I III. — LA CHAPELLE DE SAINT-LEGER
Tout ce qui touche les saints devient sacré pour les peuples. La terre de leur exil, où leurs ennemis les ont abreuvé» d'humiliations, devient le marche-pied de leur trOne et le fon- ^ dément de leur immortel triomphe. Au vn' siècle du règne de ' Jésus-Christ, Ébroîn, maire du palais, dépoite, sur le rivage barbare des Calètes, saint Léger, évéque d'Autun. el Ifi il opère
des prudigos, il sunctifie les liuiiimes, buptise les irilidêles et devienl sur la [erre et daiis le ciel le protecteur et l'uiiii de ces populations, ijui l'aiment parce qu'il les a sauvées.
Les habitants de nos rivages prétendent ijue de Fécamp saiiit Léger est venu k Saint-Valéry, qu'il a évangélisé celte terre païenne, et élevt; au vrai Dieu uu oratoire qui bientôt prH son nom. Ces bonnes gens vont môme jusqu'à dire que sur cette l'alaise, où nous sommes, le saint a perdu »on chapekt qu'il ne portait pas.
De l'ancienne chapelle, qui existait k coup sûr au iiii' siècle ■ . il ne reste plus que le clocher, corps-carré en gri'is, dont les quatre piliers et les ogives supportent une flèche d'ardoise entretenue par l'État, parce qu'elle sert d'amers aux pécheurs de la càte. La vieille chapelle devait être en tuf, car il en reste quelques traces dans les écroulements des murs. Son plan se ruconnalt encore sous l'herbe du cimetière.
On y porte les petits enbnts qui sont tardifs k marcher. On leur fait faire cinq fois le tour des ruines de la chapelle, afin qu'ils aient le pan léger.
Autrefois il y avait un chapelain qui disait la messe tous les jours dans cette chapelle; lesprfttres de Saint-Valery venaient «ouvent y célébrer. On dît même qu'elle portait le titre de prieuré. H. Pichard, curé de Sainl-Valery avant la Révolution et inurt h Rochefort. signait : « curé de Saint-Valery , prieur de Saint-Léger et grand amnônîer de N.-D. de Bon-Port. i
Sur les lambris était peinte k vie de saint Léger. Nous avons encore vu un fragment de cette peinture, représentant le saint au moment oîi U va élre saisi par un cavalier. 11 boit le calice avant de partir. Sous l'Empire, M. Mascrier acheta la chapelle pour la démolir.
Les vieillards disent que l'ancienne chapelle Saint-Léger était à la côle Boquet, près les Pénitents, avant d'être transférée lit où elle est aujourd'hui. Cette assertion se trouverait presque corroborée par une charte de l'abbaye tle Fécamp, qui mentionne des maisons et des édiiices qu'elle possédait au xni* siècle près du havre de Saint-Valery, du côté de Saint- Léger.
§ IV. — Là. CHAPELLE DB CLËXENCËB OU CLIMACHÏ.
Dttas un des vallons solitaires qui affluent k la vallée de iUrtulaire de Fécamp.
Sainl-Viilery, «m voyait encore, il y a quinze ans, un massif d'nrbrcs ombrageant les ruines d'une chapelle, unique débris d'une maladcriedu moyen-Age. Cet liospice, cet oratoire, sous la protection de saint Georges et de sainte Madeleine, portaient le nom de Clémencée. que le peuple avait traduit par celui de Clëmachie ou de Climachy. Comme bénédce ecclésiastique, ^é/fiXe chapeUe, sise au hameau de Rédeville. relevait de la pa- < ^WÎsse de CaiDeville, et était à la nomination du curé. Comme fondation charitable, elle était l'œuvTe des châtelains de Néville, suzerains du port de' Saint- Valéry, aussi, féodalement parlant, elle resta toujours sous la dépendance de ces puissants seigneurs. Lorsqu'en 1620, les derniers descendants de cette famille de chevaliers, appelèrent sur leurs terres, comme une bénédiction du riel, une colonie ;de'Pénitents, ils les installèrent dans les murs de la Madeleine de Clémencée, alors vide .
de malades et de lépreux. Les bons religieux en sortirent en 1623 pour s'établir k Saint-Valery, et depuis cette heure le 1 silence s'est fait dans ces murs si long-temps consacrés S) la | prière. On dirait, qu'en se retirant de cet asile, les pieux enfants de Saint-François ont secoué sur lui 1 leurs pieds.
