Les cinq plaies de N. S
1 Floornois, Extraits des Registres publics, 1. c. Voir encore à la fin de ce volume, note lU, § F : Extrait de fin-' ventoyre des biens meubles trovés en la Magdalenna le 9 de Aust 1635. (Blavignac, Histoire de ^architecture sacrée, pp. 179-182.
19% III. t«S «GLISBS.
tard, traité comme des femmes de mauvaise vie toutes celles cpA avaient porté ou qui portaient rhabit de St- François, accusation infiniment grave contre ces sœurs de Ste-Claire, que des ecclésiastiques protestants ont cherché à blanchir depuis le siècle dernier ; et ces paroles, bien autrement vives que celles que je viens de rapporter, quant au dernier point, lui avaient fait obtenir un succès de scandale.
Aussi, le 26 Février déjà, pour le premier grief, on avait porté plainte au Conseil ; les syndics avaient dû demander au Vicaire de l'évêque que le dit prédicateur cessât de prêcher, et, s'ils n'obtenaient pas satisfaction, ils devaient convoquer, au son de la cloche, le Conseil général, pour conférer de cette affaire * .
La menace réussit peu, semble-t-il, ou ne réussit que momentanément, puisque, le 10 Juin, la même bouche recommença à tenir des propos piquants et se mit à accuser les Cordelières*. Mais, quelle qu'en fût l'issue, il est certain que ces prédications ne furent pas étrangères aux graves débats qui allaient éclater seize ans plus tard.
1 Grenus, Fragm. kist mr Oenève avant la Reformations p. 104. - 2 ibid., p. 105.
U «ADELBINC. 19S
En 1552, Genève était en pleine ébullitîon: il y avait, depuis six ans au moins, dans cette ville, un parti des évangéliques dont l'aspect de TEglise, mis en regard des doctrines préchées par Luther, avait éveillé la conscience ; la Bible avait été lue en langue vulgaire par un grand nombre de citoyens * ; puis le printemps de l'année précédente avait vu publier un jubilé, et les indulgences qui l'accompagnaient avaient, comme en Allemagne, soulevé une vive opposition *. Robert Olivetan, Farel, Froment, Saunier avaient alors successivement fait entendre, dans notre cité, les enseignements de l'Evangile. De toutes parts, les questions religieuses étaient à l'ordre du jour : il ne faut 4onc pas s'étonner si elles l'étaient entre prêtres et simples laïques.
Vers la fin de l'année, un prêtre, Claude Pellin, vicaire de la Madeleine, et Ami Perrin, Claude Bernard et Claude Salomon» dit Pasta, parlaient ensemble des prédications de Froment, et le premier s'engagea à montrer que Froment avait erré. Ses adversaires croyaient qu'il le prouverait par les Saintes Ecritures ; mais, pour lui,
1 Voyez ci-dessus, p. 93.
^ Jeanne de Jossie^ le Levain du Cakinisme (édition Revilliod) p. 25.
il n'entendait pas le faire ainsi, et en effet, il ne chercha à démontrer sa thèse qu'avec Tun des ouvrages de Nicolas de Lyra.
La discussion eut lieu, comme on en était convenu, le 51 Décembre, à la cure de la Madeleine; et suivant l'usage du temps, autour d'un broc de vin que les citoyens avaient fait chercher et dont ils faisaient honneur aux prêtres. Avant de se ranger autour de la table, ils avaient jeté leurs épées sur le lit, et la discussion avait commencé. Nicolas de Lyra était le docteur dont le vicaire invoquait l'autorité, ainsi que les autres prêtres, le disant bon et approuvé. Ses adversaires en appelaient à l'Ecriture : « Ce n'est pas là ce « qui est convenu ; vous devez vous défendre « avec l'Evangile. Que nous font les livres de Ni- « colas de Lyra? Réfutez avec la Parole de « Dieu. »
Bientôt la dispute s'échauffe, le vin peut-être y aidant ; alors une troupe de prêtres se précipite dans la maison, ayant à sa tête, nous dit Flournois, un certain pédagogue de la Roche * , qui tient une épée dégainée. En les voyant, Claude Bernard s'écrie : « Nous sommes venus à la bonne
1 Flouraois, Extraits des Registres publics, 31 Décçmbre 1532, page IX, (RevilUod).
« foy> nous avons envoyé quérir à boire, nous « avons jette nos épéés sur le lit et nous ne som- « mes venus que quatre dans votre maison pour « disputer ; et cependant, vous avés fait venir se- « ditieusement une troupe de prêtres en armes ; « que veut dire cela ? » Les citoyens attaqués de la sorte prennent leurs épées sur le lit pour se défendre; et, en les voyant faire bonne contenance, les prêtres font aussitôt sonner le tocsin par des gens qu'ils ont apostés dans le clocher. A ce bruit, chacun s'émeut : les citoyens réformés, pour soutenir leurs frères attaqués, les prêtres, pour défendre leurs confrères et leur Eglise ; et le sang est prêt à couler, quand Mons"^ de Châteauneuf, lieutenant de la sommaire justice, intervient pour empêcher un pareil malheur. — Les citoyens se montrent dociles à sa voix et posent les armes ; mais les prêtres, qui se sont rassemblés à la rue des Chanoines et vers lesquels il est promptement monté, ne lui obéissent pas tous, et l'un d'eux, Guillaume Canal, chapelain de St- Germain, se voyant retenu par le Lieutenant, a levé contre lui son arquebuse et a voulu l'en frapper : Noble Jacques, Lect retient sa main, et l'on arrête Etienne Canal, frère de ce chapelain guerroyant. Mais ce dernier, rebelle au magistrat et
presque meurtrier, réussit à s'échapper. Il faut, pour apaiser ce trouble, que les syndics imposent momentanément silence à Froment, et que Ton prie Mons^ le Vicaire de châtier les coupables, les prêtres qui ont été les agresseurs, ceux qui ont sonné le tocsin et ceux qui ont voulu frapper Mons*" le Lieutenant. En même temps, on demande au Vicaire de retenir pour tous les jours de fête, jusqu'au Carême, le Cordelier qui a prêché TAvent; c'est Christophe Boquet, dont j'ai précédemment parlé, et M. de Chàteauneuf luimême sollicite, par pure générosité, et obtient la mise en liberté d'Etienne Canal * .
Un acte de violence fut commis encore à la Madeleine, le 4 Mai 1554, par des libertins. Ami Perrin, I. Gueule, I. Blanc et quelques autres que n'autorisait, à ce qu'il semble, aucune provocation, et qui, pour ce délit, furent justement punis.
Enfin Guillaume Farel, auquel on avait permis, par autorisation verbale, sans doute, de prêcher au couvent de Rive, se crut, après la mémorable dispute ouverte le 50 Mai et terminée le 24 Juin, parfaitement en droit de prêcher à la
1 Flournois, Extraits des Registres publics, 31 Décembre 1532.
LA 1IADBLBINI3* 199
Madeleine, le 25 Juillet 1535. Cet acte ayant scandalisé des personnes qui tenaient encore au catholicisme, ou aux yeux desquelles, tout au moins, rien n'était encore légalement changé, on interdit au réformateur dauphinois de recommencer avant qu'il en eût été décidé autrement. En vain, annonça-t-il quç, si on le lui défendait, il se verrait contraint d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ; en vain demanda-t-il au moins la convocation du Conseil des Deux-Cents. On lui accorda encore de prêcher à St-Germain ; mais le Petit Conseil ne convoqua pas le Deux-Cents, et on lui refusa l'usage de la Madeleine jusqu'à ce qu'il eût été pris à cet égard une décision positive * . Et certes il ne nous appartient pas de blâmer une telle retenue.
D'ailleurs, depuis la décision solennelle dont je parle, depuis le 10 Août 1535 ou le 21 Mai 1536, suivant que l'une ou l'autre de ces dates est considérée comme ayant marqué le point de départ de la Réformation genevoise, l'église de la Madeleine a régulièrement servi à notre culte sans offrir à l'historien aucun fait important qui doive de toute nécessité occuper une place dans
1 Ibidem, 23, 27, 30 Juillet et !•' Août.
200 in. LES ÉGLISES.
les annales de ce temple *. Un seul me parait devoir échapper à l'oubli, et celui-là fut assez significatif pour se trouver bien d'accord avec la destination de rédifîce.
Le 29 Juin 1600, Monsieur le pasteur Martin- Rey était en chaire entre deux et trois ; il parlait du bonheur réservé aux justes et disait : « La « Providence divine donna un grand spectacle à
1 Car on ne peut pas considérer comme dignes de ce nom les réparations qui furent faites à cet édifice après celles de 1446, savoir celles qui y furent exécutées en 1611 et celles de 1846. Les premières même ne sont mentionnées dans les registres de la V^ie Compagnie que comme demandées par ce corps à l'autorité civile : « Proposé qu'il y a long- « temps qu'on a parlé de prouoir au temple de la Made- « leine tant à réparer les voûtes qui s'entre ouvrent que « pour blanchir et faire les réparations nécessaires. — Ad- « visé que Monsieur David parlera à Monsieur le premier
• syndicque pour le prier de la part de celte Compagnie
• qu'il plaise à Messieurs prouoir à ce que ceste œuvre soit € hastée et au plus tost parachevée d'autant que le peuple « souffre incommodité.» Séance du 7 Juin 161 î, —Et dans les séances du 20 et du 27 Février, puis du 20 Novembre 1846, on voit qu'en cette dernière année le service divin fut interrompu du 20 Avril au 29 Novembre pour y faire les réparations qu'un long intervalle d'années avait rendues nécessaires. Il y fut inauguré de nouveau ce dimanche-là par M. le pasteur Le Fort. Séance du 25 Septembre. —Il est assez remarquable que l'église dont nous parlons ait été réparée exactement à 400 ans de distance, en 1446 et en |84Ç.
