‹ Les Écrivains normandsChapitre 53 sur 57 · ROBERT DELAMARE · texte numérisé non relu

ROBERT DELAMARE

Pièces percées

Un sieur Arthur Galbord, appartenant à Téquipage du steamer « VilIe-de-Canteleu », était, l'autre soir, consciencieusement occupé à percer d'une vrille les fûts de vin du quai Marcel-Boulet, pour en recueillir le précieux contenu dans quelques flacons, dont il avait eu préalablement soin de se munir. Trois douaniers de service le surprirent au milieu de ce délicat travail.

— Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ?

— Qu'il courût !

Aussi, à la vue de ces fidèles gardiens de la propriété privée, je délinquant prit-il la fuite — sans se soucier davantage de celles des barriques — Mais les libations auxquelles il s'était déjà livré, dans le but probable de se donner du courage pour l'accomplissement de son méfait, alourdirent et ralentirent sa course. Les douaniers purent, sans toufefois battre les records de Jean Bouin, rattraper facilement l'individu.

Celiii-ci vient de comparaître devant le Tribunal. Le Président Ui déclare que tous ses camarades sont d'accord pour le représenter comme un ivrogne invétéré.

— a Dire que je leur payais tous les samedis soirs une tournée générale de picons chez Duflac, au bas de la rue Saint- Eloi ! )), s'exclame Galbord avec un accent indigné. Et rappelant ces souvenirs... amers, il fait un geste qui traduit à merveille son mépris pour l'ingratitude humaine.

Ce misanthrope, qui a eu tant de mal à percer, est invité

par les juges à faire un séjour d'une huitaine à T Hôtel Bonne- Nouvelle. Ça lui apprendra.

Maîfre BONZIG.

(alias R. D).

Jacques Toutain

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