‹ Les Écumeurs de rivières [microforme]Chapitre 17 sur 17 · À QUEL PRIX LE BOSSU AVAIT TENU SA PROMESSE · texte numérisé non relu

À QUEL PRIX LE BOSSU AVAIT TENU SA PROMESSE

Le baron et madame Desarceaux jetèrent les yeux sur la tache que Raphaël leur avait signalée,

— En effet..., dirent-ils à la fois, c’est bien du sang ! It voyez, ajouta le gentilhomme, on dirait qu’il a pénétré ce papier à travers une étoffe dont on distingue presque la trame,

— Mais alors c’est Adolphe qui est blessé? fit Raphaël, puisqu'il est revenu en voiture et porté par deux hommes.

—— Je vous laisse tirer cette affaire-là au clair, dit le gentilhomme. Dans tous les cas, si le pauvre diable est blessé, je me charge d’acquitter tous les frais.

A ces mots, M. de Savenay qui, depuis dix minutes ne demandait qu’à s’en aller, se dirigra vers la porte.

— À ce soir, dit-il, je vous attends.

Madame Desarceaux balbutia quelques paroles pour décliner l'invitation qui lui était adressée.

— Non, non, je ne vous écoute pas, interrompit le baron. D'ailleurs, nous avons à causer de bien d’autres choses encore. Aussi je compte sur vous.

Il serra une dernière fois la main de Raphaël et s’éloigna.

Au moment où il ouvrait la porte, il fut obligé de s’effacer pour laisser quelqu'un qui montait.

— Tiens! c’est vous, docteur ! fit-il avec étonnement.

Vous le voyez, je n’ai plus besoin de vous. On vient de me donner un cordial qui m’a remis pour longtemps, ajouta-t-il gaiement.

— Aussi n’est-ce pas pour vous, que je reviens, répondit le docteur, c’est pour un voisin.

— J'aime mieux cela, riposta le baron avant de disparaître.

Le médecin allait passer outre, quand Raphaël l’arrêta.

— Pardon, docteur, dit-il; M. Martin est blessé, n’estce pas?

— Oui. Un homme que je n’ai jamais vu est venu chez moi tout à l’heure et m’a dit que M. Martin me faisait appeler sur-le-champ. Je lui ai demandé de quoi il s'agissait, il m’a: répondu que c’était d’une blessure d’arme à feu.

— Y a-t-il inconvénient à ce que je vous accompagne? Vous le savez, je suis assez lié avec Adolphe. Et puis, je vous le cache pas, cette blessure reçue par lui dans les circonstances actuelles, m'intéresse particulièrement.

— Venez, dit le docteur, je n’y -vois pas d’inconvénient.

Raphaël le suivit et ils pénétrèrent ensemble dans la chambre d’Adolphe Martin.

Le bossu était couché. Il dormait ou paraissait dormir, car il avait les yeux fermés et ne fit aucun mouvement lorsque le médecin et l’ouvrier s’approchèrent.

Au chevet de son lit, sur une chaise, avaient été jetés en désordre ses vêtements. La chemise était tachée d’une large tache de sang; la doublure du gilet en était également imprégnée. Raphaël s’expliqua alors comment le reçu qui se trouvait dans la poche du gilet avait été maculé,

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Pendant qu’il se livrait à cet examen rapide, le docteur s'était avancé vers le blessé,

Raphaël releva la tête juste à temps Pour surprendre sur le visage du médecin une expression d'assez mauvaise augure,

— Cet homme ne dort pas, dit-il, il est évanoui. Le pots ne bat presque plus, la respiration est courte, irrégulière, oppressée: le siège de la blessure est à la poitrine et le poumon doit être attaqué,

Alors il écarta la chemise d’Adolphe.

— Voyez, ajouta-t-i] en montrant un trou presque imperceptible à la hauteur du sein gauche, la Uessure à

été faite par une arme à feu, et probablement par un revolver.

— Alors la blessure est grave ?

— Si grave que l'on ne Peut pas même essayez d’extraire la balle. Celni de mes confrères qui a posé le Premier appareil a été certainement de mon avis, puisqu’il ne l’a pas tenté.

— Mais cet homme est-il condamné ?

— Sans appel. La mort peut tarder à venir un jour, deux jours peut-être, mais pas davantage.

— Et rien ne peut le sauver ? demanda Raphaël ému.

— Rien, répondit le docteur.

Aussitôt il se mit à l’œuvre, posa sur la blessure un nouvel appareil et chercha à raminer le patient.

Au bout de quelques minutes, Adolphe ouvrit enfin les yeux. Pourtant il ne reconnut pas immédiatement Ceux qui l’entouraient, car il Promena dans la chambre un regard errant. Puis la mémoire lui revint. Il sourit à Raphaël d’un air triste et résigné.

— Ah! cest vous docteur, dit-il d’une voix affaiblie. Après la mère, le fils, n'est-ce pas? C’est logique.

— Allons! du silence, recommanda le médecin. Je vous défends de parler.

