‹ Les édifices religieux de la vieille GenèveChapitre 57 sur 64 · INTERDIT LANCÉ CONTRE LE DIOCÈSE DE GENÈVE · texte numérisé non relu

INTERDIT LANCÉ CONTRE LE DIOCÈSE DE GENÈVE

SOUS INNOCENT ïlï.

Nous avons eu beau chercher à quelle occasion et à quelle date pût être lancé iMnterdit dont Innocent III parle si clairement dans sa lettre du il Février 1213 aux Frères hôpitaliers et aux Templiers de notre ville, nous avons eu beau consulter la Collection des Conciles de Mansi, le Bullariumromanum, sous Innocent III, les Lettres de ce pape qui ont été publiées par Baluze, V Histoire du Diocèse de Vienne par Charvet, et toutes les histoires de notre ville, nous n'avons pu découvrir de cet interdit aucune espèce de trace.

S36 frotEd stppLÉMBirrÀiRES.

Deux faits importants furent l'occasion de sentences de ce genre, décrétées contre les pays de langue française: 1^ la criminelle union de Philippe-Auguste avec Agnès de Méranie, après son mariage avec Ingelburge, et ^ la guerre des Albigeois.

i*^ Quant à Philippe-Auguste, ce fut en 1199, suivant Mansi (t. XXU, p. 709), et dans deux conctlas successivement tenus à Dijon et à Vienne, qu'une sentence d'interdit se trouva fulminée par le légat du pape, et elle frappa tout le royaume de France. D'après la Chronique de St-Benigne (Ibid), Guillaume le Breton, qui, d'ailleurs, confond les deux coQciles en un seul tenu à Dijon, s'exprime ainsi : At Petrus Cet* puanus^ convocaio conciHo apud Dimonemy oppidum ÀHobrogum, regnum Franciœ inUrdixU. Mais c'était Rigord^, dont Guillaume-le-Breton n'est que l'abréviateur ou le continuateur, qui avait ainsi mis un nom à la place de l'autre, et qui avait fait de Dijon une ville des Allobroges ; ce nom appartenait, non à la cité de Bourgogne, mais à Vienne, d'où l'interdit fut lancé par le concile auparavant réuni à Dijon, et cet interdit, d'ailleurs, n'avait pu atteindre Genève, qui était ville impériale, et ne relevait, par conséquent, pas de la France.

â^ Quant à la guerre des Albigeois, elle donna plusieurs fois sujet à des sentences d'interdit, lancées contre les domaines du comte de Toulouse, Raymond Vl. — En 1208, le légat Pierre de Castelnau

1 Son Histoire du roi de France Philippe-Auguste, écrite en latin et continuée par Guillaume le Breton, se trouve dans Pithou, Hist Franc, script. Francf. 1S96, fol% et dans Duchesne, Hist. Francor. Scriptor. coœtanei, t V. Paris, 1636-49.

nVTSBBIT LAKCÉ CONTRB LB DlOCftffll Bt GBNiTB. 387

ayant excommonié Rajrmood, parée qn'il ne se montrait pas fidèle serviteur de l'Eglise et favorisait l'hérésie, et ayant été assassiné aussitôt après, le IS Janvier, sur les bords du RhAne, dans le petit bourg de St-Gilles (Voyez Dom Vaissette, Hût, gén. du Langue^ doc, \. XXI, ch. 59. Paris, 1737, t. 111, p. 183 et s.)i Innocent 111 ordonna qn'(Hi frapp&t de l'interdit tous les lieux où pourraient se réfugier, non-seulement Raymond, déjà lui-même excommunié, et considéré comme l'auteur du meurtre, mais encore tous ceux qui l'avaient favorisé ou même conseillé, et il communiqua cette sentence, par une lettre circulaire datée du 10 Mars, aux archevêques de Nari>onne, d'Arles, d'Embrun, d'Aix et de Vienne, ainsi qu'à leurs suflfragants (Innocent III Epislt. 1. XI, ep. 36. Dom Vaissette, pp. 184 et s.). Mais, suspendue comme une menace sur les dioctees qui se rendaient coupables de cette criminelle hospitalité, la sentence fut-elle réellement mise à exécution dans le diocèse de Genève? Rien ne le prouve. Il y a tout lieu, au contraire, de penser que non, puisque, l'abbé de Citeaux et les religieux de son ordre ayant dans tout le royaume prêché la croisade, autorisés qu'ils étaient à le faire par le mandat que le pape leur avait donné, nous voyons que Simon de Montfort et le duc de Bourgogne, Eudes III, y prirent part, et que les plus qualifiés d'entre les autres qui prirent la croix, furent les comtes de Nevers, de St-Paul, d'Auxerre, de Genève, etc. {Histoire du Languedoc, t. III, p. 186). 11 est, dès-lors, probable que le comte de Genève lui-même, s^étant croisé pour obéir au pape, ce n'étaient pas ses ressortissants qui devaient mieux que ceux de l'évêque offrir un asile aux

