‹ Les édifices religieux, XVIIe, XVIIIe, XIXe sièclesChapitre 2 sur 84 · ANGKS MCSICIKNS DE LA CHAPELLE SAINT-JOSEPH · texte numérisé non relu

ANGKS MCSICIKNS DE LA CHAPELLE SAINT-JOSEPH

SAINT-JOSEPII DES CAKMKS, (Page 7.)

de célébrité, maïs qu^on ne saurait comparer aux savantes coupoles des Invalides ou du Val-de-Grâce. Sa structure, toute en bois et en plâtre, est très rudimentaire et ne s'agrémente d'aucune ornementation. Pourtant, sa charpente est solide et n'a pas souffert des atteintes du temps.

A rintérieur, l'église, quoique petite, offre des dispositions ingénieuses (PL i).

A la croisée des transepts, s'élève la coupole, revêtue d'une large peinture murale où Bartholet Flamaël, peintre liégeois du xvii* siècle, évoqua le prophète Élie transporté dans les cieux. On sait que les Carmes considéraient ce prophète comme le fondateur de leur ordre. Cette composition est malheureusement recouverte d'une couche épaisse de poussière qui n'en laisse apercevoir qu'avec peine les contours à demi effacés, sur l'ossature de la charpente qui apparaît par endroits.

Mais l'édifice offre un intérêt tout particulier par la belle ornementation de quelques petites chapelles, tapissées de boiseries, de sculptures et de peintures, d'un travail délicat et d'un effet fort élégant.

Les chapelles de Saint- Joseph et du Sacré-Cœur, à droite et à gauche de la nef, sont revêtues de hauts lambris rehaussés de moulures dorées et de fines sculptures où s'encadrent des peintures du temps.

Parmi les nombreux motifs qui enrichissent les panneaux boisés, on remarquera les anges qui ornent les murs de la chapelle de Saint- Joseph et qu'on a attribués à Simon Vouet

De belles boiseries, sculptées avec beaucoup de goût, complètent l'ornementation du monument. On s'arrêtera devant les tambours de la grande porte d'entrée, intéressant travail de menuiserie du xviii' siècle, et devant les jolies portes à

deux vantaux qui s'ouvrent sur les côtés du chœur (PL 2).

Ces portes, qui donnaient accès jadis au chœur des religieux, sont ciselées avec une grande richesse et une extrême profusion de motifs sculptés dans le style Louis XIII.

Le maître-autel, en marbre, a été construit aux frais du chancelier Séguier. Il renferme un tabernacle, tout en bronze doré, délicatement ouvragé, un beau bas-relief en albâtre figurant la Cène ; au-dessus, se détache un grand retable, richement décoré, porté par des colonnes corinthiennes en marbre de Dinan qui encadrent une vaste toile où François Lagrenée a évoqué la mort de saint Joseph; composition d'un dessin correct, mais d'une inspiration froide.

La chapelle gauche du transept renfermait autrefois une statue de la Vierge, exécutée par Antonio Raggi, d'après un dessin du Bernin. Cette œuvre, d'une grâce maniérée, avait été offerte aux Carmes déchaux par le cardinal Barberini. Elle leur fut enlevée, sous la Révolution, et fut recueillie dans la cathédrale de Paris. L'église des Carmes ne possède aujourd'hui qu'une reproduction en plâtre de l'original.

Quelques bâtiments annexes sont également dignes d'attention.

En franchissant la porte ménagée à droite du chœur, on pénètre dans la petite chapelle d'Hinisdal qui offre une décoration des plus curieuses et fort bien conservée. Les murs et le plafond sont entièrement tapissés de peintures. Un simple bandeau, orné d'une guirlande de fruits, sépare le lambris de la voûte en berceau.

Au premier étage de l'ancien monastère, on trouve une salle capitulaire, dont les lambris ont malheureusement été dépouillés des toiles qui les garnissaient autrefois, et le petit oratoire où le chancelier Séguier suivait les offices qu'on célébrait dans l'église.

ORATOIRE 9

Cette pièce offre une décoration plus amusante qu'artistique, avec ses panneaux minuscules, où des scènes de la vie de saint Jean-Baptiste alternent avec des gerbes de fleurs.

Tous les détails de cette ornementation élégante, agencée avec beaucoup de goût, donnent une physionomie très particulière à ce petit édifice.

ORATOIRE

Ce monument évoque le nom du cardinal de BéruUe et le souvenir de Tordre de l'Oratoire qu'il institua. Au commencement du xvii* siècle, le père de Bérulle, choqué de la licence et du désordre qui s'étaient introduits dans les mœurs ecclésiastiques et qui discréditaient le clergé dans l'opinion, eut la pensée d'ouvrir un couvent où les prêtres se fortifieraient dans leur vocation par l'étude et par l'exercice de la piété.

En 1616, on vit cette nouvelle congrégation d'ecclésiastiques de bonne volonté émigrer des hauteurs du faubourg Saint- Jacques, où ils avaient d'abord cherché un asile, en plein centre de la capitale, à deux pas du Louvre. Ils achetèrent, dans le quartier Saint-Honoré, un hôtel que Henri IV avait loué autrefois pour Gabrielle d'Estrées. C'est en cet endroit que le roi fut assailli par Jean Châtel, un jour qu'il venait rendre visite à la favorite.

