ACTE PREMIER II
HENKI.
A la bonne heure ; un peu de morale ne gâte rien.
CHARRIER
Mon Dieu, je sais bien que ce n'est par la morale do l'Évangile, mais c'est celle du monde ; que veux-tu que j'y fasse ?
HJENRI.
Bah ! je parie que toi, tout le premier, tu refuserais ta fille à un homme dans cette position.
CHARRIER
Pas du tout.
HENRI
Voyons, je suppose que mon ami Sergine, par exemple...
CHARRIER
C'est autre chose ; sa liaison est publique.
HENRI
Publique? Ni lui ni la marquise ne l'avouent, et personne n'a l'air de s'en douter.
CHARRIER
C'est le secret de Polichinelle.
Alors Polichinelle est bon enfant, Crâr la marquise est reçue partout et tout le monde va chez elle.
CHARRIER
Du moment qu'elle sauve les apparences...
HENRI
Tout est sauvé... fors l'honneur! — J'adrnircta facilité à l'endroit des femmes légères... Je la partage; mais je suis très collet-monté quand il s'agit de ma sœur, et je m'étonne que tu lui laisses voir sa marraine, si sa liaison avec Sergine est en effet publique.
CHARRIER
Quand je dis qi^'elle est publique, je veux dire...
HENRI
Qu'elle ne l'est pas.
CM ARRIER.
Tu m'ennuies. La marquise IVéquenlo la meilleure compagnie, elle y très bien vue, et je n'ai pas de motif de rompre avec elle.
HENRI
Je ne dis pas le contraire, mais il serait piquant qu'elle ne fût pas compromise et que Sergine le fût au point de ne plus trouver à se marier.
CHARRIER
11 l'est, marié ! Sa liaisou est acceptée comme un mariage morganatique. D'ailleurs, qu'est-ce ';ue tu me chantes avec ton Sergine? Crois-tu que je mènerais ta sœur chez la marquise si cette relation était de nature à lui faire tort ?
Loin de moi...
CHARRIER
J'honore la marquise 1 je la considère comme un ange...
HENRI
Un ange déchu en tout cas.
CHARRIER
Va, la pauvre femme est plus à plaindre qu'à blâmer.
HENRI
Je veux bien ne pas la blâmer du tout, mais je demande à ne pas être obligé de la plaindre. Il me semble que tout lui a assez bien réussi; orpheline et sans le sou, elle a épousé un vieux mari pour sa fortune...
CHARRIER
Ce n'est pas vrai. Elle a épousé son oncle par raison de famille et non par intérêt. Elle a été angélique pour hii, ce qui n'est pas un petit méiilc, car le bonhomme est un braque des mieux conditioîinés ; je ne pense pas que ton goût pour la contradiction aille jusqu'à le défend; e?