TOMBEAU DE RICHELIEU, PAR GIRARDON
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d'œuvre d'architecture,. Le dôme de la Sorboane, avec ses larges baies, ses pilastres corinthiens ornés de statues, est une des meilleures imitations qu'on connaisse ; il fait honneur au talent de Lemercier qui,, d'ailleurs, avait beaucoup étudié à Rome.
L'église, à l'intérieur, est spacieuse ; elle présente ime distribution assez originale (PI. 10) . Les transepts la partagent en deux parties égales. La nef comprend trois travées, encadrées de pilastres corinthiens, dont les deux premières communiquent avec des chapelles latérales.
Au centre, au-dessus d'un balcon circulaire fermé par une balustrade en fer, s'élève une gracieuse coupole, ornée de pilastres et chargée de rosaces.
Mais le principal attrait de l'église de la Sorbonne est le magnifique mausolée du cardinal de Richelieu qui occupe le transept droit (PI. 10).
Ce monument, élevé en 1694 parles héritiers du cardinal, est l'œuvre de Girardon qui s'inspira, dit-on, d'un dessin de Le Brun.
Richelieu, à demi couché, lève les yeux au ciel ; il est soutenu par une jeune femme qui symbolise la Religion. Aux pieds du tombeau, drapée et voilée, la Science se lamente.
Cette composition est justement célèbre. On y reconnaît le style brillant et facile de cet artiste, une élégance oratoire qui fait songer à une oraison funèbre de Massillon. La tète du cardinal a beaucoup d'expression et de caractère : les génies ailés qui portent les armoiries du premier ministre sont sculptés dans un mouvement plein de grâce et de noblesse.
Une inscription, gravée sur le mur de droite, rappelle la mutilation dont le mausolée eut à souffrir sous la Révolution. La tête de la statue du cardinal fut arrachée et vendue. Elle ne put être replacée qu'en 1866.
3a LES ÉDIFICES RELIGIEUX
Sur les pendentifs qui supportent la coupole, Philippe de Champaigne a représenté saint Jérôme, saint Ambroise, saint Léon et saint Augustin. Il a peint aussi les anges ailés et les têtes de chérubins qui se détachent, sur fond d'or, entre les arcs doubleaux de la voûte.
Un second mausolée, en marbre blanc, a été élevé, dans la chapelle de droite, à la mémoire du duc de Richelieu, ministre des Affaires étrangères de Louis XVIIL Ce monument, d'une belle exécution, est Tœuvre de Ramey. Il est décoré de deux groupes symboliques : Tun représente le duc soutenu par la Religion, comme son ancêtre; l'autre personnifie la France et la Ville de Paris : hommage rendu au libérateur du territoire.
Dans le côté gauche de l'église, une vaste composition murale d'Auguste Hesse figure Robert de Sorbon présentant à saint Louis les étudiants de théologie.
Les Bénédictines du Val-de-Grâce, comme les Carmélites, les Feuillantines, les Ursulineset les Visitandines, durent leur établissement à la grande piété de la reine Anne d'Autriche qui peupla le quartier Saint-Jacques de communautés religieuses. Avant de trouver un asile dans les murs de la capitale, les Bénédictines étaient demeurées, pendant plusieurs siècles, à Bièvre, en un endroit qu'on appelait le Val-Profond. Elles s'y trouvaient éloignées et peu en sûreté. Aussi n'eurent-elles pas de peine à toucher le cœur de la reine qui les installa dans
rhôtel du Petit-Bourbon, ancienne résidence des prêtres de l'Oratoire.
La reine, qui cherchait dans la religion des consolations aux tristesses de sa vie privée, se retirait souvent dans cet asile : au cours des retraites qu'elle y faisait, elle s'engagea à élever à Dieu un temple magnifique, s'il lui donnait un fils qu'elle désirait depuis longtemps.
Après la naissance du dauphin, en i638, bientôt suivie de la mort de Louis XIII, elle ne pensa plus qu'à accomplir son vœu.
Une cérémonie solennelle eut lieu, en 1645, pour la pose de la première pierre, en présence de la reine-mère, du jeune roi, alors âgé de sept ans, et de toute la cour. Une médaille, frappée à l'occasion de cette solennité, et qui représentait, d'un côté, la façade du monument, de l'autre, la reine et son fils, fut encastrée dans la pierre.
La construction de l'édifice avança lentement : on rencontra de grandes difl[îcultés pour établir les fondations et les troubles de la Fronde vinrent interrompre les travaux, pendant plusieurs années.
A cette œuvre, plusieurs architectes ont attaché leur nom. Le premier, François Mansart, fournit les plans du monument : mais il ne conduisit l'exécution que jusqu'à une faible hauteur. Ses projets parurent trop grandioses et son intransigeance déplut à la reine. Il fut remplacé, dans la direction des travaux, par Jacques Lemercier. François Mansart se vengea de cette disgrâce en faisant exécuter, dans la chapelle du château de Fresnes, qu'il construisait, le modèle exact du dôme qu'il se proposait d'élever au Val-de-Grâce.
