‹ Les Eglises de JérusalemChapitre 17 sur 60 · LE SAMEDI DE LAZARE · texte numérisé non relu

LE SAMEDI DE LAZARE

LES GRANDES FÊTES LITURGIQUES. EPIPHANIE ; PURIFICA- TION ; LE CARÊME ; LE SAMEDI DE LAZARE.

Malgré quelques lacunes, le manuscrit d'Arezzo contient encore la description des principales fêtes de l'année à Jérusalem.

L'Epiphanie, au 6 janvier, est pour Silvia la fête de la Nativité, comme pour plusieurs auteurs anciens; d'après le témoignage d'un voyageur du vi* siècle, Cosmas Indicopleustes, l'Eglise de Jérusalem rattachait aussi à cette fête le souvenir du baptême du Christ*.

1. 0\ oï 'l£po7o)vV)ijiT-ai, wi; sx xoZ {xaxapiou Aouxâ "ks^^ôvioç

TZSpl TOÎJ paTTT'.TOTiVa'. TOV XptaXOV àpy^ÔfJLÎVOV ÉtWV X' ToT; £7tl-

«pavîotî T.o'.vjT. TT,v ';vrj7.^j, etc. Cosmas, 1. V, ap. Montfaucon, CollectioNova, II, 194. Cosmas rejette du restecette chronologie et ajoute que les Hiérosolymitains sont les seuls à compter ainsi. Au témoignagne de Cosmas, il faut ajouter un curieux texte que le cardinal Pitra dans ses Analecta sacra, l\', 12, 292, donne comme étant de saint Méliton, au ne siècle, mais qui doit être postérieur: ■• Juxta Angeli annuntiationem celebramus nativitatem (Christi) post novem menscs, ejusque post octo dies circumcisionem et post triginla annos baplismum, inde una et eadem die

72 LA LITUKGIK DK JI^.RUSALEM

On croyait dans cette Église que le Christ avait été baptisé au jour anniversaire de sa naissance. C'est donc à tort que quelques auteurs, trompés par ce passage de Silvia, ont prétendu que la fête de JXoël était à cette époque inconnue à Jérusalem. Du reste.

celebramus fesium nativitalis et baptismi. » Quoi qu'il en soit de l'authenticité de ce texte rejeté avec raison, nous semble-t-il, par Cari Thomas {Meiito von Sardes, Osnabriick, 1893, p. 50), la coïncidence avec celui de Cosmas et celui de Silvia n'en est pas moins curieuse. A la p. 49, Silvia parle encore de cette fête qu'elle a célébrée à Arabia en Egypte. Elle ne donne pas de date, mais Cassien nous dit que les Égyptiens célèbrent le même jour la nativité, l'épiphanie, et le baptême du Christ {Prosem. ad Theoph.). Saint Jean Chrysostome et saint Epiphane regardent aussi l'Epiphanie comme fête de la Nativité {Chnjsost. homel. 36, t. V, 547; S. Epiph., hœres. III: « h Tfj T,;jiîpa Twv Èr'.oav'.wv, o-te èvevvT^GTj âv aapxl o -/.joio;. » D'autres la regardent aussi comme la fête du baptême du Christ {Greg. Naz., 1. III, ep. ilO ; saint Paulin, Carmen 9). Les Constitutions Apostoliques distinguent les deux fêtes de Noël et de l'Epiphanie, ainsi que saint Jérôme {in Ez., 1. VIII, 30) ; saint Augustin constate ces divergences en disant que ce jour-là les uns célèbrent l'adoration des mages, d'autres le baptême du Christ, d'autres son premier miracle [sermo 24 de tempore) Cf. aussi sur ce point : Wernsdorf, de originibus soUemiiium natalis Chrliti, Viteb., 1737, in^", et Schullze, de festo sanctotum luminum, Haie, 1778. Une lacune à cet endroit du manuscrit de la Peregrinatio ne permet pas de constater si l'Eglise de Jérusalem célébrait un Avent. D'après HilJebnnd {de diebus feslis Libelhis), le premier témoignage serait celui de Maxime de Turin en ioO. Voyez cependant plus loin, p 79, note i.

LA liturgie' de Jl^RUSALKM 73

il suffit lie lire atlLMitivement lo toxiô [)oiii' voir qu'il est quosliou ici de cetto ielo, car l'évoque, le clergé et le i)euple de Jérusalem vont la célébrer à Bethléheni, dans la fameuse églisede la Nativité; ce qui ne s'expliquerait pas si ce jour-là l'Eglise de Jérusalem avait célébré seulement le souvenir du baptême du Seigneur *.

