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DEUXIÈME PARTIE

XVIir SIÈCLE

INTRODUCTION

Le XVIII* siècle ne saurait avoir de prétention à passer pour un siècle religieux. Pourtant, depuis la mort de Louis XIV jusqu'à la Révolution, de nombreuses églises s'élevèrent dans Paris. Elles sont dues, moins aune recrudescence du sentiment religieux, qu'aux besoins d'une population qui s'accroissait rapidement.

Paris s'étendit alors hors de son ancienne enceinte. Plusieurs villages, autrefois indépendants, furent rattachés à la capitale : pour ces faubourgs nouveaux, il fallut construire de plus vastes églises.

Aussi n'y eut-il pas alors d'innovation véritable dans l'architecture religieuse. Elle subit seulement le contre-coup des tendances successives qui se manifestèrent dans l'art de l'époque. Au début, on vit les églises jésuites se faire plus coquettes, pour suivre le goût Régence, puis affecter, à la fin du siècle, la gravité qui caractérise le style Louis XVI et annonce celui de la Révolution et de l'Empire.

On appliqua donc tout d'abord les gentillesses de la rocaille

à rornementation des nefs. Dieu bénéficia des innovations décoratives de la Régence. Saint-Louis en l'Ile ressemble à un salon Louis XV, comme Saint-Paul-Saint-Louis rappelait une galerie Louis XIV.

Certains architectes allèrent même fort loin dans cette accommodation de Tart religieux au goût mondain. Dans un projet de Meissonier, Saint-Sulpice devait avoir une façade chantournée, contournée, tourmentée, comme une pièce d'orfèvrerie rocaille. Mais la raison classique protesta et Ton reconnut que les caprices de ce style, convenables pour une pendule ou pour une tabatière. Tétaient beaucoun moins pour une église. Saint-Sulpice eut donc une façade aux lignes simples et, dès le milieu du siècle, les artistes abandonnaient la fantaisie décorative pour la régularité du dessin.

Le XVIII* siècle a laissé, dans nombre d'églises, d'admirables boiseries sculptées, de belles grilles en fer forgé. A aucune époque, on n'a su mieux travailler le bois, forger le fer, ciseler le bronze. Le mobilier de ce temps, dans les églises comme dans les salons, est d'un goût raffiné et d'une exécution parfaite.

On ne saurait accorder la même admiration aux sculptures et aux peintures. La sincérité y fait vraiment défaut. Le personnel de toutes ces « saintetés » rappelle trop celui du théâtre et, lorsque l'artiste veut se hausser au grand art, comme le frère André, ses compositions ne témoignent le plus souvent que d'une froideur ennuyeuse.

La crise archéologique que traversa la seconde moitié du xvrii® siècle se fit aussi sentir dans l'architecture religieuse. Les monuments construits à cette époque attestent l'influence croissante de l'art antique. Dans les anciennes églises, de style jésuite, le détail de la décoration était seul emprunté à l'architecture gréco-romaine. Mais déjà, au Panthéon, qui est

SAINT-SULPICE m

Tancienne église Sainte-Geneviève, le porche copie \m édifice romain. La Madeleine est une église dans un temple.

Cette révolution artistique est conforme à la révolution morale et politique subie par la France, à la fin du xviii® siècle. Il semblait naturel alors de s'habiller et de se meubler à la grecqtie et d'emprunter aux anciens leurs constitutions et leur architecture.

Les grands monuments de la fin de ce siècle témoignent de l'incertitude où fut alors la société, partagée entre l'antiquité et la tradition. Sainte-Geneviève n'a jamais eu vraiment l'air d'une église ; après bien des vicissitudes, elle est aujourd'hui le Panthéon, une sorte de Saint-Denis laïque, asile des gloires nationales. La Madeleine, au contraire, est devenue une église, après avoir failli s'appeler le Temple de la Gloire. Par leur caractère mal défini, ces édifices attestent qu'ils sont sortis d'une époque de doute et de discussion.

Le premier siège de l'église paroissiale du faubourg Saint- Germain fut dans une petite chapelle très ancienne, dédiée à saint Pierre, qui a laissé son nom, légèrement altéré, à la rue des Saints-Pères.

Cette chapelle, reconstruite au xiii' siècle, s'était agrandie successivement d'un chœur plus important, d'un grand chevet polygonal, avec chapelles rayonnantes, et de chapelles laté-

raies. Une gravure de Marot a conservé le souvenir de ce premier édifice dont il est d'ailleurs facile *de reconstituer les dispositions, car le sol s'est considérablement exhaussé depuis et Ton n'a pas rasé entièrement les fondations de la chapelle primitive. On retrouve encore aujourd'hui, dans les vastes cryptes qui s'étendent sous l'église, le tracé de l'enceinte, les bases des piliers et du clocher qui datent du xii® siècle.

En dépit des agrandissements qu'elle avait reçus, la chapelle était tout à fait insuffisante pour les besoins d'une population qui s'accroissait sans cesse : car la paroisse de Saint-Sulpice s'étendait alors sur toute la rive gauche de la Seine, depuis Saint-Séverin jusqu'à Grenelle. Dans les circonstances solennelles il fallait, faute de place, transporter les offices à Saint- Germain-des-Prés.

Les paroissiens de Saint-Sulpice trouvaient dans leur église un pavé inégal, des ornements en lambeaux. Et cette détresse temporelle favorisait grandement, si l'on en croit les auteurs du temps, la corruption et l'indiflFérence des habitants.

Ce ne sont que doléances et exhortations, jusqu'au jour où se réunit, en 1643, une assemblée générale des paroissiens. Sous la présidence du prince de Condé, cette assemblée décide la construction d'une vaste église.

La reine Anne d'Autriche approuve cette résolution, tout en laissant aux marguilliers la direction de l'entreprise.

Les travaux n'avancèrent que très lentement, retardés, à diverses reprises, soit par le manque d'argent, soit par des modifications successives dans les dispositions des plans.

En 1646, le duc d'Orléans posait la première pierre du monument, dont la construction avait été confiée à l'architecte Gamard. A la mort de cet architecte, on s'aperçut que le vaisseau de l'édifice était trop petit ; des fondations plus vastes

furent faites, en i655, sur les dessins de Louis Le Vau, le continuateur du Louvre et des Tuileries, qui remania complètement les plans de son prédécesseur.

