‹ Les édifices religieux de la vieille GenèveChapitre 14 sur 64 · FOI COMPATIBLE ATCC LA SCIENCE · texte numérisé non relu

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guant que, s'ils l'acceptaient, ils auraient à souffrir beaueoup d'insolences des escholiers * , et peut-être parce qu'ils faisaient moins de cas que leur clergé de la culture des lettres.

Taxer généralement d'obscurantisme les presbytères et les cloîtres de l'Eglise romaine, ce serait avoir la mémoire courte. La Réformation y est née ; Calvin avait fait ses études pour la prêtrise, Zwingle était curé d'Einsiedlen, Luther était moine, quand leurs yeux s'ouvrirent à la lumière de TEvangile, et, de nos jours, un père Prota, un père Perfetti, un père Passaglia viennent de combattre avec des armes sans doute encore empruntées au catholicisme le pouvoir temporel du pape, tandis que nous avons eu le triste avantage de voir ce pouvoir défendu par un protestant'. Mais il faut bien à l'Eglise de Rome cette légère compensation et l'on n'est jamais trahi que par les siens.

Pour en finir avec l'histoire des chapelles, nous rappellerons que celle de Plainpalais qu'on

1 Guichenon, Hist. gén. de la maison de Savoie , 1. 1, p. 416; Senebier, Hist, littér, de Genève, Genève, 1786, t.I, p. 28. Grillet, Dict des départ, du Mont-Blanc et du Léman, Chambéry, 1807, 1 1, p. 170.

^ Guizot, V Eglise et la société chrétienne, Paris, 1861, in.8^

f è I. LES CHAPELLES.

appelait l'Oratoire fut, suivant la pittoresque locution de Bonivard , arrasée comme les autres ; mais on se tromperait si Ton pensait qu'il fallût attribuer un pareil acte au moindre sentiment de fenatisme. Les nécessités de la guerre en furent la seule cause.

C'était en 453^. Le duc de Savoie, Charles III, avait promis à l'évéque Pierre de la Baume qui était sorti de notre ville dès le 14 Juillet 4535 et qui l'était allé trouver à Chambéry, le duc, disons-nous, avait promis à l'évéque de lui prêter main forte pour le réintégrer dans son diocèse et il avait fait partir, sous le commandement de Jean Jac^iùes de Médîcîs, i 200 hommes de troupes * . Ces troupes avaient, dans Genève, des intelligences qui devaient leur faire connaître par un signe convenu le moment où elles pourraient donner l'assaut. Mais, en vain les Savoyards avaient-ils battu quelques compagnies françaises qui voulaient les prévenu* en prenant elles-mêmes la cité rebelle pour la donner à François F' ; en vain s'étaient-ils avancés, du 28 au 29 Juillet, fort près de Genève, jusques à Etrembières et à Gergonnant *, ils ne purent s'en emparer. La mèche fut

1 Claude Genoux , Histoire de Savoie, Annecy, i8V2, in-i6, p. 259.

^ Actuellement Jargonnant.

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éventée, leurs complices au-dedans des murs furent découverts, et une lumière au haut des tours de St-Pierre leur montrant qu'on faisait bonne garde, ils durent s'en retourner en disant : « Nous « sommes trahis, nous n'entrerons jamais dans « Genève, puisque nous avons manqué ce coup * . »

Aux yeux des citoyens, toutefois, le danger n'était pas tellement dissipé qu'on ne pût craindre quelque attaque nouvelle et, le samedi 22 Août, voyant qu'il feUait penser à fortifier la ville, « puisqu'on nous menace, disent les registres, « d'une grande guerre, on ordonna qu'on démo- « tifoit les feuxbourgs, du moins là où il semble « qu'ils portent ombrage à la ville, d Et, le lendemain, on résolut encore que « toutes les mai- « sons, les granges et les murailles des fauxbourgs « seroient abattues, de peur que les ennemis ne « s'y pussent fortifier ; puis on arrêta qu'on com- « menceroit par les plus proches et les plus nui- « sibles '. »

De ce nombre se trouvaient les chapelles extra mur os. Mais on était si loin d'agir en cela sous

1 Spon, Ei$U de Genève. Genève, 1730, 4% i I, p. 247 ; Charpenne, EisU de la Réforme et des réformateurs de Genève, p. 2i2.

