OBSERVATION IV
En juin 1913, M. S.., âgée de 28 ans, nous était adressée par le Docteur W... pour tumeur abdominale.
Depuis plusieurs semaines, la malade se plaignait de faiblesse générale, de perte de l'appétit et de vagues douleurs dans l’abdomen survenant par crises et le plus souvent accompagnées de vomissements. La malade était constipée presque continuellement. Ses antécédents familiaux ne donnaient aucun renseignement important. Dans ses antécédents personnels on notait une fièvre scarlatine à 8 ans.
A l'inspection, on remarquait un bon état général, mais une grande anémie. Dans l’hypocondre gauche, on sentait nettement une masse dure occupant l’épigastre, la région lombaire gauche et atteignant l’ombilic. Ses contours supérieurs étaient difficiles à délimiter. Elle n’était pas douloureuse mais extrêmement mobile et suivait les mouvements respiratoires.
Cette tumeur donnait nettement l’impression d’une rate hypertrophiée. On fit un examen de la formule sanguine. Les résultats étaient les suivants : hematoblastes, 65 par cent2 ; globules rouges 4.800.000 ; globules blancs, 5.760 ; pas de myélocytes. On en conclut qu'il s'agissait probablement d’une anémie splénique et l’on prescrivit un traitement en conséquence. Plus tard une communication du Docteur W... nous apprenait que l’état de la malade n’avait subi aucune amélioration. Elle fut alors admise le 27 juin à l'hôpital.
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A un mouvel examen, la mobilité de la tumeur fit mettre en doute le premier diagnostic. On pria alors le Docteur B... de faire un examen radioscopique. Le 4 juillet, celui-ci révéla l'existence d’une masse de cheveux située dans l’estomac.
On demanda à la malade si elle n’avait pas l’habitude de manger ses cheveux. Sa réponse fut négative. Cependant son frère aîné nous apprit que pendant une fièvre scarlatine contractée il y a 20 ans, elle avait avalé la presque totalité de sa chevelure.
Le {1 juillet, elle passait dans un service de chirurgie et était opérée par le Docteur B... La guérison fut parfaite. Depuis, elle semble jouir d’une excellente santé.
Radioscopie. — Les tumeurs pileuses de l’estomac présentent un grand intérêt au point de vue de leur diagnostic radiographique .Le cas présent serait le premier qui ait été diagnostiqué d’une manière certaine par les rayons X. Ce diagnostic fut posé d’après les remarquables radiographies d’une tumeur que le Docteur T. H..., aurait observé quelque temps auparavant. (Archives of the Rœntgen Ray. Juillet 1913.)
1° A l’examen radioscopique du malade, on ne remarquait rien d’anormal. Bien que l’on sentait nettement la tumeur qui pouvait faire penser à une grosse rate ou à une tumeur du pancréas, elle n’était pas directement constatable car elle présentait la même perméabilité aux rayons X que les organes voisins.
2° On fit ingérer au malade dans la position debout un repas bismuthé afin d'établir les rapports de l’esto-
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mac et des autres portions du tube digestif avec la tumeur.
Le bismuth pénétrant dans l'estomac sans difficulté, se dirigeait vers la grande courbure, montrant très exactement que la tumeur était indépendante de la rate. S’il en avait été autrement, la grande courbure aurait été déplacée en dedans de cet organe. L'image radioscopique donnait l'aspect que présente quelquefois le carcinome avancé intéressant tout le pylore et la petite courbure.
3° Au fur et à mesure que se faisait l’absorption de la bouillie, elle descendait le long de la petite courbure donnant l’impression de contourner la masse qu'on ne pouvait par conséquent situer ni en dehors, ni en avant, ni en arrière de l’estomac.
4, Par un léger palper et mouvement de rotation du malade, on démontrait facilement que la tumeur déplaçait le bismuth, ce qui déterminait l’apparition d’un espace clair. La tumeur siégeait donc bien dans l’estomac.
9° Une palpation plus profonde mettait en évidence que non seulement cette tumeur se trouvait dans l’estomac, mais qu’elle était en outre très libre dans son intérieur. La radiographie montre ce déplacement, son extrémité supérieure s’élevant au-dessus du niveau de la bouillie, constituant une sorte de dôme dans l'espace clair environnant.
6° Pour mieux connaître la nature de cette tumeur, on pratiqua la distension de l'estomac avec du gaz carbonique. Puis, on ia fit s'élever au milieu de l'énorme « cloche d'air » ainsi obtenu. Cela donnait
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une masse opaque très épaisse, une large couche de bismuth étant entraînée avec elle.
7° Un point intéressant était à noter : la forme de la tumeur correspondait presque exactement à celle d’un J que les radiologistes considèrent comme l’image de l'estomac normal. En outre on peut en conclure que sa cavité est indivise.
8° Non seulement on put ainsi faire le diagnostic de la nature et de la forme de la tumeur, mais aussi apprécier ses dimensions qui étaient dé 22 centimètres de long et 7 centimètres et demi de large.
On examina la tumeur après son ablation. L’extrémité qui pénétrait dans le canal pylonique formait un angle aigu. A l’examen physique on percevait d’ailleurs cette échancrure taillée dans le bord supérieur de la tumeur, rappelant assez celle de la rate hypertrophiée. (The Archives of the Rœntgen Ray. N° 159, octobre 1913, pages 167-169).