‹ Les édifices religieux de la vieille GenèveChapitre 43 sur 64 · III. IVous arrivons maintenant à la Tour du · texte numérisé non relu

III. IVous arrivons maintenant à la Tour du

1 M. Gabriel Gallot, f en 1849. — 2 Les mélodies jouées par le Carillon sont les suivantes : !• le fameux air de l'Escalade, ou Ce que laino. 2* le Ranz des Vaches; 3* Tair du petit Chaperon rouge; 4* enfin l'air du Devin du Village de J.-J. Rousseau, qui commence par les mots : Allons danser sous les ormeaux, etc.

Midi, qui, avec ses 150 pieds de hauteur totale au-dessus du sol, déjà lui-même élevé de 9k pieds 7 pouces au-dessus du niveau du lac, cons* titue le plus élevé des clochers de notre cathédrale. Par quelles vicissitudes cette tour avait-elle été ébranlée de manière à menacer ruine et à nécessiter une réparation fondamentale? C'est ce qu'on verra plus loin. Toujours est-il que la réparation eut lieu en ISIO, commeSavyon l'atteste en ces mots : « Geste année le chappitre de Sta Pierre fit refaire le clocher de lad. église qui « regarde le midy, et a mesure qu'on osloit un « quartier de pierre molasse on y mettoit un de « roche qu'on amenoit de la montagne de Croset « en la terre de Gex *. » La tour du Midi, qui fut

1 Aussi lit-on sur une pierre gravée, au bas de la tour, en lettres gothiques, l'inscription suivante :

^ec tmxxs e funbamentta inetanxata tBt

amo MBX^

Voy. Spon, Hist de Gen. t. Il, p. 354. Et le Registre mortuaire des chanoines de St-Pierre, mentionné dans Senebier, Catalogue raisonné des manuscrite de la Bihlio* thèque de Genève (Genève 1779, p. 890) renferme ce qœ suit en date des Ides de Septembre 1514: « Dominus Petrus de Sollerio de Glusis hujus insignis ecclesie cathedralls Ganonieus et equidem magnus operarîu$ , qui reparatioiii$ tempore magne turris marmore hujus ecclesie a parte venti funditus instaurate multum laboriosus suum diligenter fideliterque ofôcium exercuit. »

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ainsi reconstruite, renferme trois cloches : Le Réveille-matin, le Beffroi et le Rebat, devenu plus tard V Accord, de chacune desquelles il faut nécessairement dire quelques mots.

1 . Sur la première, le Réveille-matin, on lit intercalés les uns avec les autres les mots :

t AVE : ÏHS : MARIA SPS SANCTUS f

et Ton y voit plusieurs fois répétée la figure de r Annonciation. Elle était donc bien destinée à être la cloche de quatre heures du matin, et Tannonciatrice ou la messagère du jour, quoique Ton s'en soit servi, jusqu'en 1845, sans qu'on sache pourquoi, à sonner la retraite. Du reste, la cloche qui portait ce dernier nom et le Réveille-matin ont donné lieu à un préjugé que Baulacre a eu raison de repousser. On a cru longtemps que la Retraite marquait l'heure où finissait, le Réveille-matin, l'heure où commençait la juridiction de l'Evéque, l'espace entre ces deux sonneries étant laissé à la souveraineté des syjadics. Baulacre a fait remarquer que les dites sonneries avaient lieu à heure fixe, tandis que, d'après les Franchises données à Genève par Adhémar Fabri, c'étaient le lever et le coucher du soleil qui déterminaient le commencement et la fin de la

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juridiction civile * . Mais, pourquoi arrivait-il que l'évêque gouvernât ainsi le jour et les syndics la nuit seulement ? C'est ce que Baulacre n'explique pas, et ce que les docteurs de l'Eglise disaient néanmoins très-clairement, en comparant au soleil l'autorité apostolique, à la lune, celle des rois de la terre*. Ainsi, à Genève même, Tévêque se réservait le royaume du jour et ne laissait aux magistrats que le royaume de la nuit.

