PAR GERMAIN PILUN. DE GERMAIN PILON
(PugCS 20 à 2 2.)
SI toute rimagîfiation, toute la fantaisie, qu'excluait la monotonie du plan, ne s'étaient réfugiées dans les détails.
Mais rinfluence italienne est venue corriger l'austérité première de la conception. On prodigua les ornements autour des arceaux et des pilastres; on modifia les anciens motifs décoratifs; on créa des formes nouvelles, pour satisfaire aux goûts de luxe et d'ostentation qui s'emparaient des artistes.
On tortura l'ornementation, afin d'éblouir les regards des visiteurs que ne pouvaient retenir les lignes sévères de l'édifice. Si bien qu'en fin de compte le style « jésuite » s'est surtout manifesté, aux yeux du grand public, par une décoration abondante, luxueuse, capricieuse, surchargée de festons, de volutes, de guirlandes qui se croisent et s'entremêlent, sans souci de l'ordonnance générale dont elles rompent l'équilibre et dérangent rharmonie.
On peut ne ressentir qu'une admiration médiocre pour une formule artistique dont les défauts s'accusent d'autant plus qu'ils visent à l'effet .et forcent l'attention. Mais il est difficile de résister, surtout dans l'église Saint- Paul-Saint-Louis, àTattrait qui se dégage de cet art facile, agréable et séduisant.
La façade de Saînt-Paul-Saint-Louis est d'aspect monumental (PI. 5). Elle comporte deux ordres corinthiens que couronne un ordre composite. Au centre du premier étage, se détache un cadran d'horloge, entouré de rayons en bronze doré. Des statues modernes, placées dans des niches, présentent les figures de Sainte Catherine^ par Préault, de Sainte Anne^ par Etex, de Saint Louis y par Lequesne.
Cet ensemble est décoratif. Il l'est peut-être trop. Et cette architecture, alourdie de colonnes, de frontons, de sculptures, d'enroulements et de tables saillantes, laissera sans doute au visiteur une impression un peu confuse.
L'œil se reposera sur les lignes sévères du dôme qui surplombe l'église à la hauteur des transepts. C'est une construction octogonale, peu élevée, mais d'un dessin assez heureux, qui rappelle la correcte et rudimentaire ordonnance du dôme des Carmes. Elle est couronnée par les volutes d'un petit campanile.
L'intérieur a la forme d'une croix latine, avec, au centre de la croisée, un dôme sur pendentifs (PI. 6).
La nef, voûtée en berceau, présente une rangée de tribunes, closes par des balustrades en pierre ajourée, au-dessus desquelles court une frise élégante. Sur les arcs doubleaux de la voûte, se détachent des rosaces et des têtes de chérubins.
Les chapelles latérales s'ouvrent sur la nef par de grandes arcades en plein cintre qu'encadrent des pilastres corinthiens. Les transepts, de forme rectangulaire, sont recouverts d'une voûte d'arête, ornée de motifs décoratifs.
Au centre s'élève une haute coupole, de belles proportions. Sur une première corniche dont la saillie forme un balcon, se détachent seize pilastres qui dessinent des baies cintrées, ornées en partie de peintures murales.
Ce premier étage est couronné d'un entablement qui reçoit une coupole circulaire, sillonnée d'arcs doubleaux correspondant aux pilastres et que décorent des médaillons rectangulaires, d'où tombent des guirlandes de fruits.
Dans le chœur, qui s'ouvre par un arc triomphal, se dresse un beau maître-autel en marbre blanc ; il a été construit, en i856, avec les fragments des blocs qui servirent à l'érection du tombeau de Napoléon P% dans l'église des Invalides.
L'ensemble de cette architecture est élégant, ingénieusement ordonné. On n'avait rien épargné, à l'époque, pour rehausser la décoration de l'édifice, où brillaient partout l'or, l'argent, le bronze, les marbres précieux. Des œuvres d'art d'un grand
prix y avaient été accumulées et faisaient de cette église un véritable musée que les étrangers ne manquaient pas de visiter, au cours de leurs séjours à Paris. Entre toutes les curiosités qui sollicitaient les regards, on admirait surtout les anges en argent, vêtus de draperies en vermeil, qui portaient les cœurs de Louis XIII et de Louis XIV, enfermés dans de riches reliquaires d'orfèvrerie. Ces sculptures remarquables avaient été exécutées par Jacques Sarrazin et Coustou le jeune. Le magnifique monument élevé par Louis XV à la mémoire de Louis XIV, n'avait pas coûté moins de 600.000 livres ; il attirait l'attention par le luxe et l'éclat de son ornementation.