La reine Anne d'Autriche posa la première pierre des nouvelles constructions. En 1670, Gittard poursuivait l'œuvre ébauchée par Le Vau. Il bâtit le chœur et les transepts. Il voulait jeter à bas la chapelle de la Vierge qu'il trouvait trop resserrée. Mais les paroissiens s'opposèrent à la démolition d'une chapelle pour laquelle ils avaient fait des dépenses considérables.

Quelques années plus tard, les travaux s'arrêtaient, faute de ressources. Ils ne reprirent qu'en 171 9, grâce à l'activité du curé Languet de Gergy qui fit un nouvel appel au zèle des paroissiens et obtint du Roi une loterie. Cille Oppenord, en qui on voit généralement l'inventeur du style rocaille, éleva le second ordre du portail nord, le portail sud en entier, et poussa activement les travaux de l'église, à laquelle il ne manquait plus, en 1733, que la façade principale.

Dès 1 632, un concours avait été ouvert pour la construction de cette façade, dont on voulait faire un morceau d'architecture unique par ses dimensions et ses dispositions. Le prix avait été donné à Servandony qui, sacrifiant à la mode italienne, signait Servandoni. Diderot le qualifiait de ce grand machiniste, grand architecte, bon peintre, et sublime décorateur ». Cet architecte acheva, en 1756, le portail principal qui souleva une vive admiration.

Mais la construction des tours qui devaient couronner l'édifice fut une nouvelle cause de difficultés. Celles qui avaient été proposées par Servandoni ayant paru mesquines, on s'adressa à Maclaurîn qui édifia des tours à deux étages superposés, Tun sur plan octogone, l'autre de forme circulaire.

Elles ne plurent pas davantage et Chalgrin fut chargé de

les démolir. Il refit la tour du nord, mais la Révolution Fempécha de reconstruire la tour du sud qui est restée dans Tétat où l'avait laissée Maclaurin.

Ainsi s'explique la disparité des deux campaniles et non, comme on Ta prétendu à tort, par cette raison que les cathédrales seraient seules en droit d'avoir des tours égales.

Près d'un siècle et demi s'était écoulé au cours de ces travaux; la Révolution trouvait, à peine achevée, cette église dont la première pierre avait été posée en présence d'Anne d'Autriche. Elle en fit tour à tour un temple de la Raison, une fabrique de salpêtre et la salle des séances des philanthropes, sous le nom de temple de la Victoire.

On y célébra une fête en l'honneur de Marc-Aurèle, une autre en souvenir de Guillaume Tell. Un banquet de 700 couverts y fut offert au général Bonaparte, trois jours avant le coup d'État, en commémoration des victoires qu'il avait remportées.

Peu après, l'église était rendue au culte et le pape Pie VII y consacrait les évêques nouvellement nommés, à la suite du Concordat.

Saint-Sulpîce est un des types les plus caractéristiques de cette architecture, inaugurée dès le xvii- siècle, où les artistes, sans s'écarter des dispositions consacrées par une tradition constante et par les nécessités même du culte, ont cherché à remplacer l'élégance gothique 'par la majesté des ordres grécoromains. Ce goût de l'antique, qui s'affirmait dans la plupart des édifices religieux de l'époque, dans les églises de Saint - Roch, de Notre-Dame des Victoires, de Saint-Louis en l'Ile, de Saint-Thomas d'Aquin, a trouvé à Saint-Sulpice une forme déjà plus accentuée. Les souvenirs de Rome et d'Athènes ont inspiré tous les détails de structure et d'ornementation de cet édifice qui se conforme pourtant encore au plan classique des

églises gothiques, avec ses bas côtés qui contournent le chœur en hémicycle, percés de chapelles latérales et coupés par un large transept.

Ce style ne devait pas obtenir une approbation unanime, a Saint-Sulpice, écrit Viollet-le-Duc, par son plan et son système de structure, est encore une église gothique, élevée par des constructeurs médiocrement habiles qui n'ont rien trouvé de mieux que de substituer aux supports grêles des églises du moyen âge de lourds piliers obstruant la vue et la circulation ; aux voûtes si ingénieusement combinées par les maîtres du xiii* siècle, des berceaux en pierre de taille dont la poussée s'exerce sur toute la longueur des murs et exige, pour les contrebuter, des amas de matériaux dont l'emploi du système gothique permettait de se passer. »

Ce jugement sévère d'un artiste pénétré de l'art médiéval peut paraître une condamnation en bloc et a priori à ceux qui ne sont pas, de parti pris, les contempteurs des temps présents.

Assurément, dans l'architecture de Saint-Sulpice et des églises bâties sur le même type, on ne retrouve ni l'ingénieux agencemeot, ni la grâce frêle et souple des édifices gothiques ; mais, pour juger avec impartialité cet art où s'accusent des tendances nouvelles, des prétentions autres, il convient d'apprécier, en dehors de toute préoccupation étrangère, l'effet de cette fusion de styles différents.

Si on contemple dans cet esprit l'église Saint-Sulpice, on ne peut s'empêcher d'admirer la largeur de ses dimensions qui en font un édifice presque aussi monumental que la cathédrale de Paris, la grandeur et la majesté de ses lignes architecturales qui lui donnent un caractère vraiment pittoresque et décoratif. L'ampleur de ses proportions, la richesse de son style, la belle ordonnance de ses dispositions intérieures permettent

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de la comparer à quelques-unes des plus belles églises d'Italie.

Sans doute, dans les églises gothiques, étroites et mystérieuses, la religion semblait rencontrer des asiles plus discrets et plus intimes, où régnait un pieux recueillement. Mais, à une époque où la magnificence des cérémonies avait remplacé Tardeur de la foi et l'austérité des mœurs, il faut reconnaître que le clergé trouvait, dans ces monuments spacieux, aux larges vestibules, aux vastes galeries, des enceintes grandioses où la pompe du culte pouvait se déployer avec éclat et ostentation.

La façade principale, avec ses deux étages amples et élevés, avec les hautes tours qui la dominent, est d'un effet imposant, bien qu'un peu massif (PI. 3o).

On ne peut regarder avec indifférence ce portail sévère et majestueux, où la noblesse des proportions s'allie à la hardiesse et à la sobriété des lignes. Certes, ce n'est qu'un cadre très riche, trop riche peut-être pour l'œuvre qu'il annonce et qui ne se prête ni à sa forme ni à ses dimensions. Les adeptes fervents du style gothique remarqueront une fois de plus la supériorité de nos vieilles cathédrales, où les frontispices ne comportaient que des tours destinées aux cloches et des décorations ornant les portes et les roses. Mais, quelque prévention qu'on ait contre la conception, on ne saurait contester la correction du dessin, l'harmonie et la majesté de ce morceau d'architecture.