— Je comprends, répliqua doucement le bossu, mais c’est impossible, monsieur. J’ai quelques dispositions à fournir avant de mourir. Il faut que vous me donniez la force qui me manque pour remplir ces deux devoirs.

— Non, non, ne comptez pas sur moi, se défendit vivement le médecin. :

— Docteur, insista Adolphe, ne me refusez pas cette grâc. Vous ne voulez pas m'empêcher de mettre ordre à mes affaires, de mourir tranquille.

— Soit! fit le médecin avec une feinte bonhomie. Il ne faut jamais contrarier les malades. Je vous donnerai ce que vous désirez; mais vous me promettez d’être sage, de ne pas abuser de la permission ?

— N'ayez crainte, docteur, fit le blessé avec un sourire étrange, je n’irai pas au-delà de ce que je puis faire.

— Bien, je reviendrai vous voir dans la journée. D'ici à dix minutes, le pharmacien vous enverra la potion que je vais faire préparer. Vous en prendrez une cuillerée tous les quarts d’heure, tant que vous parlerez, et une cuillerée d’heure en heure quand vous serez tranquille. Vous m’avez bien compris ?

— Parfaitement.

Cette courte conversation avait fatiguée Adolphe. Sa voix &.7ait faibli, sa respiration était oppressée.

Lorsque le docteur fut parti, Raphaël s’assit au chevet du blessé.

— Je vais prier ma mère d’aller vous chercher une garde-malade, dit le jeune homme. Ne vous inquiétez de rien, si vous n’avez pas d’argent, j’en-ai; vous me rendrez cela plus tard... =

— J’ai six mille francs dans la poche droite de mon gilet, fit le bossu. Prenez-les et veuillez les garder. Plus tard je vous dirai ce qu’il en faudra faire, si vous consentez à vous en charger.

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— Six mille francs! murmura Raphaël étonné.

Comme s’il se refusait à y croire, il fouilla rapidement dans la poche du gilet. Elle contenait en effet, six billets de banque de mille francs.

— Alors soyez assez bon Pour en rester dépositaire et permettez-moi de reposer jusqu'à ce que le pharmacien soit arrivé.

— C’est ce que j'alliis vous proposer, dit Raphaël.

Il descendit, pria sa mère d’aller chercher une sœur à la communauté la plus proche et remonta dès que le pharmacien eut apporté la potion que le docteur avait commandée,

Il reprit au chevet d’Adolphe la place qu’il avait quittée et versa au blessé une première cuillerée.

Aussitôt, et comme par enchantement le teint pâle se colora, les yeux éteints se ranimèrent.

— Ah! cela va mieux, fit-il avec un soupir de soulagement.

—Mais enfin que s'est-il passé? demanda Raphaël. Qui vous a fait cette blessure ?

— C’est Morinval, votre oncle.

— Que dites-vous! s’écria Raphaël. Mais Morinval est votre père! Vous me l'avez affirmé du moins.

— Je vous ai dit la vérité, mon cher monsieur.

Raphaël tressaillit d’horreur.

— Ecoutez-moi avec la plus grande attention, commença le bossu. Ne vous étonnez de rien; ne m’inter- Tompez pas, ne me questionnez pas; cela ne ferait que retarder le dénouement du récit que j'ai à vous faire, et je n’aurais peut-être pas la force d’aller jusqu’au bout. à

— Je vous le promets, dit Raphaël.

Or, voici ce que, dans un langage imaginé, à travers des défaillances Passagères, le bossu raconta :

Pour recouvrer ce document important, il avait, on

l'a vu, l'intention d'employer les mêmes hommes qui avaient servi Morinval.

Bouteleux exécuta donc pour les écumeurs exactement la même manœuvre qu’il avait faite pour son propre compte. Il les introduisit par la petite porte du jardin, leur assigna les postes qu’ils devaient occuper et se mit lui-même en observation.

Pendant ces préparatifs préliminaires, Adolphe ne l'avait pas quitté d’une semelle.

Lorsque Bouteleux vit s’éteindre, les unes après les autres, les lumières de la maison, une particularité le frappa: il n’avait pas vu s’éclairer la chambre occupée par le domestique de Morinval à l’étage supérieur. Cet homme était-il absent? Couchait-il dans un cabinet à proximité de son maître? A tout hasard, il fallait redoubler de précautions. Fort heureusement on se trouvait en nombre, cette fois.

Enfin, à un signal donné, Ginglard se mit en mesure de frayer une issue aux écumeurs pour pénétrer dans la maison. Ce ne fut pas à la fenêtre du cabinet qu’il s’attaqua, ce fut à celle du salon. En moins d’un quart d’heure la difficulté était vaincue, sans obstacle et presque sans bruit.

Bouteleux avait décrit au bossu la topographie de la maison. La question se résumait donc à ceci: lorsqu'il entendrait du bruit dans son cabinet, Morinval y descendrait-il par l’escalier dérobé ou par la porte qui communiquait avec le salon ? Le plus sûr était de garder les deux issues.

