AVIS AU PUBLIC
€ En suite de la résolution du Magnifique Conseil des Deux-Cent du 19 du courant mois, d'employer à la construction d'une orgue pour le temple de St-Pierre, et à l'entretien d'un organiste, l'excédent des fonds qui auront été employés à la restauration du temple, si les personnes qui ont souscrit ou fait des dons pour la dite restauration, ont pour agréable que le dit excédent (toutes réparations achevées) soit appliqué à cet usage. »
c En conséquence, les personnes qui ont souscrit, ou fait les dons pour les dites réparations, et qui pourroient ne pas aprouver le dit employ de l'excédent, sont invitées à le déclarer aux Seigneurs de la Chambre des Comptes dans le courant du mois d'Avril prochain, afin qu'à la clôture des comptes, concernant les dites réparations, il leur soit remboursé leur quote-part du dit excédent, avertissant que passé le premier May prochain, leur silence tiendra lieu d'approbation. » Du 24 Mars 1756.
8 Mém. et Doc. de la Soc. cthist. et étarchéol,, U VI, p. 116 et suivantes.
S^-PIBRRl. S69
sentaient vivement que Tintime union de la religion et de la patrie ne peut que consolider le bonheur de l'une et les triomphes de l'autre.
Elle a vu s'accomplir sous ses voûtes bien des événements divers, la vieille cathédrale dont j'achève en ce moment la description. Non-seulement elle a vu sacrer ses évéques * , promettant et jurant sur le grand autel, comme on le voit positivement dans les registres des Conseils, pour Jean Bertrandis et Jean de Courte-Cuisse, pour Antoine Champion et Pierre de la Baume luimême, d'observer et de maintenir toutes les coutumes et franchises de la ville de Genève; mais encore elle a vu, sous sa nef, le couronnement par Héribert, archevêque de Milan, de Conrad le Salique, en qualité de roi de Bourgogne * ; elle a vu deux papes, Grégoire X et Martin V^ célébrer
i On ne comprend pas par quelk singulière méprise, Senebier (Journal de Genève du 23 Janvier 1790) a cru pouvoir s'autoriser du témoignage de Tabbè Besson (Mém, pour ïhist. eccl. du diocèse de Genève,i^. 11) et M. Blavignac, de l'autorité de Senebier (Jldém, et Doc, t. VI, p. 101) pour confondre l'empereur d'Allemagne Frédéric II, né en 1194 et mort en 1250, avecl'évêque Frédéric, sacré à Genève en
2 Baulacre, Œuv, historiq, et littér,, 1. 1, p. 2i3.
3 Histoire de la réptiblique de Genève. Genève, 1779, p. 18,
370 m. LES fiGLISES.
la messe devant son maître-autel et ce dernier y créer plusieurs cardinaux * ; elle a vu Amé dée VIII de Savoie, après avoir déposé la tiare, à Lausanne, entre les mains de Nicolas V, célébrer , à Genève, sur la fin de 1449, et entouré fle nombreux prélats, le jubilé universel ordonné par ce dernier pape* ; elle a vu, en 1735 et surtout en 1835, célébrer, sous ses voûtes, d'autres jubilés, les jubilés solennels de notre glorieuse Réformation.
Mais, comme le style gothique dans lequel on l 'avait construite, elle a eu aussi dans son histoire un lamentable dualisme. En 1289, elle fut transformée en forteresse par les citoyens insurgés \ Les Conseils généraux convoqués dans s-on enceinte, au son delà cloche, n'étaient pas toujours, on le sait et nous l'avons vu, exempts de scènes de violences. Puis, quand, à la fin du siècle dernier, la révolution en eut banni le culte chrétien, c'était, dit-on, un triste spectacle que de voir, au fond du chœur de l'église, une peinture de la République tenant l'étendard genevois ; de
1 Mém. et Doc. de la Soc. éthist et (TarchéoL, t. VI, p. i03.
2 Besson, Mém, pour fhist, ecclés, du diocèse de Genève, p. 5i; Mém. et Doc, t. VI, p. iOS,
3 fbidm, p. iO?,
S'-PIEBBB. 37(
voir affichés dans le temple, pour tout évaagile.
