SAINT-PIERRE DE CHAILLOT
Ce petit édifice, pauvrement construit, remanié à diverses reprises, pour satisfaire aux besoins du moment, n'a jamais oflert aucun intérêt architectonique.
L'origine en est fort ancienne, puisque, dès le xi® siècle, il existait, en cet endroit, une chapelle, dépendant du célèbre monastère bénédictin de Saint-Martin-des-Champs. Elle tombait en ruines, quand le village de Chaillot devint, en lôSg, un faubourg de la capitale. On entreprit à cette date de grands travaux de restauration qui n'ôtèrent pas cependant à la paroisse nouvelle son caractère d'église de village.
Au xviii* siècle, on rebâtit la nef et on érigea le portail.
L'église demeurait malgré tout très insuffisante pour les besoins de la population qui s'accrut considérablement au cours du siècle dernier. On envisageait la construction d'un nouveau
monument. On se borna, en fin de compte, à adosser à Téglise une chapelle dédiée à Notre-Dame-des- Victoires. Cette chapelle, édifiée par Paul Marbeau, en 1886, s'accuse, sur l'avenue Marceau, par une façade sans caractère.
En même temps, on agrandissait Téglise, en prolongeant le bas côté gauche qui s'arrêtait alors à la naissance du chœur.
Le résultat de ces additions et de ces transformations successives est une œuvre bâtarde et sans goût.
Les lignes froides du portail, d'une ordonnance toute classique, ne laisseront au visiteur qu'une impression de lourdeur et de dureté. Ce sont deux étages, encadrés de pilastres, avec un fronton dont le tympan est orné d'une gloire. Une tour carrée et disgracieuse s'appuie sur l'aile droite de la façade (PI. 36).
L'intérieur manque de symétrie et Ton n'y relève la marque d'aucun effort architectonique.
La nef comporte six travées, en anses de panier, et deux bas côtés, d'une disposition analogue, dont l'un, celui de droite, s'arrête au chœur, par un mur plan. Des réminiscences gothiques apparaissent dans le chœur dont les ogives et les nervures sont éclairées par des fenêtres de style ogival.
La décoration de l'église est des plus pauvres. Pourtant la chaire à prêcher, exécutée dans le style du xviir siècle, est ciselée d'ornements sculptés, d'un travail assez habile.
Deux peintures murales d'Auguste Hesse ornent le chœur. Elles évoquent VAnge de la bonne nouvelle^ et VAnge du jugement. Dans le bas côté droit, une toile de Dubufe montre Saint Pierre délivré de prison.
TEMPLE DE PANTHEMONT 139
TEMPLE DE PANTHEMONT
L'ancienne abbaye de Panthemont, dont la fondation remonte au xiii® siècle, était située dans le diocèse de Beauvais , sur le flanc d'une colline : de là lui vint, dit-on, le nom qui lui fut donné et qui rappelle la pente d'une montagne. Les religieuses Bernardines durent abandonner leur abbaye, en 1672, à la suite d'une inondation : elles s'installèrent à Paris, dans une maison de la rue de Grenelle appartenant à l'Hôtel-Dieu et précédemment occupée par les religieuses du Verbe Incarné et du Saint-Sacrement. Elles y fondèrent une institution pour les jeunes filles et une maison de retraite pour les femmes qui fut très fréquentée, au xviii* siècle.
La première pierre de leur chapelle fut posée, en 1747, en présence du dauphin, et la bénédiction de l'église eut lieu en 1756. L'architecte Pierre Contant d'Ivry dressa les plans de l'édifice dont la construction fut achevée par son élève Franque.
Le monastère devint propriété nationale, en 1795, et fut vendu en partie, en i8o3. Sur les terrains du couvent supprimé, on prolongea, jusqu'à la rue de Grenelle, la rue de Bellechasse qui s'arrêtait à la rue Saint-Dominique.
La partie qui a été conservée est devenue une caserne. Quant à la chapelle, elle a été affectée, en 1802, au culte réformé ; après avoir servi pendant longtemps de dépôt, pour les archives de diverses administrations, elle a été inaugurée à nouveau, en 1 846 .