T1 r'aça donc deux-hommes de chaque côté de ces deux portes.

— Faites-vous aussi plats que possible, recommandat-il Dès que Morinval paraîtra, les deux hommes de gauche le prendront par un bras, les deux hommes de

droite le prendront par l’autre, et vous le désarmerez avant qu’il ait eu le temps de faire un mouvement.

Aussitôt que ces huit hommes furent placés. Adolphe alluma une bougie et inventoria le mobilier. Ce ne fut pas la caisse qui la première attira ses regards, ce fut le cartonnier.

— Est-ce là le meuble que tu m'as signalé? demandai-il à Bouteleux.

— C’est bien lui.

— Alors, fais sauter la serrure de ce meuble comme tu pourras. Toute précaution est inutile. Au contraire, plus tu feras de bruit, mieux cela vaudra: il faut que Morinval descende.

Bouteleux s’exécuta sur-le-camp. 11 introduisit son ciseau dans la jointure et l’enfonça. En guise de marteau, il avait pris un Presse-papier en bronze, monté sur une plaque de marbre noir. Chacun des coups qu’il portait retentissait dans le silence de la nuit.

Grâce à ce procédé, il eut bientôt fait sauter la gâche de la serrure. Alors il ouvrit le cartonnier, s’empara du carton qu’il avait désigné et le porta sur le bureau.

Adolphe s’était installé dans le grand fauteuil.

Il saisit le carton, choisit le dossier que Bouteleux lui avait désigné et souleva la chemise. La première pièce qui lui tomba sous les yeux fut le reçu de Morinval.

Adolphe dénoua le fil auquel il était attaché, fit main basse sur le titre et le glissa dans la poche de son gilet.

— Maintenant, dit-il, l'essentiel est fait.

À peine avait-il prononcé ces paroles, que la porte de lescalier dérobé s’ouvrit précipitamment et que Morinval parut.

Du premier coup d’œil il vit un homme assis devant son bureau, il aperçut le carton béant, le dossier en désordre et devina ce qui s’était passé.

— Ah! misérables ! s’écria-t-il.

En même temps, il voulut s’élancer, le revolver au poing; mais les quatre hommes qui étaitent collés le long du mur et qu’il n'avait pas vus se jetèrent sur lui. A la tête de ce groupe se trouvait Clef-des-Cœurs.

Malgré la brusquerie de cette ataque, Morinval essaya de se défendre. I1 laissa tomber la lampe qu'il portait de la main gauche et engagea une lutte désespérée. Les écumeurs ne parvinrent pas à le contenir immédiatement. Leur unique souci était de se tenir hors de portée du revolver dont il était armé et dont ils voulaient s'emparer.

Pendant le combat un coup partit. Morinval avait-il eu le temps de viser? Fût-ce le hasard qui guida la balle? On ne s’oceupa pas alors d’éclaircir ce point obscur. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’Adolphe porta la main à sa poitrine.

— Touché! cria-t-il, tandis que son visage trahissait une profonde douleur.

Au moment même où il poussait ce cri de détresse, Morinval était désarmé.

Furieux de l'accident dont le président avait été victime, Clef-des-Cœurs secoua vigoureusement son prisonnier, et l’amena devant le bureau. Tous les écumeurs se précipitèrent à la fois sur Morinval.

Clef-des-Cœurs l'avait accroupi sur une chaise et se tenait debout à côté de lui, armé à son tour du pistolet qu’il lui avait arraché. En voyant que le bossu était blessé, il posa le canon du revolver sur la trempe. de Morinval.

Faut-il?... demanda-t-il à Adolphe, en posant son doigt sur la détente.

— Pas encore, répondit le boseu.

Il avait pris son mouchoir et l’avait tamponné sur la plaie pour arrêter l’épanchement du sang.

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— Monsieur, dit-il à Morinval, je ne suis venu ici que pour faire un acte de justice. Ce reçu que vous aviez volé, je tenais à vous le reprendre. 11 est dans ma poche. Je n’aurais donc rien de plus à vous demander, si je ne trouvais également juste de dédommager les pauvres diables qui m'entourent de la peine qu'ils ont prise.

— Me reprendre ce reçu! interrompit l'avocat. De quel droit ?

— Du droit que vous avez employé vous-même: celui du plus fort.

— Mais ce titre est à moi! Il y a plus de quinze ans que je lai remboursé: Ce n’est pas un acte de justice, c’est un vol que vous commettez!

— Vous savez bien que vous mentez, monsieur. Je vais vous le prouver. Je suis, — Je ne dirai pas l’ami de M. Raphaël Desarceaux, ce serait me faire trop d’honneur, — mais je lui suis dévoué. Or, c’est en ma présence qu’il a trouvé ce reçu, il me l’a montré, je l’ai vu et lu, je sais qu’il fondait sur ce chiffon de papier de grandes espérances. Quand j'ai été témoin de sa douleur, j'ai résolu de réparer le mal que vous lui aviez causé et je suis venu.