338 NOTES SUPPLtHBNTÀlIIBS.

excommuniés. — Fut-oe le concile d'Arles, teira en 1911, qui pFOOODça l'ioterdit lancé contre notre diocèse? Il escominunia, il est vrai, le comte de Forcalquier, les seigneurs de Hontétimar, de Caalelnau et de la Cresle. Roustelin, vicomte de Marseille, les ba^ bitants de cette ville et plusieurs autres Provcnçitax {Ibidem, p. 861). Mais rien ne nous montre que le concile d'Arles ait été le point de départ de l'interdit qui nous occupe. Devant le sMenee de l'histoire au sujet de la seat«Bce en quealîAn, sera-ce trop dire que de répéter : Aie ttetitnus tandem no6w ubi defuit orhit?

CikLVIN A'T-IL EU PEUR DE LA PESTE?

Il en est :

de ce qu'a Histoire de C

Nous en ci ce dernier oi et absolu au ques en face dire que la forme, sur 1( moire de M.

taux de Gen

' Le clergé catitoliqae et les ministres pendant les pestes à Genève, par H. l'abbA Fleory, aum&nîer du pensionDst ds C&rouge. Paris, 186i.

ClLTm DGTÂflT U PESTE. S39

d'arch., t. m). Or nul bomme qui a connu les travaux de ce dernier sur notre histoire nationale, ne pourra décliner sa compétence à s'en occuper et sa haute imparlialilé. Pourquoi charger H. Gaberel d'avoir mis au jour des faits que feu H. Chaponnière est responsable de lui avoir fait connatiret Ensuite, estce de son propre cerveau ou de documents protestants que M. Chaponnière les a tirésî Nullement, c'est de docameols catholiques, c'est des Registres des Conseils k la fin do XV"*' siècle et au commencement da XVV»' ; c'est des Registres du Chapitre de notre Cathédrale, et il en aurait pu ajouter d'autres encore empruntés ù H. le chanoine Grillet.

Ce sont les Registres publics du 3 Mai ItS'^, qui, par an appel des syndics b la cour de Rome, font connaître t'ordonnance de Thomas de Sur, administrateur de l'évéché pour Pierre de Savoie, prescrivant à quiconqi les cl taleg j bus st

Ce

vicaii chois des p domii uJ ips in hospitali).

Ce sont les Registres publics qui, le 30 Septembre de la même année, montrent un chapelain expulsé et condamné à restituer les biens qu'il peut avoir reçDs

5^0 NOTES StPPLÉMBNTÀiRBS.

des malades {Exptliaiur presbyler hospitalis et restituai bona que habet a morbosis).