« la terre; Hénoch avait marché avec Dieu, il « était digne des cieux et Dieu le prit ; il le « transporta subitement au séjour céleste. ... » — « Aussitôt une sueur froide saisit le prédicateur; « il s'assied, se relève pour donner une bénédic- « tion dernière et s'affaisse sur lui-même. On « l'emporte dans une maison voisine.... il a pen- « dant une demi-heure des convulsions, puis il « expire sans prononcer une parole *. » Une apoplexie foudroyante l'avait emporté et venait de montrer dans ce pasteur respectable un serviteur que son Maître a certainement trouvé veillant. Heureuse, nul ne saurait en disconvenir, heureuse l'Eglise qui peut compter beaucoup de soldats mourant ainsi au champ d'honneur !
Si, de la Madeleine, montant la colline, nous décrivons sur la crête méridionale de celle-ci un vaste demi-cercle, l'autre extrémité aboutit à une sixième église, qui est certainement l'une des plus anciennes de notre ville , malgré le nom qu'elle porte.
1 Registres de la Compagnie, séance du 30 Juin 1800; Gaberel, Histoire de t Eglise de Genève, t III, p. 469.
ou NOTRE DAME LA NEUVE ^
Celte église est bien mentionnée, dans l'Accord perpétuel de 1420, comme celle d'une des sept paroisses entre lesquelles Genève était divisée. Mais avait-elle été fondée primitivement comme église paroissiale? Telle est la question que se pose Tun des archéologues genevois qui en parlent, je veux dire La Corbière', et qu'il résout par la négative* Il y a effectivement pour cette solution des raisons qui paraissent capitales : 1*^ Pour constituer une église paroissiale séparée, Ste-Marie était, en effet, singulièrement rapprochée de St-Pierre ; 2^ elle n'a pas de clocher, tandis que toute église paroissiale en possède ordinairement un ; 5*^ elle ne figure pas sur la liste des églises dont les curés durent, en 1218, payer la dîme papale. Et cette dernière omission s'explique très-bien si alors Ste-Marie ou Notre Dame la neuve était église de couvent.
Or les Annales de la cité de Genève, rédigées par Jean Savyon, parlent d'ua couvent appelé
1 Actuellement appelée T Auditoire.
3 La Corbière, Livre des spect. Pasteurs, Professeurs, Hecteurs, etc. Msc. de la Comp., p. 237.
S'^-MARIB LA NKITTE. 203
Notre Dame la ISonne, ce qui veut dire la vierge, dont les fondements du côté de TOrient sont sur les vieux murs de Genève * ; nue autre chronique parle encore d'un couvent de même nom.
Il n'y a donc pas à s'y tromper, l'église ou la chapelle du couvent, dispensée à ce titre de la dîme papale, n'était pas en 1218 église paroissiale, et ne le devint que plus tard. Peut-être n'était-elle pas fondée, même comme église de couvent; rien d'étonnant à ce que, ces dernières eussent-elles figuré comme sujettes à la dîme, ce qui n'est point le cas, celle-là n'y fût pas nommée.
A quelle époque remonte sa construction ? D'après ce que je viens de dire, à une époque incertaine, si ce n'est même inconnue. S'appuyant sur les armoiries qu'offrent les clefs de toutes les arcades de voûtes, La Corbière conclut que l'édifice est postérieur à Tan 1100, à l'époque des croisades: u Car auparavant, dit-il, il n'y avait
1 « Les murs de la ville auoyent leur estendue depuis la porte du chasteau (du Bourg-de-Four), jusqu'au lieu ou est TEuesché, traversant le mesme endroit ou depuis ont esté posez les fondements du couuent apelle Nostre Dame la Nonne, » Savyon, (éd. Fick) p. 3. — Les murs dont s'agit n'étaient autres que l'enceinte construite par les ordres de l'évêque Guillaume de Mafcossey (1366-1377),
iOU III. LES ÉGLISES.
poiot d'armoiries. » De plus, il y a là uo ange qui tient dans sa main Técusson ayant pour armes un chevron surmonté d'une croix archi-épiscopale. Il en conclut que c'est un archevêque qui a fondé l'église et qui doit avoir été évéque de Genève * .
Or, il y eut bien, sur ce dernier siège, de 1418 à 1422, un Jean de Pierre-cise ou de la Roche taillée, qui, en 1425, fut promu à l'archevêché de Rouen, et, en 1429, à celui de BesanÇQn; mais ce n'est pas là l'archevêque auquel on peut attribuer la fondation de l'église qui comptait déjà en 1420 œmme église paroissiale, suivant l'Accord perpétuel.
Il faut en trouver un autre; et, plus près de l'époque dont nous avons parlé jusqu'ici, il en est heureusement un qu'on peut regarder comme le fondateur de Notre Dame la Neuve : c'est Bernard Chabert, évéque de Genève, dès 1207, dit La Corbière*, dès 1205, disent MM. Blavignac' et de Mûlinen,*, et promu, en 1213, à l'archevê-
1 Ubi suprà, p. 231 et s.
^ La Corbière, Ibidem.
3 Blavignac, Armoriai genevois, 1. FV, ch. IL Mém. et Doc. de la Soc. d'hist, et d'archéol., t. VII, p. 38.
4Egb. Fried. v. Mtilinen, Helvetia sacra, Bern, 1858, !*•' Th. SS. 16-19,
8*«-MABIB LA NEUVE. 205
ché d'Embrun d'où il était originaire. Il fut, d'ailleurs, comme légat du pape, mis à la tête des croisades contre les Albigeois; il approuva peutêtre en cette qualité le tarif des dîmes des divers archevêchés, et, entre autres, de celui de Vienne, dont révêché de Genève dépendit si longtemps ; et, peut-être par affection pour Genève, dont il avait été évêque six ou huit ans, voulut-il comme archevêque laisser à cette cité un souvenir de lui dans l'église, auprès de laquelle s'éleva plus tard le couvent de Notre-Dame la Neuve, couvent auquel on donna ce nom pour le distinguer de celui de Notre-Dame de Grâce d'une construction plus ancienne.
J'avoue que toute cette argumentation de notre savant La Corbière, fondée sur les écussons de Ste-Marie la Neuve, m'avait paru fort spécieuse, lorsque j'ai lu, dans V Armoriai genevois du non moins savant M. Blavignac, la phrase suivante : « Il est peu probable que ces écussons, faits près « de deux siècles après la mort de Bernard, et « qui ont tant d'analogie avec les marques des « commerçants du moyen âge, aient quelque « rapport avec les armes du prélat * . » Je me
^ Mém» et Doc, de la Soc, d^hisL et étnrchéoL u. s, p. 39.
206 III. LES £glisbs.
sois alors demandé ce qu'il était le plus probable qu'on vît aux voûtes d'une église, Técusson d'un archevêque ou la marque d'un commerçant, et j'avoue que, de nouveau, j'ai penché vers l'archevêque et donné droit à La Corbière. D'ailleurs, le récent volume des Chartes inédites du Diocèse mentionne une donation faite le 18 Mai 1S66 par Maurice, curé de Ste-Marie la Neuve *, et rien ne prouve que ce fût le premier curé de cette église ' .
L'église de Ste-Marie la Neuve renfermait cinq chapelles :
1*^ Celle de St-Jean-Baptiste , dont la date m'est inconnue ;
2** Celle de St-Jean VEvangéliste, qui, à ce que croit La Corbière, est celle de la petite porte, et dont le fondateur, mort le 27 août i451, était Jean Marie, docteur ès-décrets et officiai de Genève. Ses armoiries, d'azur semé de fleurs de lis d'or, au sautoir de gueules, chargé de cinq coquilles, sont aux deux naissances de l'arcade, et son épitaphe au-dessus de la porte ;
1 Ibid,, t. XIV, p. 85.
2 Le môme volume renferme, du reste (pp. 183, 229 et 298), aux dates du 30 Octobre 1276, du 12 Avril 1271 et du 1'' Juin 1302, trois transactions postérieures, où interviennent, comme étant à la tête de cette église, un curé Vincent, puis un curé Girod.
S**-1IARIE Là NEUVE. 207
5® Celle de St-Jacques apôtre , fondée par Aymonet Migneri et par Gervaise sa femme, fille de Pierre Armangant, acte reçu le 19 Juin 1451 par Hugonin Pluspitet, notaire apostolique et impérial ;
k^ Celle de St-Yves, dont la première reconnaissance est de Tan 1465 ;
5** Celle de St-Laurent, dont la première reconnaissance est de 1485. Elle fut fondée par Pierre Guersi et Jeannette sa femme*.
Mais je terminerai ici les détails que j'ai à donner sur Ste-Marie ou Notre-Dame la Neuve, pressé que je suis d'en venir à la dernière église qui existât à Genève au moment de la Réformation, je veux dire à notre cathédrale.
^ Toas ces détails sont empruntés à La Corbière, numuscrit cité, p. 234 et s.— Ajoutons ici que Téglise de Ste-Marie la Neuve, autrement dit l'Auditoire, depuis la Réformation et après St-Germain, a toujours été, sous certaines réserves dans le détail desquelles je n*ai pas à entrer ici, prêtée par les corps ecclésiastiques au culte réformé allemand. Ce sont les allemands qui y firent construire l'orgue qu'on y voit actuellement. L'inauguration en fut faite, le 18 Avril 1706, par le pasteur J.-Bodolphe Thurneysen, et sept jours plus tard, le 25 du même mois, un concert y fut donné aux membres du Petit-Conseil et de la V*^*^ Compagnie.
208 m. LES ÉGLISES.
