MICHEL JOLLY ESTIENNE DE LA PAIX
ALECXIS JOLY LORRAINS MONT FAïCTE
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Mais, à peine Tavait-on refondue et réinstallée dans sa place, qu'elle se fendit bientôt encore, et elle est restée dans cet état jusqu'en 1845, où, grâce à une souscription, on a pu la refondre, ce qui a eu lieu à Vevey, et elle est revenue sonner le service divin dans notre ville pour le jour de Noël de la même année. Elle se nomme actuelle* ment r^ccorrf, parce qu'avec d'autres cloches elle fait entendre l'accord parfait * .
Malgré les longs développements dans lesquels je viens d'entrer sur les cloches, et où j'ai, fort à contre-cœur, laissé de côté les poétiques échos
1 Elle porte actuellement les inscriptions suivantes :
Sur la face principale :
Deo optimo maximo, Ckristi Etangelio instauratcB civitatis sospitatori, in spiritu et veritate colendo, et in œter-num laudando; Genevœ cives sacrum fecerunt, die natalinm Domini MDCCCXLV.
Sur la face postérieure ;
Fusa primum A, D, MCCCCLXXXI, iterum ob fissurant À. Dé MDCLXXVIH, atque illico fracta, civium actis et imr pensis, tertium fusa A. D, MDCCCXLV^ Deus adsit.
Et sur le cercle inférieur:
Classicum intonabam, horas nuntiabam; nunc ut quondam supremœ memores esse moneo; ad sacras conciones voco; Deum immortalem magnifico. Ubi suprà, pp. H9 et 120.
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qu'elles éveillent dans l'âme, j'ai encore à mentionner un quatrième clocher, qui a disparu du sommet de St-Pierre depuis plus d'un siècle : je veux parler de celui qui renfermait la cloche de THorloge * et le Réveille-matin, et qui dominait Tancienne façade de la cathédrale.
Mais en voilà assez sur ce sujet. Il est temps
1 Théodoric, roi d'Italie (497-526), avait envoyé en présent à Gondebaud, roi de Bourgogne (491-516) deux horloges qui représentaient, Tune, les corps célestes, l'autre, les heures (celle-ci devait être une clepsydre), et ce présent était accompagné de la lettre suivante :
« Gundibado Régi Burgundionum, Theodoricus Rex : Amplectenda sunt munera quse probantur omnimodis expetita, quando non- est abjectum, quod potest explere desiderium. Nam per quaslibet pretiosas re$ ad illud tantùm tenditur, ut cupientis animus expleatur. Quapropter salutantes gratià consuetâ, per harum portitores, illum et illum, oblectamenta prsesentise vestrse horologia cum suis dispositoribus credidimus destinanda : unum in quo humana solertia videtur colligi, quod totius cœli noscitur spacia pervagari, aliud, ubi solis meatus sine sole cognoscitur, et aquis guttantibus horarum spatia terminantur. Habetole in vestrà patrià, quod aliquando vidistis in civitate Romanâ. » Théodorici Reg, Eptstt 1. I, cp. 46. Vide Cassiodor. 0pp. Rothom. 1679. t. I, ep. 46; Duchesne, Histor, Francor, Scriptor, Paris, 1636, 1. 1, p. 837; D. Bouquet, Recueil des historiens des Gaules et de la France, Paris, 1741, t. IV, p. 2.
Ce furent, sans doute, là les premières horloges qu'on vît à Genève. L'une des deux fut-elle placée au fronton de notre cathédrale ? Nous ne wudrions pas l'affirmer.
que nous parlions de cette ancienne façade, qui différait du tout au tout de la façade actuelle.
En harmonie avec l'architecture intérieure de réglise, elle était formée de trois parties principales : Au milieu, le clocher dont j'ai parlé, de la hauteur, semble-t-il, et de la largeur de la nef, et faisant descendre ses encadrements jusqu'au niveau du perron ; des deux côtés, des ailes, si je puis ainsi parler, correspondant aux bas-côtés de rintérieur, et descendant aussi à la hauteur du perron. Celui-ci, taillé à cinq pans, était formé de dix degrés par lesquels on arrivait au portail, et le portail même, en marbre blanc, encadrait la porte, au sommet arqué en pointe, de trois colonnes de chaque côté, se rejoignant, au-' dessus, en tores ou filets arrondis ; une quatrième colonne de chaque côté servait de base aux lignes inclinées formant un fronton dont la pointe arrivait à la corniche qui formait elle-même la base d'où partait le toit de chaque aile.
