Œuvres, p. i
2. Monuînenta Gerin. Iiisi. Auct. antiquissimi, t. IV, 2"" partie, p. 100.
Migne, Patrologia lalina, t. 106, p. 50. — Voir aussi Surius, 9 octobre, t. V, p. 740.
ofïrent tant de circonstances extraordinaires, souvent difficiles à interpréter, qu'il ne faut pas être surpris de ces divergences d'opinion (').
Il convient d'abord de rappeler qu'au moment où saint Denis exerçait son apostolat chez les Parisiens, il existait au nord de Lutèce une localité, d'origine gauloise sans doute, qu'on appelait Cato/acîis, vers laquelle, dit la légende, le martyr se serait dirigé en portant sa tête. Ce trait n'est qu'une fable populaire, mais il a une signification dont il faut tenir compte et que nous chercherons à interpréter.
Saint Denis a partagé le sort de la plupart de ses frères dans l'apostolat, il n'a pas eu l'avantage de reposer dans l'intérieur de la capitale du peuple qu'il était venu évanoféliser. Proscrits, comme ceux de saint Trophime d'Arles, de saint Sernin de Toulouse, de saint .Seurin de Bordeaux, de saint Eutrope de Saintes, de saint Eucher de Trêves, ses restes furent enfouis dans la banlieue de Paris, dans une bourgade qui a fini par perdre son nom gaulois pour prendre le sien.
On est assez surpris que son corps n'ait pas été inhumé sur le lieu même où il paraît avoir été immolé avec ses compagnons, puisque la colline de Montmartre se trouvait en dehors de l'enceinte. Il n'y a pas moins de six kilomètres entre le théâtre du martyre et l'endroit qu'on présente comme le dépôt de sa sépulture ; on est allé cependant jusqu'à Catolacus, par ce motif sans doute qu'il n'existait pas de nécropole au nord de Paris. Les quartiers de Lutèce où les fouilles ont révélé le plus de tombeaux sont, en effet, autour de la
I. Lecointe, Launoy, Hadrien de Valois ont rompu des lances sur cetie question de la sépulture de saint Denis. Voir dans la Chronique de Frcdégairc, les notes ad cap. 79.
station De ^atnt SDents de rcstrée.
montasîne de Sainte-Geneviève sur la rive ofauche de la Seine.
En se dirigeant vers Catolaciis, les pieux chrétiens qui emportaient les corps des martyrs de Montmartre évitaient de traverser Paris et, de plus, ils étaient sûrs de trouver une nécropole païenne sur l'emplacement même qui fut occupé plus tard par l'abbaye. Dans ses notes relatives aux fouilles opérées en 1806. à l'occasion des restaurations entreprises, le baron de Guilhermy cite des fragments de marbre blanc qui provenaient assurément de sarcophages pareils à ceux qu'on a retirés des Aliscamps d'i\.rles, ils représentaient en ronde bosse des chevaux et des personnages renversés comme dans les scènes de combat, sur un autre fragment on voyait un guerrier coiffé d'un casque et portant un bouclier. Les mêmes fouilles ont donné une corne de bélier en pierre, des styles et des vases lacrymatoires (') : ces résultats sont ceux' qu'on recueille autour des tombeaux des premiers apôtres de nos diocèses.
Un ouvrage tout récent et très bien présenté sur les fouilles pratiquées sous l'église des Trois Patrons, nous apprend que le terrain situé au Nord de l'abbatiale était rempli d'inhumations très profondes pratiquées dans des sarcophages de plâtre dont les débris ont été recueillis au musée de Saint- Denis. Les dessins qui en décorent les parois, à la tête et aux pieds, sont généralement des croix inscrites dans des cercles, des roses des vents, des grands cercles accompagnés de quatre petits, des rondelles, des croix pattées, ornements qui sont bien conformes au goût de l'époque mérovingienne ('). Le mobilier qui s'est
1. Recueil de notes imwuscrites, t. I, p, 167. Bibl. nationale nouv. acq. fr. 6121.
2. Véolise desTrois Patrons à Saint-Denis en France. Fouilles et découvertes. Publication de la Commission du Musée, 1906. I vol. in-40 avec planches.
rencontré dans plusieurs tombes est venu confirmer l'opinion que la fabrication de ces cercueils peut se limiter entre le V^ et le Ville siècle.
Autour de l'église Saint- Marcel située à l'opposé de la ville, on a déterré des sarcophages de même nature, ornés de la même façon. Des tombeaux monolithes sont également sortis de terre autour de Saint- Denis de l'Estrée : il faut donc croire, après ces constatations, que la population de Catolacus était assez dense dès le VI^ siècle.
