VAL-DE-GRACE. FAÇADE
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seul ordre, surmonté d'un attique orné de médaillons. Cette disposition, plus simple, contribue beaucoup à TeAFet majestueux de rarchitecture.Les baies à plates-bandes, qui s'ouvrent au-dessous de Tattique, ont aussi une sobriété élégante qui ne se retrouve pas dans les églises de la Sorbonne et des Invalides.
Les contreforts puissants, ornés de pilastres corinthiens, qui encadrent les baies, à des intervalles assez rapprochés, semblent également préférables, soit aux contreforts trop espacés et moins accusés de la Sorbonne, soit aux colonnes qui entourent le dôme des Invalides, et dont le groupement inégal semble marquer une certaine indécision de style.
Enfin, tandis que la base du dôme des Invalides se raccorde aux parties inférieures par de grandes lignes horizontales qui laissent des vides dans ^architecture, la coupole du Val-de-Grâce est flanquée de deux lanternes gracieuses, encadrant les toitures de la nef et des chapelles qui s'accusent à l'extérieur de rédifice.
Par ses dispositions générales, le dôme du Val-de-Grâce se rapproche de celui de Saint-Pierre, à Rome, bien plus que les coupoles de la Sorbonne et des Invalides. Il faut reconnaître, d'ailleurs, qu'il présente, au sommet, un aplatissement fâcheuix. La coupole des Invalides, si elle se ressent d'un art peut-être plus compliqué, a une belle élévation, une élégance de formes et une pureté de courbe qui manquent à l'architecture un peu lourde de celle du Val-de-Grâce.
Celle-ci, par contre, offre dans sa partie supérieure, une ornementation riche et originale qui contraste heureusement avec la froide ordonnance de la coupole, toute proche, du Panthéon.
Au-dessus des contreforts, à l'appui des consoles renversées
qui encadrent Tattique, se détachent des statues d'enfants, de grandes dimensions ^ qtii portent des pots-à-feu, d'où s'échappent des flammes. Ce dernier emblème se répète, en de plus vastes proportions, sur la corniche deTattique.
Dans la calotte du dôme, s'ouvrent des lucarnes en plomb, couronnées de fleurs de lis. La coupole est coiffée d'une lanterne, également ornée de pots-à-feu. Le dôme était autrefois brillant des dorures qui décoraient les plates-bandes de la coupole ainsi que la lanterne. Ces dorures ont entièrement disparu. On pénètre dans l'église par une très belle porte en bronze, marquée de fleurs de lis et du chifiîre royal.
L'intérieur du monument n'attire pas moins l'attention par son heureuse distribution, par le goût et la parfaite exécution des motifs d'architecture qui donnent à cette église un caractère de dignité et de grandeur (PI. i3).
L'édifice a gardé une grande partie de sa décoration première. On y voit encore un magnifique baldaquin, des grilles en fer forgé qui séparent le chœur et les chapelles de la nef principale : enfin la mosaïque du pavé, faite de marbres de diverses couleurs.
Les frères Anguier ont montré beaucoup de variété et d'indépendance dans les sculptures. Rien n'a été épargné pour rehausser la magnificence du monumemt, où brillent les marbres, les dorures, les peintures. Architectes et artistes s'efforcèrent de seconder les pieuses intentions de la reine qui voulait élever un temple splendide à la gloire de Dieu.
Aussi leur œuvre fut-elle fort admirée en son temps. On y voyait alors l'un des modèles les plus parfaits du style de l'époque, où le goût de l'art antique se conciliait avec toutes les ressources de l'inspiration moderne. Dans un brillant et curieux plaidoyer artistique, Molière célébrait pompeusement
ses beautés, qu'il opposait à Tart médiéval, avec une injustice toute classique.
«... Tout s'y voit tiré d'un vaste fond d'esprit. Assaisonné du sel de nos grâces antiques Et non du fade goût des ornements gothiques, Ces monstres odieux des siècles ignorants Qiie de la barbarie ont produit les torrents. »
La nef est courte, et ne comporte que trois travées, sur lesquelles, de chaque côté, s'ouvre une galerie divisée en chapelles.
La voûte et les arcs sont chargés de motifs d'ornementation sculptés avec une habileté extrême, où se révèle une invention fertile. Des médaillons de saints et de saintes, entre lesquels s encadrent des figures d'anges, sont contournés par des entrelacs décorés de fleurs. Les chapiteaux corinthiens appliqués entre les arcs des bas côtés sont également d'une exécution très soignée.
Il faut louer l'aménagement ingénieux et pittoresque de la coupole, dont les piliers ouvrent sur des passages donnant accès aux chapelles. Cette innovation, dont on a parfois attribué le mérite à Hardouin Mansart, qui construisit le dôme des Invalides, est due en réalité à François Mansart qui en a très heureusement tiré parti au Val-de-Grâce.
Aux angles de la coupole, qui sont ornés de bas-reliefs, sont scellés d'élégants balcons dorés. Les voûtes du dôme sont décorées de belles rosaces sculptées. Les arcs en pénétration des chapelles de Sainte-Anne et de Saint-Louis, qui s'ouvrent à gauche et à droite du dôme, sont enrichis de motifs variés, traités avec beaucoup de fantaisie et de grâce.