Devant la porte de la rhapelle, j'ai encore vu, il y a moins . de dix ans, une pierre tumulaire, à demi-cassée, qui laissait voir une tombe entr'ouverle. Celte dalle recouvre, dit-on, les restes d'une demoiselle de Bréauté, qui. jeune encore, aurait dévoué sa vie et son existence au service des pauvres lépreux. La tradition de ce pays lui attribue le Miracle des Roses, si cher aux temps chrétiens et dont la catholique Allemagne a embelli la vie si poétique et si sainte de la reine de Hongrie. Quoique le moyen-flge ait un peu promené de tous côtés cet intéressant prodige, nous ne le rejetterons pas de nos livres
dont il unie dcjfi les premières puges ■. Un jour iluiic que riiospitalière châtelaine portait à ses ehers lépreux des provisions prises dans les buffets du château, elle rencontra son père qui, soupçonnant quelque nouveau larcin, demanda d'un air sévère ; « Que portez-vous Ift, ma fille? » Mon père, ct sont des fleurs, » répondit en rougissant la pieuse infirmière des pauvres, avertie sans doute, par une vois intérieure, du prodige qui s*opérait sur elle. Ce disant, elle ouvrit son tablier qui parut rempli de roses aux yeux du baron émerveillé.
^ V. — l'aACIBN couvent DBS rRniTENTS.
L'auteur de l'histoire du tiers-ordre de Saint-François raconte, avec la plus grande bonhomie, que les bénédictions de Dieu, répandues sur le couvunt de Veules. firent sortir de terre celui de Saint-Valerj-en-Caux. La sainteté et l'édification que les Pères répandaient dans le village, passèrent jusqu'à la ville qui voulut en parfumer ses murs et ses demeures. Il faut dire aussi que c'était le- moment de la ferveur conventuelle dans If royaume de France, qui ne mérita jamais mieux le titre de très-chrétien. Des maisons de Carmes, de Minimes, de Feuillants, de Recollels, de Capucine, de Pénitents, s'élevaient de tous cAtés. La Normandie accueillait^ bras ouverts les enfants de Saint-François. Rouen reçut le tiers-ordre en 1612, Veules eu 1617, Laigle, le Havre et Saint-Valery en 1620. Sainl-I.ô, Houlan, Aumale, bouviers, Pont-de-l'Arche et Bernay, leur ouvrirent leurs portes quelques années après.
Les annales du tiers-ordre entourent l'origine du couvent de Saint-Valery d'une légende curieuse et édifiante, elles disent qu'un prêtre anglais, nommé M° Guillaume Languedoc, avait prédit long-temps à l'avance leur arrivée dans cette ville. Cet homme était un véritable ermite, vivant d'aumônes, couchant sur la terre avec une pierre pour oreiller, et pratiquant des austérités extraordinaires. Souvent il venait prier Dieu dans une grange abandonnée, servant de retraite k des libertins qui y commettaient toutes sortes de désordres. « Sortez d'ici, leur disait-il avec zèle, ce lieu sera un jour une maison de sainteté où Dieu recevra des sacrifices de louanges pour la réparation de vos péchés, »
Les vieillards de Saint-Valery ont attesté de leur proiiro
' lu Èglitt' dt rarnmdtsifmnU du Bavrc. t. u, p. 1S9.
maiu celte [irupliiUie qu'ils iivalenl recueillie de la bouche mâme du saiut prêtre. Nous dunnous ici cette pièce intéressante, que les religieux conservoieut dans leurs archives :
« Nous, soussignés, bourgeois et habitants de Saint-Valeryen-Cau\, certifions avoir entendu prédire à un bon prêtre, Angloîs de nation, homme de bonne et sainte vie, plusieurs années auparavant que les religieux Pénitents du tiers-ordre de Saint-François, de uotre dit lieu, fussent estahlis où ils sont maintenant, que la place où est silué h préseut leur couvent, et où ce bon prestre se retîroit dès ce lemps-ln pour dire soD bréviaire et faire ses autres prières et dévotions, devoit estre uu jour il venir une maison de sainteté et un lien où Dieu devoit ostre adoré et scrvy. En foy de quoi nous avons signé le présent acte pour servir à qui il appartiendra. L'an 1 660 le 45 mars, signé Mathieu Bertrand, Jean Plé, Pierre Anquetil, Jacques Cavelier, Jean Raud. »
Deux ans aprt^s l'étahUssenient des religieux dans la ville, c'estrJi-dire en 1633, la prédiction que nous venons de citer s'accompht d'une maniiîre qui fiit regardée comme miraculeuse dans l'ordre de Saint-François.
