‹ Les Écrivains normandsChapitre 52 sur 57 · A LA CORRECTIONNELLE · texte numérisé non relu

A LA CORRECTIONNELLE

(Comptes-rendus extraits de La Dépêche de Rouen)

A LA CORRECTIONNELLE (Audience du 17 Novembre)

Le cas d'Amédée Michon

Profitant d*une courte inattention de M. Potin, petit épicier de la rue de la Grosse-Horloge, le sieur Amédée Michon, qui n'avait pas déjeuné depuis quarante-huit heures, dérobait sans le moindre scrupule un des cervelas les plus appétissants de la devanture. M. Legros, le voisin de l'épicier, qui d'ordinaire est tailleur, mais qui ce jour-là était présent, dénonça le délinquant à la victime. Celle-ci porta l'affaire devant la Justice. Maître Bricard, qui présenta éloquemment la défense de Michon, rappela notamment, au cours de sa plaidoirie, le vieil adage : a La faim justifie les moyens. » L'inculpé fut acquitté ; et cette histoire de cervelas, dans laquelle on a a refait » un certain Potin, finit en eau de boudin.

Propos demi-mondains

L'accueillante Flora Trempette, après avoir été successivement marchande de poisson rue des Augustins, ouvreuse au Théâtre-Guignol du Jardin-des-Plantes, et dame de compagnie chez une vieille marquise, s'est fait une place de premier plan parmi les délicieuses ingénues de la rue de la Vicomte.

Un beau soir, un passant, (M. Timoléon Poulain, pour ne pas le nommer) se vexa, par excès de pudibonderie, des sourires enjôleurs que Flora, du seuil de sa porte, lui prodiguait gratui- .tement. Et, peu galant à l'égard de cette dame, qui, elle, Test beaucoup, il la traita de « Prop* à rienne », de « Dalila » et de (( Poison National »...

(( Ah ! n'insultez jamais une femme qui tombe ! )) a dit je ne sais quel poëte. Timoléon eût bien fait, en roccurrence, de suivre ce précieux conseil. Traduit devant le Tribunal pour injures publiques, le malotru a été condamné à verser à l'outragée deux francs cinquante de dommages-intérêts.

— Après tout, dit philosophiquement Flora en sortant de l'audience, v'ià du pèze facilement gagné 1 car, avec notre tarif syndical... »

Et la voix de Flora se perdit. . .

DÉFAUT d'Affichage

Voilà une affaire qui traîne depuis la mi-juillet. Mademoiselle Mochetay, la distinguée directrice du pensionnat de jeunes filles du Boulevard Alfred-Adeline comparaît aujourd'hui en justice pour n'avoir pas, lors de sa dernière distribution, affiché ses « prix ». L'agent Thomas a. dressé procèsverbal par écrit. Mais les magistrats, se rendant aisément compte de l'erreur du sergent-de-ville, estiment qu'il y a pas lieu de prononcer de condamnation.

Mademoiselle Mochetay est acquittée.

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