Les dispositions générales du plan qu'il avait tracées pour l'église furent d'ailleurs respectées par ses successeurs, aussi
G oogle
bien par Jacques Lemercier, qui édifia le monument jusqu'à la hauteur de la corniche du premier ordre, que par Pierre Lemuetet Gabriel Le Duc qui achevèrent les travaux, en i665. L'église ne fut pourtant consacrée qu'en 1710. En même temps, on avait poursuivi la construction du monastère, dans lequel Anne d'Autriche se réserva un logement. Elle s y retirait fréquemment et y recevait les plus grands personnages. C'est là qu'elle traita secrètement du mariage de Louis XIV avec l'infante d'Espagne.
L'abbaye du Val-de-Grâce obtint de la reine, entre autres faveurs, le privilège de conserver, dans l'église, les cœurs des princes et princesses du sang, dont les corps étaient recueillis dans l'abbaye de Saint-Denis. Le cœur d'Anne d'Autriche fut transféré dans l'église, en 1666. C'est également au Val-de-Grâce que fut inhumée Henriette de France, sœur de Louis XIII, épouse de Charles P d'Angleterre.
Ces restes précieux étaient d'abord exposés sur une riche estrade dressée dans la chapelle Sainte-Anne, qui fut tendue de velours noir; puis ils étaient descendus dans un caveau creusé en dessous de la chapelle. Sous la Révolution, ces dépouilles furent jetées au vent.
L'église ne souffrît d'ailleurs pas beaucoup des troubles révolutionnaires. Le couvent fut aménagé en hôpital militaire, par ordre de la Convention. L'église fut transformée en magasin central des hôpitaux. De là furent expédiés des milliers de ballots de linge et de charpie, destinés aux armées de la République. Pendant de longues antiées, on vit, suspendu à la coupole de l'église, le ballon qui avait servi à suivre les mouvements de l'ennemi, pendant la bataille de Fleurus.
Des précautions avaient été prises pour préserver les parements en marbre et les sculptures de l'église. Aussi le monu-
ment était-il intact lorsqu'il fut rendu au ctyhe, en 1827.
Par contre, il fut sérieusement endommagé, au cours de la guerre de 1870. Bien qu'on eût hissé au sommet du dôme le drapeau des ambulances, il fut le point de mire des ennemis, pendant le siège de Paris. De nombreux obus vinrent frapper les bâtiments de l'hôpital ainsi que l'église : un projectile atteignit la lanterne du dôme et brisa la cloche qu'elle contenait.
L'église du Val-de-Grâce est une des plus belles églises de Paris et l'une des plus régulières. C'est aussi l'un des monuments du XVII® siècle dans lequel les souvenirs de l'art antique se sont le plus heureusement alliés à une invention originale, à un goût très sûr dans la proportion des ordres et dans le choix des motifs de décoration.
Par son plan général, cet édifice rappelle les dispositionsde l'église de Saint-Pierre à Rome, mais réduites à une échelle sensiblement plus petite. Il se recommande par la noblesse de son architecture, par le talent réel qui se retrouve dans les moindres détails de cet ensemble, bien que les changements successifs qui se sont produits dans la direction des travaux n'aient pas pernais d'éviter certaines discordances de style et d'ornementation.
L'église, avec son portail imposant et son dôme élevé, forme, dans le prolongement de la rue du Val-de-Kjrâce, une très belle perspective, heureusement dégagée aujourd'hui par la petite place qui a été dessinée devant le monument (PI. 11).
Elle s'ouvre, flanquée ^de bâtiments hospitaliers, au fond d'une cour d'honneur, où a été érigée, en 1849, la statue de Larrey, chirurgien en chef des armées de Napoléon. Cette œuvre vigoureuse est de David d'Angers.
La façade rappelle beaucoup celle de l'église de la Sorbonne : elle cocmprônd deux ordres superposés, de style corin-
thien, que couronne un fronton triangulaire. Au rez-de-chaussée, portée par de grosses colonnes, une partie centrale se détache et forme saillie : elle est continuée par le second ordre, encadré de pilastres et percé, au centre, d'une baie cintrée. Cet ordre se rattache, par deux consoles, aux ailes latérales de l'étage inférieur.
Ces dispositions sont correctes, mais d'un style tout classique.
Il n'en est pas de même de la façade postérieure de l'édifice du côté des jardins.
La belle élévation de cette façade, l'ampleur et l'harmonie de son ordonnance, la sobriété de sa décoration et surtout la fermeté et la plénitude de ses lignes font de cette partie du monument un ensemble des plus pittoresques, au-dessus duquel on admire, dans son entier développement, la masse architecturale du dôme. Sur les angles se dressent deux jolis groupes d'anges sculptés par Feuchère. Vu de ce côté, l'édifice conserve tout son intérêt et tout son caractère que la façade principale semble ne pas mettre assez en valeur.
Une gravure ancienne nous permet d'apprécier le cachet de cette architecture et la silhouette gracieuse du dôme se découpant sur les verdures de magnifiques jardins, où les parterres à la française dessinent leurs courbes élégantes et précises. (PI. 12).
Le dôme du Val-de-Grâce est d'une belle hardiesse de lignes. C'était, avant la construction du Panthéon, le dôme le plus élevé de Paris. Il présente des analogies marquées avec les coupoles de la Sorbonne et des Invalides : il s'en distingue toutefois par des détails caractéristiques.
Tandis que la coupole des Invalides s'élève sur deux étages superposés, celle du Val-de-Grâce n'est supportée que par un
Photo Neurdcin.