On a critiqué quelquefois la position du maître-autel, en regrettant qu'on l'eût si fort enfoncé dans le grand arc où il
paraît trop serré : on s'est étonné également de l'empiétement que fait sur le chœur la pénétration de la chapelle du Saint- Sacrement ; cette chapelle que Lemercier ajouta aux plans de réglise est placée dans l'axe, mais en sens inverse de l'édifice, et fait saillie dans l'abside. Cette disposition ne doit pourtant pas surprendre, si l'on songe que les religieuses, cloîtrées dans la chapelle, venaient recevoir la communion des mains du prêtre, par un guichet ménagé dans la grille. La destination de cette chapelle obligeait également l'architecte à placer contre la grille le maître-autel à deux faces qui devait servir à la fois aux fidèles et aux religieuses.
La position de l'autel ne fait donc qu'accuser le caractère conventuel du monument et la pensée dans laquelle il fut édifié.
On ne peut d'ailleurs qu'admirer la forme élégante et la riche décoration du baldaquin, dessiné par Gabriel Le Duc et qui rappelle celui de Saint-Pierre de Rome : il a été souvent imité, par la suite, dans les églises où l'on a recherché le luxe de l'ornementation.
Il est formé d'un assemblage gracieux de courbes en bois doré, imitant le bronze, qui dessinent des rinceaux larges et sveltes. Les consoles supportent une couronne, également en bois doré, qui est ornée de grenades entr'ouvertes et surmontée d'un globe portant une croix.
Le baldaquin repose sur six magnifiques colonnes torses, en marbre noir de Brabançon, qui ont coûté chacune dix mille francs. Ces colonnes, sur lesquelles courent des palmes et des rinceaux de bronze doré, portent des anges de haute stature qui lancent en l'air des encensoirs. Elles sont reliées, à la hauteur des chapiteaux, par des festons de palmes et de branches d'oliviers, auxquels s'accrochent des anges sculptés.
Le maître-autel, édifié lors de la construction de Téglise, avait été dessiné par François Anguier qui avait sculpté, pour le décorer, son admirable groupe de la Nativité. Cette sculpture, exécutée à la gloire de la Vierge mère, rappelait la dédicace de réglise et la naissance de Louis XIV ; elle était considérée comme le chef-d'œuvre de l'excellent artiste.
L'autel fut malheureusement détruit sous la Révolution. Il ne fut reconstruit qu'en 1868, sur l'ordre de Napoléon III, à l'instigation de l'archevêque de Paris. Quant au gproupe d'Anguier, Napoléon I" en fit don à l'église Saint-Roch qui l'a conservé. L'église du Val-de-Grâce n'en a plus qu'une copie qui date du Second Empire.
La coupole, richement ornée de sculptures, est recouverte d'une vaste gloire, peinte par Pierre Mignard. On y voit le Père Éternel, au milieu d'une cour céleste, au-dessus de laquelle planent des légions d'anges. Les zones inférieures de la fresque sont occupées par une foule de saints personnages où les groupes se distribuent, sans confusion. On distingue les figures de la Vierge, des archanges, des choeurs d'anges et de séraphins, les pères de l'Église, les martyrs, les patriarches et les rois. Au bas de la coupole, Anne d'Autriche, présentée par saint Louis, offre à Dieu la nouvelle église.
Cette peinture colossale, où l'illustre artiste déploya toutes les ressources de son talent et toutes les grâces de son pinceau, fut exécutée, dit-on, en treize mois ; pourtant elle ne contient pas moins de deux cents figures, trois fois grandeur nature.
L'œuvre de Pierre Mignard eut, en son temps, une grande vogue. Molière en profita pour célébrer son ami dans son poème sur a la gloire du Val-de-Grâce ». Si nous ne partageons plus au même point l'enthousiasme qu'avaient les contemporains pour ce style conventionnel, on ne peut cependant
qu'applaudir à la verve^ à l'esprit d'invention dont témoigne cet assemblage pittoresque de figures atix attitudes variées, de groupes aux perspectives étudiées. Le dessin est facile, habile; les tons sont clairs et artistement fondus. Il est seulement regrettable que cette belle composition, qui fut déjà fâcheusement retouchée au pastel par l'auteur lui-même, ait souffert du temps, qui en a dégradé les vives et brillantes colorations.
L'église a reçu le vocable sous lequel elle est placée de l'ancienne congrégation de Saint-Jacques du Haut-Pas qui tenait son nom d'un passage difficile à franchir, sur l'Arno. Cet ordre se rattachait à celui des moines Pontifices, ou constructeurs de ponts et de bacs pour le service des pèlerins et des voyageurs. Ces religieux portaient, insigne de leur vocation, un marteau brodé sur la manche gauche de leur habit.
La congrégation de Saint-Jacques du Haut-Pas se développa en France, au commencement du xiv® siècle. Elle eut à Paris, dans la rue Saint-Denis, un hospice où elle hébergeait les pèlerins, particulièrement ceux de Saint- Jacques de Compostelle.
La reine Jeanne de France leur bâtit une église, où furent tranffisférées, en grande pompe, les reliques de saint Eustache et de saiaat Jacques.
