LA CONFESSION GALLO-ROMAINE DE SAINT-SAVINIEN DE SENS
nmiliWgt^iMliifcto A crypte qui paraît avoir le mieux conserve ses caractères primitifs de monument gallo-romain est celle de Saint-Savi-
I p nien de Sens. Son plan
TO'awwn très simple est un rectangle pareil à ceux des confessions de Saint- Vénérand, à Clermont, de Saint- Nectaire à Poitiers ; la descente est unique ; une seule fenêtre y introduit le jour, sa voûte est cintrée, comme celles de tous les hypogées antiques, en berceau ; ses murs portent la trace d'inscriptions qui accompagnaient sans doute des fresques, enfin les fouilleurs qui remuèrent les remblais, au XI^ siècle, mirent la main sur une grande dalle dont les ornements devaient remonter au IV« ou au Ve siècle au plus tard.
Les sculptures représentaient le labarutn de Constantin, le monogramme du Christ inscrit dans un cercle avec l'alpha et l'oméga. Il est croyable que cette dalle avait été préparée pour recouvrir la première fosse où les sarcophages de Savinien et de ses deux compagnons, Potentien et Eodald, furent inhumés.
Des réfections importantes ont été exécutées, à deux reprises différentes, pour y restaurer le culte après les invasions des Sarrasins en 732 et après celles des Normands. Nous savons le nom du personnage qui assuma l'entreprise du IX^ siècle ; sa pierre tombale est ainsi libellée ;
« Hic positus est Titulphus ante sepulcra martyrum fabricator hujus ecclesie ('), »
Ce nom de Titulfe est bien germain et ne peut pas se confondre avec celui d'un gallo-romain qui aurait bâti la première église à la mémoire de saint Savinien.
Celui-ci est un contemporain de l'invention
Chœur de l'église de Saint-Savinien.
et de la translation dont parle le chronologiste Adon de Vienne à l'année 847 ; il a vu la désolation et la ruine dans le saint lieu, il s'est efforcé de réparer les désastres causés par le passage des infidèles, cent ans auparavant, et de rétablir le chant interrompu des offices. Un texte de 833 déplore, en effet, la négligence des gardiens des
I. Durn, Bibl. des sciences historiques de l'Yoïmc, 1891, P- 97-
ILe martprium ht ^U^a'ûinim îie t>en0.
reliques qui ne célébraient aucun office ('). Titulfe ne mérite que le titre de restaurateur du culte des martyrs senonnais.
Dans quelles limites a-t-il accompli son oeuvre ? Il s'est montré respectueux des murailles qui tenaient debout dans la confession, il s'est borné à les envelopper dans une nouvelle enceinte pour les conserver à la vénération des pieux fidèles, suivant une coutume très commune au Moyen Age. Ce fait ressort du procès-verbal des fouilles du XI<^ siècle qui est très clair sur ce point. « Lorsqu'on eut abattu les murailles en creusant les fondations, on découvrit à l'intérieur de l'enceinte que l'on démolissait, un autre mur très ancien, posé sur d'antiques fondements, et qui passait pour avoir appartenu à l'ancienne église établie par saint Savinien. On trouva alors sur ce mur des peintures si vives et si bien conservées qu'on les aurait crues tout à fait récentes. Je me souviens même, dit le chroniqueur, d'avoir eu en ma possession un fragment colorié en pourpre que je conservai longtemps, car les choses antiques me plaisent ('). :^
A ces traits, tous ceux qui ont vu à Pompéi et ailleurs des vestiges de la peinture romaine à l'encaustique, reconnaîtront un travail de l'époque latine du IV^ siècle ou du V^ au plus tard. Le procès verbal du XI^ siècle ajoute que, sur le pavé de la crypte, composé de carreaux, on découvrit, là où étaient les têtes, une inscription en lettres très anciennes surmontée d'une croix et ainsi rédigée sur deux lignes :
« A paucis ministris christianis ibi positi sunt Martyres Dei, secundo calendas Januarii, Sanctus Savinianus, Sanctus Potentianus, sanctus Eodaldus. »