Peintre de décors pour la scène et pour les fêtes publiques, Servandoni visait naturellement au style grandiose et cette préoccupation suffisait à le mettre en garde contre les tendances mesquines qui prévalaient alors. Sa belle colonnade contraste avec les lignes brisées et les profils tourmentés qu'offrent beaucoup des monuments construits à cette époque. Car nous sommes aux beaux jours du style rococo que M""' de

l'hoto >ieurdeto.

SAINT-SULPICE. NKF ET CUŒUR.

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là

Pompadour imposait à la mode : les artistes sacrifiaient alors sans retenue à un maniérisme auquel d'ailleurs Saint-Sulpice n'a pas échappé, dans toutes les parties de sa décoration. Son élégante chaire à prêcher témoigne suffisamment du goût du temps.

A l'époque où le portail fut édifié, Tétroitesse de la rue Pérou, qui longeait alors l'édifice, ne permettait pas de jouir d'une vue d'ensemble de cette façade. Servandoni souhaitait la création d'un grand espace libre, bordé par des maisons d'un style uniforme. Ce vœu s'est trouvé réalisé en partie par l'aménagement de la place qui a fort heureusement dégagé le portail actuel, en lui donnant l'air et la lumière qui lui manquaient.

Cette place forme à l'église un cadre pittoresque, avec sa fontaine monumentale, dessinée par Viscontî. La fontaine, disposée en loggia, abrite sous ses arcades les statues sévères des grands personnages de l'église au xvii* siècle : Bossuet, Fléchier, Massillon, Fénelon.

On a malheureusement négligé, à ce moment, de modifier les dispositions du porche. Lors de la construction de l'église, on avait rentré, dans les entrecolonnements du péristyle, les marches qui accèdent au portique, car la façade touchait presque le mur latéral de l'ancien séminaire. On se proposait, quand la place serait aménagée, de remplacer ces escaliers par un vaste perron avancé, avec un palier. Il est regrettable qu'on n'ait pas réalisé ce projet qui aurait donné plus de largeur au porche, dont l'ordonnance est un peu rétrécie par cet empiétement des marches.

Le portail de l'église offre à la vue un vaste accouplement de colonnes, formé d'un ordre dorique et d'un ordre ionique superposés. A la hauteur de chacun de ces étages, règne un ample portique.

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Le porche est décoré de médaillons, de bas -reliefs et de statues dont la plupart ont été sculptés en lySo par les frères Slodtz.

L'attique qui surmonte Tentablement du portique inférieur est percé d'ouvertures qui éclairent la chapelle longue et basse de Notre-Dame des Étudiants.

On voit, dans cette chapelle, une statue delà Vierge, sculptée par Bonnassieux, en 1875, et Torgue qui appartint à Marie- Antoinette et qui fut touché par Gluck et par Mozart. Le buffet de cet orgue, en bois sculpté, est un charmant travail, du plus pur style rocaille.

Le portique supérieur est occupé par une double galerie monumentale. C'est, dessinée avec une belle ampleur, la loggia que les basiliques romaines, devaient avoir pour les bénédictions du pape, aux fêtes solennelles. Cette galerie, ou Ton voit trois statues exécutées, en 1786, par Boizot et Mouchy, est dominée par une terrasse que borde une balustrade.

Le plan de Servandoni comportait, au-dessus de cette terrasse, un large fronton triangulaire qui s'étendait entre les deux tours. Cette disposition avait le tort d'alourdir fâcheusement le portail. Aussi ne doit-on pas regretter la disparition de ce morceau d'architecture qui fut frappé de la foudre et dont la démolition fut ordonnée.

Les tours primitives, dressées au-dessus du portail d'après les plans de Servandoni, aflFectaient la forme de campaniles gracieux et frêles dont la structure délicate contrastait avec la masse imposante de la façade.

A la place de ces campaniles s'élèvent aujourd'hui deux tours solidement assises. Victor Hugo les comparait, assez irrévérencieusement, à de grosses clarinettes. Certes, le dessin en paraît bizarre. Pourtant leur sobre ordonnance contribue à

Taspect décoratif du portique. Nous avons décrit celle de droite qui est restée inachevée. Celle de gauche est moins banale et plus élégante. Elle comprend deux étages, le premier carré et d'ordonnance corinthienne, le second cylindrique et de style composite. Les deux étages sont séparés par des frontons à la base desquels se dressent les statues des quatre Évangélistes^ sculptées par Boizot et Mouchy, et restaurées, en 1873, par Maniglier. Ce sont des œuvres intéressantes, d'une vigoureuse franchise.

Les façades latérales de Téglise sont pourvues d'énormes contreforts, en forme de consoles renversées, qui séparent, au-dessus de la toiture des coUatératix, les fenêtres hautes, et accusent les travées intérieures de l'édifice. De chaque côté, à la hauteur du transept, s'élèvent deux étages, couronnés d'un fronton triangulaire. Entre les colonnes d'ordre classique qui les divisent en trois travées, s'encadrent des fenêtres et des niches renfermant des statues sculptées, en 1725, par François Dumont.

A lextrémité du chevet, une petite tourelle en encorbellement correspond à la niche qui surmonte l'autel de la Sainte Vierge. A gauche de cette niche, une construction, couronnée par une toiture de forme bizarre, abrite la chapelle dite des Allemands.

L'intérieur de l'édifice, par ses amples dispositions et par la richesse de sa décoration, forme un cadre très approprié à la solennité des cérémonies religieuses (PI. 3i).

La nef est spacieuse, séparée des bas côtés par des arcades massives qui reposent sur de lourds piédroits, ornés de pilastres corinthiens. Au-dessus des arcades, règne un entablement qui fait le tour de l'édifice. Il reçoit les retombées d'une voûte en berceau, divisée par des arcs doubleaux peu saillants. Les baies

ménagées dans les pénétrations de la voûte et les larges vitres de réglise, en majeure partie incolores, répandent dans le monument une lumière vive et abondante.

