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SAINT-JACQUES-SAINT-CHRISTOPHE DE LA VILLETTE

L'église actuelle a succédé à un édifice d'origine ancienne qui était placé sous le même vocable. Elle dépendait alors de l'hôpital Saint-Lazare dont le prieur nommait ses curés.

Cet édifice parut pendant longtemps suffisant pour les besoins d'une population très peu dense, puisqu'à la fin du xviii® siècle, elle ne comptait pas plus de mille habitants. Ce fut seulement au siècle suivant qu'on songea à ériger un monument plus important, pour remplacer la vieille église de la rue de Nantes.

Les plans de l'édifice furent dressés par Lequeux, architecte

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du département de la Seine. Les travaux, commencés en 1841, étaient achevés en 1844.

L'élise Saint-Jacques-Saint-Christophe est encore conçue dans le style des anciennes basiliques. Elle se recommande par une certaine harmonie de lignes et par une ordonnance sobre et correcte, sans grande originalité d'ailleurs.

La façade principale, qui borde la place de Bitche, forme un ensemble assez heureux, avec son rez-de-chaussée, percé de larges baies plein cintre qu'encadrent des pilastres corinthiens, et son premier étage, orné de rosaces, que couronne un fronton triangulaire, ajouré d'une grande rose (PI. 43).

De chaque côté de la porte d'entrée, se dressent les statues de Saint Christophe et de Saint Jacques^ sculptées par Dantan aîné.

On ne saurait louer par contre une petite tour qui a été construite hors œuvre, à l'arrière de l'édifice. Cette construction octogonale ressemble un peu trop à un phare.

A l'intérieur, on pénètre dans une nef qui s'étend entre des colonnes doriques cannelées. Les chapiteaux des colonnes, les moulures des corniches, les chambranles des croisées ouvertes dans la partie supérieure sont badigeonnés de peintures d'un eflFet assez discordant.

Le chœur, encadré d'un arc triomphal, se termine par un sanctuaire disposé en hémicycle qu'éclairent de larges baies séparées par des pilastres corinthiens.

L'édifice n'est pas voûté : il est recouvert d un plafond sans ornement.

Le chœur, la nef et les collatéraux sont décorés de-peintures murales de Jean-François Brémond, élève d'Ingres et de Couder. Des scènes religieuses alternent avec des sujets symboliques. Beaucoup de ces peintures sont fort dégradées et

on eai distingue avec peine les contours. Sur les murs de la nef, court une frise qui représente, à gauche, VEntrée de Jésus-Christ à Jérusalem^ à droite, V Adoration des mages.

C'est, dans le chœur, le Martyre de saint Christophe et le Martyre de saint Jacques. Dans la demi-coupole qui couronne le chœur se détachent des figures allégoriques sur un fond d'or.

A l'entrée de l'église, une toile peinte figure un Ecce Homo qu'on attribue à Annibal Garrache.

Il faut s'arrêter devant la chaire, en marbres jde différentes couleurs. Elle est agrémentée de consoles et de pilastres doriques, et présente, sur sa face principale, un bas-relief intéressant, sculpté par Dantan aîné, qui montre Jésus conpertissant les peuples de la terre.

La tentative, faite à Notre-Dame de Lorette et à Saint-Vincent de Paul, pour reconstituer le style des anciennes basiliques, n'avait pas satisfait tous les esprits. D'ailleurs nous sommes à une période où le sens archéologique se manifeste, où l'on s'éprend des vestiges d'un passé longtemps méprisé, où l'on remonte aux sources de notre art national. Chateaubriand, Victor Hugo mesurent l'efifort artistique prodigieux qu'attestent les voûtes élancées, les flèches hardies de nos vieilles cathédrales. On juge sévèrement les décorations « jésuites » et ces adaptations antiques qui n'ont abouti qu'à de froides architec-

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tures, bien ordonnées sans doute et souvent ingénieuses, mais où la pensée semble prisonnière, au milieu de ces colonnades symétriques, de ces voûtes plates, de ces lignes régulières, sans imprévu et sans mystère, a Cette architecture bâtarde, écrit un philosophe, Victor Cousin, à la fois lourde et maniérée, se substitue peu à peu à la belle architecture des siècles précédents et efface partout les vestiges de Tart français ».