Le clergé de Saint-Valery et la noblesse des environs s'unirent ensemble pour introduh'e les Pénitents dans la ville. La supplique cléricale est datée du 19 novembre 16S0. Duplessis dit que la ville lit une opposition dont on ne tint pas compte. Les preiuiers Pères qui s'y introduisirent étaient venus k la prière du curé, qui les installa tout d'abord dans la chapelle de N.-D. de Bon-Port, Tous le.8 gentilshommes réunis adressl)rentune supplique îi l'abbé et aux religieux de Fécamp, pour obtenir la permission d'établir dans leur ville un couvent, qui ne ferait aucun tort aux mendiante de Dieppe et de Fécamp. On demandait les bons Pères pour recevoir des consolations spirituelles et pour l'administration du sacrement de Pénitence, le tout à la gloire et bien du pays. Cette requête était signée de messircs Adrien de Bréauté, chevalier, conseiller du roy et premier escuycr de la reine-mère ; d'Adrien de Houdetot, chevalier, maître de camp d'un régiment français ; de Jean Toutain, sieur de Paleusemare, lieutenant-général, civil et criminel au bailliage de Caux et siège de Cany ; de François Louvel de Janville, conseiller, secrétaire du roy en sa chancellerie de Normandie, de Jean d'Orival,
Traii dû CuverviUe, sieur di^ Saiiilv-Culuinbc; de Jacques de la Berquerie, de Jeun d'Ëspinevillf, dit Charles de Clf-rcy et di; Simon Diel, sieur de la Fosse.
A cette légion de chevaliers uous devons joindre encor.; le nom de messire Adrien de Bréauté, chevalier de l'ordre du roy, capitaine et gouverneur de Saint-Valery et des côtes de Caui, oncle du précédent; do Françoise de Boocherolles, sa r«Mnme, et de Jean-Baptiste de Joves, son lieutenant, qui avaient adi-essé leur demande dès le 10 novembre 1620.
En atlpndant l'aulorisation de l'abbé de l'écamp, l'archevtïque do Rouen, François I" de Harlay, accorda provisoirement aux religieux , le 1 2 octobre 1 621 , la permission de vivre h >olre-Dam(!-dc-Bon-Porf, selon les coutumes et les règles de l'ordre. Le b novembre 1623, Uenri de Lorraine, abbé de Fècamp, accorda au^ Pénitents la facultn de s'établir dans tel l^ubourg <le Saint- Valéry qu'ils voudraient choisir, et en tel nombre que bon leui' semblerait.
Les sires de Bréauté, ch&telainsde Néville, barons et haulsjnsticiersdeCuny-Caniel, s'étant déclarés fondateurs et prutecleorsde nos religieux, leur donnèrent la chapelle de Saint- Georges de Clémencée, cette vieille léproserie fondée et illustrée par leur famille. Cette donation, passée devant notaire, fut conlii-mée par l'abbé de Pécamp et l'archevêque de Rouen . LeHoi lui-mâme, par lettres-patentes du mois de juillet 1647, datées d'Amiens, confirma la l'ondalion du couvent de Saînl- Valery ut la donation de la chapelle de Clémencée, ii condition ^eles religieux célébreraient chaque aunëc, {i perpétuité, un office et une messe haute des morts, pour le feu roi Louis XllI, le 1 4 de mai, jour de son trépas, et chanteraient k la tin de la messe pTÎncijmle du couvent, auic fêtes de saint Louis et de sainte Anne, VExaudial pour le Roi, la Reine et leurs successeurs. Dans cet acte solennel, qui créait pour le couvent de Saint- Valery une existence nouvelle. Louis XIV lui-méœe se déclarait protecteur du monastère. Une violente opposition, émanée du corps de ville, essaya vainement d'emp^clier l'enregistrement des patentes royales. Le Parlement de Rouen confirma l'existencedenosreligieux.parun célèbre arrêt du30aoûtl(i*7. Cette };uerre une fois calmée, ces obstacles une fois vaincus, Ie dévotion des peuples éclata avec enthousiasme envei-s le* wrviteurs de Dieu. La ville se peupla dp tertiaires séculiers de