2 Flournois, Extraits des registres publics.

l'empire d'un fanatisme anti-catholique que toutes celles qui étaient à l'intérieur de la ville, celles de Ste-Catherine, des Florentins, de Notre Dame du Pont, de la maison de ville, de St- Jeoire, du cardinal d'Ostie, furent laissées debout et respectées par une ardeur de démolition dont le patriotisme était alors Tunique mobile.

On a cru pouvoir signaler la fureur sectaire dont je viens de parler dans la destruction des images de bois ou de pierre qui décoraient quelques édifices consacrés au culte, et nous conviendrojQS que, sous ce rapport, la conduite des vieux huguenots genevois ne fut pas irréprochable. En 1532, Veyron avait frappé devant Sainte-Claire l'image du crucifix; en Juillet 1533, suivant l'assertion des envoyés de Fribourg, certains luthériens avaient abattu une image de la Vierge et l'avaient brûlée avec impiété ; dans la nuit du 23 au 2b Mai 153b, des profanateurs avaient défiguré neuf statues de pierre qui étaient sur le portail du couvent des cordeliers et leur avaient coupé la tête, les bras et les mains ; le 8 Mars 1635, dans l'église même du couvent de Notre Dame des grâces, quelques citoyens avaient abattu une statue de St-Jean Baptiste ; enfin le 8 Août de la même année, Vandel, Baudichon de la

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Maisonneuve, Ami Perrin avaient brisé les images deSt-Pîerre *.

Certes , si l'on est animé de quelque sentiment des convenances et si l'on respecte les plus simples notions d'équité, il ne doit venir à l'esprit de personne de justifier de tels actes. Le but ne sanctifie pas les moyens. On pourra dire que l'imagination populaire et l'esprit de parti en exagérèrent le nombre et la gravité ; que le Deux Cents, convoqué le 14 Juillet 1555, à la demande des ambassadeurs de Fribourg, déclara n'avoir rien ouï dire de ceux qui avaient brisé et brûlé l'image de la Vierge au Bourg de Four ; que, le 7 Janvier 1554, on fit mention d'un bruit répandu sans nul fondement et suivant lequel ceux qui s'assembleraient le jour des Rois devaient détruire les Eglises, les crucifix, les images ; que, des faits de même nature ayant été publiés en Vajaîs comme consommés à Genève, les' ambassadeurs de Berne s'en étaient plaints aux syndics, le k Avril de la même année, et avaient manifesté l'intention de les poursuivre en justice comme calomnieux *. L'exagération et la

1 Voir, aux dates indiquées, Flournois, Extraits des Re^ gistres publics , publiés, après les Actes et Gestes merveil-^ leux de la cité de Genève d* Antoine Fromment, par M. Gust Revilliod. Genève, 1854. — ^ Voyez Flournois, /. c.

