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BAS-RELIEFS EN BR0N;;E DE LA PORTE, PAR TRIQUETI

(P;iges 150 et 152,)

SAINT-LOUIS D'ANTIN 145

agrandie, au cours du siècle dernier, d'une chapelle des catéchismes et d'une sacristie des mariages.

La chapelle et le couvent formaient, au xviii® siècle, un ensemble plein de style et de goût dont on a critiqué parfois, à tort, l'austère simplicité. On les considérait justement, à répoque, comme un modèle d'harmonie et d'élégance. Le monastère, assurément très différent des cloîtres mystérieux du xin® siècle, avec leurs fines nervures, leurs voûtes élancées, leurs colonnettes gracieuses, présentait à la vue une belle galerie de colonnes toscanes qui ne manquait pas de dignité et de noblesse.

Il est seulement regrettable que l'architecte, bien inspiré dans l'ensemble, ait cru devoir sacrifier le caractère même des bâtiments qu'il élevait à l'unité de la ligne architecturale : l'ancien couvent et la chapelle, qui forment les deux pavillons de cette ample façade, font corps, au point qu'on ne les distinguerait pas l'un de l'autre, sans la croix qui s'élève au-dessus de l'église. Le xvii® siècle, qui fut pourtant le siècle des vastes monuments et des enceintes grandioses, n'avait pas commis de semblables erreurs. Au château de Versailles, aux Invalides, au Val-de-Grâce, à la Salpétrière, la chapelle, lors même qu'elle ^st comprise dans la masse générale des bâtiments, s'accuse par les détails de son ordonnance. Les traditions se perdent, au «iècle suivant, et on en vient à une symétrie de plan qui ne respecte même pas le caractère des différentes constructions qu'elle embrasse.

Le monument a d'ailleurs été dépouillé des quelques motifs d'ornementation qui constituaient, à l'origine, sa décoration extérieure : deux grands bas-reliefs, œuvres de [Clodion, qui ornaient la façade, et qui furent détruits sous la Révolution : deux belles fontaines, en forme de cuves antiques, que Bron- ^niart avait disposées de chaque côté du portique central qui

donne accès dans les bâtiments du lycée. L'ordonnance primitive du monument s'est trouvée également altérée par l'ouverture de fenêtres et de croisées qui ont fâcheusement remplacé quatre niches creusées dans la façade (PI. 37).

Le portail de Téglise est d'une sobriété peut-être excessive. La porte, flanquée de deux niches, est surmontée d'un fronton triangulaire que couronne une croix.

A l'intérieur règne la même sévérité. L'église se compose d'une large nef voûtée en berceau, d'un chœur en hémicycle, et d'un seul bas cdté qui s'ouvre à gauche, selon les rites de l'ordre des Franciscains. Les arcades cintrées qui donnent accès au bas côté sont supportées par des piliers carrés, auxquels correspondent des pilastres en saillie sur le mur de droite.

Aucune décoration ne relevait autrefois la simplicité et la nudité de la chapelle, d'où l'on avait banni à dessin toute élégance et toute pensée de luxe ; l'ornementation est toute moderne. Les travées et la voûte ont été peintes : les piliers et les arcades ont été recouverts de peintures murales, représentant des Apôtres-

Dans la chapelle de la Croix, qui s'ouvre sur le bas côté, une inscription, gravée sur une colonnette de marbre noir, rappelle le nom du comte de Choiseul, ambassadeur à Constantinople, mort en 181 7.

On remarque, dans le chœur, une toile du xviii® siècle qui évoque Saint Louis adorant la Sainte Couronne.

La chapelle des catéchismes, qui fait suite au bas côté, renferme un Christ en bois, de l'école allemande du xvi® siècle, une toile espagnole du xvii® : San Diego écoutant les concerts des anges ; et un tableau votif, du xviii®.

La Madeleine a des origines fort lointaines. Ce ne fut d'abord qu'tme modeste chapelle, fondée dans le botirg de la Ville-i'Évêque, où les évêques de Paris possédaient une maison de plaisance, ainsi que des terres et des granges. Ce sanctuaire primitif, reconstruit par Charles VIII, fit place, au XVII® siècle, à une église plus vaste qui fut dédiée à sainte Marie- Madeleine et dont la grande Mademoiselle posa la première pierre.

Cet édifice, dont l'architecture était d'ailleurs pauvre et disparate, parut bientôt insuffisant, carie quartier de la Villel'Évéque prit au siècle suivant un développement considérable. Les plans d'une nouvelle église furent dressés, en 1763, par Contant d'Ivry, architecte du roi.

On travaillait alors aux embellissements de Paris : dans cette partie de la ville, où s'élevaient des demeures princières et des hôtels luxueux, on mettait à exécution dévastes projets de décoration monumentale. L'architecte Gabriel avait dessiné la place Louis XV et il avait déjà construit les deux élégants pavillons qui la bordent. On voulut que l'église concourût à la beauté et à l'harmonie de cet ensemble.