Lai owigrégation ne tarda pas à décroître. Il ne restait plus qu'uni QfVi deux religieux dans l'hospice, quand Catherine de
Médicis en fit une abbaye pour les frères de Saint-Magloire» Ceiix-ci cédèrent eux-mêmes la place, au xvii* siècle, aux prêtres de rOratoire qui ouvrirent un séminaire. C'est là que La Fontaine étudia, c'est là que Massillon commença, pour les jeunes clercs^ ces conférences où l'élévation des idées se joint à l'élégance et à la perfection de la forme. A la place du séminaire des Oratoriens, s'élève aujourd'hui l'hospice des sourds-muets, fondé sous la Révolution.
Cependant les habitants du quartier Saint- Jacques avaient dû pendant longtemps s'acquitter de leurs devoirs religieux dans des églises éloignées. Ils réclamèrent, en i566, contre cette situation, et ils obtinrent l'érection d'une chapelle, indépendante des bâtiments monastiques. Édifice modeste, qui dut être bientôt remplacé par im monument plus vaste.
En i63o, Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, posa la première pierre d'une nouvelle église.
Les travaux restèrent d'ailleurs suspendus, faute d'argent, ^rès la construction du chœur. Ils ne reprirent qu'en 1675, grâce aux libéralités de la duchesse de Longueville qui fit élever la tour et le portail, sur les dessins de Gittard.
La duchesse de Longueville dont le nom reste ainsi attaché à l église Saint-Jacques, avait alors résolu de travailler à son salttt et de racheter, par la dévotion, les agitations d'une jeunesse orageuse. Après avoir été, pendant les années troubles de la Fronde, l'âme de la révolte et de la résistance, après avoir armé contre Mazarin les Condé, les Turenne, les Conti, que retenaient le charme de son esprit et le pouvoir de sa beauté, la coquette ligueuse n'aspirait plus qu'au calme et à la solitude. « Elle eût eu peu de défauts, disait d'elle le cardinal de Retz, si la galanterie ne lui en eut donné beaucoup. » C'étaient de légers défauts, en tout cas, et qui se rachetaient
aisément, en un temps où la dévotion était si voisine de la galanterie. L'aimable pécheresse s'en fut donc demander aux <];armélites de la rue Saint-Jacques les moyens d'obtenir son salut qu'elle désespérait de faire à la cour.
Grâce à ses largesses, l'église était achevée en 1684. Entrepreneurs et ouvriers avaient fait preuve d'un sentiment chrétien peu commun, si l'on en croit les contemporains. Les carriers fournirent gratuitement les pierres ; les charpentiers et "les maçons donnèrent, sans rétribution, un jour de travail par semaine.
La paroisse Saint- Jacques abritait jadis la sépulture de Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, qui formula les principes de la doctrine janséniste.
Victime des premières persécutions qui frappèrent les maisons de Port- Royal, cet austère doctrinaire fut arrêté, par ordre de Richelieu, et enfermé au donjon de Vincennes. Il y resta longtemps et mourut, peu après sa sortie de prison.
Son souvenir évoque les débuts du jansénisme, qui se répandit dans toute la paroisse Saint-Jacques, s'emparant des consciences et détournant les esprits de la croyance au libre arbitre. L'église était, comme Saint-Étienne-du-Mont, toute proche de l'abbaye de Port-Royal et servait d'asile aux adeptes de la doctrine nouvelle. Au xviii* siècle, leur influence est encore si forte qu'on voit les paroissiens s'enfuir à l'annonce d'un mandement épiscopal condamnant les a Nouvelles ecclésiastiques » comme entachées de jansénisme.
Le marquis de Sévigné, fils de la célèbre Marie de Rabutin- Chantal, vint souvent, sur les hauteurs de Saint-Jacques, implorer les secours de la religion : la spirituelle M"*® de La Fayette y cherchait, après la mort de Là Rochefoucauld, un apaisement à sa douleur.
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La Révolution conserva d'abord la paroisse Saint-Jacques ; puis elle la concéda aux Théophilantropes, en la baptisant du nom de Temple de la Bienfaisance. Une inscription, gravée surun pilier du bas côté droit du chœur, rappelle les dégradations, commises dans l'édifice pendant la Terreur. L'église eut également à souffrir, en 1871, de l'explosion de la poudrière da Luxembourg qui fit sauter tous ses vitraux.
L'architecture de l'édifice est fort simple et ne présente qu'un intérêt très médiocre.
Elle comporte une façade, d'apparence modeste, traitée dans le style dorique, et surmontée, dans la partie gauche, d'une tour rectangulaire (PI. i3). Une seconde tour devait s'élever, pour faire pendant à la première; mais on négligea delà construire.
L'intérieur comprend une nef, des bas côtés étroits, ouvrant sur des chapelles latérales. Les bas côtés se prolongent au delà du transept, jusqu'à l'abside, qui est occupée par la chapelle de la Vierge.
L'aspect de l'édifice est peu séduisant; l'ornementation est également des plus pauvres. On ne remarquera guère que le buffet d'orgues et la chaire à prêcher : deux beaux morceaux de sculpture sur bois, de style Louis XIV, qui proviennent de l'ancienne église Saint-Benoît. Mais Saint-Jacques possède quelques tableaux des écoles françaises des xvii* et xviii® siècles qui retiendront l'attention des visiteurs.
Le bas côté gauche renferme, dans la chapelle du Purgatoire, une toile du xviii* siècle qui représente V Adoration des Mages j d'après un tableau de l'école italienne ; à la hauteur de la chapelle Saint-Denis, une Annonciation de la même époque.