Ce sont les Registres du Chapitre qui, en 1^9S, non pour leurs vacances ordinaires et pour deux ou trois mois seulement, comme le dit M. Tabbé, mais à cause de la peste, et pendant six mois, donnent congé à ses membres, à ceux du moins qui voudront en profiter

(4 Mat). PaCTUS SERMO de PESTILENGIA QVB PRBSEKTIAlITEa

vwET w civiTATE.,... ct de HccHtialtombus* — Id. 1®' Juillet : Continuatnr licentéa data peoptbr pbsteh per lotum kune mensem modo et forma quibm fuit data nltima. — Id. 1^' Août : ConHnuûftur iiaentia propter pbstbm per totum hune memem, ^^ Id. 10 Octobre : Ci^nlinuatur lieenHa propter pesvem concesM per quindeeim dies. (Registre du Chapitre 140SMft96, pp. 81, 8S» ii%t 4^0, 125, 134).

C^est enfin dans le Dictionnmre historique des départements du Mont-Blanc et du Léittan^ par M» le chanome GHlIet (Cbambéry, 1807, U \K p* ^Oâ à laaole)i qu'on trouve le rense&gneo^ent que voki : v £e Cho" <c piire de Gesièm résidant à Aw^ecy^ se retira de cette « dernière vilie pendant qu€l<]^9$. moisy pour se réfugier « à Duingtf Van 4589^ et à Thorens^ f^n 4629 ^ afin bb cr SB soGSTRAmE A LA PESTE ^uî ravagea alors Annecy. »

En vérité^ pour être JKi^usé de citations qu'a foites avant lui M. Chaponnière, et qu'il a puisées à des sources toutes catholiques, U faut que M. Gaberel ait bon dos.

il aurait pu^ j'en conviens, nommer quelques-uns des prêtres qui remplirent courageusement leur devoir : Pierre Bonfils ou Bonfiliet, chapelain dont il est dit dans nos Registres publics^ en date du 9 Juillet

CALTm DBTAHT LA I

iï9^, qu'au temps de la grande mortalité, il vieila les malades de la peste, ce en quoi il mérita bien du pays, qttoad benefecerit; Pierre BoESon , dont nous lisons

5W HOTBS SfJPPLÉBIEHTAIRES.

ministre est mort à l'hôpital pestilentiel ^ ; il d beaa trouver sous sa plume les noms de Geneston, qui s'est dit prêt d'y aller, moyennant que Véleelion se fasse se- Ion Dieu et si le sort tombe sur lui, et qui meurt, ainsi que sa femme, sur ce champ de bataille', de Jean Maear, en IS60, consolateur des pestiférés, et attdnt lui aussi par le fléau^^de Gilles Chausse, mort également dans la mêlée, mais qu^que peu rîdtcti^e aux yeux de If. l'abbé, lorsque, sur son lit de mort^ il confie sa fch mille chargée de dettes aux magistrats ; M. l'abbé a beau transcrire, d'après M. Gaberel, les noms de Trembley, Golladon^ Perrot, Le Gaîgneox, Gervais, Gautier, Antoine De La Paye : Geneston et sa lèmme « sont, si vous le voulez de nobles victimes, comme la mort en choisit parmi les infirmiers à gages, » mais M. l'abbé ne saurait « voir en lui un martyr*.» Et aux yeux de notre censeur, sans aucun doute, il en est ainsi des autres. Voilà quant à son impartialité : il me semble que celle de M. Gaberel va un peu plus loin que la sienne.

Voyons ce qui en est de la vérité. M. l'abbé désirant montrer que plusieurs ministres ont manqué de courage en face du fléau, aurait pu s'en tenir au passage des Registres du Conseil, où est relatée la séance du

cial pour consoler les poures infectés, sur quoy résolu qu'il soyt accepté et il luy soit pourveu de toutes choses nécessaires (Rég. du Cons.).

