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LES STATIONS DEST-DENIS A PARIS

i::ç^^^^^^^^Sg LU S on étudie les vies f; des saints et l'histoire I de l'Église, plus on acquiert la conviction que Rome, ornée de ses apôtres, a été en toutes WviWfw^iï^^mv;'^:-' choses, la ville type de toutes les créations, la règle des usages qu'on s'efforçait d'implanter dans tous les diocèses, le modèle de l'idéal qu'on cherchait à atteindre, dans le développement du culte, la matrice de l'uniformité qui est la marque des fondations chrétiennes. Cette union étroite des membres et de la tête dans l'institution de l'Eglise est extrêmement précieuse pour les interprètes, elle leur sert de fanal au milieu de l'obscurité qui règne autour de certains problèmes ardus, relatifs à ses commencements.

Avant de passer en revue les différentes

REVUS DE 1,'aRT CHKÉTIHN.

phases du culte rendu à saint Denis de Paris, nous allons voir qu'il n'est pas superflu de nous rappeler ce que les Papes et les fidèles ont fait à Rome pour le culte de saint Pierre II est avéré qu'on a cherché à déterminer la voie par laquelle il est arrivé dans la grande cité, la maison où il a reçu l'hospitalité chez le sénateur Pudens, le carrefour où il s'est séparé de saint Paul pour suivre ses bourreaux, la prison où il fut renfermé, le théâtre de son supplice ('), enfin le lieu où son corps fut déposé pour recevoir la sépulture dans les terrains du Vatican. Chacun de ces endroits fut signalé à la piété par lérection d'une chapelle ou d'une basilique où le Saint Sacrifice de la Croi.x n'a pas cessé d'être célébré depuis de longs siècles. Les enseignements géné-

I. Le peuple voulait que le supplice eût eu lieu sur le Mont Janicule et y vénérait une excavation où la croix de S. P. aurait été enfoncée. C'est une pure légende. 11 est bien plus certain que saint Pierre, mourut dans les jardins de Néron, sur l'emplacement de la basilique de Saint-Pierre.

Bebur tie l'art c!)vétten»

raux qui découlent de là sont les suivants : Les suppliciés sont ordinairement exécutés en dehors de l'enceinte des villes, de préférence sur une hauteur pour servir de spectacle, et, quand la sépulture d'un martyr a été fixée quelque part, elle devient un fait immuable comme le tombeau de saint Pierre au Vatican. De plus, !e respect de toutes les traces du passage des martyrs et des apôtres sur la terre sera désormais un devoir sacré, et, dans tous les diocèses, les fidèles s'empresseront de baiser la trace des pas des pontifes qui leur ont apporté la Foi. Les Parisiens sous ce rapport ont multiplié les manifestations les plus touchantes de reconnaissance ; leurs fondations à la mémoire de saint Denis valent celles des Romains à la gloire de saint Pierre et de saint Paul. En les comptant, on arrive au chiffre de huit sanctuaires, cependant les auteurs ne parlent que des sept stations de saint Denis. Les pèlerins qui se rendaient à son tombeau pour implorer son assistance, cherchaient la trace de ses pas dans la direction suivante. Partant de ce principe que l'apôtre était entré à Lutècepar la porte du Midi, puisqu'il venait de Rome, les dévots de son culte faisaient une première station à Notre-Dame des Champs, rue d'Enfer, où, disaient-ils, l'apôtre avait appris aux chrétiens à honorer la Vierge dans une excavation. De là ils descendaient la rue Saint-Jacques qui est sur le tracé de la voie romaine, à Saint-Etienne-des-Grez, à l'angle de la rue Cujas, où ils honoraient le premier martyr en pensant au supplice égal de saint Denis ; plus bas ils entraient dans l'église Saint Benoît qui a été détruite par le percement de la rue des Ecoles. La légende disait que l'apôtre y avait invoqué la Trinité pour la première fois. Comme l'église était dédiée, avant le XI F siècle, aux deux martyrs saint Serge et saint Bach,

il est plus probable que la première pensée du fondateur a été de rappeler que le Christianisme fut fondé par le sang.

En continuant sa route vers le nord, le pèlerin traversait 1 île de la Cité, le berceau de Lutèce où de nombreux sanctuaires sollicitaient sa visite, mais ses regards ne cherchaient que le souvenir de saint Denis, et, là encore, il rencontrait, derrière le chevet de Notre- Dame ^-a. chapelle de Saint- Denis du Pas, contraction du mot passion, puisque la légende voulait que l'apôtre eût souffert en cet endroit les premières tortures (').