Dans le transept gauche, on voit un Christ en croixj du XVII* siècle.
La chapelle Saint-Pierre, qui s'ouvre sur le bas côté gauche du chœur, contient une toile peinte par Calvaert en 1600 qui représente Jésus guérissant la belle-mère de saint Pierre; une suite de bas-reliefs en bronze du xviii*^ siècle figurant : Saint Matthieu et Saint MarCy Saint Luc et Saint Jean^ une Descente de croixy un Christ en croix ; et un bas-relief en marbre du XVII' siècle consacré à saint Pierre. On voit aussi dans cette chapelle, un Saint Pierre de Jean Restout (1728), un curieux tableau de Gérard qui montre Jésus entouré d'enfants, dans un fond d'architecture romaine et de paysage, et quatre peintures intéressantes qui symbolisent la Charité, la Religion, l'Espérance et la Foi, Ces toiles exécutées sur fond d'or, ont été attribuées par leur donateur à Le Sueur : mais elles semblent plutôt porter la marque de J.-B. de Champaigne, le neveu de Philippe.
On remarque encore, dans une des chapelles du bas côté droit du chœur, une toile de Champmartin : Saint Philippe assistant à la multiplication des pains ; dans la chapelle des catéchismes, une toile de Sébastien Bourdon : Le martyre de sainte Félicité ; un Christ en croix^ dans le style de Le Brun ; un Mariage de la Vierge^ du xvii* siècle ; et tine peinture sur bois, du xv% par Mazzola, qui représente La Vierge avec VEnfant Jésiis^ saint Pierre et sainte Lucie.
Il faut s'arrêter également dans la sacristie qui renferme des toiles intéressantes. On y voit une Assomption de la Vierge^ de Jeaurat (lyôS), quatre Pères de l'église : Saint Léon, Saint Ambroisey Saint Augustin^ et Saint Jérôme, peints, au xvii* siècle, dans la manière de Valentin. Sur les panneaux de porte, qui datent de la même époque, des bouquets de fleurs alternent avec des scènes symboliques : La Présentation au temple, La Visitation, La Fuite en Egypte, Le Buisson ardent.
Outre la sépulture de l'abbé de Saint-Cyran, dont une
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pierre tombale, derrière l'autel, évoque la mémoire, l'église Saint-Jacques renfermait jadis les tombeaux du géomètre Philippe de la Hire et du grand astronome Cassini qfui vint s'établir en France, sur les instances de Louis XIV, et fonda l'Observatoire de Paris.
En 1625, Antoine Fayet, curé de Saint-Paul, fit bâtir, pour ses paroissiens du faubourg, une humble chapelle qui devint par la suite succursale de l'église Saint-Paul. Cette construction première est restée le noyau des bâtiments qui furent groupés, dans la suite, à des dates différentes, pour satisfaire aux besoins du moment. Si bien que l'église actuelle, après de nombreux remaniements, a bien plutôt l'apparence d'une constntction sans caractère que d'un monument élevé sur un plan arrêté.
La chapelle primitive, de dimensions très restreintes, fut d'abord pourvue, en lôSy et i638, d'une sacristie et d'un presbytère.
Puis, en 1669, on commença des travaux destinés à l'agrandir dans son ensemble. On allongea la nef de sept toises, en lui donnant deux bas côtés. On ignore le nom de l'architecte qui entreprit cette restauration^ conduite d'ailleurs avec beaucoup de simplicité et dans un esprit de stricte économie.
Au XVIII® siècle, on adjoignit d'abord à l'église ime chapelle
de la Communion, aménagéedans le transept gauche, etdontla décoration fut confiée à Louis de BouUongne. Puis, Jean-Baptiste Goy, qui fut le premier curé de Sainte-Marguerite, entreprit, en 1724, d'importants travaux d'agrandissement. Il fit bâtir la chapelle de la Vierge, il reconstruisit le chœur, le presbytère et les charniers. Lui-même travailla personnellement à embellir son église. Il avait été sculpteur et peintre avant de se faire prêtre : les décorations profanes qu'il avait exécutées étaient même pour lui une cause de remords.
« Plusieurs pièces de sa façon, disent les Nouvelles Ecclésiastiques de 1738, qui sont dans les jardins de Versailles, de Meudon et de Marly, ont été pour lui, depuis que Dieu l'eut touché, un objet continuel de gémissements. »
Sans doute eut-il le désir de sanctifier son talent, en le consacrant à des sujets pieux. Il se souvint de sa vocation première et peignit pour son église plusieurs toiles, aujourd'hui disparues, parmi lesquelles on remarquait une Cène et une Prédication de Jésus au désert. Alphonse Dufresnoy avait peint aussi, en 16 56, une Sainte Marguerite en prison^ qui est actuellement au Musée du Louvre.
En 1764, l'édifice fut encore augmenté d'une chapelle des Ames du Purgatoire, qui fait saillie sur le côté gauche. Les restes de la chapelle primitive formaient alors à peine la dixième partie de l'ensemble des constructions.
La situation ecclésiastique de l'église Sainte-Marguerite ne souleva pas de moindres difficultés et maints procès s'engagèrent à propos de ce nouvel édifice religieux.
