‹ Les Eglises de JérusalemChapitre 51 sur 60 · Peregrhmtio, p · texte numérisé non relu

Peregrhmtio, p

2. Il fiiut lire .sans doute et diacon'hiis au lieu de de diaconibus^ Çlb'd.)

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Avant d'arriver auNébo, on trouva un monastère où les ascètes, très nombreux, menaient une vie sainte et mortifiée. Ils offrirent une large hospitalité aux pèlerins, leur accordèrent l'entrée du monastère et leur donnèrent des eulogies, « comme c'est l'usage pour ceux que Ton veut recevoir honorablement ». L'église était séparée du monastère par un ruisseau assez large, d'une eau limpide et fraîche. Cette eau sortait d'un rocher voisin; d'après la tradition des moines, c'était une des sources miraculeusement créées par Moïse.

Plusieurs de ces moines firent, avec les pèlerins, l'ascension du Nébo '. L'évéque de Segor, ville au sud de cette montagne, s'était aussi joint à eux. Quoique la hauteur du Nébo soit bien inférieure à celle du Sinaï, les rochers en sont très escarpés et nos voyageurs ne les gravirent pas sans peine. On dut laisser les ânes dans la plaine et s'aider des pieds et des mains pour atteindre le sommet. Là, se dressait encore une petite église. A l'endroit de l'ambon, on remarquait une élévation de terre de lahauteur d'un tombeau ordinaire {memorià). Les moines dirent àSilvia que ce n'était pas la sépulture de Moïse, car ce lieu est ignoré par tous les hommes, mais les anges y avaient reposé un moment le corps du serviteur de Dieu. Ils affirmaient savoir cela de leurs anciens, qui le tenaient à leur tour de plus anciens qu'eux.

Après avoir fait dans l'église les prières et les lectures accoutumées, on sortit pour contempler la contrée parcourue par les Israélites avant leur entrée dans la terre deChanaan. Les prêtres et les moines, qui vivaient de ces

1. Le Nébo, identifié par M. de Saulcy avec le Djebel-Nébâ, compte 714 mètres au-dessus du niveau de la mer. Mislin, les Saints lieux, t. III, p. 282.

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souvenirs sacrés, se faisaient un plaisir de mettre leurs connaissances au service do leurs iuMes. Ici on voyait le Jourdain se jeter dans la nier Morte; plus au nord, l.ibiade que l'on avait quitté le matin ; sur l'autre rive du Jourdain, la ville de Jéricho et, plus loin, la terre promise que Moïse avait contemplée de cet endroit même, quelque deux mille ans auparavant! A gauche, sur les rives de la mer Morte, s'étendait le pays des Sodomites et Segor, la seule des cinq villes qui n'eut pas été engloutie ; quant aux autres, c'est à peine si l'on apercevait quelques ruines ^ On fit voir aussi à Silvia l'endroit où la femme de Loth fut changée en statue de sel, a mais, dit- elle dans son récit, croyez-moi, mesvénérables sœurs, je ne veux pas vous tromper ; nous avons bien vu l'endroit où le miracle a eu lieu ; mais pas la moindre trace de statue, ni de colonne ; je ne veux pas vous en faire accroire à ce sujet. Mais Tévêque de Segor nous a dit que depuis plusieurs années la colonne avait été couverte par les eaux -. »

En passant à droite de léglise ^, les pèlerins avaient devant eux la contrée des Amorréens et Esebon, capitale deSéon, leur roi ; Fogor, capitale des Edomites, et Sasdra, capitale de Og, roi de Basan, que les Israélites eurent à combattre. Entre le Nébo et la mer Morte s'élevait,

1. Sur ce point Silvia partageait une erreur commune de son temps. (Cf. Vigouroux, les Livres saints et la critique rationaliste^ t. III. 334.)

2. Peregrinati'o, p. 55. — Saint Irénée et Tertullien disent, après Josèpiie et d'autres auteurs, qu'on voyait encore de leur temps cette statue. (Ir. Adv. Hœr. iv. 51 : Tert. de Pallio, ii; Jos. Antiq. Jud., I, XI.)