Au-dessus de l'encadrement en marbre du portail, au-dessus du fronton et de l'horloge qui le dominait au XVIIP® siècle, s'élevaient trois fenêtres à plein-cintre, représentant pour la façade la claire-voie qui existe aux deux côtés de la nef, et^ au-dessus de ces fenêtres, une fenêtre
supérieure, de chaque côté de laquelle se trouvait une baie plus petite, et qui arrivait elle-même à la corniche du pignon supérieur du clocher. De même qu'aux deux côtés du pignon des Macchabées s'élevaient deux clochetons ou petites flèches, de même le pignon de notre façade était flanqué de deux autres, et le pignon même était surmonté par un globe en cuivre doré, puis par une grande croix, qui fut renversée par la foudre le 10 Août 1546 *. Si le toit des ailes ou des bas-côtés avait pu être prolonge à travers la nef, le sommet eût abouti à la base de la fenêtre supérieure dont je viens de parler.
Quant aux ailes, chacune possédait aussi sa rosace ou son oculus (c'est le mot technique), placé au-dessous de la corniche, d'où partait le toit des bas-côtés, ou du moins, du bas-côté septentrional, et chacune, vers le bas et au niveau du perron, se terminait par une apparence de porte, ou plutôt par une arcade murée, faisant, quoique à une moindre hauteur, symétrie avec le portail.
Le haut du fronton de marbre était rempli par trois figures principales : celle du Christ, au milieu, c'était la plus grande ; celle de saint Pierre, à droite, portant les clefs qui lui servent de sym-
1 Roset, Chronique, 1. VI, ch. 9,
bole, €t vraisemblablement, à gauche, celle de saint Paul, qui a perdu son bras droit. Outre cela, il y avait encore, au-dessus de celle de saint Pierre, la figure humaine qui représente saint Mathieu, et, en face, l'aigle qui désigne saint Jean ; puis, aux pieds de saint Paul et de saint Pierre, le bœuf ailé qui représente saint Luc et le lion ailé de saint Marc * . Ajoutons que, siar l'épaule de Pierre, on lisait en latin les mots : Pierre, m'aimes-tu? Seigneur, tu sais que je t'aime ; et moi, je te dis : Pais mes brebis ^ .
En ce qui concerne te pignon, au-dessus de la fenêtre supérieure de la façade, il offrait une statue qu'on a longtemps, et à tort, prise pour celle de Charlemagne ^ et qui n'était autre que celte de Conrad le Salîque, l'un des fondateurs de l'édifice *. Enfin, la statue elle-même était sur-
A Baulacre, Œuvres historiques et littéraires, 1. 1, p. 239- 241, et la planche IX, à la page 273.
2 Jean XXI, 16. -Baulacre, /. c, Blavignac, dans les Mém, et Doc. de la Soc. d'hist., t. IV, p. 110.
3 Savyon, Annales de la Cité de Genève (éd. Fick), p. 2 ; Baulacre, w. s. p. 236.
^ Blavignac, u. s. Il existe de l'ancienne façade de St" Pierre, une' gravure faite en 1675, par M. Fr. Diodati. Le Nouveau Messager suisse, pour 1836, en a donné une reproduction lithographique ; c'est peut-être le dessin le plus fidèle c[u on en ait. Je dois mentionner, après celui-là^ h
S^-PIERRB. 2K9
montée par Taigle impériale aux ailes éployées qui est dans nos armoiries, et que Senebier fait remonter soit à 1420, soit à 1367 S où Genève fut déclarée ville impériale '.
J'ai fini, et il en est temps, dira-t-on peut-être, ce qui concerne la description de notre vieux St-Pierre ; mais que de détails il resterait à raconter sur son histoire ! Je tâcherai de les abréger autant qu'il se pourra pour ne pas trop abuser de la patience qui m'a été accordée.
L'église qui nous occupe a été sujette à bien des vicissitudes. Le 16 Août 1291, Amédée V, *
lithographie de M. Aymonier, représentant le portail et le perron seulement, qui se trouve dans V Album de la Suisse romande, publié pendant quelque temps par M. Ch. Gruaz. 1. 1, (1842) p. 177, et enfin la petite gravure au trait qu'a donnée M. Blavignac dans les Mém. et Doc, de la Soc, dhtst, ettfarckéol. (1849), t. VI, p. 168.
1 Journal de Genève du 23 Janvier 1790, p.. H. D'après Savyon, une représentation de même genre fut sculptée sur le portail qui était placé entre le Perron et St-Pierre :
« L'an 1442 et le 25 Octobre, Frédéric Z'^ de ce nom, « roy des Romains, passant à Genève, à l'imitation de « Charlemagne fit peindre sur l'arc du portail allant du « haut de la rue du Perron en la place de St-Pierre l'aigle « du roy des Romains en l'escusson jaune, pennée de sa- « ble, armée de geules, ou le tout se voit a présent. » Annales de la Cité de Genève (éd. Fick), p. 19.