Tout le long des bas côtés, couverts de voûtes d'arêtes, s'ouvrent, par des arcs surbaissés, des chapelles latérales. A rintersection de la nef et des transepts, la voûte s'arrondit en une vaste coupole, d'un dessin élégant, mais d'une ornementation un peu chargée. Elle est décorée d'une gloire en bas-relief, entourée de caissons et de médaillons. Au milieu de ces sculptures, exécutées par les frères Slodtz, de belles peintures de François Lemoyneetd'Halléprésententlesfiguresde/(é5w^- Christ^ dcMelchisédeCj de Saint Pierre et de Saint Jean-Baptiste.

L'autel est isolé entre la nef et le chœur ; cette disposition contribue grandement à l'effet pittoresque de cette partie du monument. Il était recouvert autrefois d'un lourd baldaquin doré, d'un effet assez disgracieux, qui était suspendu en l'air par trois cordes visibles : on a fort heureusement supprimé cet accessoire prétentieux et gênant.

Le rond-point du chœur, percé d'une large arcade, s'ouvre sur une chapelle magnifiquement décorée qui attire l'œil par la profusion et par l'éclat de son ornementation. Le marbre, l'or, le bronze, brillent dans toutes les parties de cette chapelle. Ce luxe de décoration, très fréquent dans les églises d'Italie^ mais assez rare dans nos édifices religieux, surprend le visiteur, au premier abord, car il paraît peu conforme à la gravité ordinaire du style sacré ; il faut pourtant reconnaître que la chapelle de la Vierge, à laquelle Servandoni a consacré tous ses soins, dans ses travaux à l'intérieur de l'église, offre un modèle assez séduisant d'une manière qui a tout au moins pour elle son élégance et sa richesse.

Cette chapelle eut beaucoup à souffrir de l'incendie qui dévasta

SAINT-SULPICE lar

la foire Saint-Germain, en 1763; elle a été très habilement restaurée par l'architecte de Wailly. Incrustée de marbres de différentes couleurs, rehaussée de sculptures, de moulures, d'ornements en bronze doré, elle est tapissée de peintures de Van Loo qu'encadrent des pilastres à chapiteaux corinthiens. Ces toiles, d'une inspiration froide, mais d'une composition correcte et d'un dessin très habile, représentent V Annonciation , la Visitât ion^ V Adoration des Bergers, et la Présentation au temple. On a malheureusement quelque peine à entrevoir leurs sombres colorations, dans le pénombre qui les enveloppe.

La corniche qui règne au-dessus des panneaux peints est couronnée d'une coupole ouverte, décorée de figures d'anges, d'ornements et de fleurs. Une seconde voûte a été pratiquée audessus de la première, lors de la restauration de 1763, pour projeter un peu de jour sur les peintures de Van Loo.

Sur la voûte se développe une vaste composition de François Lemoyne, V Assomption de la Vierge, qui forme un beau décor à ce plafond. Cette fresque avait déjà subi des retouches,, lorsqu'elle fut percée d'obus, pendant le siège de Paris. Elle a été entièrement restaurée, d'après l'esquisse de Lemoyne.

L'autel, en marbre, orné parles frères Slodtz d'un bas-relief de bronze figurant les Noces de Cana, est surmonté d'un baldaquin, à colonnes de marbre, dont les chapiteaux et les bases sont en bronze.

Sous ce riche baldaquin, se dresse une très belle statue de Pigalle qui représente la Vierge et l'Enfant Jésus debout sur un globe environné de nuages, dans lesquels se jouent de petits anges sculptés par Mouchy, neveu du célèbre artiste. Des jours percés dans la niche qui s'élève au-dessus de ce groupe laissent filtrer une lumière atténuée qui enveloppe ce marbre d'un reflet pâle et indécis. Et . le groupe sacré, qu'illumine une aube^

mystérieuse, apparaît de loin comme une évocation céleste.

L'œuvre de Pigalle a remplacé une Vierge^ en argent massif, de grandeur naturelle, modelée par Bouchardon. Cette œuvre d'art avait été donnée à Téglise par le curé Languet de Gergy qui contribua beaucoup à l'embellissement de Tédifice. Elle était connue sous le nom de Notre-Dame de Vieille- Vaisselle, et ce surnom consacrait une pieuse légende. Si Ton en croit la tradition, on utilisa, dans la fonte, un grand nombre de pièces d'argenterie et de couverts que les paroissiens offraient à leur curé lorsqu'ils l'invitaient à dîner. Placée d'abord dans la chapelle de la Vierge, la Vierge de Bouchardon fut ensuite reléguée dans la sacristie, car la richesse de la matière excitait les convoitises et exigeait une surveillance continuelle. Elle n'échappa pourtant pas aux recherches des révolutionnaires qui la convertirent en lingots.

En dehors des œuvres d'art que nous avons déjà eu l'occasion de signaler, Saint-Sulpice renferme un grand nombre de curiosités, de peintures et de sculptures. Elle a ouvert un vaste champ aux inspirations de nos artistes, au siècle dernier. Des peintres de talent ont même essayé, sans grand succès d'ailleurs, de ranimer les anciens procédés de la fresque, dans les larges compositions dont ils ont revêtu ses murailles.

A l'entrée de l'église, on admirera un magnifique buffet d'orgue, trésor ichement décoré, qui a été exécuté par Jadot, sur les plans de Chalgrin (PI. 32). Il dessine un large hémicycle, encadré de hautes colonnes corinthiennes. Dans les entrecolonnements et sur l'entablement supérieur, se détachent d'élégantes statues, œuvres de Clodion. Les motifs d'ornementation, d'un travail très délicat, ont été exécutés par Duret,

L'orgue, de Clicquot, a été reconstruit, en 1860, par Cavaillé- CoU qui en a fait un des instruments les plus complets qui existent actuellement.

On remarquera, à Tentrée, de chaque côté de la nef, deux beaux rochers en marbre blanc, ornés de crustacés et de plantes marines ; ces rochers, sculptés par Pigalle, supportent deux bénitiers formés de gigantesques coquilles qui furent oflFertes à François P' par la République de Venise.

La chaire, exécutée par de Wailly dans le style chantourné de répoque, est d'un dessin hardi et élégant. La cuve, richement ornée de sculptures dorées, est portée par deux volées d'escaliers, revêtues de marbre. Au-dessus, se dresse un groupe d'Edme Dumont qui symbolise la Charité {1788). La Foi et V Espérance j sculptées par Guesdon (1788) décorent le bas des escaliers.