L'ancien monument occupait l'angle du boulevard Malesherbes et de la rue de la Ville-l'Évéque. Le nouveau s'éleva, aux dépens d'un couvent voisin, dans l'axe de la rue Royale et de la place Louis XV dont il devait, de ce côté, fermer la perspective.

L'école de Servandoni, de Chalgrin, et de Soufflot triomphait alors, bannissant les élégances du style Pompadour.

L'édifice, tel que le comprit Contant d'Ivry, rappelait le plan adopté pour la construction des Invalides. Il affectait la forme d'une croix latine, au centre de laquelle s'élevait un dôme. Deux clochetons surmontaient Tabside. Le projet ne comportait de colonnes qu'à l'extérieur et pour la décoration du portail d'entrée. En outre du grand escalier qui accède aujourd'hui à la façade principale, il prévoyait de larges escaliers desservant les bras de la croix. Le monument, entrepris sur ces données, ne s'élevait encore qu'à une faible hauteur, lorsque la mort de Contant d'Ivry vint interrompre les travaux. Guillaume Couture, qui en reprit la direction, jeta bas les murs de face, les chapelles et les colonnes, et, s'écartant résolument des plans de son prédécesseur, il donna à l'église la forme d'une croix grecque que devait couronner un dôme analogue à celui que Soufflot projetait alors pour Sainte-Geneviève.

Tous ces projets, malgré leur audace, respectaient encore la tradition : ils adoptaient les dispositions classiques des églises anciennes que les architectes du siècle n'avaient pu bannir de leurs plus libres tentatives. Car Saint-Sulpice, avec sa double galerie et ses clochers moyen-âgeux, n'a nullement les allures d'un temple païen et le dôme de Sainte- Geneviève rappelle moins le massif Panthéon de Rome que l'élégante coupole de Saint- Pierre qui servait alors de modèle à toutes celles de nos églises.

Il faudra la Révolution pour secouer momentanément le joug de tant de siècles d'architecture chrétienne et concevoir une église sur le type d'un temple de Minerve.

L'œuvre de Guillaume Couture sortait à peine de terre, lorsqu'éclata la Révolution. Aussi n'eut-elle à subir, pendant cette période troublée, aucune mutilation. On étudia divers projets, en vue de la destination à donner au monument : on songea, tour à tour, à en faire un palais pour l'Assemblée nationale, une

bibliothèque, une bourse. Aucun projet n'avait reçu d'exécution, quand Napoléon résolut d'ériger, sur cet emplacement, un temple de la Gloire, où des fêtes solennelles devaient être célébrées chaque année. Le fronton du temple devait porter cette inscription :

« Napoléon aux soldats de la grande armée. »

Le monument aurait abrité des statues, des drapeaux, des armures, des tables de marbre et d'or, où l'on aurait gravé les noms des héros des batailles de l'Empire.

Le nouveau projet fut mis au concours par l'Académie des Beaux-Arts qui donna le prix à Etienne de Beaumont. Mais Napoléon, annulant, de sa propre autorité, le jugement de l'Académie, préféra les plans de Pierre Vignon. Cet architecte lui semblait avoir seul compris dignement ses intentions et s'être dégagé de toute inspiration religieuse.

L'œuvre de Guillaume Couture ne fut donc pas plus respectée que ne l'avait été le plan de Contant d'Ivry. Un véritable temple fut édifié sur les ruines de l'église. Mais l'exécution du projet de Vignon était encore loin d'être terminée quand survinrent les désastres qui amenèrent la chute de l'Empire ; le nouveau changement du régime allait donc influer encore sur les destinées du monument qui devait connaître ainsi toutes les vicissitudes de la politique.

Une ordonnance de 18 16 substitue au Temple de la Gloire une nouvelle église dédiée à sainte Marie-Madeleine. On eut d'abord la pensée d'y ériger les monuments expiatoires de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de Louis XVIL Puis on renonça à cette idée et l'on transféra dans l'église les reliques de la sainte.

La Restauration allait-elle jeter bas l'œuvre de l'Empire ? Démolirait-on une fois de plus ces fondements, voués à la ruine ?

Louis XVIII, fort sagement, conserva le monument impérial, en n'apportant aux plans que des modifications de détails.

Vignon d'ailleurs demeura l'architecte de la nouvelle église. Huvé lui succéda et poussa activement les travaux, après la Révolution de Juillet. En 1840 enfin, l'édifice était livré au culte.