Sur l'emplacement de l'hôtel démoli et des terrains avoisi-

nants, s'élevèrent les bâtiments conventuels et la chapelle de rOratoîre. Dans sa hâte de voir achever cette fondation, le père de BéruUe animait les ouvriers par son exemple et portait la hotte sur ses épaules. Tous ses disciples mirent aussi la main à l'ouvrage.

Une église plus vaste ne tarda pas à remplacer cet édifice trop exigu. Commencée en 1621, d'après les plans de Clément Métézeau, continuée sur les dessins de Jacques Lemercier, elle fut terminée en i63o. Il ne lui manquait plus qu'un portail, qui fut édifié beaucoup plus tard, en 1745, par Pierre Caqué.

Encouragés par la faveur royale et bientôt célèbres par leurs savants travaux et leur zèle religieux, les Oratoriens virent les gens de la cour affluer à leurs offices. On se pressait à leurs sermons ; on appréciait leur éloquence dont la vigoureuse simplicité contrastait avec le langage emphatique ou grossier, émaillé de citations latines, auquel s'abandonnaient alors la plupart des prédicateurs. Ils ne dédaignaient pas d'ailleurs de sacrifier à l'agréable, afin de retenir les gens du monde. Ils cultivèrent la musique et le chant; ils mirent les psaumes et quelques cantiques sur des airs qui étaient à la mode ; bientôt les disciples de BéruUe furent connus dans tout Paris sous le nom de « Pères au beau chant ».

Pendant deux siècles, l'ordre de l'Oratoire exerça dans le monde religieux une influence considérable. Il peupla la France de séminaires et de collèges, il compta parmi ses membres des philosophes et des orateurs illustres, dont Malebranche et Massillon. Malebranche y médita ; Bossuet, Mascaron y prêchèrent. Bossuet vantait cette institution, où, disait-il, a tout le monde obéit et où personne ne commande ». La supériorité des sujets qu'on y formait n'alla pas sans éveiller les susceptibilités des Jésuites et les Oratoriens eurent à compter plus

ORATOIRE II

d'une fois avec cet ordre tout-puissant et jaloux de son pouvoir.

Quand vint la Révolution, l'Oratoire fut dispersé. La Bibliothèque Nationale et la Bibliothèque Mazarine s'enrichirent des collections réunies par les Pères, qui renfermaient des manuscrits précieux achetés dans le Levant par Harlay de Sancy, lors de son ambassade à Gonstantinople.

Au début de la Révolution, l'Oratoire fut occupé par des prêtres assermentés. Ce fut dans son sanctuaire que les premiers évêques constitutionnels reçurent la consécration épiscopale,des mains de Talleyrand,évêque d'Autun.

Puis l'église fut destinée, par décret de la Convention, à « servir de magasin pour les effets d'équipement des armées, et convertie en un lieu profane, par la destruction entière des autels et de tous les monuments et tombeaux qui s'y trouvaient » • L'édifice même fut épargné; il fut affecté, en i8ii, au culte protestant.

Quant aux bâtiments conventuels, ils abritèrent diverses administrations publiques ; puis ils disparurent, sous le second Empire, lors du percement de la rue de Rivoli.

Edifié à l'angle de la rue de l'Oratoire et de la rue Saint- Honoré, le temple s'ouvre de biais sur cette dernière rue. Cette disposition n'altère d'ailleurs nullement le caractère de cette architecture. Il est seulement regrettable que la vue de l'aile droite de l'édifice soit complètement masquée par les constructions voisines dans lesquelles elle est engagée.

Le monument s'annonce par une façade de style classique, d'un dessin correct sinon original. Elle comporte deux ordres de colonnes doriques et corinthiennes que couronne un fronton. Deux petites portes s'ouvrent dans des arrière-corps, encadrées de pilastres doriques. Cette façade était ornée jadis de quelques

médaillons et de quelques trophées : ces sculptures sont aujourd'hui effacées.

La façade de gauche et Tabside forment un ensemble moins sévère et plus élégant, avec leurs contreforts, surmontés de pinacles et de tourelles, d'un dessin gracieux. L'abside surtout se détache d'une façon pittoresque, avec ses clochetons d'une forme curieuse, avec ses combles hardiment indiqués (PI. 3). Elle encadre, de ses teintes grises, les masses blanches et vigoureuses du beau monument qui a été élevé par Grauk à la mémoire de Goligny.

A l'intérieur règne un ordre corinthien, de belles proportions. L'élégante rotonde qui ferme le chœur est d'une exécution aussi habile que délicate. Malheureusement les dispositions de l'église se sont trouvées modifiées d'une manière fâcheuse, lors de son aménagement en temple protestant. C'est ainsi que les bas côtés et plusieurs des baies de la galerie ont été aveuglés.

Gomme tous les temples protestants, l'édifice ne renferme aucune décoration artistique. Il est aujourd'hui dépouillé de tous les monuments et des œuvres d'art qui l'ornaient avant la Révolution. On y admirait, à l'époque, avec des tableaux de Philippe de Chanipaigne et de Simon Vouet, un très beau retable, enrichi d'un bas-relief en bronze de Girardon, don de M^'^de Montespan,le monument funéraire du cardinal de BéruUe, MXï des meilleurs ouvrages de François Anguier. L'église renfermait d'autres tombeaux, parmi lesquels celui d'Antoine Aubray, père de la fameuse marquise de Brinvilliers et qui mourut empoisonné par elle.

Page 1