‹ Les Eglises de JérusalemChapitre 54 sur 60 · Peregrinatio. pp. xxxv et 64. — Remarquez cependant que · texte numérisé non relu

Peregrinatio. pp. xxxv et 64. — Remarquez cependant que

la pieuse voyageuse, et, la félicitant d'avoir entrepris c long pèlerinage, il ajouta ces mots : « S'il peut vous être agréable, ma tille, de voir les lieux chers à la piété des chrétiens, nous vous les montrerons nous-même. » Elle répondit en remerciant Dieu de cette faveur, et en priant très humblement l'évèque de vouloir bien faire comme ill'avait dit.

Ce fut donc son hôte illustre qui lui servit de cicérone dans la ville. Il la conduisit d'abord au palais d'Abgare, ancien roi d'Edesse, contemporain de Jésus- Christ, et la fit s arrêter devant deux portraits, statues ou bas-reliefs en marbre d'une éclatante blancheur, dont Tune représentait Abgare, et l'autre son fils Manni ou Magnus '. Elle admira sur les traits du père un grand air de dignité et de sagesse. « C'est là, lui dit l'évèque, ce roi Abgare, qui, avant d'avoir vu le Seigneur, a cru en lui comme au Fils de Dieu. » Dans l'intérieur du palais étaient de grands réservoirs d'eau au milieu desquels nageaient des poissons : ces eaux alimentaient toute la ville, car il n'y avait pas d'autre source à Edesse. Mais celles-ci étaient si abondantes, si claires et d'une si douce saveur, que Silvia avoue n'en avoir jamais vu ni goûté de semblables : du palais, elles se précipitaient vers la ville, « comme un fleuve d'argent. »

L'évèque l'ayant conduite auprès de ces bassins, lui

dans la Vie que nous possédons de saint Euloge, il n'est pas fait mention de sa profession monastique.

1. Il s'agit ici d'Abgare III Oukama, roi d'Osroène. Les travaux auxquels ont donné lieu les faits racontés par la Pcregr naù'.o sont indiqués dans Chevalier, Reperto're des sources historiques du moyen âge, au mot Abgare, et dans Bonet-Maury, la Légende d,' Abgare et de Xhaddée et les missions chrétiennnes à Edesse. « Revue de l'histoire des religions, « nov.-déc. 1887. Cl', aussi Tixeront, les Or gines de VégVse d'Edesse et la Ugende d'Abgare, Maisonneuve. 1888.

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en raconta l'origine: « Quelque temps après qu'Abgare eut écrit au Seigneur et que le Seigneur lui eut envoyé une réponse par le courrier Ananiasjes Perses vinrent assiéger la cité.Âbgare se dirigea vers la porte de la ville avec la lettre divine et se mit en prière ainsi que toute son armée, en disant : « Seigneur Jésus, vousnous aviez « promis qu'aucun ennemi n'entrerait dans la ville, et « voici que les Perses nous assiègent ! » Et ce disant, il levait les mains vers le ciel en présentant la lettre divine toute ouverte... Aussitôt, autourde la ville se répandirent des ténèbres si profondes, que les Perses ne purent jamais trouver d'endroit pour pénétrer dans la cité. Ils n'en restèrent pas moins autour des murs durant des mois. Voyant que par aucun moyen ils ne pouvaient venir à bout de la résistance, ils résolurent de prendre les habitants par la soif et détournèrent les cours d'eau qui traversaient la ville. C'est alors que les sources que vous voyez ici, ma fille, jaillirent sur l'ordre de Dieu. Quant aux ruisseaux détournés par les Perses, ils tarirent à ce moment même, si bien que leur armée, privée d'eau, dut se retirer. Et depuis ce temps, reprit l'évêque, toutes les fois que la cité fut assiégée, la lettre divine fut exposée et lue devant les portes, et les ennemis furent repoussés. »

L^évêque lui raconta encore comme quoi le palais d'Abgare était construit, selon la coutume, sur un lieu élevé. A côté, se déployait le camp des soldats, et c'est au milieu même du camp que les sources avaient jailli. Mais le fils d'Abgare, Magnus, construisit un second palais auprès de celui de son père, et les fontaines y furent enclavées. Les deux constructions étaient encore conservées.

