‹ Les églises de l'abbaye de SilosChapitre 26 sur 130 · Gallia Chrisiiana, XII, col · texte numérisé non relu

Gallia Chrisiiana, XII, col

2. Dom Cottron, Chronicon ccclesie percelebris ac cœnobii reg^alis Saiicti Pétri vivi. (Bibl. niun. d'Auxerre, ms. lat.)

Le témoin ne dit pas quelle était la forme des lettres, si elles étaient insérées dans le carrelage sous forme de mosaïque, ou gravées sur une dalle de marbre. Cette omission nous empêche de proposer une date. D'après un auteur récent, on aurait revu, en 1675, une inscription presque semblable sur une pierre de taille, gravée en caractères antiques ('). Au lieu de secundo ca/endas Januarii, on y lisait Pridie Kal. Jan.

Les murs de la confession n'étaient pas simplement revêtus d'une teinte uniforme de pourpre pour rappeler le sang versé par les martyrs quand Titulphe constata leur abandon et entreprit de les remettre en honneur, ils portaient des inscriptions qu'il fit revivre pour l'instruction et l'édification des pèlerins. Sous les atteintes de l'humidité, les lettres s'étaient effacées, il convenait d'en conserver le texte. C'est une interprétation que je propose pour mettre d'accord le sens du texte et la forme des lettres.

Voici l'inscription qui me semble antérieure aux lettres employées par le décorateur.

Félix ager et inclitus

Valde piilcher et candidus

Roseo sanguitic viarti-

Rum féliciter consecratus,

Oratiomanqiie munere digne adorandus.

Per flores rosei sai/gui-

Nis sumpsertuit coronas

Victoriœ tnartires Christi

Savinianus et Poten-

CiaiiHS cuin multitudine

Ingenti et ibi tumulati

Sunt pridie kalend. Januarii if).

Cette inscription est accompagnée d'au-

1. Maucler, Mémoires pour servir à Phistoire de Sens, i<= partie, p. 369.

2. Tarbé, Recherches hist. et anecdotiques sur la ville de Sens, rééditées par Marie Guyot.

Bebue De l'^rt cbrétten.

très dont nous parlerons. Elles ont donné lieu à bien des discussions dans lesquelles les critiques ont hésité entre le V« et le XI« siècle. Les plus compétents ont fait remarquer que les lettres capitales liées et enclavées dont on s'est servi dans cette confession, ont un aspect bien plus archaïque que dans les inscriptions postérieures à l'an mille, et diffèrent absolument des caractères de l'époque gallo-romaine.

L'inscription suivante n'a pas plus de date certaine que les autres, mais comme elle répète les mêmes renseignements que la précédente il y a tout lieu de croire qu'elle a été inspirée par une inscription antérieure, au moment où on voulait décorer toutes les parois.

Hjij'us edis in receptaculo am- Biuntur tuvmlati Christi tnarti- Res, merito Savinianus et Potenti- A nus ac Eodaldus. Corpus autem Se- Rotini in altéra hasilica sed [^Z] In isto cinnterio \expositu7>i\ (').

Le dernier membre de phrase en nous avertissant que le corps de saint Sérotin a été transféré ailleurs, nous informe du même coup que la rédaction de l'avis est voisine des translations si nombreuses qui s'accomplirent dans le cours du IX^ siècle.

Par une heureuse circonstance, les décorateurs ont appliqué sur la paroi du Nord une quatrième inscription qui se distingue très nettement des autres par la forme des lettres et par le style de la rédaction. Comme elle porte le cachet du XI" siècle, elle sert, par contraste, à démontrer l'antiquité des autres.

De toutes ces réfections et des ornementations faut-il conclure que la confession de Saint-Savinien fut refaite de fond en comble par Titulphe .'' Je ne le crois pas du tout,

I. Les inscriptions ont été reproduites exactement dans Millin, t. 1, p. 130.

parce que son plan est demeuré aussi étroit que dans les constructions primitives, au moment où tous les édifices se développaient. Il n'y avait aucune nécessité de l'agrandir parce que la ville de Sens possédait de nombreuses basiliques où les évêques pouvaient être inhumés. Ils avaient le choix entre Saint-Pierre-le-Vif, Sainte-Colombe, Saint-Sauveur, Saints- Gervais et Protais, Saint-Jean, Saint-Remy, et Saint-Symphorien. Le sanctuairede Saint- Savinien doit sansdoute àcette circonstance le privilège d'avoir conservé les dimensions d'un chevet modeste. Il est visible que les promoteurs des deux reconstructions, au IX^ siècle et au XI^ siècle, ont toujours pris pour base le carré tracé dans le principe, en augmentant, par une doublure extérieure, l'épaisseur des premières fondations, et se sont préoccupés de conserver l'aspect archaïque du monument.

Les pèlerins qui se rendent à Saint-Savinien ne comprennent pas tout d'abord pourquoi l'église est si vide et si inférieure à la réputation du nom qu'elle porte, pourquoi ce grand apôtre de la Bourgogne n'a pas obtenu de la génération du XI® siècle une basilique imposante et grandiose comme celle qui fut érigée à saint Bénigne de Dijon. C'est une pauvre église de campagne, d'une architecture massive, à une seule nef, sans ampleur, soutenue par des colonnes trapues, éclairée par des fenêtres étroites; c'est vrai, mais sa reconstruction telle qu'elle est, a une grande signification pour nous. Il faut se rappeler que cette église supérieure du XI^ siècle n'a été faite que pour couvrir la confession de saint

Plan de la crypte.

3Le martprtum De â)t=t)at3tmcu de t)ens.

Savinien et conserver aux générations futures un mémorial du lieu où ses reliques avaient reposé jusqu'au IX^ siècle. Nous n'avons pas à regretter cette décision, car il est à peu près certain, si son culte n'avait pas été déplacé, que les architectes auraient renversé la vieille confession pour construire une crypte gothique à trois nefs pareille à celle qui fut l'ornement de Saint- Pierre-le-Vif

Qu'est-il arrivé en effet lorsque l'archevêque Léotheric eut retrouvé, en 847, les reliques des martyrs sénonais ? Il résolut de les déplacer et de les transporter dans l'église abbatiale de Saint-Pierre-le-Vif, érigée depuis le VI I^ siècle, non loin de la confession de Saint-Saviniendansl'inteniion d'honorer sa mémoire par le chant perpétuel de l'office divin. C'est une singularité particulière au diocèse de Sens. Ailleurs, le martyr honoré donne son nom à une abbaye qui entoure son tombeau étroitement, et l'office se célèbre dans le chœur qui domine la confession. Ici le déplacement est certain. L'archevêque fit exécuter une crypte arcuata doinus (') et y fit transporter les corps précieux dans des coffres qui ne sont pas qualifiés, en laissant les sarcophages dans l'ancienne confession. Des embellissements furent réalisés au XI^ siècle, grâce aux largesses du roi Robert et de la reine Constance. Enfin, au XI 1 1^ siècle, bien que les corps fussent exposés, suivant l'usage, sur le maître-autel, dans des châsses luxueuses, on jugea cependant utile de construire sous le sanctuaire de Saint-Pierre une crypte composée de trois nefs qui en formaient six par les subdivisions de la principale.

L'entrée était unique et s'ouvrait sur l'axe du chœur.

Page 1