— Peste! quel dévouement! fit Morinval d’un ton railleur.

— Vous l’‘avez dit, monsieur. Je n’ai eu au monde qu’un amour: celui de ma mère. Pour lui venir en aide, pour lui épargner les privations, pour adoucir sa misère, j'ai tout fait. Sans le secours de madame Desarceaux, sans la générosité de M. Raphaël, je n’aurais pas pu reculer, comme je l’ai fait à force de soins, l’instant fatal où ma pauvre mère épuisée a rendu l’âme. Raillez tant que vous voudrez, monsieur, je suis ainsi.

Mais l’avocat ne raillait plus. Son visage était devenu grave et réflétait une inquiétude visible. Ce que venait de lui dire Adolphe lui rappelait ce que lui avait

confié Raphaël au sujet de certain bossu qui habitait sa maison.

— Qui donc êtes-vous? demanda-t-il en tremblant.

— Je n’ai aucune raison de vous le cacher, monsieur, je me nomme Adolphe Martin.

— Vous êtes le fils de Marianne! cria Morinval d’une voix étranglée.

— Oui, monsieur, répondit le bossu, en affectant le plus grand calme.

Morinval essaya de se lever; mais la main de fer de Clef-des-Cœurs s’appesantit sur lui et le cloua sur sa chaise. Alors il laissa tomber son front dans sa main et se voila le visage.

Pour tout le monde, la situation était bien claire. Le bossu avait raconté aux écumeurs l’histoire de Marianne et de son fils. Ils n’ignoraient donc plus rien. Adolphe se trouvait pour la première fois en présence de son père! Et c’était son père qui l'avait frappé !

Tout d’abord, en voyant le bossu impassible sur son fauteuil, répondant avec beaucoup de sang-froid aux perfidies de Morinval, on avait pensé que sa blessure était légère; mais à mesure que la conversation s’avançait, son visage se couvrait d’une pâléur de plus en plus effrayante.

Tout à coup, on le vit s’affaisser dans le fauteuil.

— Un verre d’eau... murmura-t-il d’une voix éteinte.

Morinval voulut encore se lever, mais Clef-des-Cœurs ne lui en laissa pas le temps.

— Un instant, mon petit père! dit-il en le couchant en joue, vous êtes responsables de ce qui va se passer; ne bougez pas, croyez-moi, ou, foi de joli garçon, je vous fais sauter le caisson !

L’avocat demeura immobile.

— C’est bien, dit-il Que l’un de vous monte dans

ma chambre: il y trouvera sur la table de nuit de quoi faire un verre d’eau sucrée.

Adolphe s'était évanoui. Cependant Bouteleux, qui s'était élancé vers l'escalier dérobé, s’arrêta court.

— Mais va donc! fit Clef-des-Cœurs. A la moindre alerte, je casse la tête à monsieur, et tout est dit.

Cette promesse éloquente encouragea Bouteleux, Il franchit l'escalier et revint bientôt, portant un verre d’eau, qu’il approcha des lèvres du blessé. En même temps, il avait sorti de sa poche un horrible mouchoir à carreaux, qu’il avait imbibé d’eau et avec lequel il bassinait les tempes du bossu.

Cette sensation de fraîcheur fit ouvrir les yeux à Adol-

phe. Il avala le verre d’eau sucrée que lui tendait Bouteleux et se redressa.

— Si ,e vous ai donné mon nom, monsieur, reprit-il, c’est que je ne crains pas que vous en abusiez. Divulguer les moyens que nous avons employés pour nous procurer le reçu que vous aviez dérobé, ce serait vous accuser vous-même, puisque nous serions forcés de raconter comment il était tombé en votre pouvoir. Donc parlons d’autre chose.

Je vous ai dit que je voulais que ces pauvres gens fussent indemnisés du mal que votre mauvaise foi leur a donné. Puis j’y tiens essentiellement et j'estime qu’une somme de cinquante mille francs n’est pas exagérée.

— Cinquante mille francs! fit l'avocat stupéfait.

— Ni plus ni moins, monsieur, dit fermement Adolphe. '

— Par exemple! ricana Morinval.

— Clef-des-Cœurs ! appela le bossu. Dis bien à monsieur que s’il n’ouvre pas sa caisse À l’instant pour nous compter la somme que j’exige, tu vas lui brûler la cervelle.

L'ordre était précis et formulé d’une voix claire.

— Comment! fit l'avocat. C’est vous! vous le fils de Marianne! qui m’adressez une pareille menace?

— Pourquoi pas ?

— Mais vous le savez bien.

— Je, ne sais rien. Je ne vous connais pas. Faites bien attention, monsieur! Au premier signe de moi, Clef-des-Cœurs fera feu. Décidez- vous.

Morinval et les écumeurs eux-mêmes étaient interdits et quelque peu effrayés. Tant de froide résolution les déconcertait.

— C’est bien, dit sèchement l’avocat, je cède à la violence.

A ces mots, il se dirigea vers sa caisse, accompagné de Clef-des-Cœurs, qui lui servait obstinément de garde de corps.