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Puis l'ovèquo conduisit Silvia vers la porte par laquelle entra Ananias, le courrier qui rapporta la letlre du Seigneur. L'évêque y fit debout une prière, lut la lettre d'Abgare et la réponse de Noire-Seigneur, puis se remit en prières. Il lui fil encore observer que depuis le jour où Ananias était entré par cette porte avec le divin message, on n'y faisait passer aucun cadavre ni rien d'impur. Le haut palais d'Abgare, le tombeau de sa famille elles autres curiosités de la ville lui furent aussi montrés.

L'évêque d'Edesse lui fit avant son départ un présent auquel elle attacha le plus grand prix. C'était un exemplaire des lettres d'Abgare et de la réponse du Sauveur. « Sans doute, dit Silvia, j'avais bien un exemplaire de ces lettres dans ma patrie, mais celles-ci m'ont paru plus complètes \ Et si Jésus notre Dieu me permet de retourner dans ma patrie, je vous les lirai. »

D'Edesse, notre infatigable pèlerine poussa jusqu'à la cité de Carrhes, au sud d'Edesse, habitée jadis par Abraham. Elle y trouva, comme à Edesse, un évéque menant la vie monastique et confesseur de la foi, véritablement saint et homme de Dieu. L'église était hors de la ville, dans le lieu où fut la maison de« saint Abraham », si bien, assura l'évêque, que les fondements de la maison avaient servi de fondements à l'église. Le puits où Rébecca puisait de l'eau quand elle fut rencontrée par

1 . Ainsi que le remarque fort justement M. Gamurrini, il courait de ce document des copies qui, comme celle qu'Eusèbe eut sous les yeux, ne contenaient pas les promesses de Notre-Seigneur touchant Edesse. Mais saint Ephrem fait déjà mention de ce passage {Percfjritiat'o, p. 64, 68.) On doit observer en outre qu'il n'est fait dans le récit de Silvia aucune allusion à la fameuse image d'Edesse, représentant la face de Notre-Seigneur, (Sur ce point, cf. Garrucci, Storia delta artecristiana neiprimi ottosecoU, i. 406.)

Éliéeer était tout près de là. Il y avait aussi dans l'église le Martyrium, ou tombeau d'un saint moine, du nom d'Helpidius. Silvia, qui ignorait la date de la fête, arriva justement à Carrhes le 9 des Calendes de mai (22 avril), la veille de l'anniversaire du martyre. Or, ce jour-là tous les moines et ascètes de la Mésopotamie viennent à Carrhes pour célébrer la fête. C'est le seul jour, avec la fête de Pâques, où ces solitaires quittent leur désert ^ Aussi la pieuse femme rendit-elle grâces de cette coïncidence qui lui permit de s'entretenir avec tous ces vrais serviteurs de Dieu. Ils quittèrent la ville de nuit, après la fête du saint, pour regagner leur solitude. Sauf quelques moines et quelques clercs, la ville de Carrhes était encore païenne. Néanmoins ces Gentils toléraient volontiers la présence des chrétiens, parce qu'ils vénéraient, comme eux, la maison d'Abraham, les tombeaux de Nachor et de Bathuel et autres souvenirs bibliques.

L'évêque, instruit dans les Ecritures, répondit à toutes les difficultés de Silvia sur divers passages de la Genèse, où il est question du séjour d'Abraham en Mésopotamie. Il voulut aussi l'accompagner jusqu'au puits où Jacob abreuvait les troupeaux de Laban, et jusqu'à la belle et spacieuse église qui consacrait ce souvenir. Autour de l'église s'élevaient de nombreux monastères qu'elle visita avec l'évêque, et où elle fut toujours reçue très honorablement.