En 171 2, on se résolut enfin à faire de cette église une paroisse. Le décret qui ordonne cette création constate l'accroissement considérable de la population du faubourg Saint-Antoine et aussi les considérations pratiques qui exi-
gent que Tancienne succursale soit détachée de la paroisse Saint-Paul.
« Les libertins et les nouveaux convertis, qui sont en très grand nombre dans le faubourg, porte ce document, n'étant pas veillés de près, se dispensent même du devoir pascal, sans craindre d'être connus, parce qu'ayant la liberté de satisfaire à ce devoir à Saint-Paul ou à Sainte-Marguerite, on ne peut découvrir ceux qui y manquent. »
Cette création était d'autant plus justifiée d'ailleurs que le faubourg comptait dès lors 40000 habitants, répandus sur un très vaste territoire, puisque cinq églises suffisent à peine aujourd'hui à desservir cette ancienne paroisse, qui s'étendait jusqu'aux moulins de Ménilmontant et jusqu'au Petit Bercy.
La paroisse Sainte-Marguerite, d'abord conservée par la Révolution, fut bientôt transformée en Temple de la Liberté et de l'Égalité.
C'est dans le cimetière attenant à l'église que fut inhumé, le 10 juin 1795, le corps du dauphin Louis XVII, mort au Temple, à l'âge de dix ans. Dès le début de la Restauration, on rechercha les restes du prince, pour les transférer à Saint-Denis; mais on ne put les retrouver. En 1846, le hasard fit découvrir un squelette d'enfant dans lequel on voulut voir les ossements du prince.
Cependant on accréditait diverses versions, d'après lesquelles Louis XVII ne serait pas mort au Temple et aurait survécu à la Révolution. Une nouvelle exhumation, autorisée en 1894, permit de reconnaître l'inexactitude de l'identification tentée auparavant. La question reste donc entière pour ceux que tente cette énigme et qui se plaisent à créer, autour du sort de ce malheureux prince, des légendes plus ou moins fantaisistes.
Sainte-Marguerite renfermait autrefois quelques statues et quelques peintures qui ont disparu. Mais elle a reçu depuis de nouvelles œuvres d'art, provenant de paroisses supprimées.
Le monument présente un aspect simple et pauvre.
Il affecte, à l'extérieur, la forme d'une croix, qui se termine par un mur droit, sans abside (PI. 14).
La façade elle-même n'est qu'une haute muraille, qui s'est enrichie, sous la Restauration, de quatre pilastres simulés.
On entrevoit, au chevet de la chapelle de la Vierge, un ancien bas-relief qui figure Za Vierge et V Enfant Jésus. Cette sculpture, qui date du xviii® siècle, a été attribuée au curé Jean-Baptiste Goy.
L'intérieur de l'édifice n'offre guère d'intérêt. On remarquera toutefois la décoration assez ingénieuse de la chapelle des Ames du Purgatoire^ qui a été construite sur un terrain dépendant de l'ancien cimetière. Cette chapelle a été édifiée par l'architecte Victor Louis, à qui l'on doit le théâtre de Bordeaux et une partie des bâtiments du Palais- Royal. Un ensemble d'ornementation peinte en trompe-l'œil, par Brunetti fils, simule une curieuse ordonnance de colonnes, de statues et de bas-reliefs.
Deux peintures, imitant le bas-relief, occupent toute la longueur de la chapelle : c'est, à droite, Jacob expirant au milieu des sienSj à gauche, les Funérailles du Patriarche. Ces grisailles, fort détériorées, se développent au-dessus d'une sorte de portique formé par un ordre de colonnes ioniques qui jouent le marbre blanc. Dans les entrecolonnements, se détachent des figures allégoriques qui « ont trait à la brièveté de la vie».
Au fond de la chapelle, une arcade s'ouvre sur une toile qui évoque, en une vision quelque peu désordonnée, le Passage des âmes du Purgatoire au ciel. Cette composition, aux tonalités
vives, mais confuses, a été peinte par Gabriel Briard, en 1761 ; elle est aujourd'hui en fort mauvais état. Sur la muraille, deux groupes en grisaille, simulant des sculptures, évoquent, à droite, les Vertus théologales , à gauche, les Vertus cardinales.
Derrière Tautel, se trouvent les restes du tombeau d'Antoine Fayet, fondateur de Téglise. On voit une table en marbre noir portée par quatre anges en marbre blanc. C'est une œuvre d'un travail grossier, qui date du commencement duxvii* siècle. On conte que ce monument resta longtemps enfoui dans le chœur, à cause de la nudité des anges dont il était orné.
La voûte de la chapelle est décorée de caissons à rosaces peintes en grisaille et imitant la pierre sculptée.
L'église Sainte-Marguerite renferme quelques œuvres d'art intéressantes.
Contre le mur gauche delà nef, on voit une curieuse peinture sur bois, de Salviati, qui représente le Christ descendu de la Croix. Sur un fond de paysage, au milieu d'une foule de soldats, de disciples et de saintes femmes, apparaît le cadavre du Christ, soutenu par Joseph d'Arimathie, dans lequel on reconnaît la figure d'Henri IL On retrouve dans cette composition habile la grâce un peu maniérée du maître italien.
Cette œuvre qu'on avait crue perdue, pendant longtemps, a été exécutée par Salviati pendant son séjour en France, entre i554 et i556. Elle avait été entreprise pour la chapelle d'Orléans, à l'église des Célestins.
