‹ Les éditions illustrées de RacineChapitre 10 sur 21 · INVENTÉ PAR CH. NODIER · texte numérisé non relu

INVENTÉ PAR CH. NODIER

our expliquer le prix excessif auquel est ainsi parvenue en peu de temps une édition que ne distingue aucun mérite particulier, il ne suffit pas d'alléguer le goût délicat qui pousse une foule de gens à vouloir à tout prix posséder de beaux livres, il faut signaler encore les pratiques d'habileté au moyen desquelles on produit parfois une hausse factice.

Ch. Nodier, peu de temps avant sa mort, ayant eu l'idée de faire une vente, prépara à cet effet un catalogue explicatif, plein de notes alléchantes et telles que lui seul savait les rédiger1. On y lisait à propos du livre en question les charmantes lignes que voici : « Cette édition, dont on connaît des exemplaires sous la date de 1743, est fort recherchée des amateurs, quoiqu'elle ne soit pas remarquablement belle, et que les figures de Boulogne dont elle est ornée n'ajoutent pas beaucoup à son mérite; mais elle est nette, correcte, soignée par un éditeur intelligent, et enrichie d'ailleurs des utiles et curieux travaux de d'Olivet, Desfontaines, Racine le fils, etc., sur le théâtre de Racine. Elle contient entre autres choses un recueil de variantes et diverses leçons, tirées des éditions précédentes, qui suffirait pour lui donner l'avantage sur toutes les autres. »

Voyez-vous comme, après avoir avoué que son édition n'est pas bien remarquable, il finit par la placer au-dessus de toutes les autres! Tant il est vrai que celle qu'on possède est toujours la meilleure. Mais peu importe la légère contradiction; ce qui est plus grave, c'est Terreur qui de cette note a passé dans plusieurs ouvrages et qui tend à devenir générale, erreur qui consiste à rem-

1. Description raisonnée d'une jolie collect ion délivres. Techener, 1844.

placer le nom du dessinateur Fabrice Dubourg par celui de Boulogne. Est-ce étourderie ou ignorance du fait de Nodier? Ne serait-ce pas plutôt une supercherie par laquelle il a voulu rehausser la valeur de son livre? Arrivé à cet endroit de la note, au moment d'écrire ce nom de Dubourg, il aura reculé devant l'obscurité du dessinateur étranger. « Qui connaît Dubourg? se sera-t-il dit; les gravures d'ailleurs sont signées L.-F.-D.-B. Parbleu! ce B. ne peut désigner qu'un grand peintre. Mettons un nom connu, qui résonne agréablement aux oreilles françaises. Si quelqu'un réclame, je le renverrai au Fournier1 », et, à demi convaincu lui-même de la sincérité du mensonge, il a écrit ce nom de Boulogne qui appartient en effet à deux célèbres peintres de ce temps, aux deux frères Bon et Louis.

Malheureusement il est impossible d'accepter la substitution, puisque ces peintres étaient morts, l'un en 1717 et l'autre en 1733. Cela n'a pas empêché la version de Nodier de faire du chemin : de son livre on la voit passer dans celui de Quérard, dans le catalogue Labédoyère, dans la Biographie générale de Didot, etc., etc. Aucun <les rédacteurs de ces divers recueils n'a pris la peine de contrôler l'assertion, et le pauvre Dubourg se voit finalement exproprié de ses dessins pour cause d'utilité particulière. On ne peut toutefois laisser plus longtemps circuler cette injustice. A la date de 1743, il n'existe pas de dessinateur du nom de Boulogne ; le dictionnaire des artistes de Heineken est absolument muet à cet égard. Un libraire érudit, à qui je soumettais la difficulté, a essayé de défendre l'opinion de Nodier, en disant que peut-être une partie des figures était de Dubourg et l'autre de Boulogne; l'explication est inadmissible. Nodier reste convaincu de distraction, si ce n'est d'erreur volontaire, et son édition n'a pas, ainsi qu'il le prétend, l'avantage sur toutes les autres. Nous allons bientôt en rencontrer de plus belles.

1. Nouveau Dictionnaire portatif de bibliographie, par Fournier, 1805, in-8.

17^0. — Œuvres de J. Racine^ Paris, David l'aîné, rue Saint- Jacques, à la Plume d'or. — Les mêmes, Paris, Moreau, 175 1 , 3 vol. in-12.

Charmante édicion dont il a été tiré quelques exemplaires sur papier de Hollande.

Fleuron et vignette à mi-page au titre de chaque volume.

icr volume. Frontispice. Dessin de de Sève, gravé par Sornique. Trois petits enfants.

Avertissement. Extrait sur la vie de J. Racine, par son fils.

La Thébaïie; Vignette, par les mêmes. Combat des deux frères.

2e volume. Frontispice par les mêmes. Une exquise vignette pour Britannicus.

