‹ Les édifices religieux, XVIIe, XVIIIe, XIXe sièclesChapitre 1 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

XVir SIÈCLE

INTRODUCTION

Les églises construites à Paris depuis le commencement du xvii* siècle se distribuent naturellement en trois groupes qui correspondent assez bien à la division par siècles : xvii', xviii% XIX* siècles.

Le premier groupe comprend les nombreuses églises bâties pendant la renaissance catholique qui suivit le Concile de Trente et la lutte contre la Réforme. De nouveaux ordres se fondèrent; d'anciennes congrégations se rajeunirent et, comme il arrive toujours, une renaissance architectonique fut la conséquence de ce mouvement religieux.

L'ordre qui dominait alors tous les autres fut celui des Jésuites. Ils propageaient au loin la volonté de la Rome pontificale ; ils n'apportaient pas seulement une doctrine religieuse, mais aussi un art original, le style dit a jésuite » qui venait de se former à Rome. C'est un des membres de cet ordre, le

père Martel-Ange, qui, pendant toute la première moitié du xvii* siècle, fut le maître de notre architecture religieuse.

L'architecture jésuite a été l'objet de critiques vives et passionnées. Depuis que les styles du moyen âge et particulièrement Tart gothique sont en pleine faveur, nos historiens de l'art témoignent aux églises du grand siècle un mépris au moins égal à celui que professaient, pour la barbarie gothique, les classiques du temps de Louis XIV.

Une même absence de sens historique rend ainsi exclusifs et injustes les gens de goût. Les Français du xvii* siècle ne pouvaient plus construire de cathédrales gothiques. La Renaissance, c'est-à-dire le mélange de la pensée moderne et de la pensée antique, venait de transformer la société. Il y eut alors un compromis entre l'esprit philosophique et artistique des anciens et la tradition religieuse du moyen âge. Il se fit comme deux parts dans l'existence de tout homme cultivé : il restait chrétien dans ses actes ; par l'imagination, il était païen. L'éducation des jésuites s'efforça de concilier ces deux tendances qui ne pouvaient plus désormais être exclusives l'une de l'autre. Leur architecture fut comme leur discipline. L'église « jésuite » cons erve le plan traditionnel de l'église gothique ; elle satisfait aux mêmes besoins ; mais le visiteur n'y trouve guère que des motifs empruntés à l'art antique.

Cette transformation n'a pas été sans altérer profondément la physionomie des édifices religieux. On a dit souvent que les églises construites sur le type de la Sorbonne, de Saint-Paul- Saint-Louis, du Val-de-Grâce, n'ont pas l'âme religieuse. Il serait plus exact d'y voir la marque d'un autre esprit religieux. Le catholicisme du xvii® siècle ne pouvait pas être le christianisme du XIII®. Autrefois les voûtes et les flèches des cathédrales s'élançaient vers le ciel, comme une prière. Une foi

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naïve, instinctive, retenait les chrétiens aux pieds des autels : la religion enfermait la vie humaine tout entière.

Au XVII® siècle, le culte est pénétré de rationalisme. Les fidèles vont à l'église, non plus pour se donner l'illusion qu'ils entrent dans la Cité de Dieu, mais pour écouter un sermon bien construit, d'un orateur disert, sur un point de philosophie ou de dogme.

L'église, sans doute, reste la maison de Dieu ; ses voûtes, ses coupoles s'élèvent encore à une belle hauteur, dominant toutes les autres constructions de la ville. Mais l'œil ne se perd plus dans l'immensité des nefs : la lumière se répand librement dans les galeries et dans les chapelles qu'enveloppait autrefois une pénombre discrète. L'architecture religieuse est, comme le catholicisme des classiques, plus propre à satisfaire la raison qu'à provoquer l'effusion mystique.

En parcourant ces monuments nouveaux, on ne peut d'ailleurs résister à la beauté grave des œuvres d'art que les peintres et les sculpteurs y ont prodigués. Les nombreux tombeaux qu'ils renferment présentent ce mélange de sincérité et d'ostentation qui caractérise l'éloquence des oraisons funèbres du temps.

C'est aussi pour ces églises « jésuites » que nos grands peintres classiques ont eu à déployer, en de vastes tableaux décoratifs, leur talent tout imprégné des réminiscences de l'antiquité. L'art du vitrail avait disparu avec le style gothique et, maintenant que le jour pénétrait à pleines fenêtres, il fallait orner les autels de peintures.

Ces innombrables a saintetés » ont été dispersées ; les plus remarquables ont été recueillies au Musée du Louvre. Beaucoup ont disparu. Celles qui ont retrouvé un asile dans les églises du temps, si elles ne suscitent pas de vives admirations, commandent presque toujours l'estime. Nos artistes ne furent

pas des techniciens d'une adresse ni d'une verve éblouissantes ; mais presque tous, comme Le Sueur, Poussin ou Philippe de Champaîgne, sans chercher à plaire, nous font participer à la gravité de leurs méditations et à la tendresse de leurs sentiments.