2 Spon, Hist, de Genève^ 1. 1, p. 69 et 79,
comte de Genevois, assiégeant la ville, y fit mettre le feu, et réussit à tel point que les flammes atteignirent la cathédrale et consumèrent une partie de sa charpente * .
Elle fut ensuite menacée par un nouvel incendie et considérablement dégradée par plusieurs autres, dûs ou à l'imprudence des hommes ou au feu du ciel.
Celui qui ne fit que la menacer fut celui du dimanche h Septembre 1534. Ce jour-là, le feu prit à un four de St-Germain, et, atteignant jusqu'à la Madeleine, à la Rôtisserie et aux Cordeliers, dévora sur son passage le cloître, les maisons
1 Bonivard, Chroniq,, 1., ch. 14, éd. Mallet, dans V Album de la Suisse romande, Genève, 1842, 1. 1, p. 4 79; Blavignac, Notes historiques sur t église de St-Pierre dans les Mém. et Doc. de la Soc. dhist. et d'archéol., 1849, t. VI, p. 102.- C*est probablement aux réparations exigées par cet incendie que se rapportent les dettes considérables dont, suivant l'évêque Martin (Instrumentum circà monetam cudendam, anni 1300. Voir Spon, Hist de Gen. t. II, p. 79) la fabrique de la cathédrale est grevée, ainsi que les grandes dépenses que, d'après lui, elle a encore à faire pour être mise à Tabri de redoutables périls. Le méma évoque, d'ailleurs, fit paver ou daller Téglisè en 1301. Martenus anno primo qui pavivit ecclesiam. (Voyez Senebier, Journal de Genève du 27 Février 1790, J.-J. Rigaud, Recueil de renseign. relat. à la cuit, des beaux-arts à Genève, dans les Mém. et Doc, 1845, t. IV, p. 57;.
des chanoines et le palais de Tévêque, mais n'endommagea pas gravement notre cathédrale * .
Ce désastre était à peine réparé, grâce à l'activité de l'évêque Pierre de Faucigny, que la charpente fut de nouveau, le 18 Avril 1339 *, la proie des flammes.
Si l'on s'en rapporte à Baulacre, un nouvel incendie aurait éclaté à St-Pierre, dix ans plus tard, en 1349, incendie qu'il regarde à tort comme le premier, mais dont il prétend avoir trouvé la preuve dans TObituaire, en ce qu'il y est question d'un service annuellement célébré pour le cardinal de Deuze, par gratitude pour la somme que ce cardinal aurait destinée à pourvoir aux réparations '.
1 Deux salles de l'église de St-Pierre, dit Savyon, /. c . p. il. Spon, Hist de Genève, 1. 1, p. 66.
2 Album de la Suisse romwne, 1 1, p. 178.
3 Bau^ac^e, Œuvres historiques et littéraires, 1. 1, p. 272; G* est probablement de ce don que M. Blavignac parle en ces termes; c En 1350, le cardinal Denzl (sic) appliqua 1000 florins d'or à la restauration de Téglise; mais de nouveaux désastres étant survenus, cette somme fut insuffisante, et le Chapitre, hors d*état de subvenir aux dépenses, s'adressa au pape Clément VIT, qui, en 1393 et 1399, appliqua de grandes sommes à la restauration de l'église, et le pape Benoît Xni prolongea, en 1409, les concessions faites par ses prédécesseurs pour les mêtfies travaux. » Notes historiques sur ^église de St~Pierre, dans les Mém, et Doc. de la Soc. ihist et ttarchéol.ft VI, p. 103.
â62 ni. LES ÉGLTSEâ.
Mais Vannée où le feu causa à notre St-Pierre les plus terribles ravages fut Tannée 1430, où, suivant l'appendice ajouté au manuscrit de V Horloge de Sapience *, l'église fut complètement brûlée le 21 Avril, à l'exception de la tour du Nord, quoique le feu eut monté de la Madeleine. Le clocher élancé qu'on nommait l'Aiguille s'écroula, ainsi que les deux cloches ordinaires qu'il renfermait. Il en fut de même du clocher de l'Horloge avec la grande et excellente cloche qui s'y trouvait, et, quant aux deux grandes cloches que renfermait la tour du Sud, elles furent aussi en partie fondues*.