— Il est heureux pour moi que j’aie touché mes revenus aujourd’hui même, murmura-t-il; sans cela...

— —Oh! je me serais contenté d’un bon sur votre banquier, répondit Adolphe.

Mais déjà l'avocat revenait vers lui, les deux mains pleines de billets de banque et de rouleaux d’or.

— Comptez, dit-il.

Le bossu compta.

— Monsieur, dit-il il y a sept mille francs de trop.

Et il repoussa sur un coin du bureau la somme qu’il venait de désigner.

L'avocat saisit les billets et les jeta dans sa caisse, qu’il referma.

— Maintenant, fit le bossu, nous allons nous retirer.

I1 voulut se lever, mais il chancela et étendit les bras comme un homme ivre. Bouteleux et Ginglard s’empressèrent de le soutenir.

I1 s’inclina alors devant Morinval, toujours aussi froidement que s’il se fût agi d’un étranger, et se retira,

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à la

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porté par ses deux compagnons, soutenu par volonté plutôt que par ses forces défaillantes.

L'avocat le laissa partir, sans faire un geste, vaincu par un accablement intraduisible. Son fils! Cette façon de chef de bandits, c’était son fils!

Quant à Adolphe, sans se préoccuper des sentiments étranges qui animaient son père, il gagna Chatou avec beaucoup de difficulté. Mais là, il lui fut impossible d’aller plus loin.

— Je meurs! gémit-il, en s’évanoissant de nouveau dans les bras de Ginglard et de Bouteleux.

Ceux-ci frappèrent à la porte d’une auberge qui se trouvait sur la route de Saint-Germain et déposèrent le blessé dans une chambre. Clef-des-Cœurs alla chercher un médecin. Il lui raconta qu’un de leurs amis venait de se blesser avec son revolver et qu’il avait perdu déjà deux fois connaissance.

Le docteur accourut, déclara que l’état du blessé était désespéré, et que par conséquent il ne fallait pas songer à le transporter. Mais, dès que fut posé le premier appareil, le blessé, avait repris ses sens, protesta énergiquement contre cette décision, et voulut retourner à Paris, au domicile qu’il indiqua. Après avoir procédé au partage de la somme que lui avait donnée Morinval, il congédia ses compagnons et ne garda auprès de lui que Bouteleux et Ginglard.

L’un d’eux alla chercher une voiture, qui s’achemina lentement vers Paris. Mais tous ces pas, toutes ces démarches, tous ces évanouissements avaient fait perdre un temps précieux. Il était midi quand le bossu arriva chez lui.

Ainsi qu’il l’avait expressément recommandé à Raphaël, celui-ci n’avait interromput par aucune question le récit qu'Adolphe venait de lui faire. D'ailleurs, cette véritable confession avait anéanti les forces du blessé.

I1 s’était renversé sur son oreiller dans un état effrayant de faiblesse. Raphaël le contemplait en silence. Aïnsi s’expliquait pour lui le mystère qui pesait sur les relations de louvrier relieur avec l’imaginaire patron Durand. Durand, c’était la bande des Ecumeurs de rivières! Les secours qu’il faisait parvenir si discrètement à Marianne par l’intermédiaire de son fils, c’était le fruit du vol! Et tout le monde y avait ajouté foi! Et seul, peut-être, Raphaël avait pressenti cette douloureuse vérité.

Que devait-il faire? Fallait-il abondonner ce malheureux au sort qu’il lui était réservé? C’était impossible. le service qu’Adolphe lui avait rendu, service que le pauvre diable allait peut-être payer de sa vie, était trop important pour que Raphaël s’arrêtât à de semblables scrupules. Il résolut donc de sauver d’abord l’infortuné et ensuite de l’arracher à la vie périlleuse qu’il avait menée.

Il s’empressa autour de lui, le ranima à l’aide de la potion que le docteur avait fait préparer et lui preserivit un silence absolu; mais le blessé était dans un état d’indicible agitation.

— Eh quoi! fit-il Après les aveux que vous venez de recevoir, vous ne me repoussez pas ?

— Non, répondit Raphaël. Il y a dans votre passé deux choses qui vous méritent le pardon à mes yeux: l'amour que vous ressentiez pour votre mère et le danger que vous avez bravé pour moi. Avec de pareils sentiments, je ne désespère pas encore de votre avenir. Ce qui m’étonne le plus, je ne vous le cache pas, c’est que, bon et courageux comme vous lêtes certainement, vous vous soyez laissé glisser sur la pente fatale où je vous arrête aujourd’hui. Mais vous ne serez plus exposé à ce danger. A dater d’aujourd’hui, je suis chargé de vous le dire, M. de Savenay vous servira une pension

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viagère de douze cents francs. Si vous désirez vous établir, fonder un atelier de reliure, je tâcherai de vous faire donner le capital, et j’y parviendrai, je l‘espère. Tenez, je dîne chez lui ce soir. Voulez-vous que je lui en parle?