La V° station s'accomplissait à Saint- Denis de la Ckartre (de Carcere), non loin du Pas, sur le parcours que nous avons quitté. Cette chapelle érigée au centre de la cité, était ouverte sur la rue la plus fréquentée de Paris.

Crypte de Saint-Denis de la Chartre; Etat au moment de sa destruction en 1810.

Elle fut érigée pour rappeler que le martyr avait été détenu en prison, comme saint Pierre, avant d'être conduit au supplice. Le fait était probable et, pour bien le graver dans l'esprit du peuple qui ne se contente pas d'une enseigne, on avait pra-

I Le plan de l'église Saint-Denis du Pas était un rectangle simple, placé entre le cloître N. D. et l'archevêché, presque sur l'axe de la cathédrale.

îLe0 stations tie ^ainU^tnis.

tiqué sous le chœur de l'église une crypte en forme de cachot, éclairée obliquement par le haut, et on n'avait pas oublié d'accrocher une chaîne au mur pour mieux émouvoir les visiteurs. Un autel orné d'un retable permettait de célébrer la messe pour les plus dévots pèlerins (').

La VI« station était fixée à Montmartre, dans le sanctuaire qu'on appelait la c/iapelle du martyre, édifice qui devint bien modeste au XV I^ siècle par suite des guerres continuelles. Elle devait succéder à un monument très somptueux dont l'existence paraît attestée par les belles épaves qu'on a remployées dans l'église de Saint- Pierre de Montmartre. Tous les archéologues connaissent les trois chapiteaux de marbre blanc de style corinthien et marqués d'une croix qu'on a découverts dans la structure de cet édifice, mêlés à des matériaux de temples païens ; ils accusent les efforts qu'on a faits aux temps mérovingiens pour orner la colline d'un temple chrétien qui ne fût pas au-dessous du mérite de la basilique élevée à Catolacus sur le tombeau de saint Denis par le roi Dagobert. La piété se développa rapidement autour du nouvel édifice, sur cette terre qu'on regardait comme sanctifiée par le sang des trois martyrs, et les familles chrétiennes s'empressèrent d'ouvrir un cimetière pour y porter leurs défunts dont les tombes se sont produites au jour, en 1876, quand on posa les fondements de la basilique du Sacré-Cœur (^). Les archéologues qui ont vu les sarcophages en question les ont examinés attentivement, ils déclarent que leurs ornements étaient bien conformes

à ceux qu'on a relevés sur les tombeaux des temps mérovingiens. Leur opinion a été confirmée par la présence de boucles, d'agrafes et de bijoux d'un art bien ca actérisé dont les produits cessent chez noas après le VI^ et le VII<= siècles (').

Combien de temps dura la basilique mérovingienne ? Il est difficile de le dire. On sait seulement que sa place était marquée par une chapelle dite du Saint- Martyre c\\x\ subsistait à la fin du XI= siècle, car elle passa alors, par donation, sous la sujétion de l'abbaye de Saint- Martin-des- Champs (').

La piété redoubla au XVII= siècle lorsqu'on eut découvert dans les entrailles de la colline une preuve plus saisissante de l'exercice du culte chrétien sous les empereurs romains, c'est-à-dire une grotte de même genre que les catacombes romaines.

La description qu'on en fit aussitôt après la découverte nous présente un autel de pierre non taillée, extrait du plâtre voisin, marqué de quelques croix ; sur la paroi de la grotte, la figure d'une croix gravée dans le plâtre, longue de six pouces, semblable aux croix grecques ; autour, une ou deux petites croix, un peu plus loin, des fragments de mots en lettres capitales comme MAR...CLEM1N (^ DIO, çà et là, quelques lettres isolées, gravées sans doute par des pèlerins, le tout dans une sorte de cave taillée dans le flanc de la colline. Voilà bien l'appareil de la pauvreté qui convenait aux premiers apôtres obligés de célébrer les saints mystères en cachette. Rien d'étonnant qu'on ait considéré ce réduit

I. \'oir le plan des deux églises de Saint-Denis dans la Statistique monumentale de Paris, d'Albert Lenoir, pi. II. Tome I. \'oir aussi un dessin dans \' Histoire de Saint- Martin des-Chanips, de dom Marrier, 319.

2. Rapport de M. Rohault de Fleury {Bulletin d: histoire et darchéologie du diocèse de Paris, 18S3, pp. 61-72.)

I. Eni. Jonquet, Montmartre autrefois et aujourd'hui. Paris, i8go. i vol. inS', pp. 228-230.

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