^ Manuscrit en parchemin^ écrit Tan 1417 ^ auquel foi ajouté, sous forme d'appendice, le récit de l'incendie dont nous parlons, tel qu'il se trouve dans la note suivante. Spon, Hist de Genève, 1. 1, p. 82.
^ t Anno Domini millesimo quadrmgentesimo tregesimo die vicesima prima mensis ApriHs, qu» fuit dies veneris, fuit integraliter combusta Ecclesia sancti Pétri Gebenn. excepta Turri a parte lacus, que permansit illesa. Ipsa sîquidem die, igné ruit seu ceci dit altum campanule vocatum Avullieta, in quo fundita fuerunt duo cimbala communia : in turri vero a parte curie seu Burgiforis, fuerunt fundita, licet non totaliter, duo magna et grossa cimbala. Ipsa siquidem die ibidem succubuit Campanule Orologii existens in summitate turris anterioris prope crucem lapideam, supra fores ipsius Ecclesiae, fuitque ibi destructum grossum, magnum et optimum Orologii cimbalum. » — Voyez entîore
Toutes les conséquences de cette effroyable catastrophe ne se produisirent pas immédiatement, car, onze ans après, en Janvier ikkl, la nef prèsque entière s'écroula, et la cathédrale n'offrit plus qu'un monceau de ruines. L'évêque François de Mies, les papes Félix V, Jules II et Clément VII s'occupèrent activement de la reconstruction, ou y intervinrent par les décisions les plus favorables*. Mais il fallut bien du temps pour y réussir ; l'inscription qui se voit encore au revêtement de roche de la tour du Midi, et que j'ai précédemment citée ^, montre où en étaient les travaux en 1510, et ce ne fut qu'en 1S50 que l'église fut complètement restaurée. Elle était rajeunie pour une autre destination.
Elle n'était cependant pas mise pour toujours à l'abri des accidents de ce genre. Car, en Août 1556, la foudre tomba sur le clocher qui surmontait la façade, et mit le feu à ce clocher fort près duquel se trouvaient des munitions et de la poudre qu'on put emporter à temps. L'événement, en effet, avait lieu en plein jour ; les membres du
Senebiôr, Journal de Genève du i®' Mai Î790; Grenus, Fragm^ historiq. sur Genève avant la Ré for., p. 18.
1 Senebier, Journal de Genève du !•' Mai 1790.
^ Ci-devant au bas de la page 249.
S6i m. LB8 iftGLIdBS.
Conseil purent y courir, et les secours furent dirigés par le secrétaire d'Etat, Michel Roset, qui nous a laissé, dans le registre du 10 Août, un court et saisissant récit de l'affaire *•
Notre cathédrale avait donc éprouvé successivement bien des désastres dont le résultat pouvait avoir ébranlé jusqu'à ses fondements. On s'en aperçut dès le milieu du XVII°** siècle, où l'on vit pencher la façade et se détacher les voussoirs de la seconde voûte *. Je ne raconterai pas toutes
1 Sur la poincte du clocher de St-Pierre estoit encor restée une grande croix dessos on gros pommeau de cuivre doré dans lequel Dieu fouldroya le 10 Aougst environ 9 heu* res avant midi, estant les Seigneurs assis en Conseil La fouldre fit au dit pommeau deux pertuis ronds de la longueur de deux doigts, puis rentra, par Tarhre de la dite croix au clocher qui estoit tout couvert de fer hianc et le brûla jusqu'à Torloge. Là se trouvèrent une disaine de hons compagnons qui combatirent ce feu de grand courage et hardiesse, les tisons tomboyent tous ardens et allumez sur leurs testes ; et la haulteur et difficulté du lieu estoit pour les précipiter en toutes façons si Dieu par sa grâce ne les eust merveilleusement préservez comme il fit et semblablement toute la Cité, d'autant que la munition n'estoit pas a cinc pieds loing des tisons ardents, lesquels tant par force d'eau que de vin furent enfin esteints^ sans aucun aultre dommage, fors de la dite Esguille ou estoit la croix, qui donna à plusieurs occasions de dire que Dieu ayoit fait ceste œuvre pour purger ladite Eglise de tel Reliquat > Roset, Chroniq, 1. VI chap. 9 (Msc. de la Soc. de Lecture).
5î Baulacre, Œuvres historiques et Uttéraires, 1 1, p. 27Î.
les observations qui furent faites, et que M. Blavignac a rapportées * , pour constater Tébranlement causé au vieil édifice. On y apporta des palliatifs ; mais on ne se hâta points et ce ne fut que le 25 Janvier 1749 que l'on se décida à fermer le temple. Alors le service fut transféré, dès le 6 Février, dans l'ancienne église de Ste-Marie la Neuve, devenue l'Auditoire de Théologie *, et qu'il avait fallu approprier à cette destination ; il y fut, dès ce moment, célébré sans interruption jusqu'à la fin de Novembre 1756.