3e volume. Vignette d'Esther, gravée par Legrand.

Ce premier essai de de Sève allait bientôt être éclipsé par sa belle édition in-4 de 1760. Malgré le mérite de ces trois volumes, on peut les avoir pour 12 ou 15 francs. Ils ont été réédités dans le format in-18 par Barbou, rue Saint-Jacques, aux Cigognes, en 1760, et redonnés dans le format in-12 en 1755 par Damonneville.

1760. — Œuvres de Jean-Racine, Paris, avec approbation et privilège du roi, 3 vol. gr. in-4 j ^Sm ^e de Sève, de l'imprimerie de Lebreton, premier imprimeur ordinaire du roi.

Deux exemplaires sur grand papier de Hollande furent tirés, l'un pour Mrae de Pompadour, l'autre pour le duc de Choiseul.

Ier volume. Au frontispice, fleuron qui représente la Muse de la tragédie, gravé par Chevillet.

Beau portrait de Racine, d'après Edelinck, gravé par Daullé.

Thèbaïde, Etéocle tombe sous les coups de son frère, gravé par Tardieu. Très-mouvementé.

Vignette représentant le caractère allégorique de la pièce : Etéocle et Polynice sont figurés par des enfants que la Discorde excite à la vengeance.

Cul-de-lampe de l'acte I. Deux enfants qui se disputent la couronne. — de l'acte II. Jocaste consulte l'oracle sur le sort des

Thébains.

Cul-de-lampe de l'acte V. Deux enfants qui s'égorgent et la Discorde qui les contemple.

Alexandre. Porus est amené devant son vainqueur, gravé par Le Mire.

Vignette. Alexandre fait briser les fers de Porus.

Cul-de-lampe de l'acte II. Guerriers qui se préparent aux armes.

— de l'acte III. La Gloire invite Alexandre à prendre les

armes.

Cul-de-lampe de l'acte IV. Trophée des conquêtes d'Alexandre.

— de l'acte V. La victoire accompagne Alexandre triom-

phant, qui rend son amitié à Porus.

Andromaque. Pyrrhus la menace de faire périr son fils, gravé par Alianet. Un peu prosaïque.

Vignette. Astyanax dérobé sous un voile à la mort que lui préparent les Grecs.

Cul-de-lampe de l'acte I. Pyrrhus presse Andromaque de répondre à sa tendresse.

— de Pacte II. Hermione excite Oreste contre Pyrrhus.

— de l'acte V. Fureurs d'Oreste.

Les Plaideurs^ La comtesse et Chicaneau devant le soupirail, gravé par Lempereur; D'un comique délicieux.

Vignette. Plaideurs animés de l'esprit de chicane. Cul-de-lampe de l'acte I. Chicaneau et la comtesse plaidant devant Dandin.

— de Pacte II. Groupe de plumes et de sacs à procès.

— de l'acte III. Enfants tenant de petits chiens.

Britannicus. MortdeBritannicus, trés-dramatique, gravée parSornique. Vignette. Le jeune prince succombe, victime de la Ruse et de la Vengeance.

Cul-de-lampe de l'acte I. Vase, coupe et cyprès.

— de l'acte II. Néron caché écoute la conversation des

deux amants.

— de l'acte III. Serpent caché sous les fleurs.

— de l'acte IV. Locuste essaye le poison sur un esclave.

— de l'acte V. Apparente réconciliation des deux frères.

2e volume. Fleuron. Enfants qui tiennent les symboles de la tragédie. Bérénice prend congé de Titus (médiocre), gravé par Lempereur.

EDITIONS DU XVIIIe SIECLE. 27

Vignette. La Raison s'opposant à l'amour de Titus qui offre à Bérénice le sceptre de l'univers.

Cul-de-lampe de l'acte I. Attributs de l'empire romain.

— de l'acte II. L'Amour jette une chaîne de fleurs sur Titus

et Bérénice.

— de l'acte IV. Bérénice oppose les lois de l'amour à celles

de l'Etat que lui montre Titus.

— de l'acte V. Triomphe de la Raison sur l'Amour.

BajaietP Scène de la lettre, expliquée par ce vers :

Tiens, perfide, regarde et démens cet écrit.

Gravé par Flipart. D'une grâce exquise.

Vignette. Roxane offre à Bajazet le choix entre le trône et la mort.

Cul-de-lampe de l'acte I. L'Amour veille sur Bajazet enchaîné. ^— de l'acte III. Attributs de l'empire turc.

— de l'acte IV. Roxane fait lire à Atalide l'ordre d'Amurat.

— de l'acte V. Un muet étrangle Bajazet.

Mithridate, Arbate arrache à Monime la coupe empoisonnée, belle gravure de Flipart.

Vignette. Le vieux roi succombant sous les coups des Romains. Cul-de-lampe de l'acte I. Fleurs et piques.