Une curiosité assez rare pour une église est la méridienne qui traverse le transept, tracée sur les dalles par une ligne de cuivre. Cette méridienne, qui fut dessinée par Henri Sully, horloger anglais, sert à déterminer l'équinoxe de printemps et, par suite, le dimanche de Pâques. Une ouverture circulaire, ménagée dans la fenêtre du transept méridional, laisse passer, au midi vrai, un rayon de soleil qui suit la ligne de cuivre et remonte le long d'un obélisque en marbre blanc, haut de dix-huit mètres- La plupart des chapelles sont décorées de peintures inspirées de la vie des saints auxquels les autels sont consacrés. Dans la deuxième chapelle du bas côté gauche, dédiée à saint François de Sales, on voit des scènes peintes par Alexandre Hesse. Michel DroUing a exécuté celles qui ornent la chapelle Saint-Paul. La cinquième chapelle, dédiée au Sacré-Cœur, renferme une toile de Jean-Simon Berthélémy (1784) qui figure V Adoration du cœur de Jésus.

Dans le bas côté droit, Delacroix a décoré la première chapelle, consacrée aux Saints Anges, de trois peintures remarqua-

bles par leur couleur et leur mouvement. La richesse et la souplesse du pinceau s'allient à la vigueur de l'inspiration, à la grandeur et à la noblesse de la composition. La Lutte de Jacob et de l'Ange occupe la paroi de gauche (PI. 82) : on voit, sur le mur de droite, Héliodore chassé du Temple Qt^ sur la voûte, V Archange saint Michel terrassant le dragon.

En suivant les chapelles qui s'ouvrent à la suite du même côté, on remarque des sujets symboliques peints par Heim, sans grand éclat, des scènes de la vie de saint Roch, par Abel de Pujol, qui ne sont que d'habiles décorations ; des épisodes de la vie de saint Maurice et des sujets symboliques, par Vinchon.

La chapelle Saint- Jean-Baptiste renferme, avec une statue du saint par Boizot (1785), un somptueux tombeau élevé à la mémoire du curé de Languet de Gergy dont le zèle et la piété sont célébrés dans une inscription gravée sur le soubassement du mausolée. Ce mausolée, d'une habile exécution, a été dessiné par Michel-Ange Slodtz, dans un style théâtral qui se ressent de l'influence du Bernin. Devant le prêtre en prière, V Immortalité soulève une draperie et découvre le squelette de la Mort qui semble frappée d'épouvante. Composition maniérée, d'une inspiration très faible. Michel-Ange Slodtz a tenté dans cette œuvre, à l'imitation des artistes italiens, un des premiers essais d'une décoration en bronze et en marbres multicolores.

Contre les piliers du chœur se dressent dix belles statues, d'un dessin élégant, qui ont été sculptées par Bouchardon et ses élèves : ces statues, plus grandes que nature, représentent le Christ à la colonne^ la Mère des douleurs et huit apôtres.

Les chapelles qui s'ouvrent dans les bas côtés du chœur sont décorées, comme les précédentes, de peintures murales. On remarque, à droite, dans la chapelle Saint-Martin, des fresques d'un bel effet décoratif. Elles ont été exécutées par

Mottez. Dans ces compositions, d'un goût très classique, cet artiste a tiré un parti assez heureux d'un procédé qu'on retrouve dans ses décorations de Saint- Séver in et de Saint-Germain l'Auxerroîs.

L'église comprend plusieurs chapelles extérieures. Sous les tours on a creusé deux sanctuaires de forme circulaire. Ce sont de gracieux oratoires, avec leurs hautes colonnes cannelées à chapiteaux corinthiens, leurs élégantes coupoles, décorées de caissons et de rosaces. Boizot et Mouchy les ont ornés, en 1787, de bas-reliefs et de statues qui ne manquent pas d'intérêt.

La chapelle « des Allemands » , au chevet de l'édifice, est décorée de belles boiseries du xviii* siècle. On y remarque une toile fort intéressante de Van Loo : V Adoration des bergers^ et une toile peinte par Halle : Jésus et les petits enfants. Le même artiste a peint, au plafond, une grande composition où l'étoile du matin, qui symbolise la Vierge, apparaît entourée d'anges.

Il ne faut pas quitter cette église sans jeter un coup d'œil sur les splendides boiseries qu'elle renferme.

Dans la chapelle du Sacré-Cœur, qui s'ouvre sur le bas côté droit, les murs sont revêtus de beaux lambris de chêne, à moulures dorées, que rehaussent des sculptures d'un dessin gracieux. Cette jolie décoration est contemporaine de la construction de l'édifice, ainsi que le confessionnal en "chêne sculpté qui se trouve dans cette chapelle.

Les boiseries de la sacristie des mariages sont modernes ; mais elles sont encastrées de panneaux sculptés et dorés, de style Louis XV, qui sont dessinés avec beaucoup d'art.

Il faut surtout s'arrêter devant les charmantes boiseries de la sacristie des messes qui forment un ensemble décoratif des plus riches et des plus élégants (PI. 33). Tout le long delà salle, de charmantes armoires, rehaussées de sculptures d'une finesse

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extrême, couvrent la partie basse des murs. Les pilastres qui supportent les retombées de la voûte sont revêtus d'une ornementation très curieuse, sculptée avec beaucoup de délicatesse et dont les motifs sont empruntés aux attributs sacerdotaux.

Gette riche décoration, de style Louis XV, se continue dans la galerie qui règne au-dessus de la porte, que domine une rampe élégante, en fer forgé, peinte et dorée.

On y trouve d'autres armoires qui sont fermées par des panneaux en chêne, sur lesquels s'enguirlandent des fleurs et des vases sacrés.

La voûte, en pierre, est décorée de caissons sculptés où s'enroulent des ornements floraux.

Les vastes souterrains de l'église renferment de nombreuses sépultures et des monuments funéraires. On y conserve une cuve baptismale, datant du xvi* siècle, ornée d'élégants rinceaux, et une belle statue en plâtre de Saint Pierre^ sculptée par Pradier.

Jusqu'au début du xvii* siècle, l'île Saint-Louis, qui resta longtemps inhabitée, était séparée en deux par un fossé dont l'emplacement est aujourd'hui occupé parlaruePoulletier : d'un côté, l'île Notre-Dame, de l'autre, Tîle-aux- Vaches qui devait son nom aux pâturages qu'elle contenait. C'est dans l'île Notre- Dame que le légat du pape vint prêcher la croisade devant Philippe le Bel et Edouard III d'Angleterre, au milieu d'une foule enthousiasmée.