calomnie répandus sur quelques points ne démontrent pas à eux seuls la fausseté des autres. On pourra dire que ces actes sacrilèges furent punis et réparés, autant que faire se pouvait, par l'autorité civile. Le 2 Juillet 1532, elle avait décidé de prendre des informations contre Veyron; le 22 Avril 1533, le contrôleur avait reçu ordre de faire refaire la croix qui était aux confins au-delà de la porte de St-Gervais et du côté de St-Jean; le 24 Mai 1534, il avait été décidé de retire les images du couvent des Gordeliers, le plus tôt qu'il se pourrait, aux dépens de ceux qui se trouveraient coupables ; le 24 Septembre de la même année. Blanc, Fabri, Colletta et Serais furent emprisonnés « pour avoir, le soir précé- « dent, brisé des images dans la ville, sans avr « cMwe authorité de justice * . » Malgré ces mesures répressives et réparatrices, la voix de Tautorîté civile n'était pas toujours écoutée. Le 9 Mars 1535, « quelques citoyens avaient abattu « une image de pierre de St-Jean Battiste qui a estoit en l'Eglise du couvent des Augustins, au « milieu du benoitier ^. » A peine quatre mois plus tard, CI. Bernard et d'autres, regardant comme démontré par la dispute que sou frère avait

1 U)idem. — ^ U)idem.

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soutenue dès le 50 Mai^ que les images^ la messe et autres iaveutioas devaient être supprimées comme une idolâtrie^ étaient entrés au Conseil le 28 Juin et avaient cru pouvoir inviter le pouvoir civil à les supprimer ; puis^ avant même la décision prise par le Conseil dans sa mémorable séance du 10 Aoùt> où il interdit l'exercice du culte catholique > le même délit avait encore été renouvelé, comme nous l'avons dit, par Pierre VandeU Baudichon de la Maisonneuve et Ami Perrin.

Jusques à la décision du Conseil, ne fallait-il pas respecter des ordres différents donnés par Tautorité? ne Mlait-il pas respecter les propriétés d'un autre culte, les monuments d'adoration d'une classe nombreuse encore de citoyens ? Alieux vaut obéir à Dieu qu'aux hommes ! dira-t-on peutêtre. Hélas ! on a étrangement abusé de cette règle qui a, plus d'une fois, été invoquée pour persécuter les amis de la liberté de conscience^ et que FEglise romaine pourrait se croire encore autorisée à appliquer aux sectateurs de l'Evangile. Il y a une différence à faire entre les statues de Baal ou de Moloch, que les Israélites devaient abattre à la voix des prophètes, et les statues des saints, de la Vierge ou de Jésus-Christ, qu'abattaient les vieux huguenots. Et, si c'est au nom du

Dieu qui veut être adoré en esprit en vérité, si c'est au nom de son divin Fils qu'on a cru pouvoir employer ces violences, quand donc a-t-On vu le Sauveur entrer dans le temple de Jérusalem, je ne dis pas pour en chasser les profanateurs, mais pour y abolir le culte cérémoniel, pour y briser la mer d*airain, Tautel des sacrifices, la table des pains de proposition ou quoi que ce fut qui appartint au culte mosaïque? Christ a voulu instruire tous les peuples, convertir le monde, édifier les âmes par le ministère de ses disciples; il n'a pas voulu de révolution.

Héritiers d'une grande, d'une importante révolution religieuse, nous ne devons accepter cet héritage qu'à bénéfice d'inventaire. Répudions tout ce qui fut marqué du sceau de l'injustice, de la brutalité et de la fureur. On aura beau dire que telles étaient les mœurs du temps ; quand on se nomme enfants de lumière, disciples de Jésus-Christ, on doit avoir une autre habileté que celle des enfants du siècle * . Gardons, au contraire, tout ce que la Réformation nous a légué de saint et de bon, cet Evangile qu'elle a placé entre nos mains, cette liberté de conscience que le XVP® siècle mettait parfois en pratique sans la comprendre et dont on

1 Luc, XVI, 8.

n'àpproutons que le bien. 33

apprécie maintenant la portée et les exigences ; gardons ou plutôt efforçons-nous d'acquérir cette vie nouvelle, cette vie en Christ que nous sommes si loin de posséder, mais à laquelle. Dieu aidant, nous pouvons néanmoins parvenir. Et, en faisant cet indispensable choix, nous mettrons en pratique la belle maxime de St-Paul : Examinez toutes choses et retenez ce qui est bon * .

1 1 Thess. V. 21.

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