3. On peut conjecturer, d'après les termes employés ici, que la façade de l'église regardait l'Occident: le sanctuaire était à l'Orient.

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dans la contrée autrefois occupée par les Moabites, un sommet appelé agri spécula^ d'où le « devin Balaam • bénit les campements d'Israël^. Après avoir longuement contemplé tous le pays, les pèlerins descendirent le Nébo et reprirent la route de Jérusalem par Jéricho.

A l'est encore du Jourdain, mais plus vers le nord, s'étend l'Idumée et le pays de Hus, célèbres dans l'histoire bibliquepar le souvenir du bienheureux patriarche Job^. Il y avait là des monastères nombreux dont les habitants venaient fréquemment à Jérusalem. Toujours empressée à recueillir les renseignements géographiques et topographiques qui pouvaient l'éclairer dans l'intelligence des saintes lettres, Silvia se mit en rapport avec eux et elle ne tarda pas, dans ces conversations, à concevoir le désir d'aller, elle aussi, visiter le tombeau dusaint homme. Elle eut bientôt réuni autour d'elle une nouvelle troupe de moines, heureux de s'unir à son pieux projet. Nous savons peu de chose de ce pèlerinage, à cause d une lacune de deux pages qui se rencontre à cet endroit du manuscrit.

De Jérusalem, on s'achemina vers le nord, du côté de la Samarie. Salem ou Sedima se rencontra sur la route *. Nos voyageurs ne manquèrent pas d'y vénérer l'endroit où Melchisédech offrit à Dieu son sacrifice symbolique. Le prêtre du lieu accourut au-devant d'eux avec ses

•1. Ce lieu n'avait pu encore être identifie. La description si précise de Silvia fournit sur ce point, comme sur bien d'autres de la topographie biblique, des données nouvelles aux explorateurs modernes.

2. Des auteurs modernes placent le pays de Hus dans le Hauran, où l'on trouve aujourd'hui encore un monastère portant le nom de .lob, JJeïr Eijoâb. D'autres le reculent plus vers l'est dans le FJ TelJov.l.

3 Cf. Victor Guérin. la Haniarie, t. I, 456.

(Mores et les lit enlrer dans l'église. C'était un ancien moine, savant dans les Kcrilures et dont les évoques voisins rendaient le meilleur témoignage.

Il fît visitera Silvia les ruines du palais de Melcliisédech : au milieu des décombres, on venait encore chercher des matériaux pour les constructions, des pierres, des vieux fers, et on trouvait môme quelquefois quelques parcelles d'argent ^ Quand on eut admiré ces restes vénérables, la pieuse dame cita au prêtre un passage de TEvangile (Johann, m. 23), dans lequel il est dit de saint Jean-Baptiste, qu'il baptisait à Aennon, près de Salim. Connaissait-on encore cet endroit ? Le prêtre conduisit alors les pèlerins le long d'un petit ruisseau à travers une vallée très fertile jusqu'à un verger, au milieu duquel se trouvait une source d'eau douce*. Elle se déversait dans un lac où l'on disait que saint Jean baptisait. Cet endroit s'appelait, nous dit Silvia, copos tu ag'ui Johnnni, d'un mot grec qui signifie jardin de saint Jean ^. Le prêtre leur apprit que c'était un lieu de pèlerinage très fréquenté, que les moines venaient de tous les pays pour se laver dans les eaux du lac. II ajouta que vers la fête de Pâques, tous ceux qui, dans le bourg de Salem, sont admis au baptême, viennent à celte fontaine pour le recevoir; le soir, après la cérémonie, on les reconduit à la lumière des flambeaux, avec les moines et les clercs qui disent des psaumes et des antiennes, jusqu'à l'église de Saint-Melchisédec. Le prêtre et les moines qui avaient leurs cellules dans le

d. Lire feramenéo pour lierametito, p. 59.

2. D'après M. Gamurrini, ce serait Aiii Keroim, ou Ain Kaun, p. 59.

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