Louis XIII résolut de créer un nouveau quartier, dans ces deux îles, et de les ouvrir à la circulation. Un contrat passé à cet effet en 1619, avec Christophe Marie et Eudes PouUetier, stipute.qtie ces deux entrepreneurs se chargeront de combler le canal et de relier par un pont le quartier Saint-Paul et celui de la Tournelle, moyennant l'abandon qui leur sera fait de la propriété des îles. La même année, Marie jeta le pont qui porte encore son nom et dont la première pierre fut posée par le roi et par la reine, Marie de Médicis. Mais lé chapitre de Notre-Dame, qui possédait les îles, de temps immémorial, fit opposition au contrat ; il redoutait les dangers qui pouvaient résulter, pour le cloître de Notre-Dame, de Texhaussement de la rive : le fleuve, resserré entre les berges qu'on projetait, aurait un courant plus rapide et pourrait miner les quais bordant le cloître.

Un arrêt intervint, en 16 16, et décida que les entrepreneurs devraient revêtir de pierre de taille le pourtour du terrain de Notre-Dame. Il fut convenu en même temps qu'une place serait réservée, dans Taménagement de Tîle nouvelle, pour l'édification d'une église qui serait placée sous l'invocation dé saint Louis et qui resterait perpétuellement sous le patronage du chapitre et à la collation de l'archevêque.

L'île n'eut pourtant d'abord, pour le service du culte, qu'un modeste oratoire élevé par un maître couvreur, nommé Nicolas Lejeune. La chapelle, orientée du nord au midi, contrairement à l'usage ordinaire, fut agrandie, en 1622 : mais elle demeurait malgré tout insuffisante pour les besoins d'une population qui augmentait rapidement.

Une nouvelle église fut érigée, en 1664, sur les dessins de Le Vau, et orientée vers l'est. En 1679, on bâtit le chœur : mais on manquait d'argent et on se contenta, comme nef, du bâtiment de l'ancienne chapelle. Combinaison fâcheuse, qui acçou-

plait deux édifices de direction et de dimensions différentes.

La nef était d'ailleurs en fort mauvais état. En 1702, un ouragan en emportait des fragments qui blessèrent mortellement, dans leur chute, le marquis de Verderonne. On en profita pour édifier une nouvelle nef. Les travaux reprirent, continués par Gabriel Le Duc qui dessina la façade, achevés enfin par Jacques Doucet.

Les sculptures ont été exécutées sur les dessins de J.-B. de Champaigne, marguillier de la paroisse et neveu de Philippe de Champaigne. Un campanile surmontait anciennement la coupole de l'église : il fut détruit par la foudre, en 1741 : on le remplaça, en 1765, par l'obélisque qui s'élève à l'extrémité occidentale du monument.

Saint-Louis en l'Ile fut la paroisse des magistrats. Ils trouvaient, aux abords du Palais, dans ses rues larges, des hôtels nouvellement construits, où se déployait un luxe d'escaliers, de colonnades et de galeries, pleines de toiles de maîtres.

Sous la Révolution, l'église fut fermée, puis vendue comme propriété nationale : elle a été rachetée par la Ville de Paris, en 181 7, pour une somme de cent vingt mille francs.

L'édifice, à l'extérieur, présente peu d'intérêt (PI. 34). La façade principale s'accuse par un simple pignon. Le Duc avait dessiné, pour la décorer, un portail qui n'a jamais été exécuté.

Dans la façade de la rue Saint-Louis, s'ouvre une porte dont les vantaux sont richement sculptés et qui est couronnée d'un fronton triangulaire orné de deux anges.

On remarque surtout, au-dessus de cet ensemble, un curieux clocher à jour qui aflfecte la forme d'une pyramide triangulaire.

A l'intérieur, l'église oflfre un ensemble élégant, harmonieux (PL 34). C'est encore un édifice de style « jésuite » où l'on peut

relever de nombreuses fautes de goût, mais qui s'impose malgré tout à l'attention par son luxe de décoration, d'une extrême richesse. La nef est large et haute : les bas côtés sont élevés* L'église, ornée de pilastres corinthiens, est rehaussée, de tous côtés, de sculptures, de guirlandes, de rinceaux et de rosaces* L'or brille partout, dans la voûte, sur les murs, sur les arcades : il reluit sur les arcs doubleaux de la nef ; il s'enroule autour des chapiteaux, des consoles et des rosaces, et se détache sur tous les motifs d'ornementation. La décoration est riche, éclatante, souvent excessive et parfois lourde, surtout dans le chœur, qui est écrasé sous les motifs et les arabesques dorés.

A l'intersection des transepts, sur quatre pendentifs, soutenus par de gros piliers, s'élève une coupole de forme élégante; les pendentifs sont ornés d'anges et d'écussons sculptés ; la coupole, au centre de laquelle se détache un grand écusson, aux armes de France, est ornée de panneaux en or, enrichis alternativement de branches de laurier et de rinceaux encadrant des cartouches.

Les murs de l'église, les parois des chapelles latérales et absidales sont couvertes d'une foule d'œuvres d'art, dont beaucoup ont été données par l'abbé Bossuet, ancien curé de la paroisse. Ce sont, de tous côtés, de gracieux bas-reliefs en albâtre, des émaux anciens, de curieuses figurines en bois, polychromées et dorées, des faïences italiennes et françaises qui s'enchâssent avec beaucoup de goût dans de riches boiseries. On admire aussi une fort belle série de peintures sur bois ou sur cuivre, œuvres de primitifs flamands, italiens, allemands et français.

Les pilastres de la nef sont ornés de petits cadres en bronze doré, dans lesquels se détachent de petites peintures sur cuivre, du xvii* siècle, consacrées à saint Matthieu, saint Jacques, saint Jude et saint Simon.

Deux chapelles sont aménagées, adroite et à gauche du vestibule d'entrée, dans le prolongement des collatéraux.

C'est, à droite, la chapelle des fonts baptismaux avec ses élégants panneaux boisés, agrémentés de moulures et rehaussés de filets d'or.