Nos artistes s'éloignent donc des conventions classiques ; ils se reportent vers ces voûtes au profil aigu, vers ces nefs et ces absides, où les lignes, brisées et enchevêtrées, se joignent, se séparent et se croisent à nouveau, dans des méandres sans cesse renaissants qui semblent se perdre dans Tinfini.

Aussi, lorsqu'il s'agit de remplacer l'humble et ancienne chapelle de Saint- Valère, en plein faubourg Saint-Germain, on décide la construction d'une église ogivale. Cette idée heurtait plus d'un théoricien académique, élevé dans le culte des ordres gréco-romains. Il fallut toute l'autorité du préfet de la Seine, le comte Rambuteau, pour faire triompher cette conception nouvelle qui fut adoptée, en 1845, par le conseil municipal.

Restait à trouver l'artiste qui saurait faire revivre, dans une conception architecturale, ce génie du christianisme dont Chateaubriand avait révélé la poésie et le charme. Gau fut chargé de cette entreprise, bien que ses travaux antérieurs parussent peu le désigner pour une innovation de ce genre. Il se mit à l'œuvre consciencieusement, mais sans grand succès, si l'on en croit ses contemporains eux-mêmes. Car partisans et adversaires s'accordèrent à trouver la façade d'une « nudité glaciale » et l'édifice, dans son ensemble, ce d'une désespérante sécheresse de style ».

Il faut reconnaître d'ailleurs que le conseil municipal ne s'était pas montré prodigue et les difficultés budgétaires que

Tarchitecte rencontra expliquent en partie la simplicité excessive de son style et la sobriété de sa décoration. Lorsqu'il mourut, Ballu prit la direction des travaux et, plus heureux, obtint de nouveaux crédits qui élevèrent la dépense à plus de cinq millions. Ballu ne se contenta pas d'achever le monument : il remania les plans, afin d'introduire, dans cette architecture^ un peu de la fantaisie et de la grâce qui lui manquaient.

Le projet primitif comportait, pour la façade, des contreforts sévères, ornés de grêles frontons, des voussures sans profondeur et deux tours couronnées de terrasses. A cet ensemble terne, Ballu substitua des contreforts plus puissants et plus décoratifs, portant des statues abritées par des baldaquins : il augmenta les saillies et les ébrasements des portes dont les archivoltes s'ornèrent de gables et de tympans : la grande rose s'enguirlanda de feuilles et de rinceaux et deux flèches en pierre, abondamment ajourées, s'érigèrent au sommet des tours (PI. 47).

Sainte-Clotilde dresse sa haute silhouette en arrière d'un square dont les verdures encadrent les lignes blanches de la façade. Dans le bas, se découpent les dentelures des trois portes^ aux voussures profondes, dont les archivoltes sont ciselées de guirlandes et dont les tympans sont décorés de bas-reliefs, de gables et d'élégants crochets. De nombreuses statues se dressent dans les colonnettes des portes et sous les baldaquins des contreforts. Perrey, Husson, Leharivel-Durocher, Lequesne, Farochon, Dantan jeune ont contribué à cette décoration.

A rétage supérieur, s^inscrit une grande rose, couronnée d'un pignon qui répond aux combles de la grande nef. De chaque côté, s'élancent deux tours octogones, d'un dessin un peu lourd : elles ^se terminent par des flèches, percées de baies ogivales et bordées de crochets, sur toute leur hauteur.

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L'ensemble est correct et reproduit à pen près les dispositions d'une église du xiv®. Mais, si le pastiche est convenable, il est loin d'être original : malgré les efforts louables de Ballu, dans cette froide conception, habilement traitée pourtant, on ne retrouve ni la grâce ni la légèreté qui font le charme des belles cathédrales de cette époque.

Cette impression ne fait que s'accentuer si Ton fait le tour de l'édifice ; on n'y remarque aucune de ces saillies prononcées, aucune de ces audaces de structure, si fréquentes dans le style gothique, capricieux et hardi.