La Madeleine a été l'objet tantôt de critiques amères, tantôt d'élûges enthousiastes, également suspects, car les préoccupations religieuses et politiques n'y étaient pas étrangères. Éloges et critiques se justifiaient d'ailleurs par le caractère mal défini de cette architecture. L'édifice se ressent de l'incertitude qui pesa sur sa destinée et ses dispositions s'accommodent assez mal de TafiFectation religieuse à laquelle le jeu de la politique l'a condanmée en définitive*

En dépit de l'étiquette que lui donna la Restauration, la Madeleine est restée telle, à peu près, que l'avait conçue Vignon, dans son désir de traduire la pensée de l'Empereur. Aussi ce Temple de la Gloire, dont le caractère grandiose s'accordait aux hauts faits d'une époque qu'il devait glorifier, accuse-t-il nettement le retour vers l'art antique, dans sa forme la plus pure, qui convenait à cette période pleine des souvenirs de l'antiquité.

La Madeleine a la forme d'un grand temple périptère grec, d'ordre corinthien, avec ses deux rangées de colonnes, formant portique en avant de la porte principale, tandis qu'un péristyle d'une seule rangée de colonnes entoure la cella. Complétant cet aspect, un comble à double pente surplombe cette enceinte (PI. 38).

L'illusion de temple antique se poursuit à l'intérieur (PL 39). Un vestibule ou pronaos s'ouvre à l'entrée. Au lieu du dôme prévu dans les plans primitifs, des coupoles aplaties

c ouronnent les travées et laissent filtrer une pâle lumière dans cet édifice que n'éclaire aucun vitrail.

La maigreur des détails inspirés parles convenances du culte ne fait qu'accuser leur désharmonie. Des enfoncements étriqués simulent des chapelles : des galeries tiennent lieu de nefs latérales. On est presque surpris d'apercevoir un autel, au fond d'une abside demi-circulaire, et des motifs de décoration où survivent, dans des cadres antiques, des souvenirs bibliques. Et l'on est choqué des allures de cette église, qui se prêterait mieux, semble-t-il, aux exigences d'un théâtre ou d'une salle d'assemblée.

Si l'on se dégage de ces préoccupations, il faut convenir que le monurtient, pris en lui-même, ne manque pas de noblesse et de majesté. Cette masse grandiose forme une magnifique perspective, dans l'axe du Palais-Bourbon, de l'obélisque de Louqsor, de la place de la Concorde, auprès des riches hôtels et des constructions élevées qui l'entourent.

On considère avec respect cette belle galerie qui se développe au-dessus d'un perron élevé qui entoure l'édifice d'une ceinture massive de colonnes corinthiennes cannelées, aux chapiteaux finement sculptés. Une frise court au-dessus de la colonnade, où s'entremêlent des anges, des médailles et des guirlandes.

Un vaste bas-relief de Lemaire décore le portique principal. La Madeleine repentante se prosterne aux pieds du Christ. L'Ange de la Résurrection annonce le jugement dernier : Les Vertus se présentent à droite ; à gauche, les Vices s'enfuient chassés par un esprit céleste. Cette œuvre, d'un style large, présente de nombreuses figures, dont quelques-unes sont de dimensions colossales.

Une porte magnifique, en bronze, ferme l'entrée de l'église. Des bas-reliefs, sculptés avec beaucoup de finesse, et dont les allégories sont empruntées aux commandements de Dieu, se

détachent sur les vantaux et dans l'imposte (PI. 38). Ce remarquable travail de décoration est de Triqueti.

C'est dans le tambour de droite de cette porte que l'anarchiste Pauwels se tua, en 189 1, avec une bombe qu'il voulait jeter dans réglîse.

De grandes statues de saints et de saintes apparaissent dans les entrecolonnements des autres faces de l'enceinte.

On remarque, dans le portique de droite, une belle statue de V Archange Gabriel y sculptée par Francisque Duret, un Saint Bernard y par Husson, une Sainte Cécile, par Augustin Dumont, une Sainte Adélaïde^ de Bosio, une Sainte Agnès, de Duseigneur, V Archange Raphaël, deDantan aîné.

On voit, dans le portique postérieur, un Saint Matthieu, de Desprez, un Saint Marc de Lemaire; dans le portique de gauche. Saint Grégoire de Valois, par Maindron, et Sainte Elisabeth, par Caillouette.

L'intérieur est somptueux et pittoresque. Le regard du visiteur se repose avec plaisir sur cette vaste nef, avec ses belles colonnes corinthiennes, ses arcs élevés, aux courbes gracieuses et hardies, ses coupoles, chargées de rosaces, dont les pendentifs sont enrichis des images en relief des Apôtres,

Au fond, dans une perspective grandiose, apparaît un maître-autel, de belles proportions, qui occupe presque entièrement la tribune formée par le chœur. C'est un beau morceau d'architecture, tout en marbre, où se détachent des figures sacrées : groupe colossal, sculpté par Marochetti qui a figuré le Ravissement de sainte Marie-Madeleine dans le désert de la Sainte-Baume. Trois anges soulèvent la sainte qui lève les yeux au ciel, dans une attitude d'extase fervente. L'œuvre est élégante, mais d'un maniérisme qui tourne à l'afféterie.

Un balcon richement sculpté et, derrière l'autel, une belle

Pliuto Neurdein.

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