L'édifice s'ouvre sur la rue de Grenelle, par un portail de modeste apparence et d'un effet peu harmonieux (PI. 36). Ce portail est orné de deux colonnes qui portent un fronton cintré,
.i^o LES ÉDIFICES RELIGIEUX
d'aspect massif, couronné par un autre fronton, de forme triangulaire. Cet ensemble est dominé par un vitrail sphérique qui paraît sans liaison avec le reste de l'architecture.
Un dôme peu élevé surplombe la façade.
Le plan de l'intérieur est d'une grande simplicité ; mais il se recommande par sa bonne ordonnance et son ingénieuse disposition.
Il comporte une nef et des transepts, ornés de pilastres et de colonnes d'ordre ionique, entre lesquels on a ménagé de petites tribunes.
Au centre de la croix, sur des pendentifs, entre lesquels s'ouvrent de larges arceaux en plein cintre, s'élève une coupole, de belles proportions, dont la voûte est sillonnée de bandeaux en saillie.
Le temple n'a reçu aucune décoration artistique.
Le village de Roule n'avait, à l'origine, qu'une petite chapelle dépendant d'une léproserie, qui avait été fondée pour les ouvriers de la Monnaie, plus particulièrement exposés aux maladies de la peau. Un arrêt du Parlement, de 1892, partage entre l'évêque de Paris et les monnayeurs la nomination des huits frères monnayeurs qui occupaient l'établissement.
La lèpre cessa bientôt d'exercer ses ravages et, dès le xvi* siècle, elle avait presque disparu, en France. Pourtant l'institution se maintint jusqu'à la Révolution.
La chapelle, dédiée à saint Jacques et à saint Philippe, fut
érigée en paroisse, en 1699. Au xviii' siècle, les habitants du Roule, désireux de se soustraire à la taille et aux autres impositions dont ils étaient chargés, demandèrent que leur village devînt un faubourg de la capitale.
On fit droit à leurs réclamations et un nouveau faubourg de Paris fut formé, en 1722, par la réunion des deux villages du Roule et de la Ville-rÉvéque.
Mais l'église menaçait ruine. On dut la démolir, en 1739, et installer les services du culte dans une grange voisine.
Cette situation ne pouvait durer. En 1 764, on voit les marguilliers et les paroissiens s'unir pour faire entendre leur do^ léances. « On est obligé, disent-ils, de faire l'office divin dans une grange, ou plutôt dans une étable où étaient les vaches, dans laquelle il faut descendre plusieurs degrés, où il y a un pied d'eau dans de certaines inondations : elle est si humide que tout y pourrit. »
Ces plaintes furent écoutées. En 1768, l'Académie d'Architecture approuve les plans dressés par Chalgrin, pour la construction d'une nouvelle église. En 1774, le comte de Provence pose la première pierre de l'édifice, qui fut achevé en 1784.
L'église, conservée comme paroisse sous la Révolution, fut affectée, en l'an II, au culte de la Concorde. Elle ne subit aucune modification, jusqu'en 1845. A cette époque, il parut nécessaire de l'agrandir, car la population avait considérablement augmenté.
Les travaux furent dirigés par l'architecte Godde. On construisit la chapelle de la Vierge : on démolit le mur qui fermait le sanctuaire à l'intérieur ; les bas côtés furent prolongés, de manière à contourner le chœur.
En i853 et 1859, l'architecte Baltard édifia la chapelle des^ catéchismes.
Chalgrin était Télève de Servandoni : comme Brongniart, l'architecte de Saint-Louis d'Antin, comme Soufflot, qui traça le plan du Panthéon, il appartenait à une école éprise des arts antiques; aussi a-t-il fait effort, à Saint-Philippe du Roule, pour ramener notre architecture religieuse à l'unité et à la simplicité des temples païens. C'est un retour vers l'antiquité classique, sous sa forme primitive, qui sauvera notre art de la monotonie du style « jésuite » ainsi que du maniérisme et du faux goût d'ornementation dans lesquels il se stérilisait. Non seulement, aux façades en bas-relief, Chalgrin substitue un portique grécoromain ; mais, à l'intérieur, les arceaux à pilastres font place à une double rangée d'élégantes colonnes. C'est le premier mot d'un système qui trouvera son expression dernière au Panthéon et à la Madeleine.
Saint-Philippe du Roule imite les anciennes basiliques. C'est une formule nouvelle qui fera fortune au xix® siècle. Nous lui devons toute cette série de basiliques qui marquèrent les débuts de notre architecture religieuse contemporaine.
