‹ Les effrontés; comédie en cinq actesChapitre 45 sur 107 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

du camp des dupes dans celui du fripon, c'est pactiser avec le vol. Je m'étonne que ma nièce ne l'ait pas compris tout de suite.

LA MARQUISE

Et moi, j'en rougis.

LE MARQUIS, déposant un portefeuiUe sur la cheminée.

Voilà un bon de cent mille francs sur la banque. Quant aux propositions dont vous aviez chargé M. Charrier, elles sont inacceptables. Vous continuerez à toucher intégralement votre pension.

LA MARQUISE

Mais, Monsieur, je ne puis consentir...

LE MARQUIS

Je ne vous consulte pas; je suis seul juge du train de maison que doit avoir la marquise d'Auberive.

LA MARQUISE

Cependant.., n"avez-vous pas fait des pertes récentes?

11 est vrai; mon notaire m'a emporté une somme assez ronde; mais je n'ai pas besoin de représenter, moi: je suis garçon.

LA MARQUISE

Vous êtes le plus noble et le meilleur des hommes.

LE MARQUIS

Pas de reconnaissance, je vous en prie. Ce que j'en fais "est pas pour vous, mais pour l'honneur de notre nom. Jo lu» ai déjà /ait bien d'aulrei sacrifices.

LA MARQUISE

Celui de m'épouser, d'abord.

LE MARQUIS

Ce n'a pas été un sacrifice, cela, mais la pire des folies.

LA MARQUISE

Si VOUS avez soufferf, vous êtes bien vengé.

LE MARQUIS

Ah 1 votre tour est venu?

LA MARQUISE

Hélas 1 — Et mon existence aurait pu être si belle ! Ce rôle de femme et de fille à la fois était si noble et si attachant ! Vivre au bras d'un pur gentilhomme, se consacrer à l'honneur de ses cheveux blancs, n'était-ce pas là matière à mon humeur romanesque?

LE MARQUI'S.

Oui, ce rôle était beau. Vous ne l'avez pas compris, ou il vous a fait peur. J'avais compté, je l'avoue, sur plus dinlelligence ou plus de courage dans une d'Auberive.

LA MARQUISE

Ah ! ce n'est pas le courage qui me manque. J'en dépense cent fois plus, cent fuis plus de circonspection et de surveillance sur moi-même pour garder un peu de dignité dans une position fausse, que ne m'en eût coûté l'accomplissement de tous ces beaux aevoirs ! Mais j'étais une enfant alors! Je ne comprenais pas... et aujourd'hui la lumière vient trop tard.

LE MARQUIS

Trop tard.

LA MARQUISE

Je suis encore plus effrayée qu'excédée de ma situation. Vous me connaissez : je suis malheureusement une de ces natures violentes qui ont besoin d'une exaltation quelconque pour se défendre des dernières chutes, et je n'en ai plus. Tout ce qui s utient les autres femmes me manque ; la maternité, l'amour et le devoir 1 Je me suis sur

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