Le mur de droite est décoré d'une peinture sur bois, de la fin du XVII* siècle, qui évoque le Massacre des Innocents. On trouve dans cette composition, qu'on a voulu attribuer à Luca Giordano, un mélange des procédés de l'école flamande et du style italien.
La chaire, d'un bon travail dans le style du xvii® siècle, est ornée de bas- reliefs en bois.
La chapelle Sainte-Marguerite, qui s'ouvre dans le transept gauche, renferme deux toiles du xvii® siècle : Tune représente le Christ portant sa croix^ sur un fond d'architecture qui rappelle la manière de Poussin ; l'autre, qui semble être une ancienne bannière, représente sainte Marguerite. On y voit également deux toiles du xviii® siècle : le Christ lavant les pieds des apôtres^ tableau attribué à La Fosse, et V Apothéose de saint Vincent de Paul.
Un tableau, peint par Lagrenée en 1765, figure Saint Am^ broise présentant à Dieu les lettres de Théodose. C'est à propos de cette, composition, d'un style correct, mais bien terne, que Diderot observait, non sans à-propos : « Le sujet est froid, le peintre aussi. » Une toile de Jean Restout montre, au milieu d'une assemblée de religieuses et de grandes dames en costumes Louis XIII, Saint Vincent de Paul institué par saint François de Sales comme supérieur des dames de la Visitation (PI. 1 5) .
La chapelle de la Vierge, qui fait vis-à-vis à la précédente, dans le transept droit, renferme une Adoration des Bergers et une Descente de croix ^ du xvii* siècle; un tableau de Louis Gailoche (1732) qui évoque l'Institution des enfants assistés; les costumes, empruntés au grand siècle, ne sont pas toujours d'une parfaite vérité historique. On voit encore, dans cette chapelle, une Visitation de Suvée (1781), un tableau de frère André, qui figure dans un intérieur d'église, Saint Vincent de Paul prêchant aux pauvres de V hôpital au nom de Jésus et un buste de Jean-Pierre Haumet, curé de la paroisse, par Doublemard.
La porte qui donne accès à la chapelle Saint-Joseph, dans le côté gauche du chœur, est ornée d'un Christ en croix ^ peint dans la manière de Le Brun, et d'une toile de frère André qui montre
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Saint Vincent de Paul présentant une religieuse à la reine Anne (TAutriche.
Au-dessus de la porte de la sacristie, une peinture de Gleyre représente la Vierge sur un trône, entourée des apôtres.
Contre la muraille qui ferme l'édifice, un beau groupe en marbre blanc : Le Christ descendu de la croix (PI. 1 5) . Cette œuvre, exécutée par Eustache Nourrisson et Robert Le Lorrain, d'après les dessins de Girardon, est un fragment du monument qui décorait, à Saint-Landry, le tombeau de Catherine Duchemin, femme de Girardon, qui peignit des fleurs et des fruits et fut reçue membre de l'Académie royale.
Une inscription, placée au bas du monument, rappelle la restauration accomplie par l'architecte Godde, qui a réuni les fragments épars de ce groupe.
Les religieuses des Haudriettes, qui élevèrent cette chapelle, doivent leur nom à un Parisien, Jean Haudri, qui s'en alla, au XIV* siècle, au pèlerinage de Saint- Jacques-de-Compostelle. Il y demeura si longtemps, dit-on, que sa femme le tint pour mort ; se croyant veuve, elle voulut se consoler dans la compagnie de celles qu'un pareil malheur avait frappées. Lorsque son mari revint, il trouva sa maison convertie en un couvent de veuves. Il n'en fut pas autrement ému, si l'on en croit la tradition, et loin de blâmer sa femme, il approuva la fondation et l'enrichit de ses libéralités.
Trois siècles après, le cardinal François de La Rochefoucauld, désirant soumettre les dames des Haudriettes aune règle plus étroite, leur ouvrit un couvent dans la rue Saint-Honoré, Ces religieuses firent bientôt construire une église, de vastes dimensions, dont les plans furent demandés à Charles Errard le jeune, architecte et peintre, qui fut le premier directeur de l'Académie de France à Rome. Les travaux, commencés en 1670, furent terminés en 1676.
La Révolution dispersa les religieuses. Sur remplacement occupé jadis par les bâtiments conventuels, on a ouvert la rue Mondovi, une partie de la rue du Mont-Thabor, et on a prolongé la rue Cambon.
L'église, transformée pendant quelque temps en magasin pour les décors de TOpéra, fut rendue au culte, après le Concordat, et affectée au service de la paroisse de la Madeleine. Quand cette église fut achevée, on en fit une chapelle des catéchismes. Elle sert également d'église à la colonie polonaise établie à Paris.
En face de cet édifice s'élevait autrefois une maison qui fut habitée par Robespierre : l'immeuble a disparu, lors de l'ouverture de la rue Duphot.
Il était de règle alors qu'une église importante eût un dôme. Le maître entrepreneur Chéret, auquel Charles Errard avait confié l'exécution de son plan, n'a pas manqué de suivre, à cet égard, le goût de son temps, sans trop s'inquiéter des limites que le projet de l'artiste semblait lui imposer (PI. 16). Aussi cette œuvre fut-elle vivement critiquée. La coupole de l'Assomption fut bientôt connue dans Paris sous le sobriquet de Sot dôme.
