LA RÈ6LI. ZU
Les chapelles^ quand la fréquentation n'en était pas ordonnée comme une pénitence^ quand le confesseur ne prescrivait pas de les visiter^ étaient le théâtre d'une piété toute individuelle : là^ l'indigent venait demander Ji Dieu son pain quotidien, la mère ou l'enfant, la guérison de l'être qu'il aimait; là, le pécheur pouvait venir s'humilier devant Dieu et lui demander directement et sans intermédiaire le pardon de ses fautes ; là, le chrétien fatigué des combats de la vie pouvait venir se reposer un peu, et, dans la prière, au moins, rafraîchir ses lèvres aux eaux qui jaillissent jusque dans la vie éternelle. Au point de vue de cette dévotion spontanée et toute individuelle, ks chapelles auraient donc pu être considérées comme un symbole du protestantisme.
Dans les couvents, au contraire, tout était obligatoire. On y entrait bien souvent par nécessité, parce que, cadet de famille et déshérité par la loi, quand ce n'était pas par la volonté d'un père, on était sûr d'y trouver une subsistance assurée ; parce que, si l'on n'avait pas su embrasser une profession lucrative et se créer une position honorable, on en trouvait là une toute faite. On y entrait encore parce qu'on se sentait abandonné
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OU rejeté du monde pour des fautes passées et que là on s'imaginait ne plus trouver le monde et ses hypocrites sévérités. Rarement y entrait-on pour échapper à ses tentations et pour se rapprocher de Dieu, quoique cela arrivât encore quelquefois, principalement parmi les femmes.
Si Ton entrait fort souvent dans le cloître par nécessité, la vie qu'on y menait n'avait pas un caractère moins obligatoire ; un mot le résume d^ns son entier, nous voulons dire la règle. La règle déterminait, non-seulement les doctrines qu'il fallait croire, mais encore tout ce qu'il fallait faire au couvent. On s'y levait et l'on s'y couchait à heure fixe ; on y travaillait et l'on s'y reposait à heure fixe; on y mangeait et l'on y buvait à heure fixe ; on s'y habillait suivant une mode, où l'étoffe, la couleur, la coupe étaient pareillement fixes, on y priait à heure fixe, et cela, non-seulement durant un jour, durant un mois, durant une année, mais durant les 365 jours, durant les douze mois de l'année, et durant toutes les années dont se composait le reste plus ou moins long de la carrière qu'on avait encore à parcourir. On n'était pas même casé au couvent comme un automate, on y était enseveli comme un cadavre ; et cette monotonie d'existence, cette
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règle du cloître > qui changeait les vivants en morts, jusques à la mort, pouvait certainement être regardée comme le symbole du catholicisme.
Et, toutefois, c'est en partie dans les couvents qu'à Genève, conjme ailleurs, s*est préparée la Réformation. Rien d'étonnant. Il y avait là du mal et du bien, de Tivraie et du bon grain dont le contraste pouvait être rendu encore plus sensible par le fait même de leur rapprochement. L'excès du mal devait amener le remède.
Les détails nous manquent sur la plupart des couvents de notre vieille cité ; ainsi nous ne pouvons pas apprécier dans chacun l'étendue du mal que nous signalons. D'ailleurs, nous n'avons entrepris notreirpromenade que dans le but d'une curiosité historique à laquelle ces détails fourniraient, sans contredit, un aliment peu satisfaisant. Nous les retrouverons assez tôt pour ne pas les rechercher avec avidité. Reprenons donc notre course dans la banlieue où étaient dispersés trois ou quatre couvents.
1 . Le premier qui se présente à nous est le Prieuré de St-Jean les Grottes, ou St-Jean hors les murs. La Corbière a cru que ce couvent était placé sous le patronage de St-Jean Baptiste S
^ Manuscrit des Archives de Genève.
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auquel on pensait dans les siècles précédents beaucoup plus qu'on ne le fait de nos jours ; témoin la représentation du Consistoire au Petit- Conseil, datée du 20 Septembre 1651 et disant qu'on ne devrait penser à la danse qu'avec horreur puisqu'elle a causé la mort de St-Jean Baptiste * . Mais le couvent en question n'était pas sous l'invocation du Précurseur ; il était sous le vocable de St-Jean Tévangéliste*, et d'ailleurs, au Prieuré, l'on était loin de penser à la danse dont j'ai grand tort de parler peut-être en si grave matière. Ce monastère était occupé par les Bénédictins, ordre voué, comme chacun le sait, aux études fortes et sérieuses, et, jusqu'à présent, je n'ai pas trouvé qu'il y eût de désordres de mœurs à lui reprocher.
