ÉPOQUE DE CONSTRUCTION DE L'ÉGLISE ROMANE
NOUS n'ignorons pas combien il est malaisé d assigner une date à l'église romane que nous étudions ; aussi ne so.ngeons-nous pas à résoudre la question, mais simplement à publier quelques notes qui l'éclaireront peut-être. Ces notes comprennent l'examen rapide de ce que Grimald et plusieurs auteurs des temps actuels nous ont transmis. On voudra bien, pour nous suivre plus aisément, tenir compte de ce qui a été dit précédemment, et se reporter souvent au plan du XVII le siècle dont nous parlons sans cesse dans le cours de nos explications.
Le premier auteur qui ait signalé une église bâtie par saint Dominique est donc le moine Grimald. Rappelons qu'il écrivit la vie du grand abbé, sous le gouvernement de Fortunius (1073 1 i 16) son successeur immédiat. Il est plus qu'utile, croyonsnous, de citer encore le texte dans lequel le chroniqueur décrit l'œuvre matérielle du saint : (<'... quam eleganter ecclesiam et omnia monasterii habitacula pêne vetustate . consumpta ac semiruia, cum nimio labore gravique angustia... reedifîcaverit et pristino melioratoque decori restituerit ("). »
Bien certainement le texte n'est pas aussi clair que nous l'eussions désiré. Mais il nous semble dire que le saint reconstruisit, transforma et agrandit l'église primitive, et que le nouvel édifice était comme une autre église, plus belle et plus importante que celle qui existait auparavant : « Ecclesiam... reedificaverit et pristino melioratoque decori restituerit». La nef ancienne et les bas-côtés refaits, améliorés et augmentés de quelques travées, puis surtout un long transept, garni de cinq absides ou absidioles — enfin l'église dont le plan a été tracé au XVII I*" siècle, voilà, croyons-nous, l'œuvre de saint Dominique, ou plutôt, nous nous hâtons deï'ajouter,\ œuvre commencée par lui ('). Rien, du moins, semble-t-il, ne s'oppose à une opinion qui, somme toute, concilie le texte de Grimald avec le plan de l'église primitive et celui de l'église romane.
Nous tenons à faire remarquer de suite que le plan, dressé au XVIII^ siècle, est celui de l'église à cette époque, c'est-à-dire d'une église qui probablement subit des altérations pendant les siècles qui suivirent saint Dominique. Par exemple, toutes les piles de la nef, tant dans l'église haute que dans l'église basse, devaient, à notre avis, s'élever sur le même plan, nous voulons dire qu'elles devaient présenter en tracé un pilier cruciforme, comportant, sur chaque face, deux colonnes engagées. C'est le plan des quatre piles de la nef, et des deux piles qui terminent le même vaisseau, à l'Orient. Comme, pendant bien des siècles, de nombreux pèlerins de la Castille et d'ailleurs affluèrent dans l'église abbatiale et se pressèrent dans la chapelle qui abritait le corps de saint Dominique, il ne serait nullement
1. Ft'/n Beati Dominici, citée par D. Féroiin : Histoire, p. 42.
I. Le porche a peut être été élevé plus lard contre la façade nord.
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étonnant que, pour faciliter l'accès près et devant le tombeau du thaumaturge (c), on ait refait ou remanié, à une époque que nous ne saurions déterminer, les travées des bas-côtés et de la nef, en avant de ce tombeau. Les quatre piles et leurs trentedeux colonnes auraient alors été remplacées par les simples colonnes cylindriques qui se voient sur le plan. Les colonnettes qui flanquaient les deux premières piles de l'église haute ont dû être supprimées, du moins dans leur partie basse, pour des raisons analogues.
Après Grimald pourrait venir le P. Nebreda ; mais nous avons cité de lui ce qui était un peu précis. Nous croyons mieux de passer outre et d'arriver de suite à D. Férotin, l'auteur qui, sans conteste, a le plus mérité de l'abbaye de Silos. Voici comment cet historien parle de l'œuvre de saint Dominique : « Il restaura et agrandit la basilique de Saint-Sébastien, en même temps qu'il releva les bâtiments en ruine de la vieille abbaye. Une partie considérable de l'œuvre du grand abbé est encore debout, après plus de huit siècles. ... Le cloître, décoré de nombreuses colonnes, ... témoigne de l'habileté peu commune des artistes qui élevèrent un pareil monument. L'église était plus belle encore, avec son vaste portique orné de figures en pierre, ses trois nefs voûtées et terminées, à l'est, par autant de chapelles absidales, sa tour surmontée de solides créneaux, et la superbe coupole qui s'élançait au-dessus du transept (') ». Et l'auteur ajoute en note : « Au témoignage des anciens moines de Silos, témoignage confirmé par un plan assez imparfait que nous avons retrouvé au archives de l'évêché de Ségovie, cette église ressemblait beaucoup, quoique dans