1555, qu'il refusera la Gène aux Libertins s'ils se hasardent à la demander ; et nous dirons qu'ils furent sur le point d'offrir dans notre cathédrale un triste spectacle, ces hommes qu'aucun reste de conscience n'empêchait plus de profaner les choses saintes ' •
1 Voici comment cet épisode est raconté dans Y Histoire de Genève de Gautier : c Bertelier se présenta une seconde c fois en Conseil, où ayant assuré le Magistrat qu'il se senc toit dans les dispositions nécessaires pour bien communier * et rayant prié de lui permettre de le faire sans avoir égard c à la nouvelle défense que lui avoit faite le Consistoire, il « obtint encore sa demande , quoique Calvin eût fait au « contraire une très-forte remontrance au Conseil. . . .
c Calvin, qui fit le sermon du matin à St-Pierre, le Dimanche de la Communion de Septembre y soutint avec fermeté les protestations qu'il avoit faites les jours précédens en Cons^; il dit qu'il périroit plutôt que de recevoir à la table du Seigneur un rebelle et un réfractaire à la Discipline ecclésiastique, du caractère de Bertelier, et qu'il n'y avoit au monde aucun tribunal séculier qui pût jamais l'y contraindre. Voicy ses propres paroles extraites de son sermon manuscrit qui se trouve à la Bibliothèque publique de Genève: « Et quant à moi, pendant que Dieu me laissera icy, puisqu'il m'a donné la constance et que je tay prise de luy, fen useray, quelque chose qu'il y ait, et ne m^ gouvernerai point, sinon suivant la règle de mon Maître, laquelle m'est toute claire et notoire. Comme maintenant nous devons recevoir la Ste-Cène de notre Seigneur Jésus-Christ, si quelcun se vouloit ingérer à cette
Mais, ces pages sombres mises à part, pourrons-nous donc oublier que notre cathédrale a eu
374 III. LBS ÉGLISES.
munies prié avant nous^ chaaté, avant nous, les louanges du Dieu vivant, entendu avant nous la prédication de sa Parole ? Je ne le comprendrais pas.
Pour moi, j'aime nos vieilles églises, parce qu'elles sont, à mes yeux, toutes pleines de souvenirs et parce qu'elles peuvent encore suffire à la prédication de cet Evangile toujours vieux et toujours nouveau, qui peut y être annoncé sous toutes les formes. J'aime nos vieilles églises, parce qu'elles réalisent, à mes yeux, d'admirables paraboles du Seigneur : elles représentent le champ où le triage ne doit pas se faire avant le jour de la moisson ^ , le filet où il ne doit pas avoir lieu avant la fin du monde * ; elles représentent la salle de noces où tous sont conviés, où tous sont appelés à entrer', et où, à un moment ou à l'autre, chacun peut être rendu attentif à cet appel de Philippe : Fiens et vois*, ou à l'appel de la Samaritaine : Fenez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait; ne serait-ce point le Christ^ ? J'aime nos vieilles églises parce qu'elles unissent, dans ma pensée, les deux patries que je dois aimer, la Jérusalem terrestre, d'abord, sou-
1 Matth, Xm, 24-30. - s Ibid., 47-49. - 3 jbid., XXII , 1-13. - 4 Jean I, 47. - s jft,u, IV, 29.
vent troublée, il est vrai, malheureuse par la faute de ses enfants, mais que je dois tâcher de pacifier et de moraliser par mon exemple, d'abord, puis par ma parole, et la Jérusalem céleste, ensuite, où toutes nos peines seront consolées, et où Dieu, par Jésus-Christ, veut nous combler de tout son
NOTES SUPPLÉHENTAIRES