1 Grenus, Fra^m. biogr. et hist. (1535-1792) à la date citée.
^ Dans TActe de 1113 dont il va être fait mention dans notre texte, il est question d'une redevance de 40 livres de pain et d*un setier de froment, qui doit être payée par les donataires le jour de St-Jean ïévangéliste: « Statuimus etiam ad monimentum Ecclesise B. Pétri, ut singulis annis in die B, Johannis evangeliste, XI libr. panis et sextarium pigmenti optimi canonicis B. Pétri a prefato loco persolverentur (Mém. et Doc. de la Soc, cPhist. et dtarchéol. t IV â""^ partie, p. 12), stipulation qu'on n'aurait peut-être pas faite si le Couvent n*eût pas été placé sous cette invocation.
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D'après un article que M. Henri Bordier a publié dans la Bibliothèque de V Ecole des cluirtei ^ et où il en appelle à la vie de St-Lifard, écrite^ selon les BoUandistes, en 1104, TEglise de St- Jean devait remonter, au înoins, au XP® siècle. On lit, en effet, dans cette biographie, qu'un petit enfant ayant perdu la vue dans le diocèse d'Orléans et ses parents ayant demandé partout des conseils pour sa guérison, on les engagea à se rendre dans la cité de Genève, située à l'endroit où le Rhône sort précipitamment du lac de ce nom et dans l'église de St-Jean l'évangéliste, est-il dit, où Dieu opérait de nombreux miracles. Mais, comme ils n'avaient pas les moyens de subvenir aux frais d'ui), aussi long voyage, on les exhorta à aller, dans leur voisinage le plus rapproché, à l'église du bienheureux Lifard, qui, sans doute, y pourvoirait*. Voilà comment l'histoire d'un
i Bm. de tEcole des Chartes, H— série, 1846, t m, p. 447 et 448.
^ Ad divinam dicunt debere illos confugere medicinam quandoquidem sic poterat nihîl illis proficere humanam. Est civitas, inquiunt, Geneva nomine, ubi Rhodanus collecto prœcipitanter prorumpit de laeu; quà in orbe, imo in ecclesià Johannis evangelistœ miracula Deus operatur copiosa. lilùc vestrum consulimus ducatis filiom si Deum volaentis illi promeren propitium. Sed, quoniàm via longa est et ignota et labor ingens evectionis, et expènsa vobis
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saint jadis célèbre dans l'Orléanais se lie à celle d'une ancienne église de noire pays et montre que la construction en était antérieure à Tan 1100. En 1113, révêque Guy, Guido ou Wido, par reconnaissance pour lés moines d'Ainay * , près Lyon, qui lui avaient souvent accordé l'hospitalité, leur donna l'église de St-Jean de Genève, sous réserve des droits de St-Pierre et de certaines redevances imposées en faveur de son église. Cela résulte d'un acte que feu M. Edouard Mallet a publié dans les Mémoires et Docu-
non suppetunt, quse omnia vobîs prœtendunt impossibilitatem, ad ecclesiam B. Lifardi quœ nobis est proxima festinetis, Bollandist. Acta sanctorum, Yita B. Lifardi ab auctore cosevo et teste oculato. 3 à Junii die.
1 Au confluent de la Saône et du Rhône, il y avait ^autrefois un temple d'Auguste. GaUgula y fonda une académie d'éloquence, qui s'appelait Athenœum , nom d'où est dérivé celui à'Ainay qu'on donna plus tard à cette localité. Ge lieu devint célèbre à cause des illustres martyrs du temps de Marc-Aurèle (Euseb. Hist, EccL V, 1) qui furent souvent appelés martyres athenacenses, et en l'honneur desquels les chrétiens avaient bâti une église magnifique (Baillet, Topographie des saints, Paris, 1703) Puis Brunehaut, reine de Bourgogne, y fit bâtir au commencement du VTI"*' siècle une abbaye qui fut plus tard donnée aux Bénédictins, et placée sous le nom de St-Martin. Cette abbaye a été sécularisée par Innocent XI, en 1685, et elle est devenue ensuite un Chapitre de chanoines. (Voir Moreri, Dictionnaire historique art. Aisnay; Dezobry et BsLchelei, Dictionnaire de biographie et t histoire, 1862^ art. Lyon.)