L'église a la forme d'un long carré, sur lequel s'accuse un chevet en saillie.
La façade, avec son porche, se recommande par la simplicité et la correction de son dessin (PI. 37). Elle manque peutêtre d'une certaine ampleur qui aurait mis en valeur son porche, un peu étriqué entre les ailes latérales.
Mais l'ensemble est d'un bon effet et annonce les dispositions harmonieuses données à l'intérieur de l'édifice.
Le portail, soutenu par quatre colonnes doriques d'un fort diamètre, est surmonté d'un fronton triangulaire, orné d'un bas-relief symbolisant la Religion^ œuvre de Francisque Duret. Un grand bas-relief avait été commandé à Gois pour la décora-
tion de la porte centrale : mais l'exécution en fut toujours ajournée, pour des raisons d'économie. Pour le même motif, on a remplacé par un petit clocher les deux tours carrées qui, d'après les plans primitifs, devaient s'élever, à l'arrière du monument, des deux côtés de l'abside.
L'église, à l'intérieur, par l'ampleur de ses proportions, par son plan sobre et majestuetix, rappelle la belle ordonnance des anciens temples grecs. La nef, les bas côtés sont formés de larges péristyles, bordés par une colonnade ionique qui règne tout autour de la nef, enveloppant le chœur, disposé en coquille, au milieu duquel se dresse, isolé, l'autel principal. La colonnade est interrompue, à la hauteur des transepts, par un mur plein, percé de larges baies rectangulaires : de chaque côté s'ouvre une chapelle.
Derrière le chœur, une grande arcade donne accès dans la chapelle de la Vierge qui a été construite hors œuvre, au centre de l'abside.
De larges vitraux, ménagés dans les bas côtés et dans la voûte, laissent filtrer dans l'édifice une lumière atténuée. Le plafond, décoré de caissons à rosaces dorées, n'est pas en maçonnerie : il est formé par une simple charpente en sapin, ingénieusement assemblée et peinte avec art, dans une teinte qui joue parfaitement la pierre.
C'est un des premiers essais qu'on puisse citer d'une combinaison assez originale, inventée par Philibert Delorme, et qui fut appliquée, à la fin du xviii* siècle, par LegrandMolinos et Chalgrin,
Le mur du bas côté droit est orné de deux toiles de l'école italienne : la Circoncision et la Communion de saint François d'Assise y de la fin du xvii* siècle.
Sur la voûte du chœur se développe une large peinture de
Chassériau, ûgxxrantl^ Déposition. C'est une œuvre intéressante, d'une belle inspiration et d'un heureux effet décoratif.
La chapelle des catéchismes est décorée d'un chemin de croix, peint par Louis Boulanger.
La sacristie des messes, à gauche du chœur, renferme une Mise au tombeau^ du xvii' siècle, une petite statuette en ivoire du Christ en croix, du xviii% qui est placée dans un cadre en bois ciselé et doré d'une grande richesse ; enfin deux toiles du XVIII* : Saint Jacques le Mineur et Saint Philippe.
La sacristie du parloir, à droite du chœur, est ornée de deux toiles du XVII® siècle : la Fuite en Egypte et le Martyre de sainte Agathe \ et de deux peintures du xviii*, qui représentent la Madeleine et la Chananéenne aux pieds de Jésus-Christ,
SAINT-LOUIS D'ANTIN
Le quartier de la Chaussée d'Antin était dépourvu de tout édifice religieux, quand on entreprit, en 1781 , sur les dessins de Brongniart, architecte du roi, la construction d'une chapelle, attenante à un monastère. C'est dans ce couvent qu'on transféra les pères Capucins qui résidaient au faubourg Saint-Jacques.
Ces religieux ne devaient pas jouir longtemps de leur nouvelle retraite. La Révolution les dispersa et fit du monastère un hospice. En 1802, les anciens bâtiments conventuels devinrent le lycée Bonaparte, aujourd'hui lycée Condorcet.
L'ancienne chapelle des religieux, transformée en église, fut érigée en première succursale de la Madeleine. Elle s'est
Photo Mdrmuss.
(Page 14a.)
Photo Neurdcin.
SAINT-LOUIS D ANTIN
Photo Neardein
Photos Atget.