Avant de parler de ce remarquable édifice, il faut rendre à César ce qui appartient à César. Je dois donc déclarer ici que les renseignements abondent sur l'histoire et la description de ce monument, qu'ont successivement étudié des historiens, des archéologues, des amis des beauxarts, et des artistes, des architectes proprement dits. Nommer tour à tour Spon, Baulacre, La Corbière, l'abbé Besson, Senebier, Edouard Mallet, Jean-Jacques Rigaud, Blavignac, c'est dire que les sources ne manquent pas où l'on peut puiser des informations, et je ne dois pas omettre d'ajouter que c'est à ce dernier que je ferai les plus nombreux emprunts ; il me pardonnera, je l'espère, en vue du but, si je me rends plusieurs fois coupable envers lui d'une sorte de plagiat.
Le plus ancien culte connu qu'on ait célébré dans nos contrées fut certainement celui des Gaulois, et les dol-menj pierres consacrées au soleil, en furent le premier signe extérieur. Quand les Romains furent devenus les maîtres du pays, Apollon remplaça Bel ou Belenus, et on lui éleva
1 Exactement, St-Pierre ès-Hens; à une époque plus ancienne, Sainte- Croix,
S*-PÏBRRE. 209
un temple au sommet de la colline qu'entourait la vieille cité *. Ce temple, une première fois détruit par le feu sous Marc-Aurèle (entre 161 et 180), ainsi que la ville entière *, fut remplacé par un autre dont on voit encore des fragments *, témoin la tête au visage arrondi qui se voit encore sur la face orientale de notre église, regardant l'ancienne maison de la Bourse française, et que plusieurs auteurs, Alexandre Morus *, Calandrini ^ et Baulacre® , considèrent, quoiqu'elle soit assez laide, comme une tête d'Apollon '.
1 Journal helvétique, Nenchâtel, Novembre, 1745, p. 153, et Juin, 1750, p. 510.
2 Blavignac, M^m. et Doc, de la Soc, d*hist, et d*archéol,, t. VI, p. 97.
3 Ibid,, t. V, p. 88.
4 Alex. Morus, De duobis Genevœ miraculis, solo et scuto Medioburgi, 1652, 4«.
5 Voy. Journal de Genève du 21 Novembre, 1789, p. 190.
6 Baulacre, Œuvres historiques et littéraires, 1 1, p. 258. '^ Charles Spon et Guy Patin ("Nouvelles lettres tirées du
cabinet de Ch, Spon, Amsterdam, 1718, HI vol. in-8) ont, il faut Tavouer, nié Tantiquité originelle de cette sculpture; mais il nous semble que Baulacre est dans le vrai en admettant que « l'architecte qui présida à la construction de « l'édifice chrétien voulut conserver la mémoire du dieu « qu'on y avait servi auparavant, et que, pour apprendre à « la postérité qu'il y avait eu dans ce même endroit un « temple dédié à Apollon, il y fit sculpter la tête de ce « dieu, dans un lieu fort apparent, » t. I, p. 258,
210 III. LBS ÉGLISES.
Maïs, vers le premier tiers du IV"*® siècle, et sous répiscopat d'Ëleutbère, oiort en 33ï S le préfet i^milius se fit baptiser ^ ; le paganisme, déjà supplanté chez un c^tain nombre de citoyens par la religion chrétienne, fut entièrement aboli, et le temple d*ApoUon fut converti en église '.
Durant trois années, sous le ré^ne de Julien (361-364), le culte païen fut, il est vrai, quelque temps rétabli; toutefois, après cette réaction, le christianisme put rentrer en possession des lieux de culte qu'il avait occupés, et notre cathédrale put subsister sans trouble et en paix jusqu'à l'an 500.
Seulement elle eut la chance, depuis klk, d'entendre fréquemment des prédications ariennes, telles étant, à cette époque, les croyances de Gondebaud, qui régnait sur la Bourgogne ^.
1 André Arlaud, Recherches de la vérité des antiquités de la ville de Genève, (Msc. de la Société de Lecture.) Genève sous la domination des rois de Bourgogne, p. i.
2 Pictet de Sergy, Genève, origine et développement de cette république, 1. 1, p. 199, Genève, 1843-45, in-8^
^Journal helvétique. Juin. 1750, p. 511. Besson, Mémoire pour Vhist ecclés, des diocèses de Genève, etc., p. 4.
^ Il est bon cependant, de consigner ici la déclaration que repferme le Dictionnaire encyclopédi^e de la théologie
S^-PIBBRE. 31 1
Il n'en fallut probablement pas davantage pour que Clovis, après avoir conquis ce royaume et s'être emparé de Genève qui en faisait partie, fît brûler réglise de St-PierrQ, et cela par suite du préjugé qui n'admettait pas que les temples de l'erreur pussent jamais être employés à la prédication de la vérité, préjugé dont se rendit l'organe le concile tenu sous Avitus*, en 5i7, à
catholique des docteurs Wetzer et Welte, trad. parGoschler (tom. IX, p. 335, Paris, 1860. Art. Genève) et suivant laquelle « les rois de Bourgogne n*imposèrent pas leur foi « arienne aux catholiques et leuir laissèrent la liberté de t leur culte. »
^ Basilicas haereticorum quas tantâ execratione habemus exosas ut pollutionem earum purgabilem non putemus, sanctis usibus applicare despicimus.» Concil. Epaon, (ann. 517) can 33. Labbe. ConciL, t IV, p. 1580. C*était se montrer plus sévère envers Thérésie qu'on ne Tavait été envers le paganisme; car Prudence avait dit longtemps auparavant qu'on pouvait conserver et purifier les monuments de Rome païenne :
Marmora tabenti respergine tincta lavate, proceres I Liceat statuas consistere puras, Artifîcum magnorum opéra : hae pulcherrimae nostra) Ornamenta cluant patriae, nec decolor usus In vitium vers» monumenta coinquinet artis.
(Prudentius, Contra Symmach. 1. 1, § 19, de potentiâ crucis.)
et nous avons vu qu'à Genève le temple d'Apollon avait servi plus tard au culte chrétien. D'ailleurs le préjugé dont nous parlons n'était pas universel, puisque, dans son 10
me
Epinassey * ou Evionnaz * en Valais , à Yène, Ponsas ou Albon en France ; car on est incertain sur celle de ces localités à laquelle s'appliquait le nom latin d'Epaunum '.
canon le concile d'Orléans, tenu en 511, avait décidé qu'on pouvait consacrer au culte catholique les basiliques ariennes. Voy. Gh. J. Revillout, De Varianisme des peuples germaniques qui ont envahi f empire romain, Paris et Besançon, 1850, in.8, p. 202.
1 Briguet, Concilium Epav/nense etc, fixum in Epaunensi parochiâ Vallensium, vulgô Epenassex. Seduni, 1741 ; voyez Journal helvétique, Juin 1742, p. 87 ; Baulacre, Œuvres hist et litt.y t. II, pp. 95-99.- Boccard (chanoine), Histoire du Vallais. Genève, 1844, p. 22.
® Keller, Reisekarte der Schweiz.
3 La dernière paraît la plus probable; car, 1° si un acte de Tan 831, rapporté dans les Capitulaires de Baluze (t. II, col. 2433), mentionne un « vicum qui dicitur Epaonis, qui « erat ex regione S' Mauritii, » on ne peut pas entendre ce dernier nom de St-Maurice en Valais, fondé par Sigismond peu de temps avant 516, date de la mort de Gondebaud, et d'abord connu sous le nom à'Agatmum (Spon, Hist, de Genève, 1 1, p, 24 ; Revillout, ubi suprà, p. 203, n. 1). Il est positif qu'au temps d' Avitus le nom d!Agaunum était encore le nom habituel du bourg connu plus tard seulement sous le nom de St-Maurice. Car un fragment d'une homélie prononcée par cet archevêque le 22 Septembre porte que cette homélie fut prononcée in basilicâ sanctorum Agaunetisium in innovatione monasterii, ipsius vel passione martyrum. Il ne faut pas oublier, au contraire, que la principale église de Vienne est dédiée à St-Maurice, patron de cette ville.- 2* On yoit dans l'ouvrage de Mabillon, De re diplomaticâ (Parisiis
Après le départ des Francs, c'est-à-dire entre les années 500 et 516, car nous ne saurions donner au fait dont nous parlons une date plus précise, une église latine fut reconstruite à Genève par les ordres de Gondebaud, et elle fut solennellement consacrée, l'an 516, par Avitus, archevêque de Vienne *, auquel, en tant que métro-
1709 fol° p. 566,) qu'Epaone pouvait être vue de Vienne même, étant « in viciniâ et in prospectu ipsorum Archiepiscopi et canonicorum Viennensium » (voir Baulacre, Œurvres hist et litt, t. II, p. 95). -3° Il est souverainement improbable qu' Avitus, archevêque de Vienne, ait été convoquer un concile dans une localité aussi éloignée de sa métropole que Tétait le Valais et ne l'ait pas plutôt assemblé dans un endroit bien plus rapproché. Toutes ces raisons nous conduisent à voir Epaunum dans le bourg d*Albon, situé dans le diocèse de Vienne et dans Tarrondissement de Valence.
