqu'alors, sans plaisir ni sans blâme,

Accueilli les aveux de sa constante flamme.

Je le croyais venu, d'amour toujours brûlant,

Pour me tenir encor quelque propos galant !

Hélas ! je me trom.pais ! Un objet plus sévère

A mes pieds, en ce jour, avait conduit Valère.

Ce chevalier, sans soins et sans ménagement.

Me venait du combat dire le dénouement.

Et c'est de cette bouche, à l'ordinaire aimable.

Que j'appris du destin l'arrêt épouvantable :

Curiace, ton père, après de vains exploits

Pour que sur les Romains Albe affirmât ses droits,

Succombait en héros. . .

Coriace

Mère, achevez de grâce !

Camomille Lâchement immolé...

Coriace

Par ?...

Camomille

Ton oncle Vorace !

Coriace

Mon..

Camomille

Ne réplique point ; je sais de quelle ardeur Pour ta jeune cousine est enflammé ton cœur... Tu connais mes tourments. Vois en ta conscience Qui tu dois écouter, tes feux oU ma vengeance. Je ne te dis plus rien. Seulement souviens-toi, Dans le rude confl t qui te remplit d'émoi. De ce noble penser, que le fils dégénère Qui survit vingt-deux ans au bonheur de sa mère !

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