‹ Les effrontés; comédie en cinq actesChapitre 40 sur 107 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

LA MARQUISE, CLÉMENCE, assises à gauche, à cdté l'une de l'autre.

CLÉMENCE

Qui est ce monsieur?

LA MARQUISE

Un homme dont tu dois avoir entendu dire bien du mal, M. Vernouillet.

CLÉMENCE

Tiens! mon frère et papa, en déjeunant ce matin, n'ont fait que se disputer à son sujet. Henri soutenait que c'est un coquin; papa le défendait.

Ton père avait raison. Ton frère en parle à la légère comme j'en ai parlé moi-même avant de le connaître: maintenant, je te déclare que je le crois fort honnête.

CLÉMENCE

Honnête! Sais-tu ce qu'Henri répondait à cela? Que l'honneur ne comporte pas de hasard, et qu'il est perdu dès qu'il est joué.

LA MARQUISE

Sans doute.

CLÉMENCE

Eh bien, ton M. Vernouillet a mis le sien à l'aventure.

LA MARQUISE

Si tu savais pourquoi, tu l'excuserais. Ce n'est pas pour faire fortune qu'il s'est jeté dans les affaires, c'est pour se rapprocher d'une jeune fille qu'il aime.

CLÉAIENCE.

Oh ! la vilaine preuve d'amour I

LA MARQUISE

Mon Dieu ! c'est la seule possible à notre époque.

CLÉMENCE

Comme il te plaira, mais je ne serais pas fière d'en être l'objet.

Ne sois donc pas fière, car c'est toi qu'il aime.

CLÉMENCE

Moi ? Je ne l'ai jamais vu. «

LA MARQUISE

Mais il t'a vue, lui ; il t'a vue faire l'aumône.

CLÉMENCE

Et il vient me la demander.

LA MARQUISE

Tu n'es pas plus touchée, à ton âge ?...

CLÉMENCE

Je ne suis pas même flattée.

LA MARQUISE

Tu aimes donc quelqu'un?

CLÉMENCE, troublée;

Je t'assure que non.

LA MARQUISE

Il ne faudrait pas rougir en me l'assurant. Voyons, mignonne ; je suis ta marraine et tu n'as plus de mère! à qui te confieras-tu si ce n'est à moi?

CLÉMENCE

Ne parlons jamais de cela, je t'en prie.

LA MARQUISE

Quel mystère ! est-ce que ton choix ne serait pas digne de toi?

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