Le blessé poussa un profond soupir de regret.

— Ah! c’est dommage! murmura-t-il.

— Allons! fit Raphaël, volà que vous vous laissez encore envahir par ce découragement qui vous a perdu! Ne vous démoralisez Pas ainsi, morbleu! Vous n’êtes pas encore mort.

— Non, mais je n’en vaux guère mieux, balbutia Adolphe à bout de forces et d’haleine.

Sa tête retomba lourdement sur l'oreiller: sa respiration difficile, saccadée, ressemblait à un déchirement. Ses yeux se cernaient d’un cercle noirâtre, son nez se pinçait, ses traits se décomposaient, son visage se couvrait d’une teinte livide.

Raphaël, les yeux agrandis par la frayeur, assistait à ce dépérissement rapide.

Il allait prodiguer de nouveaux soins à ce pauvre diable, lorsque sa mère entra, accompagné de la sœur qu’elle était allé chercher. Ils installèrent cette digne fille auprès du bossu, après lui avoir indiqué les soins que le docteur avait ordonnés et après lui avoir laissé Par écrit son adresse, pour le cas où l'état du malade empirerait.

Raphaël descendit alors et put donner à sa mère l’explication des évènements dont elle avait été témoin depuis quelques jours.

— Seulement, ajouta-t-il, souviens-toi que c’est la confession d’un mourant que j’ai reçue et que son secret ne nous appartient pas — à moins que la justice ne nous en demande compte après sa mort. Jusque-là, même aux yeux du baron, nous ignorons ce qui s’est passé.

Madame Desarceaux comprit la justesse de cette recommandation et s’engagea au secret le plus absolu,

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A cinq heures et demie, avant de se rendre chez M. de Savenay, Raphaël entra chez le bossu.

Le docteur était venu, avait prescrit de nouveaux remèdes, et avait annoncé qu’il reviendrait dans la soirée. Adolphe n’allait pas mieux. Il ne parlait plus. Sa respiration n’était plus qu’un cri rauque, pénible à entendre.

La sœur de charité avait ouvert son livre. Raphaël y jeta les yeux et frissonña. Enttête de la page il avait lu: “ Prière pour les agonissants,”

Il redescendit en toute hâte, offrit son bras à sa mère et partit.

En toute autre circonstance, cette invitation eût été pour lui une véritable fête. Aussi, à mesure qu’il s’éloignait de la rue Venise et se rapprochait de la rue Sainte-Anne, le visage bistré d’Adolphe s’effaçait insensiblement de sa pensée devant l’image fraîche et rose de Berthe. La joie qu’il éprouvait, d’abord contenue par les confidences qu’il avait reçues, par le spectacle auquel il venait d'assister, lui réchauffait peu à peu le corps et les sens. ; Que devait-il résulter pour lui de cette entrevue! Il l'ignorait. Il allait voir Berthe, cela lui suffisait.

Quand il sonna à la porte du baron, tout vestige de tristesse avait disparu; le cœur lui battait avec force, il ne s’appartenait plus. Il était tout entier à cette jeunë fille, qui lui avait gardé religieusement son amour à travers les vicissitudes qui les avaient accablés.

Ce qui refroidit un peu l'enthousiasme de Raphaël, ce fut l'aspect grave et réfléchi du baron.

Il introduisit ses invités dans le salon, les fit asseoir et garda pendant quelques minutes un signal assez désobligeant. Enfin comme s’il avait pris un grand parti, il redressa la tête.

— Aussi bien, fit-il, il faut en finir avec ces tergiversations.

— Pardonnez-moi, reprit-il en s’adressant collective-

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ment à Raphaël et à sa mère, si je vous ai oubliés un instant, mais il m’a fallu un certain courage, je ne vous le cache pas, pour adopter la décision que je vais vous soumettere. Maintenant que mes irrésolutions sont fixées, et de peur qu’elles ne me poursuivent encore, j'aime mieux en finir tout de suite. -

“Depuis hier, j’ai longuement, très-longuement réfléchi. La conversation que j'ai eue avec ma fille, la reconnaissance que votre dévouement m'a inspirée, ont triomphé de mes scrupules. Je ne suis plus le baron de Savenay, l’orgeuilleux descendant d’une des plus anciennes familles françaises, je suis un père de famille, qui n’a plus qu’un enfant, un seul, auquel il ne peut même pas transmettre son nom ni son titre.

Berthe, qui avait baissé le yeux, les releva tout à coup, comme si elle avait dû mieux entendre.

Quant à Raphaël, il écouta avidement.

— Tout ce que j'ai souffert pour en arriver là, je viens de vous le dépeindre en quelques mots, poursuivit le baron. Oui, vous voyez en moi le plus malheureux des gentilhommes, car je vais faire en un instant abnégation de mes sentiments les plus chers, des préjugés au sein desquels trente ou quarante générations d’aïeux m'ont élevé. Loin de vous offenser de ma franchise, sachez-moi donc quelque gré du courage que je vais déployer. Réparer autant que possihle le mal que j'ai causé, voilà quel est en ce moment le mobile de ma conduite. Indirectement, très-involontairement surtout, vous n’en doutez pas, j’ai appelé sur votre famille, madame Desarceaux, trois calamités effroyables : la mort, la désunion, la ruine. Il est temps que j'y apporte un peu de joie.