La distance de Bethléhem à Jérusalem est de six milles. On revenait après l'office des vigiles, en chantant le Benedictus qui venit in nominc Domuû-. Les

1. Quant à cette date du 6 janvier, on sait aussi qu'il y a eu les plus grandes divergences dans l'antiquité au sujet de la naissance de Notre-Seigneur. Clément d'Alexandrie donne lesdates du 18 ou 19 avril et du 29 mai; d'autres du 28 mars au 20 avril. Saint Epiphane indique comme Silvia le 6 janvier. D'après Thomassin [Traité des fentes de l'Eglise, p. 230), Antioche aurait été la première Eglise d'Orient à célébrer la nativité au 25 décembre. Le calendrier philocalien de 336 donne une attestation plus ancienne pour l'Occident (Duchesne, Origines du culte chrétien, p. 248). Le Martyrologe de Wright donne l'Epiphanie au 6 janvier. Cf. Cancellieri, Nolizie intorno alla novenn vigilia notte e [esta di natale, Roma, MDCGLXXX.VIII ; Usener, lieligionsgeschirhtl. Untersuch., I, Das Weihnachtsfest, 1889, et aussi Lejay dans h Reoiie critique, 1893, H, 51-54. La découverte récente du commentaire de saint Ilippolyte sur Daniel apporte un important élément dans la question. Cf. Lagarde, Altes M. Neues uber das Weihnarhsfest, 1891 ; Ghiappelli, Nuova Antolonia, janvier -1893, p. 204 ; BratLe, Die Lebenzeit Jesu bei Hippolytus, Zeitsch. f. Wiss. Theol., 1^92, II, 128-176.

2. Ce sont les paroles avec lesquelles Notre -Seigneur fut re(.u à

moines faisaient la route à pied ; les fidèles, hommes et femmes, étaient sur leurs montures dont ils ralentissaient l'allure pour que les piétons pussent suivre. On arrivait à Jérusalem avec l'aube, « à l'heure, dit Silvia, où un homme commence à distinguer un autre homme », et l'on entrait, l'évêque en tète, dans l'église de la Résurrection resplendissante de lumières. On n'y récitait qu'un psaume et une oraison, et l'évêque bénissait les catéchumènes et les fidèles, comme c'était la coutume après les grands offices. Puis l'évêque et les fidèles se retiraient et allaient prendre quelques heures de repos. Mais les moines restaient dans l'église , et continuaient à dire des hymnes jusqu'à la deuxième heure (8 heures du matin), comme les dimanches ordinaires *.

C'est à ce moment que le peuple accourait à l'église du Golgotha et l'office, c'est-à-dire la Messe des catéchumènes, s'y célébrait comme les autres dimanches, mais avec des leçons etdeshymnespropres, et des prédications adaptées à l'objet de la fête. On se rend ensuite, comme de coutume et avec les

Jérusalem aujour des Rameaux. Elles ont trouvé place dans une des antiennes de celte fête Pueri Hebrœorum, ei àavs l'Epinicion ou Sanctus qui suit la préface.

1. Gamurrini, 1. c, p. 82. Nous savons qu'ici le terme d'hymnes est synonyme de psaumes.

cérémonies ordinaires, à l'église de la Résurrection pour la synaxe eucharistique *.

Silvia remarque que pour ces grandes fêtes de TEpiphanie, de Pâques et de la Dédicace, les églises du Calvaire sont magnifiquement ornées. « On n'y voit, dit-elle, que de l'or, des pierreries, de la soie. Les courtines et les tentures sont de soie brodée d'or. Les vases et tout ce qui sert au culte est d'or , enrichi de pierres ; le nombre et le poids des lustres et des autres ornements ne se peut décrire. Quant à la décoration architecturale, Constantin, sous les yeux de sa mère, semble y avoir consacré les ressources de son empire, et il a répandu à profusion l'or, les mosaïques, les marbres précieux pour enrichir l'église du Golgotha, celles de l'Anastasie et de la Croix et des autres saints lieux ^ »

Elle nous dit aussi que de grandes foules de moines, des laïques, hommes et femmes, accourent des pays voisins à Jérusalem pour cette octave ^

1 . Il est curieux de rapprocher ces cérémonies de celles qui s'observaient encore à Jérusalem au xn^ siècle pour la fête de Noël. La coutume de se transporter à Bethléhem persistait encore. Mêmes rapprochements à faire pour la fête des Rameaux, l'Adoration de la croix, etc. Cf. la Liturgie de Jérusalem éditée par Giovene, Kalendaria vetera, pars I*.

Page 1