‹ Les églises de l'abbaye de SilosChapitre 71 sur 130 · Dom Marner, Nistoria Sancti M artini deCainpis,i · texte numérisé non relu

Dom Marner, Nistoria Sancti M artini deCainpis,i

3. Ce fragment peut être un nom de pèlerin, tout aussi bien que le nom du pape Clément. L'estampe qui représente le souterrain se trouve à la Bibliothèque Nationale, Histoire de France par estampes, XV, 161 1.

Bebue tic TSit cbrétien.

comme l'asile choisi par saint Denis pour réunir quelques chrétiens, puisque, dans beaucoup de diocèses, le nom des premiers apôtres est toujours attaché à quelque carrière du même genre (').

Ici, le temps et les transformations du sol avaient fait de la grotte une sorte de crypte à laquelle on parvenait par un escalier de quarante degrés, mais au VI^ siècle les accès devaient être tout dififérents et se présenter sous forme de galeries horizontales comme dans les carrières de calcaire.

Je ne sais quelles réflexions suscita cette découverte parmi les témoins. Pour moi, elle suggère la pensée que cette superposition n'a pas été fortuite, et que les constructeurs de la chapelle dite du Martyre ont voulu, avant tout, attirer les regards et l'attention sur les humbles débuts du culte dans cette pauvre carrière, où l'apôtre Denis avait sans doute célébré la messe, et perpétuer le souvenir de la vénération que ce réduit inspirait ; de même que les chrétiens de Rome se sont empressés, après l'édit de Constantin, d'élever des basiliques au-dessus ou à proximité des catacombes fijnéraires où dormaient les martyrs. L'existence de la chapelle dite du Martyre, sur la butte de Montmartre, n'est donc pas une démonstration suffisante à employer pour ceux qui placent le lieu du martyre de saint Denis en cet endroit, elle serait mieux nommée la chapelle des Martyrs pour indiquer aux pieux pèlerins qu'elle a pour but de conserver la mémoire de leur passage et de leur séjour sur la butte. Cependant, je dois dire qu'elle n'exclut pas la possibilité du martyre de saint

I. Le procès-verbal de la détouverie de 1611 ebi publié dans les Antiquités de la ville lic l\i>is,àe Malingie, in-f, 1640; dans du Breuil, Théâtie des Antiquités de Paris, p. 866.

Denis sur la colline, mais il est probable que l'événement tragique eut lieu sur un autre point (')

J'insiste sur les caractères de haute antiquité qui distinguent la grotte découverte en rôi I parce qu'ils me semblent incontestables. Dans le quartier de Notre- Dame des Champs et au Luxembourg, où la légende place la première station de saint Denis, se trouvent également des carrières très importantes qui ont fourni des matériaux de construction, depuis l'occupation romaine, aux Parisiens. Qui nous dit que leur accès n'était pas ouvert à ceux qui avaient besoin de se cacher comme les proscrits chrétiens ? et que certaines galeries abandonnées ne pouvaient pas servir de refuges comme à Rome ? On a toujours cru à l'existence d'un souterrain vénérable, car on a eu soin de ménager une crypte commémorative sous l'église de Notre-Dame des Champs (").

Dans tous les cas, le quartier offrait encore une autre ressource à l'apôtre de Paris, il renfermait un cimetière antique et païen dont les sarcophages se sont révélés aux archéologues toutes les fois qu'on y a pratiqué des tranchées. On comprend alors que saint Denis se soit arrêté là ; c'est parce qu'il y trouvait une certaine sécurité en fondant une corporation funéraire, seule association permise aux Chrétiens par la loi romaine.