Mais j'allais oublier que je n'en ai pas fini avec

1 Baulacre, Œuvres historiques et littéraires, recueillies et mises en ordre par Ed. Maliet, Genève et Paris, 1857, 1. 1, p. 332 et s. Ignorant aussi le motif de ce partage, Savyon avait déjà dit: « La garde de la ville et cité de Genève et des delînquans appartenoit entièrement de nuict despuis le soleil couché iusques au soleil levant aux syndiques et conseil, partage bien remarquable de gouverner les vns de jour les autres de nuict, ce qui semble avoir esté fait entre les évoques et les citoyens pour s'accorder de la iuri diction temporelle que les citoyens ne vouloyent contre leur ancienne liberté estre entièrement acquise aux euesques. » Savyon, Annales de la Cité de Genève, éà, Fick, 1838, p. 5,

2 f De même que la lune n'est lumière que par le soleil, « de même les empereurs, les rois, les princes, ne sont que « par le pape, parce que celui-ci vient de Dieu. » Gregor. VII, Epist. II, 13, 31; VII, 25; VIII. 21: Innocent III, Epist. I, 401 ; Décrétai, 1. 1, tit. 33, cap. 6. Voy. mes Origines de r Eglise romaine, 1. 1, introd. p. XVII et (Gosselin) , Pouvoir du pape au moy engage, Paris, 1845, in-8®, pp. 559 et 560,

les cloches, puisqu'il m'en reste deux à décrire : Le Beffroi et le Rebat.

2. Le Beffroi, vulgairement appelé la cloche d'argent, parce qu'il entre environ */« de ce métal dans son alliage, porte la date de 1509, et, avec quelques petites figures et Vyéve Maria plusieurs fois répété, il offre une inscription latine qui signifie à peu près ce qui suit: Jui une âme sainte et spon^ tanée pour honorer Dieu et délivrer la patrie * .

3. Le Rebut, longtemps destiné à répéter les heures, datait de IftSl. Cette cloche, au dire du professeur Minutoli, offrait six anses, où étaient reprcsenlées deux figures de la Vierge, deux de St-Pierre et deux de St-Paul ; au-desstms des anses était écrit en latin et en lettres gothiques, le passage suivant: « Jésus-Christ; salut, Marie, « pleine de grâces, le Seigneur est avec toi, tu es « bénie entre les femmes et béni le fruit que tu « portes * . » — Au-dessous de cette inscription était un cordon à dix-huit compartiments, repré-

1 IHS MARTA

MENTEM SANCTAM SPONTANEAM HONORBM DEO

ET PAmiM LIBEBATIONEM

^ 3cdUd ortirua, avt marta^ gratta pleita, SDomtnud teritm^ bmebtcfa.tu in mulieribua et benelictu$ fxnctw vru

sentant différentes scènes de Thistoire évangélique, et, au bas de la cloche, une dernière inscription donnait « avec la date du dernier jour d*Aoùl, le même passage que le Beffroi, à trèspeu de chose près * .

Le Rebat se fendit à une date que nous ne connaissons pas ; il fallut le refondre en 1678, et Tinscription supérieure qu'on mit sur la face postérieure, constata ces deux événements*. Une autre se lisait au bas de la cloche, disant: « Je convoque aux minier assemblées et aux conseils. Je sonne le tocsin» j'annonce les heures. J'avertis de se souvenir de la dernière^. Puis avec la clef et l'aigle et d'autres ornements, on lisait aussi les noms des fondeurs qui avaient rendu la voix à cette cloche *.

^ Blavignac, Notes historiques sur Véglise de St-Pierre dans les Mém, et Doc, 1849, t. VI, p. 120.

2 FVSA PRIMVM ANNO DOMINI MCCCCLXXXI PRID.

KAL. SEPTEBR. ATQVE TTERVM OB FISSVRAM ANN.

M DG LXXVIIl EOD. MENSE ET DIE.

3 AD SACRA ET COMITIA VOCO. CLASSICVM IN- TONO. HORAS NVNTIO. SVPREMiE MEMORES ESSE JtfONEO.

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