1 Dans l'édition qu'il a publiée des œuvres d' Avitus (Parisiis, 1643), Sirmond a mis au jour un fragment du discours de consécration, que l'archevêque de Vienne prononça en cette circonstance : Dicta (homilia) in deâicatione basi-' Ucœ Qenevœ : « Novimus et miramur ex evangelica lectione divitem.... > En voici im passage qui a été traduit en français par M. le past. Nsef : t Réjouis-toi donc, illustre mar- • chand, invincible monarque, de la dépense que tu viens
< d'accomplir ; fais jaillir tout à la fois de. ton trésor des t choses vieilles et des choses nouvelles, tu as reconstruit « ce qui s'était écroulé, tu as raffermi ce qui s'était ébranlé, c et, dans un seul jour, tu as réuni la solennité de plusieurs
< dédicaces. Par la force de tes prières et de tes supplica-
214 III. LUS ÉGLTâEâ.
politain, ressortissdit, comme suSragant^ Maxime, évêque de Genève *. Mais je ne pourrais pas aflîr-
« tions, tu as relevé ce que les ennemis avaient renversé, t Que, dans ces nouveaux sanctuaires, la sainteté fasse de t nouveau sa demeure. -Non, Seigneur, tu n'as pas enve- « loppé honteusement dans un linge la somme qui t'était « confiée ! tu ne Tas pas enfouie dans les entrailles de la « terre I et, non content de rendre ce que tu avais reçu, tu « veux yjoindre encore les fruits de ton travail I Vous donc, « mes chers frères, priez le Seigneur pour que, si jamais 1 quelque grande calamité venait fondre sur nous et dé- 1 truire les objets que nous consacrons à son service, il les « rétablisse encore comme aujourd'hui, pour que ce grain « de froment, coupé dans sa maturité, produise une abon- « dante moisson. Que notre roi, semblable à Job dans les « épreuves, recouvre comme lui ses richesses, digne ré- « compense d'une patience sans bornes, et qui double le « mérite de sa victoire ! Et, pour tout dire en un mot, qu'il « reconnaisse par ses nobles succès que, si les épreuves du « chrétien ne sont pas perdues, même pour cette terre, elles « sont bien plus puissantes encore pour nous conquérir les « biens éternels (F. Naef, Avitus, archevêq. de Vienne^ dans la Bihlioth, unH). Février, 1849. p. 308 et s.
1 Avitus demanda pour la nouvelle église au pape Symmaque une relique de l'apôtre St-Pierre (Aviti epistola 27) et le pape ne la refusa point, car il envoya une partie du cerveau de St-Pierre. Mais, à la Réformation, on ne trouva plus à la place qu'un morceau de pierre ponce. Etait-ce peut-être l'effet d'un miracle qui aurait soustrait aux hérétiques une relique dont ils étaient indignes? Alors, il faudrait en voir un pareil dans ce bras de St- Antoine qui était aussi jadis à St-Pierre et à la place duquel on ne trouva phis que ce que Froment nomme une pible de cerf. Actes et
mer que Vexécrable hérésie d*Arius ne souillât plus la nouvelle église comme la précédente *, et ce fut peut-être pour ce motif que Contran, petitfils de Clovis, fit, en 584, réédifier une deuxième basilique*, dont, avec Baulacre '^, on regardera
gestes merveilleux de la cité de Genève, cb. 33.- Pible vient du moi populus (peuplier); voir, dans le Glossaire de Du Cange, Tari. Pibol, t. V, p. 241 ; et Pible, t. VII, p. 260. Paris, 1845 et 1848. Ce mot doit avoir ici le sens de bois; pible de cerf, bois de cerf.
1 Les convictions ariennes de Gondebaud n'étaient pas inébranlables. Placé entre le parti catbolique, d*un côté, dont Clovis était le zélé défenseur et Avitus le représentant le plus distingué, et le parti arien, d'autre part, qui dominait dans toute la Bourgogne, mais qui, vis-à-vis des Francs, se trouvait n*être qu'une faible minorité, la politique arracba à Gondebaud des concessions qui pouvaient satisfaire les catholiques. Voyez De Gingins-La-Sarraz, Essai sur tétabUssement des Burgunden dans la Gaule, Turin, 1837, broch. 4"*. Revillout, ubi suprà, pp. 185-214. Ce dernier auteur, du reste, en citant un passage de la collection des Conciles de Labbe, (Plurimi Ariani ad pœnitentiam venerunt, 1. 1, p. 1322 B) dit que le roi ne mit aucun obstacle à la conversion des Bourguignons qui voulurent se faire catholiques (Revillout, p. 188).
3 C'est, du moins, ce qu'affirme un.auteur allemand du Xyjme siècle, Wolfgang Lazius, dans son ouvrage intitulé : De genUum aUquot mig^'ationibus, sedibus fixis, etc. Basil, 1557. Voyez Journal de Genève du 21 Novembre 1789, Contran le fit peut-être en raison de ce que Cariatho, avant d'être évoque de Genève (584) avait été attaché à sa maison et lui avait probablement rendu des services dont il était reconnaissant. — ^ Baulacre, u, s, i I, p. 230 et s.
S16 • m. UES ÉGLISES.
la construction comme fort improbable si Ton y cherche une cause matérielle, mais dont, avec Spon, M.. Picot et M. Blavignac *, on comprendra la fondation, si Ton admet qu'elle fut reconstruite pour motif de conscience.
Trois cent cinquante-quatre ans s'étaient à peine écoulés depuis Contran, que St-Pierre menaçait de tomber en ruine ; le roi Conrad le Pacifique en ordonna donc la démolition, pour faire bâtir à la même place une nouvelle basilique, dont révêque Fraudo, entre 938 et 950, bénit la première pierre. Conrad ne put pas achever son œuvre ; 5on successeur, Rodolphe III, dit le Fainéant, la poursuivit après lui, et, grâces aux libéralités de l'impératrice Adélaïde et de son petitfils Othon, venu peut-être avec elle à Genève en 999, les travaux approchèrent bien de leur fin, sans que ces libéralités pussent être considérées comme un empiétement sur les droits dé Rodolphe. Ils furent enfin terminés sous l'empereur Conrad le Salique, entre 1034 et i039 *.
^ Spon, Hist de (r., 1. 1, p. 29 ; Picot, Hist. de G., t. I, p. 25; Blavignac, Mém, et Doc, de la Soc, d^hist. et d^ar^ cHéoL, t. VI, p. 98.
2 On trouve dans VInventaire des Archives du Vatican, rédigé par le cardinal Garampi: lettres de Grégoire ÏX, an YI de son pontificat^ n"" 136^ un passage qui concerne
8^-PIBERB. 217
Rappelons ici que, vers Tan iOOO, l'évéque Hugues, ayant cédé à l'abbé de Cluny l'église de St- Victor, avait transféré à Téglise nouvelle le titre de Ste-Croix et les droits de cathédrale.
Mais, si Conrad parut avoir achevé l'édifice, ce n'est pas à dire que des événements, ou plutôt des catastrophes diverses dont nous parlerons bientôt, n'aient nécessité, après lui, des reconstructions plus ou moins fondamentales. Seulement, avant d'en faire mention, je dois maintenant dire quelques mots de la structure générale de l'édifice, que M. Blavignac regarde comme ayant été repris en sous-œuvre, après Conrad le Salique, par les francs-maçons particulièrement, et comme appartenant, dans son ensemble, à la fin du XIP® et au commencement du XIII"*® siècle *.
L'église est en forme de croix latine, et la lon-
Téglise àe Genève et qui a été copié, en 1848, par le comte Marîni, préfet des Archives du Vatican. Il est ainsi conçu :
....Episcopo Geffennensi.... ut iterum relaxet indulgentias pro fabrica ecclesie Gebenn. que suspense fuerunt ob discordiam ortam inter ipsum Episcopum et Gapitulum super designatione collectons eleemosinarum : jubet Pontifex ut illa ecclesia magno et somptuoso ediûcio constructa perfi- GiATUR. Chartes inédites dans les Mém, et Doc, de la Soc. d'hist. et d^archéol, t XIV, p. 23.
1 Description de ^église de St-Pierre dans les Mém. et Doc, de la Soc, dhist, et é^archéoL, 1845, i IV> p. 112.
gueur intérieure, depuis le portail jusqu'au fond de Tabside, longueur qui mesure aujourd'hui i87 pieds seulement, en comportait autrefois 206, avant la construction du péristyle qui constitue la moderne entrée. Quant au transsept ou à la partie transversale de la croix, la longueur en est de 112. La largeur totale de l'église, d'une paroi à l'autre, est en moyenne de 65 pieds, et celle de la nef entre deux piliers est de 26 ; ce qui laisse pour largeur à chacun des bas-côtés 15 pieds 6 pouces, en attribuant 4 pieds de diamètre à chaque pilier. Enfin, la hauteur des bas-côtés est de 51 pieds environ, tandis que celle de la nef, depuis le sol aux cle£s de voûte, est de 65 pieds à peu près.
Or, qu'était-ce que tous les chiffres que nous venons d'indiquer ? C'étaient des chiffires cabalistiques, des nombres sacrés, ainsi- que nous l'a appris dans sa Description de l'Eglise cathédrale d'Autun, publiée en 1845, un cSanoine de cette église, bientôt reconnu pour être M. Devoucoux, vicaire-général d'Autun, et, dès 1858, évêque d'Evreux.
On sait qu'en hébreu, ainsi que dans plusieurs autres langues, les chiffres sont représentés par des lettres de l'alphabet ayant une valeur déter-
S*-PtERRE. 24d
minée. D'après le savant auteur, ce seraient certains mots hébreux qui, par la valeur numérique des lettres dont ils se composent, auraient fourni aux francs-maçons du moyen âge quelques-unes des principales dimensions des églises :
"^^T ( JDaW, parole) équi val . à 200 + 2 + 4* = 206 ''3"IÏ< (Ado/im!, Seigneur) » 10+50+4+1= 65 T\i'fV ( Mo^aft, Eternel) » 5+6+5+10= 26
Vk {ÈL Dieu) )) 30+1 = 31
]\22, {Éi'mïân.émoe) » 50+10+50+2=112
De là le feit que ces nombres, sauf le dernier, se rencontrent dans la cathédrale d'Antun, et que nous trouvons entre celle-là et celle de Genève quatre dimensions identiques :
S'UZARE D'AUTUN **. S'PIERRE DE 6ENÈVE.
Pieds. Pieds.