Il est certain qu'elle paraît beaucoup trop ample et trop élevée pour la petite superficie qu'occupe l'édifice. Chéret, qui
déforma Tœuvre de Charles Errard, n'a même pas ménagé un recul suffisant pour permettre d'apprécier l'effet de cette architecture, et la voûte ne s'aperçoit qu'avec peine.
En lui-même, ce dôme est pourtant d'une structure élégante^
La rotonde s'appuie sur un soubassement que couronne une corniche, décorée de guirlandes de fleurs et de fruits. Au-dessus règne un pourtour, percé de baies rectangulaires, entre lesquelles sont creusées des niches ornées de sculptures. La coupole, recouverte en ardoise, est sillonnée de nervures saillantes, en plomb. Elle est terminée par une lanterne qui repose sur des colonnes renversées et qui porte une boule surmontée d'une croix.
Le portique s'élève au-dessus d'un perron précédé d'une grande cour. Il présente une ordonnance toute classique, avec une rangée de "colonnes d'ordre corinthien que couronne un frontontriangulaire.
Ce portail est d'un dessin correct et élégant : il serait d'un bel efiet, s'il ne paraissait par trop grêle auprès de la masse du dôme qui le surplombe et qui l'écrase.
L'intérieur de l'église, en forme de rotonde, est partagé en huit travées, séparées par des pilastres corinthiens qui supportent une corniche, décorée de motifs sculptés. Des caissons à moulures dorées agrémentent la coupole.
Mais le même vice de construction qui nuit, à l'extérieur, à l'aspect du dôme et du portique, a détruit l'harmonie de l'ordonnance intérieure. L'élévation de la voûte, que ne dégagent pas les amples arcades d'une nef et de transepts, oppresse le visiteur ; il aperçoit difficilement la vaste peinture qui figure, sur la coupole, V Assomption de la Vierge. Et cela est fort regrettable, car cette composition, d'une exécution aisée et brillante, est une des meilleures œuvres de Charles de La Fosse.
L'églîse renferme en outre quelques toiles intéressantes. Audessus de la porte d'entrée, on voit un bon tableau de Louis de BouUongne : Saint Germain donnant une médaille à sainte Gèneviève.
Le retable de l'autel, qu'encadrent des colonnes cannelées d'ordre corinthien, est décoré d'une Annonciation peinte par Vien, en 1763.
Dans l'arcade de gauche, on voit une toile de Suvée (1779) : \di Nativité delà Vierge \ au-dessus, nnQ Adoration des Bergers^ œuvre de l'école italienne du xviii* siècle.
La chapelle de la Vierge, disposée dans l'arcade de droite, renferme une composition de Van Loo, d'une belle ordonnance, qui figure V Adoration des mages.
Cette église doit son nom et son existence à un très ancien monastère fondé, en i258, par les serfs de la Vierge qu'on surnomma les Blancs-Manteaux, à cause de la couleur de leur costume.
Cette congrégation n'eut qu'une existence éphémère; elle se dispersa, quand Grégoire X décréta la dissolution des ordres mendiants. Elle fut alors remplacée par les Guillemites, ou Ermites de saint Guillaume, qui se réunirent, en 16 18, aux Bénédictins réformés et jurèrent obéissance à la règle de saint Benoît. Bien que ces religieux fussent vêtus de noir,
leur couvent conserva le nom qu'il tenait de ses premiers hôtes.
C'est dans l'église monastique des Blancs-Manteaux qu'on apporta le corps du duc d'Orléans, qui fut assassiné dans la rue Vieille-du-Temple, comme il sortait de l'hôtel Barbette, situé à proximité. Le meurtrier, Jean Sans-Peur, affectant une grande douleur, vint s'agenouiller près du corps de sa victime, en maudissant hautement les assassins.
L'église tombait en ruines, ainsi que le couvent, lorsqu'on entreprit, au xvii* siècle, la construction d'un nouvel édifice. La première pierre fut posée, en i685, par le chancelier Le Tellier. Les travaux se poursuivirent sous la conduite de Charles Duval, architecte et maître maçon.
Ce monastère a été, depuis le xvii* siècle jusqu'à la Révolution, un centre d'érudition bénédictine presque aussi important que celui de Saint-Germain des Prés. C'est là que furent entreprises les recherches historiques qui ont illustré le nom de cette compagnie : parmi les ouvrages qui y furent composés, il faut citer deux recueils importants : V Art de vérifier les dates et la Nouvelle Diplomatique.
Les religieux avaient réuni une bibliothèque fort riche qui contenait plus de vingt milles volumes. Dom Brial, dom Clément et dom Labbat, membres de la congrégation, protestèrent hautement, au nom de leur communauté, quand les commissaires délégués par l'Assemblée Constituante vinrent apposer les scellés sur les bâtiments conventuels. Ils obtinrent l'autorisation d'emporter avec eux les livres qui leur étaient nécessaires, pour leurs travaixx.
Par la suite, le monastère a été utilisé pour l'installation du Mont-de-Piété. On a également ouvert, sur une partie de l'emplacement de l'ancien couvent, la rue des Guillemites dont le
nom évoque le souvenir de Tordre hospitalisé jadis en cet endroit.
