‹ Les éditions illustrées de RacineChapitre 21 sur 21 · BUSTES ET STATUES DE CE POETE · texte numérisé non relu

BUSTES ET STATUES DE CE POETE

n sait que Chapelle, homme d'esprit et gai buveur, vécut familièrement avec Boileau, Molière et Racine à l'époque de leur jeunesse. Il aimait à les mener au cabaret pour y deviser ensemble, le verre en main. Un jour que Racine s'était laissé entraîner à lui tenir tête, ils eurent entre eux une longue discussion à propos de la moralité des ouvrages d'esprit et de la tragédie en particulier. Chapelle chapitra si bien son ami sur ce sujet, que celui-ci, la tète sans doute alourdie par les fumées du vin, finit par détester ses propres ouvrages et par les condamner comme indignes d'un chrétien.

Cette scène a fourni à R. Tournières le motif d'un joli tableau qui se trouve au musée de Caen. On y voit attablés les deux amis, dont l'un est plongé dans une sombre rêve-

rie, tandis que l'autre regarde le spectateur en riant. Nous devons à l'obligeance de M. A. Guillard, conservateur du musée de Caen, de pouvoir en donner ici une eau-forte.

Ingres a dessiné pour l'illustration du Plutarque français un Racine en habit de cour, à Versailles, qui a été gravé par Pollet.

Il existe encore un dessin de Bouchot représentant Racine au moment où il fait la lecture à Louis XIV, et qui a été gravé par Charon en manière noire.

Enfin Achille Dévéria a exposé en 1822 un dessin d'une allure charmante qui n'est en réalité qu'un portrait de l'auteur de Phèdre.

Nous avons déjà, à propos des gravures que l'on en a tirées, indiqué les deux bustes du poëte, sculptés, l'un par Girardon, l'autre par Boizot. Ce dernier décore le foyer de la Comédie française; il y en a une copie en marbre par Matte, dans les galeries de Versailles ; il a été reproduit aussi par la lithographie. Trois autres bustes ont été exécutés, l'un par Coysevox, l'autre par Espercieux (1806) et le troisième par Le Harivel-Durocher, à l'école normale de Paris.

La statue de Racine que l'on voit sur la façade extérieure du nouveau Louvre, entre celle de Voltaire et celle de Bourdaloue, est d'une élégance recherchée. On dirait que l'artiste a songé au courtisan plus encore qu'au poëte. Si la main droite tient un rouleau serré contre la poitrine, la gauche va négligemment s'appuyer sur la garde d'une riche épée. Sur l'habit de cour s'étale un rabat de dentelles travaillé avec un soin minutieux. Quelques livres placés derrière lui rappellent cependant l'écrivain dramatique, ainsi que le masque qui est à ses pieds. Elle est l'œuvre de M. Pascal, l'auteur du monument élevé au jeune peintre Henri Regnault.

Au musée de Versailles se trouve une seconde statue de Racine due à Lemaire et dont la gravure a été faite par Bernardi, pour le recueil de Gavard. Mais la plus belle est celle qui s'élève à La Ferté-Milon, patrie de l'auteur à'Athalie. Œuvre magistrale de David d'Angers, elle fut exécutée en 1824, dans tout le feu de la renaissance artistique et littéraire. Sur un socle au revers duquel on lit le nom de ses principales pièces, ayant à ses pieds une lampe, emblème du travail nocturne, le poëte se dresse noblement, jambes et poitrine nues, le torse enveloppé d'une draperie et tenant dans ses mains un style et des tablettes sur lesquelles il est prêt à écrire ce que lui dictera l'inspiration.

Afin de rester fidèle à la vérité historique, le sculpteur lui a jeté sur la tête l'ample perruque à la Louis XIV, détail qui jure, il faut l'avouer, avec le nu imité de l'antique. Elle n'en fut pas moins très-admirée lors de son apparition. Voici en quels termes l'appréciait un critique du temps :

« Le jet en est admirable, la pose simple et solennelle; le dessin en est grand, hardi, vigoureux, et la draperie pleine de noblesse et de dignité. Il semble toutefois que le caractère de la méditation, si bien indiqué par l'énergie de presque tous les membres, n'est pas assez prononcé dans la tète. »

Cette statue a donné lieu à une gravure de Leroux, exposée au Salon de 1835 et î1^ a été lithographiée par Marc.

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