Longueur de la nef 206 Idem (avant 1749) 206
Largeur des trois nefs. ... 65 Idem .... 65
Largeur de la grande nef . . . 26 Idem . . , . 26
Largeur entre les
arcs doubleaux Idem des baa-côlés
de la coupole . 31 réunis . . . 51
* Ces chiffres, il est à peine besoin de le dire, sont disposés ici dans le même ordre que les lettres hébraïques, allant de gauche à droite pour le lecteur français.
** Description de V église cathédrale ^Autun dédiée à St-
âiO tii. LBS ÉGLISES.
Et cela n'a rien d'étonhant si, premièrement. Ton admet que St-Pierre de Genève fut reconstruit à la fin du XIP® ou au commencement du XIIP® siècle, tandis que, d'après Mgr. Devoucoux, St-Lazare d'Autun avait été consacré déjà en 113S; si, en deuxième lieu. Ton n'oublie pas que Genève, ainsi qu'Autun, appartenait au royaume de Bourgogne, et si Ton admet, en conséquence, que l'architecture burgonde avait ses règles à elle.
Quelles étaient actuellement ces règles ? Dans notre incompétence sur un tel sujet, nous He nous targuerons pas d^en connaître même plusieurs ; mais nous croyons que l'ancien vicairegénéral d'Autun, maintenant Mgr. d'Evreux, en a signalé une vraie.. Que les dimen^ons ci'-dessus indiquées offrissent des proportions convenables, que, par leur combinaison, elles contribuassent à réaliser le ieau en architecture, il n'est rien de plus certain ; mais que l'accord exact des chiffres qu'elles représentent avec la valeur numérique de certains mots h^eux fût un pur effet du hasard, c'est à quoi, pour notre part, nous ne •sauriona souscrire, et nous avouons humblement
Lazare, par on chanoine de cette église d*Au^, 1845, in-S^ pp. Î6 et s.
S^-PIERRÈ. iil
que notre scepticisme ne va pas jusqu'à une supposition de cette nature. Les dimensions assignées aux deux édifices sont-elles bien conformes à la vérité ? L'accord de tîes dimensions avec la valeur numérique des mots hébreux que nous avons cités est-il bien réel ? Voilà, à ce qu'il me semble, les seuls points qu'on puisse essayer de contester ; et , si l'on ne peut pas les ébranler > il faudra certes admettre tel quel le système de Mgr. Devoucoux.
Ce système, à nos yeux, est fortifié par l'appfîcation que nous en avons faite à l'appendice de notre cathédrale, je veux dire à la chapelle de Jean de Brogny. Jusqu'à ce jour, l'origine du nom de Macchabées, qu'elle porte actuellement, était restée incompréhensible à tous nos archéologues * . Or, en appliquant a ce nom le principe que nous avons feit connaître, il se trouve que le
mot hébreu ^?î^? {Maqqâbâih Marteau) a pour valeur numérique 5 + 2 + 100 + 40 = i47.
Ce chiffre se rencontre-t-il dans une dimension unique de notre chapelle? Non, sans doute.
Mais, s'il est formé par la somme de deux dimensions séparées, le système sera vrai encore et le
1 Baulacre, Œuvres historiques et littéraires, 1 1, p. 340 ; Senebier, Journal de Genève du 27 mars i790.
222 m. LES ÉGLISES.
nom de Macchabées, expliqué. Eh bien! c'est ce qui a lieu : la longueur de la chapelle est de 65 pieds, et, si Ton en mesure la hauteur à partir de la prolongation sur les Macchabées d'une ligne affleurant la surface supérieure de l'ancien perron de St-Pierre jusqu'au pignon de la chapelle, on trouvera une mesure de 84 pieds, qui, ajoutée à 65, donne bien i47. Il est à remarquer que ces deux addendes représentent 9 fois 7 et 12 fois 7, autrement dit 21 fois 7, ou plutôt le nombre 5 multiplié par le carré de 7, le chiffre de la Trinité multiplié par le carré du nombre sacré des Hébreux. Ainsi, le nom de Macchabées est pleinement justifié par la longueur et par la hauteur de l'édifice érigé sous ce nom, et il serait besoin d'une explication faisant connaître pourquoi on l'a employé, qu'elle se trouverait dans une circonstance toute rituelle : la fête de St-Pierre aux Liens et celle des Macchabées, tombent l'une et l'autre sur le 1®*^ Août.
Les grandes dimensions de St-Pierre et des Macchabées nous ont fait aborfler un point de la symbolique des nombres qui, jusqu'à M. le chanoine d'Autun, était resté assez obscur. Mais il est, dans cette symbolique, des points plus connus dont nous ne dirons rien, parce que d'autres
auteurs en ont déjà fait mention * . En effet, d'autres parties de notre cathédrale offrent des nombres dont la répétition avait des mystères, familiers aux constructeurs du moyen âge.
La nef se composait de dix piliers, cinq de chaque côté, eux-mêmes surmontés de dix travées. L'abside est formée de, la moitié du décagone. Le perron occidental avait cinq faces, et, dans le plan primitif, il y avait cinq autels * .
Je viens de parler de Tabside, et elle nous fera sortir de ces chiffres : elle est inclinée sur le transsept vers le croisillon méridional, et cette inclinaison constitue une allusion évidente au passage où il est dit de Christ : Baissant la tête, il rendit V esprit '•
D'ailleurs, le savant architecte auquel a été confié le soin de notre cathédrale a découvert d'anciennes peintures sous les couches de détrempe qui recouvrent les voûtes de l'abside*.
1 Boisserée, Histoire et description de la cathédrale de Cologne, Paris, i823, fol. Ramée, Histoire générale de tarchitecture, Paris, 1860, gr. in-8^ 1. 1, pp. 91-102.
^ Blavignac, HisL de ^architecture sacrée du IV^* auX^ siècle dans les évêchés de Genève, Lausanne et Sion, Paris, 1853, in-8% p. 303.
3 Jean XIX, 30, Blavignac, p. 278, note 373.
^ Voyez dans les Mém. et Doc. de la Soc. ihist. et d^archéol de Genève, 1845, t. IV, p. 103; la Description de téglise de St-Pierre, par M. Blavignac.
iik m. LES ÉGLISES.
Mais une chose plus visible que ces peintures, ce sont les vitraux qui décorent les six fenêtres de l'abside. Ils représentent saint Pierre, saint Paul, saint Jean, saint André, saint Jacques et
Marie-Madeleine, et sont certainement fort bien conservés. Seulement, ils ne datent pas, on le comprend, de l'origine de l'édifice, et ne remontent qu'à la fin du XV™® siècle, car ils ont été faits aux frais d'André Malvenda, successivement officiai, chanoine et chantre, puis vicaire épiscopal, nommé à cette dernière charge le 9 Février i476 et mort en 1499 *. Ce sont, au reste, les seuls vitraux anciens que l'église possède encore ; car, pour ceux qui décorent les autres fenêtres et les rosaces, ils datent à peine de l'an 1855.
Arrêtons-nous maintenant dans le sanctuaire pour en étudier les principales parties, les chapelles et les autels, les stalles et les tombeaux.
Outre la chapelle des Macchabées, qui aurait bien pu compter comme une de celles de la cathédrale, puisque, j'ai différé jusqu'ici de le dire, on y entrait de l'intérieur et non du dehors, il y
1 Spon, Hist de Genève, t. Il, p. 353 ; La Corbière, Msc des Archives de ÏEtat, p. 60, Blavignac, u, s. p. 121. Voyez aussi dans les Notes supplémentaires à la fin du présent ouvrage, parmi les dons faits à l'église de St-Pierre, celui qui Qst inscrit en tète des autres, sous la date de 14i87i
avait un nombre considérable de petites chapelles. De La Corbière et M. Blavignac en comptent lï ^ ; l'abbé Besson, 25 '. Mais, n'en déplaise aux uns et aux autres, je crois, si La Corbière a eu raison d'en assigner une à St-Denis et une à Ste-Marie- Madeleine, qu'on doit en compter 25. Et ce doit bien être là le véritable chiffre ; car, à ces différentes chapelles, ou plutôt à ces différents autels, Tabbé Besson affirme que 108 chapellenies ou charges de chapelain étaient attachées, et, quand il a fait Ténumération détaillée des autels et des rectorats ou des chapellenies de chacun, il ne mentionne que lOk de ces dernières; il faut donc qu'une omission se soit glissée sous sa plume '.
1 De la Corbière, Msc. des Archives de fEtat, pp. 58 et 59; Blavignac, Descr, de Végl. de St-Pierre dans les Mém» et Doc, 1845, t. IV, p. 120.
2 Besson, pp. 81 et 82.
9 Voici les noms de ces autels ou de ces chapelles d*après lia Corbière et Besson,
Autels Chapellenies Autels Chapellenies
i Ste-Croix Report . 30
2 St-Nicolas 9 7 St-André 5
3 St-Jean-Baptiste ... 10 8 St-Laurent 8
4 St-Eustache 3 9 St-Sébastien
5 SS. Innocents . , . . 2 10 St-Blaise 2
6 St-Antoine 6 11 St-Théodule. .... 3
À reporter, . 30 A reporter. . 48
in. LES ÉGLISES.
La première des chapelles dont je parle était celle de Ste-Croix, dont le desservant était curé de la paroisse de même nom ; ce devait être l'un des chanoines et le prévôt du chapitre.