“Tant que je suis resté pauvre, j'ai courbé la tête, reprit le baron, mais à présent que je suis à la veille de recouvrer une fortune amoindrie déjà par tant de revers, il ne serait ni loyal ni juste que j'en jouisse paisiblement, sans que mon égoïsme vous invitât à en pren-

äre votre part. Or, pour vous y décider, je n’ignore pas qu’il n’existe qu’un moyen. Si je vous offrais naïvement de la partager avec vous, vous refuseriez, je le sais bien. Done je suis bien obligé de poser à Raphaël cette question: Est-il vrai que vous aimiez Berthe?

— Si je l'aime! s’écria impétueusement Raphaël.

Mais le baron le calma d’un geste.

— Pas de démonstrations, dit-il. Vous aurez le temps quand je ne serai pas là.

Alors il se tourna vers sa fille.

— Et toi, Berthe, tu es bien sûre d’aimer ce grand garçon-là ? demanda-t-il. ;

. — Oui, papa, répondit-elle sur un ton de pensionnaire en faute et en rougissant jusqu'aux oreilles.

— Eh bien! mariez-vous! fit le gentilhomme avec découragement.

Evidemment, ainsi qu’il l°avait franchement avoué, il n’avait adopté ce dénouement qu'après des hésitations innombrables, des combats acharnés.

De tout autre que lui, Raphaël aurait peut-être refusé une proposition formulée en termes semblables, mais il connaissait de longue date M. de Savenay, il comprenait quel effort surhumain cette décision lui avait coûté, il lui sut gré de l’immensité du sacrifice.

— Oh! monsieur... balbutia-t-il, confondu...

Quant à madame Desarceaux, elle était positivement émue au-delà de toute expression. Elle ne put que serrer la maig du baron dans les siennes, et déposer un baiser sur le front de Berthe, qui s’était jetée au cou de son père «c lui faisait un collier de ses deux bras enlacés.

— Va, nous t’aimerons bien, lui glissait-elle à l'oreille.

Raphaël, lui, fit preuve d’un autre courage. Il ne s’approcha pas même de celle qu’il aimait, tant que l’occasion ne le plaça pas à côté d’elle. Il est vrai que cette occasion ne se fit guère attendre, puisque Marguerite vint annoncer que le dîner était servi.

La soirée s’écoula pour les deux amants dans des

transports intraduisibles de petites félicités. Le moindre geste, le plus léger signe, un pressemènt de main furtif, le frôlement des étoffes, prenaient pour eux les proportions d’un événement,

Le baron les observait en silence. Vers la fin du diner, le bonheur dont rayonnaient tous les visages avait réussi pourtant à le gagner.

— Eh bien! oui, dit-il, mais nous quitterons la France, nous retournerons en Suisse.

— C’est cela, fit joyeusement Berthe en l’embrassant.

A dix heures, Raphaël et sa mère se retirèrent.

Il avait été fort peu question du bossu au milieu de cette allégresse universelle. Cependant M. de Savenay s’était informé de lui et avait été péniblement surpris d’apprendre qu’il était grièvement blessé,

— J’irai le voir demain, avait-il dit.

Raphaël, en arrivant, monta immédiatement chez Adolphe. Hélas! ce ne fut que pour tomber à genoux au milieu de la chambre!

Au chevet du lit, la sœur était agenouillée, à côté du prêtre qui récitait les prières suprêmes.

Au même instant, on frappa doucement à la porte.

Raphaël alla ouvrir et se trouva en présence d’un hom” me vêtu de noir et cravaté de blanc comme un notaire, un médecin ou un valet de chambre.

— Qui êtes-vous? Que demandez-vous ? fit-il brusquement.

— Est-ce bien ici que demeure M. Adolphe Martin ?

— Oui, monsieur.

— Je viens de la part de M. Morinval, savoir comment va.

— Ah! vous arrivez bien, s’écria Raphaël avec un rire strident. Eh bien, regardez, mon ami, et répétez fidèlement à votre maître ce que vous avez vu.

A ces mots, il poussa le domestique dans la chambre, et comme celui-ci s’arrêtait interdit, épouvanté:

— À genoux, monsieur, dit-il, en le forçant à limiter.

Le prêtre venait de se relever et versait sur le front du mourant l’huile du dernier sacrement. :

Ce pardon solennel, accordé pour ainsi dire publiquement à ses fautes, rendit au blessé sa présence d’esprit. Son front s’illumina d’une joie céleste. Il reconnut Raphaël, lui fit signe d’approcher, et d’une voix éteinte :

— Vous donnerez les six mille francs que je vous laisse au premier abandonné...

