ACTE TROISIÊxME
CHABRIER
Combien avcz-vous vendu ?
VERNOUILLET
Soixante-cinq mille cinq cents francs.
CHARRIER
Singulier compte !
VERNOUII.LET,
C'est un enfantillage de ma part; j'ai tenu à compléter mon million.
CHARRIER
Vous avez un million, vous ?
VERNOUILT.ET.
Et je suis garçon. C'est une valeur, cela. Mais je ne compte pas ma main dans moa avoir. Je ne comprends que les mariages d'inclination.
CHARRIER
Est-ce que vous auriez la folie d'être amoureux?
VERNOUILLET
Ce n'est pas une folie : celle que j'aime, sans avoir la fortune à la(]uelle je pourrais prétendre, est encore un beau parli. Si j'apporte le dîner, elle apportera le dessert.
, CHARRIER
A la bonne heure! Et à quand le mariage?
Oh! ce n'est pas fait. Je crains des difTicultcs de la famille.
CHARRIER
Et pourquoi?
VERNOUILLKT.
La jeune personne n'a que dix luiil eu dix-neuf c"is, et j'en ai près de quarante.
CHAP.niïïR.
Qu'importe? vous n'avez jamais fait d'excès: vous ô.los bien conservé. J'avais vingt ans de plus que ma femme et elle a été parfaitement ]ioureusr>.
VERNOL'ILLET.
Et puis ce maudit procès n'est-il pas encore bien récent?
CHARRIER
Bah! qui est-ce qui s'en souvient?
YERNOUILLET.
Il m'a fait du tort auprès de bien des gens.
CHARRIER
Auprès de ceux qui n'ont pas su le fond des choses; mais vous avez des amis qui se font un devoir de l'expliquer.
VERNOUILLET
Ainsi, vous trouvez que les parents auraient tort de mfi refuser?
Ils seraient archifous, — Ah çà I on m'attend chez moi...
Il remonte la scèno, et va prendre son chapeau qu'il b déposé en entrant à drjite do la porte du fond.
VERNOUILLET
Je suis enchanté de vous voir dans des sentiments aussi raisonnables; cela m'enhardit à vous faire naa demande.
CHARRIER
Hein? Quoi? quelle demande?
VERNOUILLET
C'est votre fille que j'aime, et j'ai l'honneur do vous demander sa main.
CHARRIER, descendant en scèno.
En vérité, mon cher ami, vous me prenez tellement à l'improviste . . .