ACTE PREMIER
VERNOUILLET
Merci, Monsieur le Marquis ! J'avais perdu mes élriers, vous me remettez en selle! Je me retrouve, el morbleu !...
LE MARQUIS
Vous saurez encoi*e dominer la situation.
VERNOUILLET
Rapportez-vous-en à moi. Le trajet que Charrier a fait en quinze ans, je le fei'ai, moi, en quinze jours.
LE MARQUIS
Comment cela?
VERNOUILLET
Par le droit chemin .
LE MARQUIS
C'est-à-dire par le plus court, c'est tout un... en mathématiques.
VERNOUILLET
On m'a oiïert hier la Conscience publique. Qu'avais-je à faire d'une arme? Je me croyais perdu sans ressource, j'étais ahuri, j'ai refusé. Mais ^elle n'est pas encore vendue, il no tient qu'à moi de l'avoir... je l'aurai! Et, morbleu! mes petits messieurs, les rôles vont changer 1
LE MARQUIS
C'est une idée de génie que vous avez là! ( a part.) Ils achètent un journal comme nous achetions un régiment. (A Yernoumeu) Ah! ah! vous allez bien vous venger!
VERNOUrLLET.
Me venger? Allons donc! la vengeance est un enfantillage de vaincu, et moi, je serai demain le maître du monde I Je m'empare, avec mon argent, de la s. ule force dont l'argoat ne disposât pas encore, de l'opinion; je réunis dans ma main les deux pouvoirs qui se disputaient l'empire, la finance et la presse! Je les décuple l'une par l'autre, je leur ouvre une ère nouvelle, je fais tout simplement une révolution.
LE MARQUIS
Et moi qui vous donnais des conseils ! C'est le pigeon qui couve un épervier !
VERNOUILLET
Non pas 1 Sans vous je me laissais étouffer ; aussi ma reconnaissance. . .
LE MARQUIS
Vous ne m'en devez pas. Je serai assez payé par votre grandeur. J'aime à voir au pinacle les honnêtes gen comme vous qui se sont enrichis par leur travail et leur intelligence : c'est de bon exemple; c'est l'honneur de notre temps et la consolation de ma vieillesse.