Un abus fâcheux des lignes verticales dont nulle courbe, nulle saillie ne vient rompre la monotonie, imprime à ce monument un caractère de lourdeur et de sécheresse. Ces murs sévères, privés de gargouilles et de corniches, agrémentés seulement de maigres moulures, l'ornementation terne et grêle de l'ensemrble ne donnent qu'une idée appauvrie et comme schématique d un art qui a surtout brillé par l'invention et la fantaisie. Aussi Sainte-Clotilde semble-t-elle beaucoup moins proche des riches monuments gothiques de l'Ile-de-France ou de la Champagne, que des cathédrales d'outre-Rhin que Gau avait visitées avant de bâtir son église.

L'ordonnance intérieure de l'édifice ne manque pas d'ingéniosité, malgré l'étroitesse fâcheuse du déambulatoire. Mais elle ne s'écarte pas non plus d'un style conventionnel et froid- Ballu a cependant fait preuve d'un goût très heureux dans l'ornementation et dans l'ameublement.

La nef est large et d'une belle élévation. Elle est bordée de hauts piliers, d'où s'élancent de multiples colonnettes qui se ramifient et tapissent la voûte de leurs fines nervures. Il est regrettable que les triforiums que l'architecte a dessinés ne soient que simulés.

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Au fond des transepts, qui se terminent par des chapelles, s'inscrivent deux roses d'un coloris brillant.

Le chœur, à peine éclairé d'un jour pâle, est séparé des collatéraux par une élégante clôture en pierre, où des hauts-reliefs se détachent, au-dessous d'une sorte de dais continu formé par de petits arcs à frontons, couronnés de bastilles et entremêlés d'animaux : décoration qui rappelle celle du chœur de Notre-Dame,

Derrière, rayonnent les baies multicolores des chapelles absidales. Ce sont de gracieux oratoires, avec leurs voûtes bleu de ciel, constellées d'étoiles d'or, et leurs riches verrières dont les légendes ont été dessinées par Auguste Hesse.

L'église a reçu une ornementation élégante. On remarque les grilles de l'abside, dont le style copie le xiii* siècle, la chaire, d'un élégant dessin, dont le clocheton est couvert de contreforts, de pinacles et de fleurons; le maître-autel, avec ses consoles feuillagées et ses figurines dorées, sculptées par Barre, qui s'abritent sous de petites niches polychromes. Au-dessus du tabernacle, se dresse une exposition que couronne une flèche à )0ur, légère et gracieuse.

Cette décoration riche et soignée s'encadre partout de hautes verrières : grisailles de la nef, vitraux éclatants des collatéraux et de Tabside, où des figures légendaires apparaissent, sous des dais et sous des baldaquins. La lumière, qui baigne largement la nef, se fait plus discrète dans le chœur, où règne une demi-pénombre. Les teintes les plus variées agrémentent ces verrières, d'une polychromie un peu discordante.

Quelques œuvres d'art intéressantes ont trouvé place dans cette église, s'harmonisant d'ailleurs assez heureusement avec les lignes architecturales.

La plus remarquable est le beau chemin de croix qui se développe sur les collatéraux et dans les transepts : Pradier,

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Lequesne, Francisque Duret et Guillaume en ont sculpté les stations. Les statues de Sainte Clotilde et de Sainte Valère^ qui se dressent au fond des deux bras du transept, sont l'œuvre de Guillaume.

Cet artiste a été heureusement inspiré dans la décoration dont il a enrichi la balustrade du chœur. Des scènes symboliques se détachent en hauts-reliefs, représentant, à gauche : le Mariage de ClopiSj la Guérison de Clodomir, le Baptême de Clovis^ la Mort de sainte Clotilde \ à droite : la Conversion de sainte Valère^ sa Condamnation à mort, son Martyre, son Apparition à saint Martial.

L'église est ornée de peintures murales qui sont malheureusement à peine éclairés par le faible jour qui perce à travers les riches verrières des collatéraux.

Dans la chapelle Saint-Louis, Bouguereau a peint des sujets symboliques et des épisodes de la vie de saint Louis.

Chapelle des catéchismes. — L'église Sainte-Clotilde eut d'abord, comme chapelle des catéchismes, l'ancienne église Sainte- Valère, dans la rue de Bourgogne. Quand cet édifice fut démoli, on construisit une nouvelle chapelle, rue Las-Cases. Ce bâtiment, d'aspect élégant, a été élevé sur les plans de Destailleur : cet architecte s'est inspiré avec beaucoup de bonheur d'un style dont la grande salle de l'abbaye de Westminster offre un des types les plus parfaits.

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