‹ Les édifices religieux de la vieille GenèveChapitre 13 sur 64 · FOI DES ANCIENS TEMPS · texte numérisé non relu

FOI DES ANCIENS TEMPS

sont plus, à une communion qui n'est pas la nôtre. Aux yeux des hommes voués à une vie toute prosaïque et toute positive, aux yeux de ceux encore qui n'aiment que les jouissances grossières, douze chapelles, sept couvents et sept églises constituaient un luxe de dévotion ; il y avait même pour les desservir un luxe de prêtres, de moines trop souvent oisifs et plus ou moins corrompus. St- Augustin a dit, je Taccorde, que « parmi les hommes mauvais, il n'en a jamais « trouvé de pires ; » mais n'oublions pas que, « parmi les bons, il en a difficilement trouvé de ix meilleurs * ; » n'oublions pas, de plus, que, s'il y avait là des hommes en nombre plus ou moins considérable, nourris par les aumônes des fidèles, ils n'absorbaient pas en entier leurs revenus et leur casuel , ils en employaient aussi une bonne partie à des œuvres de bienfaisance. Un certain nombre d'entre eux, sinon tous, consacraient certainement aussi une partie de leur temps à l'étude ou aux offices du culte, c'est-à-dire à une occupation relevée, quelque superstition qui s'y mêlât. Et, à tout prendre, l'oisiveté et la mendi-

1 Difficile sum expertus meliores quàm qui in monasteriis profecerant; ità non sum expertus pejores quàm qui in monasteriis ceciderunt. Augustin Epist, LXXVIII (al. XXXVII) 9.

cité SOUS le froc n'étaient peut-être pas aussi redoutables que^ de nos jours^ l'oisiveté et la mendicité sous la blouse ; les couvents n'étaient peut-être pas aussi nombreux et ruineux pour beaucoup de familles que le sont de nos jours les cafés et les cabarets ; les pensées qui s'y agitaient^ les désirs qui s'y nourrissaient n'étaient peut-être pas aussi matérialistes , aussi démoralisants que le sont la plupart des désirs et des pensées qui viennent assaillir l'âme dans nos lieux publics. Malgré tous les vices qui s'y abritaient et que je ne veux pas nier^ malgré tous ces vices dont la recluse de Ste-Marguerite était le témoignage incontestable, on y vivait un peu plus de la vie de l'esprit, un peu moins de la vie du corps.

Et la superstition, l'ignorance étaient si loin d'être le caractère universel du clergé de ces temps que , si Genève n'a pas eu l'honneur de posséder une université , ce ne fut pas la faute d'un cardinal. D'après ce que nous lisons dans un manuscrit conservé à la Bibliothèque ^ , Jean de Brogny, alors qu'il était cardinal d'Ostie , en apporta à notre cité le droit et le diplôme ; mais ce furent les habitants qui le refusèrent, en allé-

1 Manuscrit du ministre Dupan. Biblioth. publ. de 6e* nève.

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