L'église possédait aussi le superbe monument funéraire de Henri, prince de Condé. Ce mausolée, modelé par Sarrazin et jeté en bronze par Perlan, décore aujourd'hui la chapelle du château de Chantilly. Dans le sanctuaire où s'élevait cette œuvre d'art, on avait déposé le cœur du grand Condé, devant lequel Bourdaloue, dans une éloquente oraison funèbre, consacra la mémoire du vainqueur de Rocroi. Et, comme pour unir en un même souvenir de gloire deux maisons également illustres et deux renommées rivales, plusieurs monuments, érigés dans une autre chapelle, évoquaient le nom des princes de la maison de Bouillon.
Les bâtiments monastiques renfermaient une riche collection de peintures des écoles française et italienne, où Ton admirait des chefs-d'œuvre de Vouet, de Le Sueur, de Philippe de Champaigne, de Quentin Matsys.
De cette riche décoration, l'église Saint-Paul-Saint-Louis n'a conservé que des vestiges. On s'arrêtera, dans la chapelle des fonts, devant une statue, d'un beau mouvement, qui représente Le Christ sortant du tombeau (PI. 6). Cette œuvre, pleine d'expression et d'une grande habileté d'exécution, a été
sculptée par Germain Pilon : elle formait, à l'origine, un groupe, avec deux statues de soldats qui sont aujourd'hui au Musée du Louvre.
Dans le transept gauche, une composition de Delacroix, d'une couleur orageuse et tragique, évoque, en une vision pathétique, la scène du Christ au jardin des Oliviers.
Le transept droit renferme une intéressante peinture de Simon Vouet, qui montre Louis XIII offrant à saint Louis le modèle de la nouvelle église. On voit, dans la dernière chapelle de gauche, une Vierge sculptée parGermain Pilon, dans une touchante attitude de tristesse et d'abandon (PI. 6) . Une autre Vierge d'Antoine Coysevox, d'une grâce tendreet jolie, décore la sacristie.
Pour compléter cet heureux ensemble artistique, il faut mentionner encore un remarquable bas-relief en bronze doré, sculpté par Michel Anguier, derrière le tabernacle du maîtreautel, et qui figure Les Pèlerins d'Emmaus; un Baptême du Christ peint par d'Aligny (1842) ; une Sainte Famille, de l'école espagnole du xvii® siècle ; V Apothéose de saint François^ par Michel Corneille ; un groupe sculpté par Nicolas-Sébastien Adam, qui symbolise La Religion instruisant un Américain; un autre, de Vinache, qui personnifie L'Ange de la Religion foudroyant V Idolâtrie,
Les cadres tracés dans les pendentifs de la coupole portent quatre bas-reliefs du xvii® où apparaissent les figures des Évangélistes. Un bas-relief de la même époque, qui est placé dans le chœur, représente le Père Éternel.
Il faut s'arrêter quelques instants dans la sacristie que meublent de beaux buflFets en chêne, de style xvii® siècle. Le plus grand de ces buffets, dont certaines parties datent des premières années du règne de Louis XV, est décoré de trois peintures, la première sur bois, les deux autres sur cuivre. Ces
œuvres d'art, exécutées au xviii® siècle, représentent le Christ en croix j Jésus au jardin des Oliviers et Jésus tombant sous la croix. La salle est ornée d'une série de portraits des curés de réglise, pendant ces trois derniers siècles. On y remarque encore un Christ en croix, peint au xviii® siècle, qui ornait autrefois la chapelle de la Bastille.
De belles coquilles, placées à l'entrée de l'église, servent de bénitiers ; elles furent offertes par Victor Hugo, lors du baptême de son premier enfant.
Des inscriptions, scellées dans les murailles de l'église, ont consacré la mémoire des personnages du temps, illustres par leur nom ou leurs travaux.
Mais combien d'autres souvenirs évoque cette chapelle de la maison professe des Jésuites, où tant de religieux, célèbres par leur science et par leur piété, vinrent chercher un refuge contre les occupations frivoles et mondaines de la cour. Que de périodes éloquentes, que de sermons passionnés ont retenti sous les voûtes de l'église. C'est dans la chaire de Saint-Paul-Saint- Louis que Bourdaloue prêchait, lorsque la faveur royale l'appela aux Tuileries. Et, lorsqu'il parlait, il y avait une «presse» dont M™* de Sévigné s'effrayait, malgré son admiration pour l'orateur. C'est du haut de cette tribune que le père La Rue prononça l'oraison funèbre du maréchal de Luxembourg, quelques jours après Steinkerque et Nerwinden. Un autre prêcheur, plus proche du siècle et des intrigues de cour, y prenait la parole : c'était le fougueux coadjuteur Paul de Gondi, futur cardinal de Retz. On l'entendit faire, en 1648, devant le Roi et la Reine, un panégyrique édifiant des vertus de saint Louis. Mais, le lendemain même, les troubles de la Fronde arrachaient le belliqueux abbé à ses préoccupations austères et l'entraînaient dans les luttes politiques.