On n'avait pourtant pas mis aussitôt la main à l'œuvre pour les réparations projetées ; il s'agissait d'arrêter un plan et de se procurer les sommes nécessaires pour l'exécuter. Une commission, dans laquelle MM. LuUin de Ghâteauvieux, syndic, et Galandrini, conseiller d'Etat, prirent la part la plus active, fut chargée de dresser les plans. Leur travail fut soumis à un architecte piémontais, le comte Alfieri, et il en résulta la façade qui décore actuellement notre cathédrale, et qui est une imitation du Panthéon de Rome.
Six colonnes et deux piliers d'ordre corinthien
^ Notes historiques dans les Mém, et Doc, 1849, t. VI» pp. 114-116.
s Registre de la F*'* Comp., du 7 Février 1749.
supportent ua fronton d'un genre simple et sévère, et servent de frontispice aux trois portes par lesquelles on peut entrer dans le temple. Ces colonnes, qu'on n'a point polies, sont en marbre d'Aigle, et, si on les considère en elles-mêmes, abstraction faite de la dissonance qu'elles ofirent avec l'architecture gothique du reste de l'édifice, on ne peut s'empêcher d'y reconnaître, avec feu M. Rigaud, « une simplicité, et, en même temps, « une pureté de style remarquables * , » avec M. Blavignac, « un caractère de noblesse et de « grandeur qui fait du péristyle de l'église un ou- « vrage remarquable * . »
Les travaux, dont le plan fut communiqué à la Compagnie ', n'avaient guères commencé qu'en 1751, et cependant ils furent terminés avant la fin de 56 * ; car, le 5 Décembre de cette annéelà, le temple fut rendu au culte. Le Conseil d'Etat, la Compagnie des pasteurs, le Consistoire,
1 J.-J. Rigaud, Recueil de renseign» relat à la cuit, des heaux-arts à Genève, dans les Mém. et Doc, de la Soc. d!hist et é^archéoL, t. VT, p. 4.
2 Blavignac, Notes historiques, Ibid., p. 116.
3 Reg. de la F*^^ Comp., 13 Août.
4 Dans les Pièces justificatives qui suivent ses Notes his^ toriques, et sous les numéros 4 et 5| M. Blavignac a donné le tableau des maîtres qui ont travaillé à la restauration de la façade et le détail des dépenses (pp. 140 et 141).
S^-PIBRIIB. 267
assistèrent en corps à cette espèce de dédicace, à laquelle Genève entière s'unissait de corps et d'âme, et Messieurs les pasteurs Jean Sarasin l'aine et Ami de la Rive, celui-ci en même temps professeur de philosophie, prononcèrent les discours d'inauguration, que la presse nous a conservés * .
Il avait fallu des sacrifices considérables pour arriver à un pareil résultat ; mais le zèle et la pieuse libéralité de chacun y avaient pourvu. Les dons et contributions volontaires étaient arrivés à former un chiffre de 480,000 florins; il en manquait 79,292 pour couvrir les dépenses directes. Cet excédant fut bientôt couvert, et au-delà*. L'architecte piémontais, comte Alfieri, qui n'avait rien voulu pour son travail, reçut du Conseil une médaille et un diamant d'une valeur approxi-
1 Le premier de ces discours est intitulé: Sermon sur Esdras, Chap, Vm, v, 28, prononcé à St-Pierre le Dimanche 6 Décembre 1756, jour de ï ouverture de ce Temple, qui avoit été fermé depuis le 25 Janvier 1749, à cause de tou* vrage nécessaire de ses réparations. Le second: Sermon exactions de grâces (sur Ps. C, v. 4) prononcé à St-Pierre, etc. Tous deux portent au bas du titre les mots : A Genève, CHEZ Eman. Dcj Villard, Fils. M.DCCLVU.
^ La somme totale de 559,292 florins, représentait 258,134 francs 80 c.
268 ni. LB8 ÉGLISES.
mativeile 6,000 florins*, et il y eut, en outre, de quoi doter le temple de nouvelles orgues*.
Elles y furent établies par le facteur Scherer, pour le prix de 18,500 francs environ, et un splendide festin donné dans la salle du Deux- Cents, festin auquel participèrent avec la magistrature tous les maîtres qui avaient coopéré aux travaux, termina cette mémorable journée, montrant comme tous savaient alors s'unir dans la pensée du bien commun'. Tous comprenaient et
^ C'est-à-dire à peu près 2,770 francs.