Autels Chapellenies
Report. . 48
12 StPierre (dans le cloî-
tre) 2
13 St-Michel 7
14 L'Annonciation ... 3
15 St-Etienne 1
16 St-Martin 3
17 Si- Jacques, St-Mau-
rice, St-Alexis ... 6
18 St-Maurice 1
Autels Chapellenies
Report» . 71
19 Ste-Catherine .... 8
20 St-Maculfe
21 St-Esprit 6
22 StJean l'évangéUste. 4
23 Notre Dame ..... 15
24 St-Denis 2
25 Ste-Marie-Madeleine. 2
26 Les Macchabées . . .
Total. . 108
A reporter. .71
Si Ton préfère s'en tenir au chiffre de l'abbé Besson, on peut certainement le faire; mais, en retranchant les autels de St-Denis et de Ste-Marie-Madeleine et en attribuant à ceux de St-Sébastien et de St-Maculfe les quatre chapelles qui font défaut dans le calcul de Besson.
Comme, parmi ces autels, il n'y en a point de dédié à St-Grépin, il faut probablement que ce soit à un autre saint que se rapporte l'autel dont Senebier parle dans les lignes suivantes : « Jean de Brogni...... se souvint du cordonnier
« qui avoit été son bienfaiteur, il en fit son maître d'h6te], « et il lui accorda sans doute un autel dans la cathédrale « pour la corporation des cordonniers quand il fut évèque c de Genève. C'est sans doute , continue le même auteur, c d'après cette donation que les cordonniers s'assemblent c dans l'église, de St-Pierre tous les premiers jeudis de ^uil-
Du reste, nous ne devons pas oublier le maîtreautel, qui était situé au milieu du chœur et du transsept, et derrière lequel, suivant le plan dressé par M. Blavignae, était, vers le fond de l'abside, situé le trône de Tévêque *. Il existe au Musée Rath deux retables qui appartenaient peutêtre au maitre-autel, et qui sont ornés de peintures sur toile. Les faces postérieures, peintes comme celles de devant, représentent saint Pierre délivré de sa captivité par un ange, et le même Apôtre marchant sur les eaux. Les faces principales, dont les fonds et les encadrements sont dorés, offrent. Tune, l'Adoration des Rois, et l'autre, St-Pierre présentant un cardinal-évêque à la Ste- Vierge ; et, comme on lit au-dessous de l'Apôtre marchant sur les eaux, la date MCCCCXLIIII,
« let pour y faire leurs Maitres-Juréà sur la profession ; c'est « en conséquence de ce privilège que les cordonniers don- « nèrent une somme pour la réôdification de la cathédrale < et qu'on leur permit de s'assembler dans la chapelle des « Machabées pendant qu'on travaillait aux réparations de « l'Eglise » (Journal de Genève du 4 Septembre 1790, p. 140, coi. B). Le même fait est rapporté' par M. Blavignae, dans sa Notice sur les fouilles pratiquées en 1850 dans ï église de St-Pierre, p. 18 du VUI"* volume des Mém. et Doc, de la Soc. d'hist et d^archéoL, 1852.
1 Voyez le plan qu'il a joint à sa Description de t église de St-Pierre daos les Mém, et Doc. 1845, t. IV, 100-135.
^28 m. tBS ;SGL|SB8.
M. Blavîgnacena condu avec raison, sçmblç-t-iU que le prélat du sçconcji tableau représente l'éyéque François de Mez oju de Mies, qui fut cardinal du titre de St- Marcel, et qm mourut çp Ikkk. On voit de pli^s sur le même jtableau le nom ^e Conradm Sapientis de BçiMlea * ; c'était probablement celui du peintre auquel on doit ces ouvrages, et qui semblerait originaire de Bâle * . Un Suisse avait donc, aji milieu du Xy^* siècle, travaillé pour Genève en attendant que jGeiaèye> BU commencement du XI^"**, entrât dans la Confédération.
J'ai parlé, il y a quelques instants, di; trône de révêque ; il est juste que je parle actuellemenf des stalles pu des sièges des chanoines. S'appuyant sur de très-fortes considération^, le savant architecte dont j'ai fréquemment parlé regarde ces magniGques sculptures sur bois dont le bas se termine par des sièges mobiles, ay^nt par dessous des sculptures saillantes ^ comme ayant primiti-
1 Selon toute apparence, en allemand Conrad Weise.
5 Blavignac, Description de V église de St^Pierre dans les Mém, et Doc,^ t. IV, p. 120. Les deux retables qui représentent St'Pierre sont reproduits dans le dit volume aux planches 2 et 3.
3 On donne à ces saillies qui sonjt attachées sous le siéf e des stalles et sur lesquelles on peut, eu quelque
8*-PIBRIUE.
vement appartenu à la chapelle des Florentins * . Mais, si les Genevois avaient cédé une chapelle aux Florentins, avec lesquels, au moyen-âge, ils étaient en relations fort suivies ', ne peut-on pas présumer que ces derniers, par reconnaissance, peuvent avoir fait présent à notre ville et pour notre cathédrale des stalles qui la décorent? Ainsi s'expliquerait le fait dont parle M. Edouard Mallet dans une note sur le Recwil des renseigner ments relatifs à la culture des beaux-arts à Genève, qu'a publié feu M. le syndic Rigaud ', savoir que, le l^^ Juillet 1414, le Chapitre aurait donné à Maître Jean Prindal l'ordre de faire pour l^ çlmnpiqes des fori^e^ qui représepteraieat la
manière, être assis lors(}ue le siège est levé, le nom de miséricordes.
^ Bestauration des stalles htmtes de ïav\,cienne cathédrale de Genève., dans les Mém. et Doc, i849, t. VI, p. 143.
^ Cette année (1494) fut tenu propos à Genève que les c marchans Florentins qui se tenoient à Lyon, vouloient c tenir illec leur train de marchandises, pourveu qu'ils « puissent trafiquer seurement par le pais de Savoie et des « Ligues. Pour quoy ceux de Genève impétrèrent deux « quartiers, mais ils appoinctarent avec le Roy avec lequel c ils estoient par adventure en discorde, que les faisoit « cela faire, pour quoy fi^ mis le pied sur celle besogne. » Bonivard, Chroniq., 1. II, ch. 12, éd. Dunant, t. I,p. ill.
3 Mém. et Uoc. de la Soc. ^kist. et (j^archéol., 1845, t. lY, p. o4.
250 m. LES ÉGLISES.
vie de St-Pierre, et que les formes furent alors exécutées, mais avec d'autres sculptures. On pourrait alors conjecturer que les Florentins, se chargeant des frais, voulurent laisser un souvenir d'eux et dans ces stalles et dans celles de St-Gervais, qui ont la même origine* . Ce n'est, du reste, qu'une simple supposition que j'énonce très-humblement , car il ne m'appartient pas de rien décider en pareille matière.
La partie supérieure des stalles, comme il vient d'être dit, ne représente point la vie de St-Pierre : elle représente les douze articles du Credo, écrits sur des phylactères, ou plutôt les différents Apô-
1 C'était en 1463 que le privilège des foires avait été enlevé à Genève par le duc Louis de Savoie, pour être transféré à Lyon (Voyez J. Sarasin, le Citadin de Genève. Paris, 1606, in-8°, p. 75; Spon, Hist, de Genève, 1. 1, p. 90; Grenus, Fragm, hist. sur Genève avant la Ré formation, p. 40), et, dès lors, on avait fait diverses tentatives pour les ramener dans notre ville (Spon, ibid,, p. 91; Grenus, 3 Dec. 1476, 1«' Mai 1484; 31 Oct. 1485, 11 Août et 12 Sept. 1486; 29 Oct. 1492), Il n'est donc pas étonnant qu'à ces tentatives, dont Favant-dernière émanait des Lucquois, en succédât une des Florentins, celle dont Bonivard fait mention (voyez la note ci-dessus). Toutefois, il n*est pas probable que les efforts des Florentins pour s'établir dans notre cité, remontent seulement à ce moment-là : alors ils furent infructueux puisqu'on mit le pied sur celle besogne. C'est donc à une époque antérieure et sans doute fort antérieui'e qu'ils doivent y avoir trafiqué et demeuré.
8*-PIEREE. 251
très auxquels la tradition attribue ces articles^ tenant les bandelettes où ils sont écrits en latin, et, alternativement avec les Apôtres, les prophètes qui ont émis des déclarations toutes semblables. Les prophètes sont ordinairement placés avant les Apôtres. Mais le premier article du symbole ou plutôt l'Apôtre auquel on l'attribuait a disparu ainsi que le prophète qui le précédait, ou peutêtre les stalles ne présentaient-elles point ce dernier ; et, successivement, on voit, pour les cinq articles suivants , s'aligner les figures de David , de St- André, d'Esaïe et de St-Jacques le Majeur, de Zacharie et de St-Jean, d'Osias et de St-Thomas, d'Amos et de St-Jacques le Mineur, cinq couples, en tête desquels manque une figure, si ce n'est deux.
Mais, chose bizarre ! la série des articles du Credo, après celui-ci : Il est monté au ciel où il s'est assis à la droite de Dieu^, est interrompue par un personnage étonnant : ce n'est rien moins qu'une sibylle, oui, la sibylle d'Erythrée portant un livre ouvert où se trouvent des caractères inconnus, et ayant sur sa bandelette des mots latins qu'on peut traduire comme suit : « L'incrédule et
^ Ascendit ad cœlos, sedet ad dexteram Dei patns omnipotentis.
StZ^ m. LES ÉGLISES.
le fidèle serviront en conséquence Dieu. » Changeanl; un peu les vers de La Fontaine, on peut donc certes bien dire :
Que venait faire La sibylle en cette affaire ?
Elle était considérée par la tradition comme Tauteur de prédictions annonçant Tavénementdu christianisme, et qu'on mettait faussement sous son nom. Puis elle représentait sans doute le monde païen, qui doit, un jour, adorer Dieu aussi bien que le monde juif, suivant la prédiction du Seigneur qui a dit : « Quand f aurai été élevé « de terre, j'attirerai à moi tous les hommes * . »
Les figures dont je parle sont celles qu'on voit encore au bas côté méridional ; mais elles ne nous font arriver qu'à la moitié du symbole. L'autre moitié se voyait sur des stalles qui ont été détruites au milieu du siècle dernier, et les noms des personnages nous ont été conservés par Flournois, par feu M. le docteur Chaponnière et par
1 Ev. selon St-Jean, XII, 32. L*hymne célèbre de la messe des morts pour le jour de la Toussaint, tel qu'il se trouve dans le Missel romain, commence par les mots suivants :
Dies irse, Dies illa Solvet seclum in favillâ Teste David cum sibyllà.