I 1*' Juin 1543. — Mestre Pierre Blanchet ministre à Thospital pestilencial lequel par le bon volloyr de Dieu est trespassé au dit hospital (Reç. du Cens.). — ^ p. 49. — ^ p. 52^ - 4 p. 49,

CALTllf BBTANT LÀ PBSTE. 545

8 Jidn 1845, passage que M. Gaberel a lui-même cité tout au long (t. Il, pp. 459 et s.), par une révoltante partialité probablement, et que M. i'abbé s'est bien gardé de négliger^. Mais ce n'est point assez : voilà que l'année précédente, la peste avait déjà paru au mois de Juin et « y auoit-il ordonnance en la ville, dit Roset , que les pestiferez se deussent retirer hors la cité en l'hospital de pli en palais pour euiter plus grande contagion en la ville et pour les consoler en leur extrémité. Le Conseil advisa d'y envoyer un des ministres selon qu'ils estoyent tenus de servir aussi en temps de peste. Or QUEi4{u'im d'emtr'bv^ m faisoit refus, ME SB sETiTAKT ASSEZ PORT. » Tcllc cst du moîns la phrase que nous trouvons (1. IV, cb. 60) dans le manuscrit de Roset. Que devient-elle dans l'opuscule de M. l'abbé ; « Quelques-un< d*entreuz en faisoi^nl relus, ne se sentant assez forfir! » 11 existe, il est vrai, neuf manuscrits à nous connus de Roset, et M. l'abbé en a transcrit un, où la phrase était ainsi écrite; mais il a eu la main malheureuse, car il est tombé sur une malheureuse copie du XVIIP® siècle, où l'erreur est manifeste, et, en eflfet, la genèse en est très-facile à constater'.

Mais tout cela nous a bien écarté du sujet qui était inscrit en tète de notre note. Heureusement la dernière citation nous y ramène. Calvin, à Genève à ce moment-là, a-t-il du moins eu le courage de braver le fléau? Non, d'après M. l'abbé. Calvin écrivant à Viret rend ce témoignage : « Un de nos collègues ayant dû

1 p. 47. Reg. du Cens. 5 Juin 1543.

^ Les neuf manoscrits dont nous parlons, relativement à la phrase, peuvent se diviser en quatre groupes :

544 JfOTBS SUPPLÉMBlfTAIRBS.

« être choisi pour assister les malades, Pierre Blance chet s'est offert, et il a été accepté. Si malheur lui « arrive, je crains que ce ne soit à moi à courir le

. ^l'^Hsc de hBibLpM. n« i4i d (copie du XVm siècle)) ir Msc. de la Bibl. publ. n^ 141 e ( idem )(

Quel^'un étentr^eux en faisantrefus ne se sentait assez fort. Nous mettons ces deux-là en dehors parce qu'ils transposent l'imparfoit et le participe; cependant ils ne présentait la phrase qu*aa singulier dans toutes ses parties.

(1« Msc. de la Soo. de Lecture (XVn*»* s. in-4* alongé) )

n.)2* Msc. de la Soe dkist. ât^archéol. (XVH*» s, . .W

'd^^ Msc. de la Bm. puM. n^» 141 c. '

Quelqu'tm d'entî^eu^i en faisoitfefus^neee sentaniasswfart

!• et 2* quelqu'un. — 3* qlcun.^

/ 1* Msc. de la BM publ. n* 141 g (fin du XV1«» ou]

\ commencem. du XVII"** s.)

^•)2» Msc. des Archives de tEtatioo^iQ duXVn»»» s. in.4*(

\ dos et coins parchem.) Quelqu*un ientr'eux en faisait refus, ne se ^entans assez

forts.

1* d'entr'eulx. — 2* d'entr'eux.

On remarquera qu'ici encore le premier membre de phrase est au singulier^ Tinvasion du pluriel n'ayant lieu que dans le second*

«^il^Msc. d«8j4r<?WtW(lerJïto^{copieduXVII*'8.) > ^•(2*Msc.delaJ5i&i. publ n*141f(copie duXVIIP»*siècle)( 1* Q^elqu*\im d^enk'*$ua3 en faisoit refus, ne se sentKOB

assez forts.

S"" Quelque&^xaiB d*entr'ewB en faisoieat refus, ne se seniêaB

assez toxbB.

C'est le dernier manuscrit, qui seul offre partout le pluriel. M. l'abbé Fleury parsdt malheureusement n'ayoir eu connaissance que de celui-là.

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