TEMPLE SAINTE-MARIE
visiblement inspiré (PI. 8). On y trouve l'idée première du dôme des Invalides, idée que Jules-Hardouin Mansart devait reprendre et porter à un plus haut degré de perfection, quarante ans plus tard.
Le porche, assez élégant, qu'on voit de la rue Saint- Antoine, présente une baie rectangulaire, encadrée par un arc plein cintre. Elle est flanquée de deux colonnes, d'ordre corinthien, qui soutiennent un fronton triangulaire, décoré d'une draperie en festons.
Au second plan, sur quatre arcs, s'élève une rotonde gracieuse, épaulée de huit contreforts ; la frise est sculptée de guirlandes de fruits et d'aigles aux ailes éployées. La coupole supporte un campanile ajouré de baies que couronne un dôme, terminé par une flèche.
Cette ordonnance, un peu massive, pour un édifice de dimensions aussi restreintes, ne manque pourtant pas d'un certain cachet. On n'y trouve pas toutefois cette harmonie, cette unité et cette sûreté de goût qui s'affirment dans d'autres œuvres du grand architecte.
L'intérieur forme une vaste salle circulaire sur laquelle s'ouvrent quatre bâtiments annexes, disposés en forme de croix.
Il est dépourvu de toute décoration artistique, comme tous les temples protestants. On y voyait autrefois diverses inscriptions, à la mémoire d'André Frémiot, archevêque de Bourges et frère de M"** de Chantai, qui fut inhumé dans l'église, de François Fouquet et de Nicolas Fouquet, son fils, le célèbre surintendant des finances, aussi fameux par son faste et ses générosités que par la disgrâce brutale qu'il encourut.
Les origines de la Sorbonne sont fort lointaines. C'est en i25o que Robert de Sorbon fondait, dans le quartier de l'Université, ses collèges pour les étudiants pauvres. Il fit construire en même temps, dans l'enceinte de ces bâtiments, une chapelle, à Tusage des membres de la communauté. On y célébrait les anniversaires de la Société, ainsi que les solennités doctorales.
La chapelle, dédiée d'abord à la Vierge, fut placée, lors de sa reconstruction, en i338, sous le patronage de sainte Ursule, L'une de ses curiosités était sa cloche où, dit Sauvai a il y a tant d'alliage d'argent qu'on l'entend de tout Paris. » Cette particularité fut sans doute l'origine d'une légende qui veut que cette cloche ait donné le signal des massacres de la Saint- Barthélémy.
Jusqu'au xvii* siècle, la Sorbonne ne fut connue que par l'éclat de l'enseignement qu'on y donnait. A cette époque, le cardinal de Richelieu voulut en faire un monument qui, par ses belles dispositions, contribuât à la gloire de l'institution. Il entreprit, à ses frais, la restauration du collège dont il s'était déclaré proviseur et s'adressa, pour l'établissement des plans, à Jacques Lemercier qui avait déjà bâti le Palais-Royal.
Pour donner à la nouvelle église toute l'ampleur qu'il souhaitait, il fit abattre le collège de Calvy, situé à proximité et qu'on appelait la Petite Sorbonne. Il posa lui-même, en 1 63 5, la première pierre de l'édifice. Sous cette pierre fut scellée une
médaille commémorative de la fondation, ornée du portrait du cardinal.
Quand Richelieu mourut, ses cendres furent déposées dans réglise. Les membres de la famille du grand ministre acquirent le droit, qu'ils ont conservé, d'avoir leur sépulture dans rédifice. Une transaction intervint à cet effet entre la duchesse d'Aiguillon et les représentants du collège de là Sorbonne; elle fut homologuée, en 1648, par un arrêt du Parlement.
L'architecture intérieure du monument, remarquable par la richesse de sa décoration, eut beaucoup à souffrir à l'époque de la Révolution. La tombe du cardinal fut profanée. Un décret du 18 août 179:2 supprima l'institution et l'église fut livrée à l'abandon. A ce moment, on étudia divers projets qui avaient pour but de donner une affectation nouvelle aux locaux abandonnés par les Sorbonnistes. On songea à y placer TÉcole normale et l'église, dont on voulait faire un amphithéâtre, fut bouleversée. On démolit la pierre, les marbres qui décoraient le pavement et les deux autels érigés en face de chaque portail, pour y substituer des gradins de charpente. Enfin l'édifice religieux, dépouillé de tous les objets d'art qu'il renfermait, fut abandonné aux artistes qui s'établirent, avec leurs familles, dans les bâtiments de la Sorbonne. Ils ménagèrent un peu partout, à leur convenance, des ateliers qui ne disparurent qu'en 1821 , à la demande du duc de Richelieu, l'ancien ministre de Louis XVIIL Quelques années plus tard, en 1825, l'église était officiellement rendue au culte.
Le portail de la façade principale, de style classique, offre une ordonnance correcte, assez majestueuse, avec deux ordres superposés, l'un d'ordre corinthien, Tautre d'ordre composite, que couronne un fronton triangulaire.
Dans les entrecolonnements des deux étages, sont crensées des niches, ornées de statues, parmi lesquelles il faut mentionner une fort belle statue de Bossuet, exécutée par Barrias, et deux statues de Moïse et d'Elie, par Dubray (1876).
La façade de gauche s'ouvre sur la cour de la Sorbonne, par un porche, élevé sur un grand perron (PI. 9) . Le portail, qui pré-^ sente quelque analogie avec le portique du Panthéon à Rome, comprend un seul ordre de dix colonnes de style corinthien, dont six de face, et quatre en retrait ; il est couronné par un fronton triangulaire, flanqué d'acrotères qui supportent des statues symboliques, parmi lesquelles L'Eloquence^ par Allard (1876), et La Théologie, par Gabet (1875). Le tympan du fronton est décoré d'un écusson entouré die guirlandes, qui renfermait, à Torigine, les armes du cardinal de Richelieu.
On lit encore, sur l'entablement, une inscription rappelant la fondation de la Sorbonne.
Ce portail est décoratif. Il serait véritablement majestueux, si l'inégal espacement des colonnes ne nuisait à ï'harmonie de l'ensemble. On a peine à comprendre les raisons d'ordre ou de structure qui ont pu pousser l'architecte à grouper les colonnes aux extrémités, en laissant le centre dégarni. Et pourtant ce portique fut très admiré en son temps. C'était presque une innovation, à une époque où le style a jésuite » avait imposé la mode des façades en bas-relief.
Un large dôme, d'un dessin correct et élégant, complète heureusement l'ordonnance de l'édifice. C'est le premier dôme qui ait été élevé à Paris, sur un plan un peu vaste : car les coupoles des Carmes et de Saint-Paul-Saint-Louis n'étaient encore que des essais timides. Dès l'achèvement de la grande basilique romaine, tous les architectes se laissèrent aller à imiter la coupole de Saint-Pierre qui passait pour un chef-
Photo Nearrlein.
EGLISE DE LA SORUONNE. FAÇADE SEPTENTRIONALE. (Page 30.)
NEF ET CHŒUR
Plioloa Neurdeiu.