SCÈNE III LE MARQUIS, VERNOUILLET
Bonjour, monsieur le marquis. Quel bon veoi vous amène ?
LE MARQUIS
Je viens vous faire mon compliment. J'ai de vos nouvelles, mon gaillard! Il paraît que vous' vous conduisez avec le minislère comme un homme de Plutarque !
VERNOUILLET
J'ai déchiré le pacte de servitude, voilà tout.
LE MARQUIS
C'est très fort, mon cher, c'est très fort. Jusqu'ici on ne connaissait que deux sorles de presse, la presse in.lépendante et la presse vénale; l'une pauvre, l'aulre discréditée : vous en créez une troisième qui réunit les avantages des deux autres sans leurs inconvénients.
VERNOUILLET
Quoi! vous supposez...
f4 LES EFFRONTÉS
LE MARQUIS
Ne jouez donc pas au fui avec luoi; je ne suis pas bégueule, et j'admire le génie partout où je le rencontre. C'était, en apparence, usi pi oblcme insoluble qu'un journal à la fois indépendant et vénal; vous l'avez résolu du premier abord; vous avez vu avec le coup d'œil de l'ai^fle, qu'il s'agissait tout simplement de retourner la spéculation, et de vendre au public votre influence sur le gouvernement, au lieu de vendre au gouvernement votre influence sur le public.
Je ne comprends pas . . .
LE MARQUIS
Voyons, n'avez-vous pas vendu ce matin même la question du libre-échange?
VERNOUILLBT.
D'oiî savez-vous?. ..
LE MARQUIS
Jo sais toyt, moi l Vous êtes un grand homme, ami Vernoùillet, et la presse entre vos mains va devenir une bien belle institution.
VERNOUILLET
Je l'espère.
LE MARQUIS
El moi aussi. Quelle sera votre ligne politique? C'est très important pour la prospérité de cette benoîte quatrième page, que vous ne méprisez pas, j'imagine?
VERNOUILLET
Non, certes.
LE MARQUIS
La presse étant un sacerdoce, il faut bien pourvoir aux frais du culte.