ACTE TROISIÈME
YERNOUILLET.
Vous connaissez ma posilion de fortuno...
CHARRIER
Elle est superb?. . . }.îais ma fille est bien jeune pour vous.
YERNOUILLET.
Vous aviez vingt ans de plus que madame Charrier, et elle a été parfaitement heureuse.
Oh! parfaitement?... Oui, mais elle courait une chance que je ne voudrais pas que ma fillo courût. Et puis, franchement, votre procès vous a fait du tort.
VERNOUILLET
Auprès de ceux qui ne savent pas le fond des choses ; mais vous le savez, vous.
CHARRIER
Oui... mais l'opinion publique. . . Je puis la braver pour moi-même... En ai-je le droit quand il s'agit de mon enfant ?
VERNOUILLET
L'opinion publique n'a jamais eu la mémoire longue, vous le savez aussi bien que moi; et elle l'a plus courte aujourd'hui que 4e votre tem.ps.
CHARRIER
Pardon, je ne comprends pas.
VERNOUILLET
Nous nous comprenons parfaitement, (cuamer baisse les yeux.) Bref, j'ai à cœur, comme vous, demejustifier par mes actes, et j'y parviendrai comme vous, plus vite même. J'ai déjà commencé: j'ai refusé la subvention du ministère.
CHARRI ER.
Âhl
hS LES EFFRONTÉS
VERNOUILLET
Et voici la réponse du ministre. Lisez.
C H A R R I E R, après avoir lu, d'un ton contraint.
C'est capital ! je vous en fais mon sincère compliment. Du reste, le ministre se connaît en hommes. Vous êtes un caractère, en effet; je n'en veux pas d'autre preuve que le refus delà subvention. C'est un trait antique.
VERNOUILLET
Vous êtes trop indulgent. En somme, vous trouvez en moi un gendre riche, influent, considérable et considéré. . . ou sur le point de l'être, qui aime votre fille et qui a traversé les mêmes épreuves que vous. .. Que voulez-vous de mieux?
CHARRIER
Tout cela est vrai... parfaitement vrai. Je ne vous dis ni oui ni non. Laissez-moi rcflérhir.
VERNOUILLET
Prenez votre temps. La mai-quised'Auberive vous renouvellera ma demande dans quelques jours.
CHARRIER
La marquise?
VER NOUILLE T
Oui ; c'est un de mes plus zélés puiisans. Elle est à moi à pendre et à dépendre.
CHARRIER, s'épnnouissant.
Que ne disiez-vous cela?
VERNOUILLET
Je vous certifie qu'avant un mois je serai maître de la situation.
CHARRIER
Eh bien, ma foi!,., venez chez nous sans affectation, faites une cour discrète... Je serai eachaiité qu'elle réussisse. Je ne peux rien vous dire de mieux