Dans des cadres enrichis de rinceaux, s'encastrent de curieuses peintures flamandes, datant de la fin du xvi' siècle, qui retracent, en des scènes colorées et d'une grâce naïve, les principaux épisodes de la vie de Jésus : V Annonciation^ V Adoration des Bergers^ V Adoration des Mages, la Circoncision^ la Tentation, la Guérison de Vapeugle de Jéricho, VEntrée de Jésus à Jérusalem et les adieux de Jésus.

Au-dessus de ces panneaux, une toile évoque le Baptême du Christ. C'est une composition très habile, peinte, en 1645, par Jacques Stella, peintre flamand, grand admirateur de Poussin.

La chapelle du Calvaire, qui fait vis-à-vis à la précédente, dans le collatéral droit, renferme une belle statue du Christ en crofA: qu'on attribue à Jacques Sarrazin.

Dans le bas côté gauche, à la hauteur de la première travée, une grande composition de Doyen figure la Dernière communion de saint Louis. Le coloris est terne, l'inspiration froide.

Sur les collatéraux s'ouvrent des chapelles latérales dont quelques-unes offrent une décoration artistique des plus intéressantes.

Dans la chapelle des Ames du Purgatoire, on remarquera, sur la porte du tabernacle, une Mater dolorosa, peinte sur cuivre par récole flamande du xvii® siècle. Le retable de l'autel est orné d'un médaillon de la Vierge qui date du xviii" siècle.

La chapelle Saint-Joseph, qui fait suite à la précédente, est tapissée de hauts panneaux boisés qu'agrémentent d'élégantes moulures dorées. C'est une décoration gracieuse et d'une note

discrète, qui se répète sous une forme, plus ou moins analogue, dans la plupart des chapelles des collatéraux et du déambulatoire. Dans les panneaux de face se détachent, sur un fond doré, des peintures italiennes sur bois, du xvi® siècle : Une sainte religieuse^ Saint Pauly Saint Pierre^ Un saint ermite.

Le lambris du mur de gauche, sur lequel est gravée une inscription à la mémoire du chevalier d'Hérouval, présente deux peintures du xvii*^ siècle : un père et ses trois filles; une mère et ses trois filles. Ces allégories, d'un agencement symétrique, se développent sur des fonds de paysage.

Au-dessus se trouvent deux toiles. La première, de Técole vénitienne du xvii* siècle, représente les Pèlerins d'Emmaus. La seconde est une composition, peinte par Van Loo, qui montre Saint Pierre et saint Paul guérissant un paralytique à la porte du temple. Le dessin est correct, l'exécution habile, mais sans éclat.

L'autel se dresse contre le mur de droite, orné d'un émail en miniature, du xvii* siècle, consacré à la Sainte Famille. On voit, d'im côté de l'autel, une statuette en bois peint d'un évéque, de l'autre, un groupe : Saint Joachim et la Vierge. Ces sculptures, d'un travail assez grossier, datent également du xvii® siècle. Au-dessus de l'autel, une toile de la même époque évoque la Fuite en Egypte.

On a scellé dans le mur de la chapelle Saint-Joseph un morceau de marbre provenant de Tautel portatif sur lequel Pie VII célébrait la messe, pendant sa captivité à Fontainebleau.

La chapelle de la Communion, qui s'ouvre sur le bas côté droit, attire les regards par la richesse de sa décoration. Elle est presque entièrement revêtue d'un haut lambris que sillonnent des bandes et des moulures dorées, parsemées de têtes d'anges sculptées.

Elle comprend deux parties. La première, encadrée de pilastres qui supportent une voûte en berceau, correspond aux autres chapelles latérales : elle forme une sorte de vestibule donnant accès à une seconde chapelle, construite hors œuvre, qui se termine en hémicycle.

Le vestibule est orné de peintures sur bois qui s'encastrent dans les panneaux du lambris. On voit, à gauche, une tète de saint, un Christ déposé, une tête de sainte qui datent du xvii' siècle ; sur le mur de droite, un buste de saint et un buste de sainte, de l'école française, un Saint Jérôme italien de la même époque.

La seconde partie renferme des tableaux intéressants. A gauche, une Sainte Thérèse, composition espagnole du xvii' siècle ; une toile du xviii® : V Apparition de saint Grégoire à saint Martin ; un tableau, d'une grâce un peu mièvre, peint dans la manière de Mignard : le Repos de la sainte Famille ; une composition dans le style de Simon Vouet : Louis XIII recevant la communion des mains de saint François de Sales,

Le mur de droite est décoré d'une autre Sainte Thérèse e^^dignole, du xvii® siècle, et d'une belle toile d'Ary SchefFer qui symbolise, dans une mise en scène pathétique, la Dernière cornmunion de saint Louis. Cette composition vigoureuse contraste avec celle que Doyen a consacrée au même épisode.

Au fond de la chapelle, une toile assez colorée de Charles- Antoine Coypel : les Pèlerins d'Emmatis ; une Résurrection du Christ, peinte par Peyron, en 1784; une Famille en prière, peinture italienne sur bois de la fin du xv® siècle. L'autel est orné d'un Crucifiement en cuivre doré, du xviii®.

Le soubassement de l'autel, dans la chapelle du Sacré-Cœur, est sculpté d'un bas-relief du xvii* siècle, en marbre peint et doré, qui figure la Résurrection de Lazare. Sur les côtés de

l'autel, des peintures italiennes sur bois, du xv* siècle, se détachent sur un fond d'or : à gauche, une Vierge martyre; à droite, Le Sauveur bénissant le monde.

Le lambris qui revêt le mur du fond renferme deux peintures italiennes de la même époque : une Sainte et sainte Claire^ entre lesquelles s'encadrent deux peintures italiennes du xvii'' siècle : Saint Jérôme et Un Religieux.

On remarque surtout, dans le mur de droite, un très beau haut relief flamand en bois peint, du xvi' siècle ; c'est une sculpture curieuse qui figure la Mort de la Vierge^ au milieu d'un assemblage pittoresque et bigarré de personnages sacrés (PI. 35), L'artiste a varié avec beaucoup d'habileté les attitudes et les physionomies et il a donné beaucoup de mouvement à cette scène pathétique.

Des anges, peints sur cuivre, par l'école italienne du xvi* siècle, s'encadrent dans deux panneaux encastrés dans le mur.