Après avoir satisfait sa dévotion dans les lieux habités par les saints de l'Ancien Testament, dont la

1 . Silvia fait ici une distinction entre les moines et ces anciens qui vivent dans la solitude et qu'on appelle ascètes (p. 69). C'est la même distinction, semble-t-il, qu'entre cénobites et anachorètes. Cf. ci-dessus p. 37, note 2.

Genèse nous raconte l'histoire, Silvia rovinl à Antioche, où elle resta une semaine avant de reprendre son voyage. A Tarse, elle fit un nouveau crochet pour visiter le .)fni'lyrium de sainte Thècle, à trois étapes de Tarse, en pleine Isaurie. L'évèque de Séleucie d'Isaurie était un moine, probablement Maximus, disciple et ami de saint Jean Chrvsostome. L'église construite ù quelque distance de la cité et le tombeau de sainte Thècle frappèrent Silvia par leur belle architecture; ils étaient entourés d'un mur pour les défendre contre les incursions des Isaures, population sauvage et pillarde, qui ne fut jamais entiôrement soumise. Il y avait néanmoins dans le pays un grand nombre de monastères d'hommes et de femmes' . Silvia eut le bonheur de retrouver à la tête d'un de ces monastères de vierges ou d'apotactites, comme on les nommait dans le pays, une diaconesse du nom de Mar- Ihana, d'une grande réputation de sainteté, quelle avait intimement connue à Jérusalem^. Silvia ne manqua pas, à l'occasion de son pèlerinage, de relire les Actes de sainte Thècle. Puis, après deux jours passés dans la compagnie des solitaires et des vierges, elle repartit pour Tarse. De là à Constantinople, le voyage ne présente aucun incident remarquable, et Fauteur ne s'arrête pas à nous le décrire. Elle traversa la chaîne du Taurus. la Cappadoce, la Galatie, la Bithynie, s'arrêta à Chalcédoine, pour visiter le tombeau de s-ainte Euphémie, et passa le détroit qui la séparait de Constantinople. « Quand j'y fus parvenue, dit-elle, je parcourus les

1. C'est la première fois que la Pfregr'natio mentionne des monastères de femmes.

?î. On ne connaissait jusqu'ici qu'une mention de la diaconesse Marthana, faite par Basile de Séleucie.

églises, les tombeaux des apôtres et des martyrs, si nombreux dans cette ville, ne cessant de rendre grâces à Jésus Notre-Seigneur, qui a daigné étendre sur moi sa miséricorde. De là, mes chères amies, lumière de mon âme, j'ai voulu vous donner ce gage de mon affection (en vous écrivant). Je voudrais encore, au nom de Jésus- Christ Notre-Seigneur, aller en Asie, et visiter Éphèse pour y prier sur la tombe du saint et bienheureux apôtre Jean. Si la vie m'est conservée, je vous raconterai moimême de vive voix, avec la permission de Dieu, tout ce que j'aurai vu ; ou du moins je vous le manderai par écrit. Pour vous, amies et lumière de mon âme, daignez, vous souvenir de moi pendant ma vie et après ma mort '.»

Après avoir terminé par ces mots le récit de son voyage, Silvia reprend la plume pour décrire en détail à ses sœurs la liturgie de Jérusalem. Cette intéressante narration comprend à elle seule à peu près la même étendue que le récit qui a précédé. C est elle qui a fait l'objet de notre étude sur la Liturgie de Jérusalem.

S'il faut réellement voir Silvia dans l'auteur de la Peregrinat'w, nous pouvons compléter par les écrivains du temps l'histoire de ses dernières années. Rufin, alors à l'apogée de sa gloire, retint sa sœur à Constantinople pour lui confier l'éducation de la petite-fille d'Ablavius, préfet du prétoire, Olympias, qui deviendra diaconesse dans cette église de Constantinople, sous lépiscopat de saint Jean Chrysostome. Quelques années après, le 27 novembre 395, la vie de Rufin se terminait par une de ces tragédies sanglantes, si fréquentes à la cour de Constantinople. Une intrigue de palais, habilement

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