ACTE DEUXIEME 4S
LA MARQUISE
Comment cela?
VERNOUILLET
En attelant mon journal à la fortune de M. de Sergine.
LA MARQUISE
Monsieur!... vous avez le dévouement un peu bien familier,
VERNOUILLET
C'est vrai ; je me sens si complètement à vous que j'agis comme si vous le saviez. . . Pardon !
Après cela, il faut vous mettre à la porte... ou vous remercier. (Lui tendant la main.) Je VOUS remercie.
VERNOUILLET
Voilà une poignée de main qui double mes forces. C'est bien vrai que tout notre courage nous vient des femmes. Tout ce que nous sommes, c'est à elles que nous le devons. Ce sentiment vous étonne de ma part?
LA MARQUISE
Non, Monsieur.
VERNOUILLET
Vous êtes trop poUe pour en convenir ; mais je suis bien sur que vous me prenez pour un cœur desséché par les chiffres.
LA MARQUISE
Je vous avoue que je n'ai pas d'opinion bien arrêtée à ce sujet.
VERNOUILLET
C'est-à-dire que cela vous est fort égal, Cependant je vous suis tout acquis... n'êtes-vou.'-: pas un peu curieuse de connaître votre acquisition?
LA MARQUISE
Si cela peut VOUS être agréable...
VERNOUILLET
Franchement, oui, j'y tiens. Trouvez-vous mauvais qu'ayant une place clans votre estime, je désire encore un rnin dnns votre sympathie? Je n'en suis peut-être pas aussi indigne que vous pouvez le croire. Mon enseigne est trompeuse : je ne suis rien moins qu'un spéculateur.
LA MARQUISE
Vous commencez à m'intriguer.
VERNOUILLET
Vous le savez, le roman de l'ancien régime, c'était un roturier épris d'une fille de qualité, qui s'élevait jusqu'à elle en s'illustrant; le roman de nos jours, c'est un jeune homme pauvre épris d'une fille riche, qui, pour rapprocher les distances, a cherché à s'enrichir.
LA MARQUISE
C'est peut-être moins chevaleresque, mais au fond, c'est toujours le même roman.
VERNOUILLET
Eh bien! Madame, c'est toute mon histoire. J'aime, voilà le secret de mon ambition .
LA MARQUISE
Et VOUS êtes aimé sans doute?
VERNOUILLET
Non. Par une bizarrerie de mon caractère, celle que j'aime ne me connaît pas encore.
LA MARQUISE
Vraiment ?
VERNOUILLET
Je ne voulais pas me présenter tant que je pouvais être piis pour un couieur de dot.