M. Blavignac*. Ce sont Sophonie et St-^Philippe, Joël et St-Barthélemi, Salomon et St-Matthieu, Michée et St-Simon, Ezéchiei et St-Thaddée, puis , pour le dernier article du Credo , — la vie éternelle , — Daniel probablement * et St-Matthias',dont les noms manquent sur les listes données par ces auteurs. La série était terminée par une seconde sibylle, savoir la sibylle tiburtineou d'Albunée, qui y était bien certainement et qui portait sur sa bandelette les mots : Christ naîtra à Bethléem et sera annoncé à Nazareth *.
J'ai dit un mot, en passant, des stalles de St- Gervais, et il est juste que j'y revienne ici, puisque M. Blavignac leur attribue la même origine qu'à celles de St-Pierre et les jait sortir également de la chapelle des Florentins ^ Le nombre de 21, auquel il nous dit qu'elles s'élevaient quelques années encore avant ilkd ^ et qui a été ré-
^ Restauration des stalles hautes de fane, cathéd, de Ge* nève dans les Mém, et Doc. de la Soc. d'hist. et ^archéol», 1849, t. VI, p. 144. - 2 ibid. t. VI, p. 148.
3 Daniel, Xïï, 2.
4 Fabricius, Codex apocryph. N. T. Part. III, p. 339 Hamburgi, 1719.
5 Nascet'; XPS in Bethléem et annunciabitur in Nazareth. Mém, et Doc. t. VI, p. 146. Voyez d'ailleurs, à la fin du présent ouvrage, la note IV, sur les stalles de St-Pierre.
6 Mém* et Doc, de la Soc, cthist, t. VI, p. 143 et 149.
duit à 16, joint à celui de 26, qui était le nombre des stalles de St-Pierre,. aurait donc porté à 47 le chiffre total des stalles de la chapelle des Florentins. C'est, on en conviendra, un chiffre considérable pour une simple chapelle, et notre supposition (pwe supposition, il est vrai) d*un présent fait aux Genevois par reconnaissance, l'explique peut-être bien mieux.
Les stalles de St-Gervais étaient ornées, dans leur partie supérieure, et comme les bords d'une ombrelle, d'une sorte de dentelle en bois sculpté, dont on s'est servi pour décorer, comme d'un diadème, l'abat- voix de la chaire*. La plupart d'ailleurs ont disparu avec les personnages qu'elles représentaient*; il n'en reste plus que huit adossées contre la face orientale de l'église et représentant , celles de gauche : 1 ^ Elie, que Jésus
1 La môme chose a eu lieu pour la chaire de St-Pierre où l'on a placé la bordure sculptée qui ornait la partie supérieure des stalles du bas-côté méridional.
^ Plusieurs traits de Thistoire sainte se trouvaient sur des stalles qu'on chercherait vainement à cette Ireure soit à St- Gervais, soit dans notre cathédrale. Ainsi Senebier mentionne la tentation d'Eve, TAnnonciation, la Naissance de Jésus-Christ, l'Adoration des Mages, la fuite en Egypte, la poche de St-Pierre, la conversion de St-Paul, qu'on ne trouve plus aujourd'hui. Senebier, Journal de Genève du 4 Sept. 1790; Mém, et Doc. t. VI, p. 150.
désigna comme revenu sur la terre dans la personne de Jean-Baptiste S Elie dès-lors portant Tagneau avec la légende Eccè agnus Dei, sur son phylac- , tère ; T St-François d'Assise, avec la tête entourée d'un nimbe à filets, ayant sur la poitrine, aux pieds et aux mains, les stigmates des plaies de J.-C, et portant une croix, où un séraphin qui y est attaché rappelle au religieux une vision miraculeuse du saint sacrifice qu'il lui fut donné de voir ^ ; 3° Un ange, avec un étendard ou cartouche où se lisent encore les mois Eccè agnus Dei fort élégamment sculptés ; 4° Un ange aux ailes éployées, avec les deux lis de Florence et leurs feuilles. Celles de droite 1^ Un ange avec les mêmes armoiries au-dessous desquelles se lisent les lettres I.H.S. ; 2^ Un second ange avec la bandelette Eccè agnus Dei ; 3*^ Un Franciscain ; 4° Jean-Baptiste, ayant, comme Elie, le vêtement de poil de chameau, et portant l'agneau, avec ces mots sur son phylactère : Eccè agnus Dei. — J'en reviens actuellement à la cathédrale.
Pour terminer ce qui concerne sa chaire, je dirai qu'elle a occupé différentes places : elle fut, parait-il, une fois placée contre la seconde colonne
1 Malachie IV, 4; Matth. XI, 14.
2 Blavignac, u, s, p. 149.
^(6 m. LCS ÉGLISES.
à partir du croisillon méridional, et c'est de là que, le 8 Août 153S, Farel fit, pour la première fois dans ce temple, entendre sa tonnante voix. Mais tous les prédicateurs ne l'avaient pas forte comme lui ; on se plaignait donc de ne pouvoir pas bien les entendre, et le 29 Août 1543, la chaire fut transportée à la place qu'elle occupe actuellement* .
Il est aussi dans St-Pierre une autre chose qui a bien changé de place ; ce sont les pierres sépulcrales. N'allez pas, en voyant ce grand nombre de tombeaux qui s'offrent à vos regards, soit au bas côté méridional, soit à l'extrémité de la nef, près de la grande porte, vous imaginer que ces tombeaux recouvrent véritablement les restes des personnages dont ils portent les noms. Celui du cardinal de Brogny déjà, ce marbre noir, si facile à reconnaître par les bottines en plâtre qu'y fit incruster la corporation des cordonniers, voulant constater ainsi son attachement pour le prince de l'Eglise, celui du cardinal de Brogny, dis-je, était primitivement dans sa chapelle * .
1 J.-J. Rigaud, Rec. de renseign. relat à la cuit, des beaux-arts à Genève, Pari I, § 3. Dans les Mém, et Doc. de la Soc. d*hist. et d'archéoL, 1845, t. IV, p. 54.
^ M. Blavignac transcrit une inscription qoi^ suivant M«
8^*PBERB. Ml
Le tombeau.de Théodore Agrippa d'Aubigné^ ce grand poète et ce noble guerrier du temps d'Henri IV, qui vint finir ses jours au château du Crest, près Jussy ^ , le tombeau du jeune baron Jean de Kaunitz, qu'on retrouva si merveilleusement conservé dans sa bière d'étain, après 115 ans de sépulture* , le tombeau de Michel Roset, ce magistrat, à la fois, ce diplomate et ce ehroniqueur si plein d'amour pour son pays, le tombeau de Théodore de Bèze, dont je ne sais trop si l'on connaît l'emplacement actuel mieux que celui de Calvin dans notre cimetière, et tant d'autres enfin qui ont recouvert, avant la Réformation, les restes de chanoines et de personnages distingués ', étaient primitivement dans le Cloître.
Tabbé Grozet, aurait été gravée sar le tombeau de Jean de Brogny ; mais, à ses yeux, rien n'en constate l'authenticité. Armoriai genevois, L IV, ch. II, § 75. Voy. Mém. et Doc, 1849, t vu, p. 54.
1 Ne pouvant donner ici toutes les inscriptions funéraires qui se trouvent dans notre cathédrale, nous renvoyons nos lecteurs à V Histoire de Genève par Spon, ou aux Mémoires et Documents de la Société d'histoire et d'archéologiey^o\\i celles que nous ne citerons pas ici. Celle de d'Aubigné se trouve dans le II"'* vol., p. 360, du !•' ouvrage, celle du duc de Rohan, p. 365. Voyez les, du reste, à la fin du prés. vol.
2 Mém, et Dofi. 1849, t. VI, pp. 113, 135 et 136.
3 Voyez en la liste dans nos Notes supplémentaires, note V.
Le Cloître , qui servait de demeure aux chanoines morts ainsi qu'à plusieurs des vivants, car tous ne pouvaient pas y loger, et ceux qui n'y avaient pas leur domicile occupaient une rue à laquelle ils ont donné leur nom, le Cloître, dis-je, occupait Tangle compris entre le côté septentrional de St-Pierre et TEvèché, notre prison actuelle * . Il fut vendu, le 25 Juin 1721, à M. Gédéon Mallet, qui acheta quelques maisons voisines et fit bâtir la belle maison que possède actuellement M. de Fernex. Les pierres sépulcrales qui s'y trouvaient furent transportées dans le temple de St- Pierre ; mais il serait téméraire de dire qu'on y transporta également les restes qu'elles avaient recouvert. Ainsi beaucoup des pierres eu question ne sont que des cénotaphes.
Il n'en est, au reste, pas de même de quelques tombeaux d'évêques, ensevelis dans cette église depuis l'an iOOO ^, tandis qu^'avant cetle époque
1 Nous n'avons pas pensé devoir donner aucun détail sur Tancien bâtiment de TEvêché, parce qu'il a été en i840 dans les Mém, et Doc. de la Société ^histoire et ^archéologie de Genève, l'objet de deux excellents rapports de M. PaulLuUin. ( i841, t. I. pp. 1-14 et 204-221.) Ces rapports sont accompagnés de quatre planches.
