ACTE TR0ISIÈ3IB It
GIBOYER
C'est ma fille; je ne la quitte jamais.
VERNOUILLBT.
On ne fume pas chez moi.
GIBOYER
Alors je vais lui faire faire un tour au Palais-Royal,
VERNOUILLET, ouvrant une lettre.
Un autographe du ministre, en réponse à ma lettre d'hier.
«IBOYSa.
Du ministre?
VERNOLILLET.
Écoute ça : (lisant.) « Monsieur, la connaissance des » hoiiimes ne m'a pas laissé une grande estime pour » l'humanité. Je n'en suis que plus heureux quand je » rencontre un caractère. Vous en êtes un, Monsieur ; votre ) lettre m'a inspiré un vif désir de vous connaître. Voulez- » vous me faire l'honneur de venir dîner demain au mi- » nistère ? — Agréez, etc. » — Comment la trouves-tu ?
GIBOYER
Elle serait invraisemblable si elle n'était pas vraie.
VERNOUILLET
11 y a des moments où ma puissance m'épouvante, ma parole d'honneur I Je finirai par n'oser plus froncer le ' sourcil de peur d'ébranler l'Olympe... Ah! Giboyer, quelle admirable chose que la presse l Que de bien ello peut faire 1
GIBOYER
Ne m'en parle pas, ça fait frémir. Iras-tu à ce dîner ?
VERNOIILLET.
Parbleu ! et j'espère bien trouver la croix sous ma serviette. — De mon agent de change. . . Diable! hausse d'un franc 1 C'est demain la liquidation, et j'ai vendu cent mille... Je suis dans de beaux draps !
GIBOYBR.
Pourquoi cette hausse ?
VERNOUILLET
La visite de l'empereur de Russie à la reine d'Angleterre est démentie.
• GIBOYER
Ah 1 oui, par le Courrier de Pari»,
Belle autorité! Faut-il que ces boursiers soient jobards!
GIBOYER
Le Courrier est en général bien informé.
VERNOUILLET
J'ai cent raisons de croire qu'il l'est malaujourd'hui.
GIBOYER
Tu en as même cent mille.
VERNOUILLET
Cours aux bureaux du journal; fais-moi une correspondance de Saint-Pétersbourg : le Izar est parti. Nous rectifierons après la liquidation... s'il y a lieu.
GIBO YER, prenant son chapeau.
Il est toujours beau de confesser une erreur.
U 8jrt |;ar la druile.
ACTii; iliOiSlÈMB 73