On a beaucoup discuté sur la question de savoir si le martyre de saint Denis et de ses compagnons avait eu lieu sur la colline de Montmartre ou bien à Saint-Denis

I. Cette \'l'^' station me parait être celle qui repose sur des faits se'rieux.

2 .Sauvai, dans ses Antiquités de Paris, enseigne que saint Denis aurait été surpris à N.-D. des Champs, ou bien à .Saint-Barthélémy dans une chapelle dédiée à N.-D. des l'oiites. C'est toujours par une crypte qu'on marque son passage.

iles stations De ^atiif-^Dems,

même, au lieu où il fut enterré ('). A priori, si nous considérons seulement les usages, nous devons croire, par assimilation avec ce qui se pratiquait à Jérusalem, et à Rome, que les suppliciés furent conduits sur un lieu élevé, comme Montmartre, pour que l'exécution fût un spectacle offert à la foule et servît d'exemple à ceux qui voudraient suivre la religion nouvelle Là s'élevaient au moins deux temples, qui, dit on, étaient consacrés aux dieux Mars et Mercure, deux divinités auxquelles les païens désiraient plaire. On a cru qu'il leur serait agfréable de recevoir l'offrande de trois victimes qui étaient ennemies de leur culte, et on les a immolées à leurs pieds.

D'ailleurs, Ja tradition est là aussi pour nous enseigner que les générations du Moyen-âge ont cru que Montm.artre avait été le théâtre du martyre de saint Denis, elles ont perpétué cette croyance en appliquant à la montagne du sacrifice le nom de Mous viartynim, qui a donné en français Montmartre .

La chancellerie royale se sert de celte expression, au VI I^ siècle, et ajoute que c'est le lieu où se passa l'agonie de l'apôtre des Parisiens (').

Je sais bien que les noms s'altèrent en passant par la bouche du peuple, que mom Martis est bien voisin de mons niartyrnni et qu'après avoir dit mont de Mars, on a pu ensuite dire, par déviation, Mo7itinartre. sur la foi d'un écrivain un peu influent, mai,-, cette forme de mous martyruni paraît

1. M. Le Blant, dont la compétence en archéologie religieuse est si connue, est partisan du martyre à Montmartre.

2. Dagobert l'emploie au \'\^ siècle dans un de ses diplômes <? monlem marterum prreterierit >. Si l'acte e?t suspect d'altération, il est croyable qu il fut fait avec de vieux textes. Quand d'autres se servent plus tard du terme de mons marlis, c'est pour faire de l'éiudition et montrer qu'ils connaissent l'origine de cette butte. (Pardessus, Diplomata et iharlae. V'ol. H, pp. 13 et 14).

ancienne. Elle est d'ailleurs conforme à la vénération dont on a toujours entouré cette colline. Pourquoi tant de sanctuaires ont ils été élevés sur son sommet et sur ses flancs }

Certains auteurs vont jusqu'à enseigner qu'il y avait deux chapelles érigées sous le vocable de Saint Denis ('). Ce serait beaucoup si on avait voulu rappeler la mémoire de son apostolat et de son séjour en cet endroit. Il est plus juste de penser que cette multiplication de fondations pieuses n'a été que le fruit de la ferveur inspirée par une .série ininterrompue de miracles obtenus sur le heu du martyre. Par une fécondité étrange et digne de remarque, cette colline de Montmartre, aujourd'hui si aride par suite des exploitations de plâtre qui ont dérangé toutes les sources, possédait plusieurs fontaines abondantes qui entretenaient un certaine verdure.

L'une d'elles devait inévitablement être consacrée au martyr : c'est une règle. Il n'y a pas de culte possible sans une source merveilleuse, chaque saint doit avoir la sienne pour transmettre les effets de sa puissance à ceux qui l'invoquent. A Montinartre, saint Denis eut aussi sa source à laquelle les pèlerins vinrent puiser pendant des siècles, persuadés que le martyr y avait lavé sa tête avant de l'emporter à travers la plaine de Saint-Denis. Ces croyances sont très touchantes, elles montrent que partout le cœur humain éprouve le même besoin d'entrer en communication directe avec les forces surnaturelles.

Tous les auteurs n'ont pas été impressionnés de la même façon par cette crypte (l'une apparence pourtant bien archaïque; il est vrai qu'ils ne font pas autorité en archéologie ('). L'abbé Lebœuf s'est refusé

Page 1