‹ Les effrontés; comédie en cinq actesChapitre 12 sur 107 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE MARQUIS

Pour l'avoir vu dans les salons de la haute finance, où je mets quelquefois les pieds.

CHARRIER

Vous ne l'y verrez plus.

LE MARQOIS.

Et pourquoi? II a gagné son procès.

CHARRIER

Vous n'avez donc pas lu les considérants de l'arrêt? Ils sont terribles contre lui, même celui qui lui donne gain de cause. « Attendu, toutefois, que les manœuvres dudit Vernouillet ne constituent point un délit prévu par la loi... »

LE MARQUIS

Du moment qu'il est en règle avec la loi, qu'avcz-vous à dire? Vous serez le premier à lui donner la main.

CHARRIER

Moi!

LE MARQUIS

Vous la donnez t'Uis les jours à des gens qui ne valent pas mieux que lui.

CHARRIER

Jamais !

LE MARQUIS, lui prenant la main.

Homme vertueux! — Je suis moins puritain que vous

(u lui lâche la main et secoue ses doigts, après avoir passé à gauche, où il

s'assied.) Mais permettcz-moi d'admirer votre inconséquence. Vous êtes dans les meilleurs tonnes avec M. Barbar.çon, qui est une lourde bête...

C'est un honnête homme.

LE MARQUIS

Le salueriez-vous s'il était pauvre?

CHARRIER

S'il était pauvre, je ne le connaîtrais pas.

LE MARQUIS

C'est donc uniquement sa position que vous connaissez et son argent que vous saluez. Eh bien ! croyez-vous qu'il y ait bien loin de saluer l'argent d'un imbécile à saluer l'argent d'un fripon ? — Contredisez-moi si vous pouvez, mais ne haussez pas les épaules. — Quant à moi, j'adore l'argent partout où je le rencontre ; les souillures humaines n'atteignent pas sa divinité ; il est parce qu'il est.

CHARRIER

Mais saprelote, il a toujours été, de votre temps comme du nôtre !

LE MARQUIS

Permettez! de notre temps ce n'était qu'un demi-dieu. Ce qui m'amuse dans votre admirable révolution, c'est qu'elle ne s'est pas aperçue qu'en abattant la noblesse, elle abattait la seule chose qui pût primer la richesse. — Vous avez une réponse piquante à me faire I

CHARRIER

Non, Monsieur, non.

Si fait; je le vois à vos mouvements nerveux. Ne vous gênez pas, mon cher. (Tirant oa montre.) J'ai encore un quart d'heure à vous donner.

CHARRIER

Vous êtes trop bon.

LE DOMESTIQUE, venant de la droite.

M. Yernouiljet demande si Monsieur peut le recevoir.

CHARRIEK.

Non.

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