— de l'acte II. Mithridate expose à ses fils son projet de

descente en Italie.

— de l'acte IV. Monime refuse la main du roi.

— de l'acte V. Trophée d'armes.

Iphigênie} A la fin de la préface, fleuron qui représente Diane assise sur une biche.

Gravure de Flipart avec cette légende :

Furieuse elle vole, et sur l'autel prochain Prend le couteau sacré, le plonge dans son sein.

Vignette. L'Obéissance triomphe de l'Amour. Cul-de-lampe de l'acte I. Agamemnon consulte l'oracle.

— de l'acte II. Eriphile médite de noirs desseins.

— de l'acte III. L'Amour s'oppose au sacrifice.

Phèdre, Fleuron de la préface. Groupe formé par le monstre marin ec le char d'Hippolyte.

Très-hardie gravure de Flipart. Combat d'Hippolyte contre le

monstre.

Vignette. L'Innocence victime des fureurs de l'Amour. Cul-de-lampe. Une harpie tenant un flambeau.

de l'acte II. Phèdre veut se percer avec l'épée d'Hippolyte.

de l'acte III. Thésée invoque le dieu des mers.

de l'acte V. Monstre blessé et expirant.

3e volume. Fleuron, gravé par Chevillée. Divers symboles, enfant à tête de satyre.

Esther, Fleuron de la préface : autel et couronne de fleurs.

Gravure de Chevillet : Aman se jette aux pieds du lit de la reine. Il y a trop de personnages, quoique l'artiste ait mis à les grouper un véritable talent.

Vignette. Triomphe de la Vertu ; froide allégorie.

ier cul-de-lampe : Tables de la loi enchaînées ; 2e l'amour d'Assuérus rassure les craintes d'Esther, fantaisie qui jure avec le sujet.

Athalie, Gravure de Chevillet. La vieille reine entraînée hors du temple. Des deux groupes qui composent le tableau, l'un, celui de Joas, Josabet et Joad, est de toute beauté; l'autre, celui d'Athalie entre deux soldats est dépourvu de noblesse.

Vignette. Triomphe de la loi judaïque.

Cul-de-lampe : Emblèmes à la fin de l'acte I.

— de l'acte V. Le ministre du Seigneur confond le prêtre

de Baal.

Œuvres diverses agrémentées de vignettes symboliques, gravées par C. Bacquoy, Flipart et Legrand.

Cette belle édition, qui est la première publiée en France avec un certain luxe, vaut de ioo à i$o francs. Les dessins originaux qui figuraient dans le catalogue de Renouard (1819) ont été vendus 296 francs en 1854.

L'exemplaire que possède la bibliothèque Sainte-Geneviève contient en outre deux notes manuscrites assez curieuses, insérées dans le premier volume. L'une est un Essai pour changer la catastrophe du cinquième acte à'Iphigéme, qui pourrait produire beaucoup plus d'effet s'il était mis en action, si l'on voyait d'un côté Achille menaçant et furieux s'emparer d'Iphigénie, placer autour d'elle une troupe de guerriers,

ÉDITIONS DU XVIIIe SIECLE.

Clytemnestre les exciter à défendre les jours de sa fille, Agamemnon près

de l'aucel,

Pour détourner ses yeux des meurtres qu'il présage Ou pour cacher ses pleurs, se voiler le visage.

Eriphile, par son inquiétude et son maintien,

Du fatal sacrifice accuser la lenteur.

Si Ton voyait, d'un autre côté, briller les armes menaçantes des Grecs; si tout annonçait un combat inévitable et sanglant, et qu'alors Calchas , s'avançant entre les deux partis , prononçât d'une voix prophétique :

Vous Achille, et vous Grecs, arrêtez, qu'on m'écoute >.

Il paraît que des comédiens représentèrent la pièce avec ce nouveau dénoûment le 31 juillet 1779. Mais leur tentative n'eut aucun succès.

La seconde note manuscrite est intitulée : Observation sur le rôle de Narcisse dans la tragédie de Britannicus. On y expose avec assez de raison le tort qu'a eu Racine de donner pour confident à Britannicus le principal auteur de la mort de Messaline.

1 760-1 763. — Les mêmes œuvres, 3 vol. gr. in-4, chez David aîné. Bonnes gravures qui font vendre l'ouvrage de 100 à 150 fr. sur papier de Hollande (il n'en a été tiré, il est vrai, que douze exemplaires) et de 50 à 60 fr. sur papier ordinaire.

1767. — Œuvres de Racine, Paris, Société des libraires, 3 vol. in-12. Portrait de Racine par Santerre, gravé par Cathelin et les 12 ng. de de Sève, de l'édition de 1760, réduites et gravées par Bréant, Fessard, Legrand et Massart, avec trois en-têtes par de Sève, gravés par Legrand. Se vend de 40 à 50 fr.

1768. — Les mêmes œuvres avec des commentaires par

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