Les deux bras du transept forment un ensemble des plus gracieux, avec leurs élégantes boiseries, rehaussées d'or, et leurs jolis bas-reliefs, sculptés au wif siècle, où des théories d'anges s'enguirlandent autour de sujets symboliques. Des statues du temps, exécutées par La Datte, ont été consacrées à sainte Geneviève et à la Vierge.

Les piliers de la coupole et du chœur sont ornés, comme ceux de la nef, de petites peintures sur cuivre, du xvii® siècle, sur lesquelles se détachent des figures de saints.

Derrière l'autel, on voit une Descente de croix, en bois doré, oeuvre allemande du xvi" siècle.

Les bas côtés du chœur s'ouvrent sur une série de chapelles richement décorées.

Deux triptyques factices décorent le mur du fond de la chapelle Saint-Denis.

Le premier renferme un Christ^ du xvif siècle, un Saint Jérôme et un Saint Jean- Baptiste ^ œuvres italiennes du xvi* ; le second, de l'école flamande du xvi', montre la Naissance du Christ, V Adoration des Mages, la Fuite en Egypte. Ces trois panneaux pittoresques, peints dans le genre italien, se développent sur des fonds de paysage.

Entre ces triptyques, deux volets de retable du xvii* siècle, consacrés à la famille de Bailleul. Au-dessus une figure de Saint François de Paule, peinte au xvii* siècle. L'autel est décoré d'un joli groupe en plâtre doré représentant la Descente de croix.

Dans la chapelle de la Compassion, on trouve, aux côtés de l'autel, deux statuettes en bois doré, du xvii' siècle : la Vierge et VEcce homo ; dans les travées du lambris, une Mater Dolorosa, du xvii®, une Sainte Famille, peinte sur bois, par l'école italienne du xvi% une Assomption de la Vierge, hautrelief en albâtre du xvi*.

On voit, dans lachapelle Saint-François de Sales, un groupe en bois peint du xvii* siècle : la Vierge et l'Enfant Jésus; une statuette en bois du xvi* figurant VEcce homo ; une toile de Hallé,composition habile, mais froide, qui montre Saint François de Sales donnant à Af™® de Chantai la constitution de son ordre; enfin un curieux triptyque formé par des peintures sur faïences, dont deux seulement, d'origine ancienne, sont dus à l'école italienne du XVII* siècle et représentent r.4«no«cm//on et la Vierge et r Enfant Jésus,

Si on contourne le bas côté droit du chœur, on entre d'abord dans la chapelle Sainte-Madeleine, dont l'autel est orné d'un beau reliquaire ancien en bois doré, de style gothique.

- Pn voit, dans cette chapelle, au-dessus de Tautel, dans un riche cadre doré, une toile duxvii® siècle : V Apparition de Jésus-

Christ à sainte Madeleine ; sur le mur du fond, une peinture sur bois, qu'on a voulu attribuer à Fra Angelico, symbolise V Annonciation, Cette composition italienne, d'une simplicité et d'une grâce touchante, se ressent certainement de l'influence du maître florentin (PI. 35). Deux hauts-reliefs en albâtre, qui datent du xiv® siècle, figurent V Ensevelissement d'un évêque (PI. 35) et la Naissance de la Vierge. Ces sculptures, d'un travail délicat, étaient jadis peintes et dorées. Elles devaient constituer un retable, avec quelques autres motifs, de la même époque, qu'on trouve dans l'église.

La chapelle Sainte-Madeleine est encore ornée d'une Descente de croix^ peinture italienne du xvi® siècle, et de deux statuettes peintes de la sainte et de saint Jean, par l'école française du XVII®.

La chapelle Saint- Vincent de Paul renferme un médaillon en marbre de la Vierge, d'une jolie expression, qu'on attribue à Canova (PI. 35) ; un haut-relief en albâtre, du xiv** siècle qui figure le Christ en croix, dans une scène pittoresque ; et deux bas-reliefs en marbre, du xvi* : la Cène et la Mise au tombeau.

La chapelle Sainte-Thérèse est ornée de belles faïences italiennes dont deux, du xvii* siècle, représentent V Adoration des mages et l'Adoration des bergers \ la troisième, qui date du xviii% montre un Franciscain prêchant.

Dans le chevet de Téglise, s'encadrent des chapelles rectan gulaires qui correspondent à la nef et aux collatéraux.

Ces sanctuaires offrent une décoration fort élégante avec les riches boiseries sculptées qui tapissent leurs parois. Les deux chapelles latérales attireront surtout les regards par leurs beaux lambris en chêne, où des statuettes modernes de saints s'encadrent dans des niches gracieuses, rehaussées de dorures, au-

dessous desquelles court un bandeau, chargé de feuilles d^acanthe et de rameaux de laurier.

Dans la chapelle Saint-Louis, placée au centre, la partie inférieure du lambris est ornée d'une petite balustrade, finement sculptée, au-dessus de laquelle se développe une frise, décorée de rinceaux.

Sur les murs, des peintures anciennes sur bois s'enchâssent dans des panneaux moulurés : à gauche, une Sainte^ par Técole française du xvii* siècle, et une Vierge italienne, duxv* ; à droite, un Saint Barthélémy italien, du xv®, et une Sainte Face^ de récole italienne du xvii*.

Sur le tabernacle de Tautel, une miniature peinte sur cuivre, par l'école française du xvii* siècle, évoque la Naissance du Christ. Les piliers extérieurs de la chapelle Saint-Louis portent deux hauts reliefs en albâtre, du xiv' : la Flagellation et le Couronnement de la Vierge.

Les bas côtés de Téglise sont pourvus d'un très beau chemin de croix, sculpté par Duseigneur qui a également exécuté dans l'abside deux bas-reliefs en terre cuite : le Mariage de la Vierge et la Mort de saint Joseph.

A l'entrée de l'église, un petit bénitier, en marbre blanc, qui provient de l'ancien couvent des Carmélites de Chaillot, évoque le souvenir de M"^ de la Vallière et de la retraite qu'elle fit dans ce monastère. Au-dessus ^du bénitier se détache une tête de chérubin, aux ailes éployées.

De nombreux souvenirs s'attachent à la vieille paroisse de Saint-Louis en l'Ile. C'est dans l'île Saint-Louis que saint Vincent de Paul présida les réunions où s'organisèrent les bureaux de charité. Saint François de Sales prêcha dans Téglise et Fléchier y prononça son beau panégyrique de saint Louis.

On ne peut oublier, parmi les noms qu'évoque l'édifice,

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