ACTE DEUXIÈBIB
CLÉMENCE
Oh 1 sî, mais il ne songe pas à moi.
LA MARQDTSK.
Quoil il n'a pas subi le charme de ta grâce, de ta jeunesse? Ce n'est pas possible; tu te trompes... Il t'aime ou il t'aimera.
CLÉMENCE
Je l'ai espéré un instant; dans ma présomption j'en étais même sûre... à ce point qu'attribuant son silence à une juste fierté, car il est pauvre, j'avais chargé mon frère de l'enhardir. . .
LA MARQUISE
Eh bien?
CLÉMENCE
Il en aime une autre.
LA MARQUISE
Une autre qui ne te vaut probablement pas. (fattirsnt n«n9 Ks bras.i Ma pauvre enfant ! celte souffrance n'était pas encore faite pour toi !... Est-ce que je le connais? Comment s'appelle-t-il ?
CLÉMENCE, très bas.
Sergine.
LA MARQUISE
Sergine? Albert de Sergine? le journaliste?
Est-ce qu'il y en a un autre ?
LA MARQUISE
Et tu t'es crue aimée? Sur quel indice ? quelle parole? quel regard? Ahl je suis folle de te demander cela. Est-ce qu'on sait à quoi l'on se sent aimée? à tout et à rien ! Le cœvT ne s'y trompe pas.
CLÉMENCE
lu vois bien que si.
LA MARQUISE
Ton frère t'a-t-il dit qu'il eu aime ime autre ou seulement qu'il n'est pas l'bre?
CLÉMENCE
Est-ce que ce n'est pas la même chose?
LA MARQUISE
Oui, c'est vrai... cela revient au même pour toi... (Elle se lèTe, et après un sUence.) J'ai des lettres à écrirc, des lettres pressées.
CLÉMENCE
Tu me renvoies?
LA MARQUISE
Oui, mon enfant... Je te consolerais mal et tu m'en ■ voudrais. J'ai eu dans ma vie, j'ai encore de tels chagrins, que les tiens me paraissent enviables.
Je t'ai fait de la peine ? . . .
LA MARQUISE
Ah! ce n'est pas ta faute. Tu as rouvert une blessure que je croyais fermée. — Va, mon enfant ; j'ai besoin d'être seule. Il n'y a pas de malheur irréparable à ton âge.
CLÉMENCE
Oh! j'ai du courage.
LA MARQUISE
Moi aussi. Adieu, mon ange.
CLÉMENCE
Ma pauvre marraine!
Elle l'embrasse et sort par b droite.