La petite église des Carmes et le monastère qui l'entoure sont peu connus des Parisiens, oublieux des souvenirs dramatiques qu'évoque l'histoire de ce monument.

Certes, le cloître avec ses façades moroses, ses couloirs étroits, ses cellules incommodes, n'attire guère le regard. Il y règne une austère simplicité, bien digne d'un ordre qui eut pour fondateurs quelques religieux, réfugiés sur les hauteurs du Mont- Carmel, pour se soustraire aux coups des Sarrasins. Mais la chapelle est élégante et bien disposée. Dans cet édifice, qui date des premières années du règne de Louis XIII, l'harmonie et le goût qui marqueront les conceptions architectoniques du grand siècle se sont heureusement alliés à la fantaisie et à la richesse décoratives que le style de la Renaissance avait mises en honneur.

L'ordre des Carmes venait d'être réformé par sainte Thérèse, quand deux religieux de la congrégation, envoyés à Henri IV par le pape Paul V, décidèrent de lui ouvrir à Paris un nouvel établissement. Ils s'installèrent d'abord dans une salle de la rue de Vaugirard qui avait servi jadis au prêche des calvinistes.

Ces premiers locaux furent bientôt insuffisants, car une foule nombreuse se pressait aux sermons des religieux. En 161 3, ils entreprirent la construction d'un monastère plus vaste ; les murailles du couvent furent recouvertes de cet enduit, brillant comme le marbre, qui est connu sous le nom de blanc des Carmes.

De vastes et beaux jardins, agrémentés de parterres à la française, attenaient aux bâtiments monastiques : c'est dans ces enclos, prétendait-on, que les pères cultivaient les herbes avec lesquelles ils fabriquaient leur eau de mélisse qui eut tant de vogue. Les jardins ont été fort entamés depuis, par des constructions d'immeubles et par le percement de la rue de Rennes. Pourtant, ils forment encore aujourd'hui un cadre fort pittoresque aux murailles grises du couvent. On y retrouve la belle allée de tilleuls qui fut la promenade favorite des anciens religieux.

La reine Marie de Médicis posa, en 161 3,1a première pierre de l'église qui fut achevée en 1620. On ignore le nom de l'architecte ; mais il est à présumer que la chapelle fut construite par un des religieux récemment venus d'Italie. Tout, en effet, dans les dispositions de l'édifice, atteste l'influence italienne : la situation même de l'église, qui s'ouvre au fond d'une cour, au milieu des bâtiments monastiques; la profusion des marbres et des peintures; enfin ce dôme qui était une nouveauté dans Paris et qui copiait les dômes de Saint-Pierre à Rome et de Sainte-Marie des Fleurs à Florence. Sans doute, les habitants de la capitale avaient déjà vu une coupole, dans la chapelle des Petits-Augustins, et la foule s'était portée vers cet édifice pour admirer cette curiosité. Mais la coupole des Augustins était très exiguë, tandis que le dôme des Carmes dominait le quartier avoisinant et se profilait hardiment au-dessus des masses de verdure du parc du Luxembourg.

Aux souvenirs que l'art de Louis XIII a laissés dans cette

église, la Révolution joignit la vision sanglante d'un des épisodes les plus terribles qui marquèrent les massacres de septembre. Les Carmes servaient alors de prison pour les prêtres coupables d'avoir refusé le serment à la Constitution. Le 2 septembre 1 792, des bandes, armées de piques et de sabres, envahis^ saient les jardins et massacraient les prêtres, jusqu'aux pieds des autels. Bientôt une justice sommaire s'improvisait. Les détenus, après avoir comparu devant un juge, étaient tués par la foule, sur le perron de la porte de l'église. La crypte, où sont conservés les ossements des victimes, renferme diverses reliques commémoratives de cette journée meurtrière. Pendant les années qui suivirent, le registre d'écrou mentionne, indistinctement des nobles et des prêtres, les noms du général Hoche, de la duchesse d'Aiguillon, de Joséphine de Beauharnais, qui y fut enfermée avec le général Beauharnais, et celui du directeur des marionnettes des Champs-Elysées, accusé d'avoir fait conspirer ses pantins contre la Révolution. Peu après, par un de ces contrastes fréquents dans ces temps troublés, des entrepreneurs de fêtes ouvraient un bal des Zéphirs dans les allées des jardins. L'hiver, on dansait dans l'église, au son des violons.

En 1845, le couvent des Carmes devint une école de hautes études ecclésiastiques, où l'on entreprit de former des prédicateurs dignes de soutenir la gloire d une chaire illustrée par Bossuet, Massillon, Bourdaloue. Depuis 1875, il est affecté aux services de l'Institut catholique.

L'église, à l'extérieur, offre peu] d'intérêt. Le portail est moderne et d'un style tout classique, avec ses deux étages d'ordre dorique. On ne remarque guère que le dôme, d'une courbe heureuse, et un clocher assez élancé, qui se détachent d'une façon pittoresque à l'arrière de l'église.

Rien de plus simple d'ailleurs que ce dôme, qui eut son heure

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