‹ Les effrontés; comédie en cinq actesChapitre 51 sur 107 · ACTE TROISIEME fT · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME fT

VERNOUILLBT.

Non, sur l'honneur.

GIBOYER

Alors quel est ton but ?

VERNOUILLET

Do n'être aux gages de personne; de ne relever que de ma conscience ; de marcher dans ma force et dans ma liberté 1 Que cherches-tu sous les meubles ?

GIBOYBR.

Le naïf pour qui tu poses.

VERNOUILLET

C'est toi-même, mon bon ami.

GIBOYER

Ah ! tu t'exerces? je suis le mannequin? Va ton train^

VERNOUILLET

Tâche donc de te prendre au sérieux, mon cher. Tu n'es plus un bohème, du moment que je t'attache à ma fortune.

Eh bien, sérieusement, est-ce que tu vas passer à l'opposition?

VERNOUILLET

Parbleu! C'est l'A B C du métier.

GIBOYER

Et tes abonnés?

U va ou euéridon nu fond et se verse un verre de liqueur, VERNOUILLET.

Ils ne s'apercevront seulement pas du changement de front. Je ferai tout juste assez d'opposition pour que le pouvoir compte avec moi, au lieu de compter sur moi.

GIBOYER

Et tes actionnaires?

, VERNOUILLET

Kst-ce que cales regarde? Pourvu qu'ils touchent leurs dividendes, ils n'ont rien à dire. D'ailleurs, je me suis réservé le droit de racheter leurs actions et je les rachèterai toutes.

GIBOYER

Quand tu les auras fait baisser.

VERNOUILLET

Non, dès que j'aurai triplé mes fonds à la Bourse, ce qui ne sera pas long, étant à la source des renseignements.

GIBOYER, dégustant son petit Terre.

Etant loi-même la source des renseignements. — Dire que je ne peux pas grapiller à ta suite, faute d'un petit capital.

VERNOUILLET

Il ne tiendra qu'à toi de l'en faire un.

GIBOYER

Sur mes économies ?

VERNOUILLET

Et sur tes frais de voitures. Tu m'en comptes quarantehuit heures par jour.

GIBOYER

Le temps me paraît si long loin de toi.

VERNOUILLET

Tu m'attendris. J'augmente ta position.

GIBOYER

Oh! mon bienfaiteur I

VERNOUILLET

Outre ta place de secrétaire de la rédaction, je te donne la chronique...

ACTK IROISIÊMB 60

GIBOYBR.

Dofi tribunaux?

VERNOUILLET

Gourmand! non, dessalons... quatre sous la ligne.

Je ferai l'article des modes?

VERNOUILLET

Oui, et tu signeras comtesse de FoUeville.

GIBOYER

Bon! je m'habillerai dans les maisons recommandées.

VBRNOU ILLET.

Tu pourras aussi faire quelques incursions dans le monde des théâtres...

GIBOYER

Et le critique du lundi?

VERNOUILLET

A propos des toilettes... à propos de ce pubh'c des premières représentations, souvent plus curieux que la pièce. Tu pourras même çà et là parler des actrices en vogue : ainsi ce soir on donne un nouveau ballet à l'Opéra...

OIROYBB.

Tu m'emmèneras avec toi ?

VERNOUILLET

Non, ma loge est pleine; mais tu éreinteras la petite Noémie. .

GIBOYER

Tiens ! je la trouve charmante.

VERNOUILLET

Moi aussi.

Compris. — Sardanapale, val

VERNOUILLET

Motus là-dessus. Je pense à me marier,

GIBOYER, nlnintif.

Oh ! pourquoi?

VERNOUILLET

11 me faut bien un salon.

GIBOYER

As-tu yn parti en vue ?

VERNOUILLET

Oui.

GIBOYER

Quels émoluments?

VERNOUILLET

Cinq cent mille francs, et un beau-père bien posé,

GIBOYER

La demoiselle a donc des engelures?

VERNOUILLET

Elle est charmante, je l'ai vue.

Alors elle n'est pas pour ton nez.

VERNOUILLET

C'est ce que nous verrons. La presse est un merveilleux instrument dont on ne soupçonne pas encore toute la puissance. Jusqu'ici, il n'y a eu que des râcleurs de journal : place à Paganini 1

Vu domesticpie apporte des lettres sar un plat d'argent, et sort. VERNOUILLET, décachetant.

Rncore des lettres ! C'est fatigant! (a ciboyer qui tire un« pipe de sa podib ) Une pipe! veux-tu cacher celai Te crois-tu aux bureaux du journal?

Page 1