L'église, rendue au culte après le Concordat, est devenue paroissiale. On y célébrait officiellement, sous la Restauration, le 21 janvier et le 6 octobre, les services anniversaires de Louis XVI et de Marie-Antoinette. A Tévangile, l'officiant montait en chaire et donnait lecture du testament de Louis XVI, tandis que les troupes présentaient les armes.
Au cours du xix* siècle, l'édifice a subi diverses modifications qui ont sensiblement altéré sa physionomie primitive.
L'église, lors de sa construction, était restée dépourvue de façade. On lui en donna une quand on démolit, en i863, à l'occasion du percement du boulevard Saint-Michel, l'ancienne église des Barnabites, qui occupait, dans la Cité, l'emplacement où s'élève aujourd'hui le tribunal de Commerce. On conserva le portail de ce monument qu'on transporta, pierre par pierre, et qu'on appliqua contre la façade des Blancs-Manteaux.
En même temps, on agrandit l'église, en lui ajoutant une travée du côté de la porte d'entrée. La chapelle dédiée à sainte Geneviève, qui s'ouvre sur le bas côté droit est également de construction moderne. En 1864, l'église s'est plus heureusement enrichie d'une chaire flamande, d'un travail fort curieux, qui est le principal attrait de cet édifice.
L'église des Blancs-Manteaux n'offre guère d'intérêt au point de vue architectonique. Elle se ressent d'abord des divers remaniements qu'elle a subis, ensuite de l'absence de goût et de méthode apportés, dans sa construction, par l'architecte qui en dressa les premiers plans.
La façade, d'un style lourd et conventionnel, comporte deux étages : au rez-de-chaussée, s'ouvrent trois baies encadrant
des portes. La porte centrale est flanquée de pilastres doriques Les portes latérales sont couronnées d'un fronton.
L'étage supérieur comprend une grande fenêtre, ornée de pilastres ioniques et surmontée d'un fronton sur lequel se détache une gloire à rayons.
L'intérieur manque d'élévation et surtout d'ampleur. La nef est beaucoup trop longue, pour la largeur très restreinte qui lui a été donnée. Et ce défaut s'aggrave de la monotonie des pilastres corinthiens qui supportent les arcades, décorées, dans leur partie supérieure, de médaillons sculptés et de guirlandes de fleurs.
La nef est flanquée de bas côtés étroits. Celui de gauche est creusé de petites chapelles latérales. Celui de droite donne accès dans la chapelle Sainte-Geneviève, séparée de l'église par un mur plein et par trois grandes baies vitrées. L'église n'a pas de transept.
L'ornementation générale de l'édifice est assez pauvre. Mais l'édifice renferme quelques morceaux de décoration fort intéressants.
Le bufiet d'orgues, avec la tribune qui le supporte, forme une riche boiserie exécutée, en i863, sur les dessins de l'architecte VarcoUier. Dans le bas, entre trois grandes portes cintrées, on remarque six colonnes cannelées, à chapiteaux ioniques, d'un beau travail. Ces colonnes, sculptées au xvii** siècle, proviennent, ainsi que la galerie supérieure, de l'orgue de Saint- Germain des Prés.
On trouve également à l'entrée deux beaux bénitiers en marbre blanc, du xviii* siècle.
Mais les regards du visiteur s'attarderont sur la chaire à prêcher, toute brillante de dorures et rehaussée de sculptures et de moulures du goût le plus délicat (PI. 17). C'est un chef-
6o LES ÉDIFICES RELIGIEUX
d'œuvre de décoration et un bijou d'orfèvrerie. On ne saurait trop admirer l'ingéniosité et la grâce de cette ornementation du XVIII® siècle où d'élégants médaillons en marqueterie, qui symbolisent des scènes de l'Écriture, enchâssent leurs fines ciselures dans des cadres d'une éclatante richesse. Les sujets allégoriques qui s'encastrent dans les cartouches de la balustrade et du corps de la chaire dessinent de véritables mosaïques, composées avec une habileté extrême. Les figures et les mains des personnages sont en ivoire, les vêtements en bois, les chapiteaux des colonnes en étain. Les scènes bibliques se développent dans un encadrement en bois clair, du plus pur style rocaille, où se détache un médaillon en étain sur lequel est gravée l'explication de la scène.
Les délicates arabesques de ces gracieux cartouches s'inscrivent dans de riches bordures chantournées, en bois doré, qu'interrompent les saillies des consoles renversées.
L'abat-voix, sculpté de dorures et d'ornements en mosaïque, est décoré des statuettes peintes des Évangélistes. Au sommet se dresse un groupe qui montre V Archange saint Michel terrassant le Démon.
Ce magnifique travail flamand date de 1749.
Le chœur est séparé de la nef par une belle balustrade en chêne, de la fin du règne de Louis XIV, qui provient d'un château des environs de Paris (PI. 17). C'est un travail de sculpture fort remarquable. La partie centrale est garnie de balustres renflés, à chapiteaux corinthiens, que décorent des coquilles et des rinceaux.
On remarque aussi les hauts panneaux boisés du choeur^ ornés de guirlandes de. fleurs et d'attributs symboliques, et de belles stalles sculptées de têtes de chérubins ailés. Sur le panneau qui ferme le premier rang, à gauche, se détache en demi-
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