Il ne put achever sa phrase. Un flot de sang monta à ses lèvres et l’étouffa.

Le prètre se retira, suivi du valet de chambre, que cette scène avait vivement impressionné.

— Allez! dit Raphaël en le voyant partir. Ne tardez pas à porter chez M. Morinval ‘la réponse qu’il attend, sans doute, avec tant d’impatience.

Puis, quand la chambre fut déserte, quand aucun bruit ne vint plus troubler le silence que la mort avait fait autour d’elle, il s’agenouilla de nouveau.

— Que Dieu te pardonne comme je le fais, pauvre martyr! murmura-t-il d’une voix étranglée.

Le surlendemain, il était seul derrière le corbillard qui conduisait vers sa dernière demeure cette victime de la misère et de l’inconduite.

Ce dernier hommage rendu par lui à l’homme qui avait si cruellement expié ses fautes, l’isolement absolu dans lequel il s’était trouvé, avaient fait naître de tristes pensées dans l'esprit de Raphaël.

Ce n”“était plus avec la même satisfaction du cœur qu’il envisagea le sacrifice du baron de Savenay. Il lui répugnait d’accepter la main de Berthe dans de semblables conditions. Son amour l'avait emporté sur son amour-propre, mais ce second sentiment commençait à se révolter en lui contre les concessions qu’il avait faites. T1 aurait souhaité d’être riche à son tour, afin de ne rien devoir à la générosité du gentilhomme.

Qu’allait-il faire? Subirait-il le fardeau de la reconnaissance ? Refuserait-il la main de Berthe?

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Il hésitait. Il regagnait son domicile, bien décidé à communiquer à sa mère les scrupules qu’il éprouvait, lorsqu'un individu d’aspect bizarre s’arrêta sur le pas de la porte.

— Est-ce bien à M. Raphaël Desarceaux que j’ai l’honneur de parler? demanda-t-il.

— Oui, monsieur.

L’inconnu tira de sa poche une lettre et la lui tendit.

Elle était du commissaire de police de Chatou, et priait M. Raphaël Desarceaux de passer dans son cabinet “toute affaire cessante. ”

Raphaël ne prit que le temps d’aller prévenir sa mère, et se rendit immédiatement au chemin de fer.

— Trois quarts d’heure après, il se présentait chez le magistrat.

Raphaël dut décliner ses noms, prénoms et qualités.

— Ainsi, dit le commissaire, vous êtes le fils d’Antoinette Morinval ?

— Oui, monsieur.

— En ce cas, monsieur ayez la complaisance de m couter. Un-grand malheur vient de vous frapp Morinval est mort cette nuit. 3

— Que dites-vous! s’écria

— Oui, monsieur, Ces appeler, afin de vous bles. a +

mati MMotinval est venu Ë son maître mort dans avertir le juge d’instruction je léVec lui sur les lieux, et nous avons cons- M. Morinval était mort d’une attaque d’apoe foudroyante. ' :

Ce qui nous a permis de vous faire appeler, c’est que nous avons trouvé sur son bureau une enveloppe non enenoôre-cachetée et que nous avons ouverte. Nous y avons

: sm testament, tout fraîchement écrit, daté et siy 8 2 comme légataire M. Raphaël Desarceaux,

fils d’Antoinette Morinval charge par lui de restitue somme de quatre cent mi prendre connaissence, ”

A ces mots, le magistrat tendit à Ra et longue feuille de paier, main ferme, sur laquelle yeux.

; Sœur de la victime, à la r au baron de Savenay une lle francs. Vous pouvez en

phaël une large lisiblement écrite, signée d’une ® celui-ci jeta rapidement les

— J'ai pensé, ajouta le commissaire, qu’en votre qualité de neveu d’abord, de légataire universel ensuite, vous

| voudriez bien faire toutes les démarches nécessaires à l'inhumation, et j'ai pris pour vous les remettre les clefs de la maison. Les voici, monsieur, \ Raphaël remercia le magistrat et s’éloigna, le cœur douloureusement serré. Il n’aimait pas son oncle, mais cette mort terrible, qu'aucun repentir n’avait précédée, que nul pardon n'avait adoucie, le frappa comme un épouvantable châtiment de la justice divine,

& Comment annoncer à sa mère cette horrible nouvelle ? "7 # Xe fallait bien pourtant !...

TE dy dévoua à cette tâche difficile et rendit au coupa- FA ble ï

e mêmes honneurs qu’il aurait rendus au Üt-s8$" parents.

PéR tant. de lots nécumulées, madame

Paris un jour de plus.

Le lendemain dndé ‘après “wii et prié pour ce frère dénatrirés: it: pa Len

Ds de Berthe et qu baron de RATS re aphaël resta à Paris pour surveiller le liquidation cette riche success:on. | a Trois mois après tout était terminé, Cette fois il portait plus haut cepter sans rougir la main de celle qu’il aimait. C’est là qu’ils oublient aujourd’hui les terrib trophes par lesquelles ils ont été si longuement

la tête, car il pouvait age.

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