2 On n'en a pourtant retrouvé qu'un, celui de Guillaume de Marcossay (1366-1377), dans le caveau duquel fut placé.
S*-PIERRB, 239
les évêques Vêtaient à St-Victor, alors cathédrale de Genève, et il n'en est pas de même, non plus, du tombeau de Henri de Rohan , ce vaillant et fidèle chef des réformés français , qui sut résister si longtemps à Louis XIII et à Richelieu. Notre ville avait eu le bonheur de le posséder plusieurs mois dans ses murs, où il avait pensé à s'établir en 1637; et quand, en Avril 1638, il ftit mort des suites d'une blessure qu'il avait reçue au siège de Rheinfeld, Genève se fit gloire d'accorder à la duchesse de Rohan l'hospitalité funéraire qu'elle sollicitait pour la dépouille mortelle du héros, et, le 27 Mai, il fut enseveli à St- Pierre, où spectable Théodore Tronchin prononça son oraison funèbre. L'autorisation de lui ériger un monument fut demandée et accordée, quatre années après, et l'on ensevelit plus tard dans le même sépulcre, un jeune homme, du nom de Tancrède, qui avait été tenu caché, pendant son enfance, à tel point que nul, sinon sa mère, n'en connaissait l'existence ; puis on y ensevelit aussi la duchesse mère elle-même, morte en 1660*.
en 1627, le corps du duc de Rohan. Mém, et Doc, 184S, t. IV, p. 116.
1 Fragment historique sur le duc Henri de Rohan, sur son séjour à Genève et sa sépulture, Extr. de ^Bibliothèque
tt
$40 m. us ÉGUBBS.
De la chapelle que nous appelons actuellement du duc de Rohan, et qui est située à droite de l'abside, transportons-nous à la gauche de cette même abside, et là, derrière la première chapelle, tout auprès du trône épiscopal, nous trouverons l'ancienne sacristie, séparée toutefois par une cloison de cette première chapelle. A côté de celleci, est celle de Ste-Croix, qui est, par conséquent, à l'angle nord-est du croisillon septentrional, et qui donne son nom à l'édifice, au moins dans l'Accord perpétuel de 1420. A côté de la chapelle de Ste-Groix est la porte par laquelle le prince-évêque se rend à l'évêché, comme les chanoines au cloître ; puis vient la sallQ des archives, notre sacristie actuelle. Tout cela ne mérite pas que nous en parlions avec détail.
Mais, arrêtons-nous maintenant de l'autre côté des archives, et tournons le dos à Ste-Croix. Devaut nous est une porte qui ne se ferme qu'avec des verroux ; à côté et au-dessus, sont deux petites fenêtres grillées d'où l'on pouvait voir la célé-
universelle àe Juillet et Août 1844. — Voyez aussi deux articles de M. Georges Mallet sur le duc Henri de Rohon àhïisV Album de la Suisse romande, Genève, t. III, pp. i44 et 145, et J. J. Rigaud, Recueil de renseign relat à la culU des beaux-arts, dans les Méni^. et Doc» 1847, t X, pp. 14 et 15.
bration de VofDce. Il y a là deux prisons, deux cachots, pour parler plus exactemeat, où Ton renfermait les ecclésiastiques coupables de quelques délits. Au-dessus de la porte du cachot supérieur, se lit le mot latin carcer, en français, prison^ accompagné des clefs en sautoir qui sont les armes du Chapitre. Ces deux cachots forment entre eux le rez-de-chaussée et le premier étage de la tour du nord. Quoique cette tour soit plus tard fermée, nous y monterons cependant par faveur ; mais auparavant je dois, quelques minutes encore, ramener mes lecteurs sous la nef, pour leur faire admirer les cinq piliers qui la supportent de chaque côté.
Chacun de ces piliers est formé de douze étroites colonnes juxtà-posées, dont trois s'élèvent, d'une seule venue, du sol jusqu*à la naissance des grandes voûtes qui viennent s'y appuyer ; les neuf autres s'arrêtent à la naissance des arches dont elles supportent la charpente en pierre. Les chapiteaux de ces colonnes ou de ces piliers offrent des décorations où nous retrouvons le dualisme dont parlait M. Boisserée: d'une part, des chimères, des centaures, des sirènes, des serpents et des monstres, puis plusieurs sujets empruntés à
l'Apocalypse; d'autre part, des scènes mytholo-
giques, telles qu'Orphée jouant d'une espèce de violon et entouré d'oiseaux qui paraissent attentifs à ses chants ; des scènes allégoriques, telles que la personnification de la Synagogue et de l'Eglise; ou enfin des siyets bibliques, tels que la Visitation, la Cène, le voyage d'Emmaiis.
Au-dessus des piliers, et de l'un à l'autre, régnent les travées, dans l'origine au nombre de cinq de chaque côté, et, plus tard, depuis le mi* lieu du XVIIP^ siècle, au nombre de quatre seulement. Chacune se compose d'une grande arche en ogive et de deux galeries superposées. La galerie inférieure ou triforium, est formée de sept petites arcades qui, dans trois travées de chaque côté, offrent une courbure ogivale peu sensible, et, dans les autres, sont à plein ceintre. La galerie supérieure ou à claire-voie se compose de cinq arcs, dont les trois du milieu sout en ogive exhaussée et les deux extrêmes sont trilobés. Dans chaque travée, la claire-voie est formée par trois fenêtres, dont celle du centre est plus élevée que les deux autres. Une seule de ces fenêtres date de la construction primitive; toutes les autres ont été refaites postérieurement au XIV"® siècle.
Enfin, nous ajouterons que Bonivard parle comme ayant été incendiés dans le même siècle
de « deux sales de Leglise de St-Pierre » et d'un « pont qui allait d'une voulte en l'autre dans Le- « glise, » et qui se trouvaient dans la travée détruite, au-dessus du portail actuel * . C'est sur ce pont qu'étaient placées les anciennes orgues, fondues vers les deux tiers du XVI™* siècle *, et les salles en question servaient probablement pour l'enseignement des catéchumènes'.
Mais finissons- en avec ces détails beaucoup trop longs sans doute, quoique, en les empruntant à M. Blavignac presque mot pour mot, je les aie ^ngulièrement abrégés ; finissons-en avec ces détails purement arehitectoniques et cependant né. œssaires pour faire comprendre la structure générale de l'édifice, et, comme je l'ai dit, gravissons l'escalier de la tour du Nord.
^ BoniTard, Chroniques, 1. 1, eh. 34.
^ Le Conseil ordonna, « le 27 Août 1S62, qae la partie « de ces orgues faite en étain fût fondue; il accorda à Thôt pital général une partie de cette matière pour faire la « vaisselle qui lui était nécessaire; il fit imbriquer avec le « reste les cruches dans lesquelles on met le vin de la com- « munion et les vases destinés à porter le vin d'honneur « aux étrangers qui arrivoieût dans nos murs. » Senebier, Journal de Genève du 17 Juillet 1790.
3 Blavignac, Description de f église de St*Pierre dans les Mém. et Doc, de la Soe. d^hist. et ctarckéoL, 1^46. t. IV, p,. 110, note 2.
ikk m. LES ÉGLISES.
I. Au haut de celte tour, nous trouverons les deux belles cloches qui portent les noms de Clé-mence et de Bélier ive.
1° La première, dans une inscription que je vais citer, offre les mots de démens et de clementina, allusion incontestable au nom de Clément VII, qui était le dernier rejeton de la famille des comtes de Genevois, et qui, mort en 1594, avait probablement laissé les fonds nécessaires pour la couler * . Car Tévêque Guillaume de Lornay, sous lequel elle vit le jour, le 25 Octobre 1407 *, mourut un an plus tard', trop pauvre pour avoir pu faire sur ses propres fonds, un tel présent à la cathédrale*. L'inscription latine qu'on lit sur cette cloche signifie ce qui suit :
« Je vous salue, Marie, pleine de grâce. Le Sei- « gneur est avec vous. Que Jésus, Sauveur des « hommes, fils de Marie, salut du monde, Sei- « gneur, nous soit clément et propice. Je m'ap- « pelle Clémentine.»- « Je loue le vrai Dieu, j'ap- « pelle le peuple, je réunis le clergé ; Je pleure « les morts, je mets la peste en fuite, j'embellis
1 La Corbière, Msc, de» Archives de l'Etat
2 Ibid.
3 Le 31 Octobre 1408.
^ Besson, Mém. pour Vhist, eccU Preuves n<» 93^ p. 4455, et s.
« les fêtes ; Ma voix est la terreur de tous les dé- « mons. »
(( Fondue le 25 Octobre de Tau du Seigneur 1407 par M® Guerri de Marclai \ »
2. Quant à lafieZtenve, elle ne portait pas d'abord ce nom : elle en est redevable à une tradition inexacte , suivant laquelle elle proviendrait du couvent de femmes de Tordre de Citeaux, qui était .établi à Bellerive, et elle aurait été transportée à Genève, en 1530, lors de la destruction de ce couvent. M. H. Mallet, dans sa Description de Genève, publiée en 1807, et M. Gaudy-Lefort, dans ses Promenades historiques dans le canton de Genève, ont contribué à lui maintenir ce nom usurpé. Elle en avait un autre plus authentique , et qu'on ne pourra lui contester tant qu'elle se conservera avec Tinscription qu'elle porte :
1 Ave Maria, gratta plena, Deus tecum. J, H, S, Mariœ filiuSf salus mundi, sit nobis démens et propitius. Ego vocor Clementina.
Laudo Deum verum, Plebem voco, cungrego Clerum. Defunctos ploro, pestem fugo, fesia decoro- Vox mea cunctorum fit terror Dœmoniorum.
Fusa die 26 mensis octobris anno Dni 1407. M* Guerri de Marclai fecit (Mém. et Doc. t. VI, p. 118). ^ Ed. de 1849, 1. 1, p. 19.
346 III. LES ÉGliSES.