Les chrétiens n'y étaient pas rares à la fin de la période gallo-romaine, car il est avéré qu'on y construisit pour eux un édifice qui portait le signe de la croix sur des antefixes fabriquées en terre cuite ("). On a eu la bonne fortune de retrouver l'un de ces accessoires significatifs dans le cours des fouilles voisines de l'église des Trois Patrons et de la basilique.
La contradiction qui paraît résulter de cette double fondation de Saint-Denis de l'Estrée et de Saint-Denis l'Abbaye sur un seul territoire n'est qu'un trompe-l'œil, elle se résout facilement quand on se souvient de ce qui s'est pratiqué ailleurs, à Autun, par exemple, et aux Aliscamps d'Arles.
Les cimetières des vieilles cités galloromaines étaient d'une grande superficie et servaient d'emplacement pour l'érection d'une quantité d'églises. Le polyandre de Saint-Pierre de lEstrier d'Autun comprenait trois cimetières, trois abbayes et plusieurs oratoires.Ow^^t.w'i bien croire aussi que le terrain de Saint-Denis de l'Estrée était dans le périmètre assigné à l'abbaye, dans le principe (la distance qui les sépare n'est pas grande), et que la première était destinée à suppléer à l'insuffisance de la seconde.
I. Voir la reproduction dans l'ouvrage indiqué cidessus, en tête.
jRebue tJc l'art cbvéttrn.
Ensuite, il n'est pas prouvé que l'église Saint-Denis de l'Estrée fut fondée sous cette invocation au début et qu'elle avait droit de priorité sur l'autre. Mais, quand bien même il serait établi que son nom n'a jamais varié, on pourrait répondre que la répétition des mêmes invocations ne gênait pas les Anciens ; au contraire, ils aimaient à proclamer leur vénération en multipliant les fondations sous le même titre. Dans la liste des églises de Paris on relève bien des noms deux fois répétés pour le même personnage, comme Saint-Etienne du Mont et Saint-Etienne des Gréz, Saint- Jeati le Rond et Saint- Jean en Grève.
Saint-Denis de l'Estrée étant placée sur la grande route avait l'avantage de rappeler au passant, comme une enseigne, que les reliques du patron de Paris n'étaient pas éloignées et qu'en se détournant un peu, il pouvait aller les vénérer à l'Abbaye. Cette double fondation a divisé les critiques en deux camps. Les uns, comme le moine anonyme de Saint Denis et Doublet, s'appuyant sur une fête qui consacre une translation de reliques, le 22 avril, ont dit que les martyrs étaient venus de l'Estrée à l" Abbaye, et les autres ont répondu avec Mabillon et l'abbé Lebœuf, que les déplacements de ce genre étaient contraires aux mœurs de l'église primitive, et qu'il valait mieux admettre la provenance de l'Abbaye. Le jour de l'installation des reliques sous Dagobert, on a bien pu, en effet, si l'église de l'Estrée existait déjà, y porter en grande pompe quelques parcelles de reliques, et, dans ce cas, on aurait l'origine expliquée du dépôt dont la présence fut constatée, en 1577, à l'Estrée. En pratiquant des fouilles, à cette date, le prieur trouva trois petits sarcophages d'un pied de long, sur lesquels il releva des croix et l'inscription suivante :
reliqiiiae de vestimentis et pulvere SS. Martyrjon Dionisii, Rus t ici et Elenthei'ii (').
Evidemment ces trois monuments ne peuvent être les véritables sarcophages des martyrs parisiens, ils sont trop au dessous de tout ce qu'on a fait dans chaque diocèse pour préserver les restes des premiers apôtres. On employait plutôt des auges pesantes et très longues, et l'épitaphe se réduisait à un nom comme Eutropius, Valerianus, Eîichariiis, etc. Les apparences sont donc favorables à la thèse de Lebœuf. La conviction serait complète si ce critique avait pu ajouter la description des grands sarcophages déposés sous le maître-autel de la grande église abbatiale. Leur comparaison avec les petits reliquaires de l'Estrée aurait mieux fait ressortir la subordination de l'une à l'autre.
Quintien, évêque de Rodez, ayant agrandi la basilique du bienheureux Amand, l'un de ses prédécesseurs, crut bien faire en transportant le corps du patron dans le nouvel édifice, mais cette entreprise déplut au saint qui lui apparut en songe pour lui dire : « parce que tu as déplacé mes os qui reposaient en paix, moi, je t'éloignerai de cette ville » (').
Dom Mabillon et l'abbé Lebœuf étaient dans la vérité quand ils défendaient la tradition romaine et invoquaient les règles qui présidaient aux translations. On croyait fermement au Moyen-âge que les saints eux-mêmes avaient horreur du changement, et que le lieu de leur sépulture une fois établi, ne devait plus subir de déplacements. Il y a une foule de légendes sur ce