lout sexe el de tuulef'undttion. A la téle ilo h noblesse brillart M"" de RoncheroUes, mère du marquis de BréauW, maître de camp du régiment de Picardie, qui fui tué au siège d'Arras. «Dieu, ditThistorienderordre, avait enrichi ccttedamcdedons particuli(!rs, dont elle fit un saint usage, soil dans les grandes afflictions qu'elle eut k soufTrir, soit daos la pra^que des œu- ^Tes de la piété chrétienne.» Le 1% février 1&39 elle avait fait profession dam le couvent de Veules, entre les mains du P. Oronce, de Hoiifleur, provincial de Tordre. Elle mourut & SaiDt-Valery, le 19 mars !6ti,
La bourgeoisie marchait sous la banuièrc de Marguerite Dupré, la dovenoe des tertiaires, qui avait reçu l'habit à Veules et bit professioQ à Saint-Valéry. Ctitte pieuse chrétienne avait poussé le zèle envers les bons Pères jusqu'à donner sa maison pour y installer les einq premiers religieux qui descendirent k Saint-Valery. Elle les garda ainsi pendant deux ans et leur lit tout le bien que lui permettait sa fortune honni^te mais médiocre. C'est une chose bien remarquable que les hommes de Dieu trouvent partout, dans tous les temps et dans tous les pays, des saintes femmes qui se dévouent corps et Âme j à eux et h leurs œuvres. C'est ainsi que de nos jours noua avons vu k Ingouville M"" Dodard , recevoir et accueillir chex elle, pendant quinze ans, tous les prêtres, tous les évéques, tous les missionnaires qui partaient du Havre pour la Chine, les Indt!S, l'Amérique ou l'Océanie.
Une autre sainte femme de Saint-Valery hérita du dévoû- , ment de M" Dupré , envers les pieux Franciscains. Ce fut | M"" Gueroult, dont le nom est écrit au livre de vio, dit l'histo- j rien de l'ordre, et dont les vertus seront d'autant mieux publiées au jour du jugement, qu'elle a pris plus de peine pour les \ cacher sur la terre. Pour la récompenser de ses bieufaits, les 1 Pénitents inhumèrent dans leur chapelle de la Vierge, cette ' charitable dame avec son mari et son fils.
« La situation du couvent, dit le père Marie de Vemon, est d'elle-même assez dévote. » Cela veut dire, dans la pensée du saint homme, que le site du monastère portait au recueillement et h la méditation. En effet, couvent cl église étaient siluéshorsdelaville, au milieu des champs, dans un frais bocage où fut peut-être une chapelle de Saint-Léger. Du haut de cettâ côte on commandait le port et on découvrait la mer qui s'en-
- ÏÔ —
r la baie de Dre;
ronce en anse pour Former la baie de Urepite. L'œil suivail avec curiositL^ et avec terreur la lou^çuc série des Maises blanches ijui se perd h l'horizon dans les sables de la Picardie. A rextrémitt: de la côte, c'est Leuconaus, <[Ue saint Valerj- a baptisé el d'où il est sorti pour sanctiHer les côtes de l'Océau et la terre où nous sommes. Rien, à mon avis, ne porte plus h la contemplation des choses de Dieu que la iner et ses rochei-s, le cid et ses tempêtes, l'horizon et son immensité. Pour âtre dévot, faut t^tre matin, dit-on communément ; nous pourrions ajouter, qu'il stillit de contempler la meraTec l'œil de l'intelligence .
Lorsqu'en 1fi67. \o. Pèie Marie de Vernon visita la chapelle et le couvent de Saint-Valery, il tut plus heureux que nous. II les trouva pleins de vie et animés par la prière et le chant des psaumes. Un peuple nombreux s'y pressait h toutes les fêtes, et le sanctuaire était richement urni^ de statues, d'images, de reliques et de boiseries, fruits de la libéraUlt^ des populations el de la piété des grands. Les Bréauté avaient fondé et décoré la chapelle de Saint-.\drien. le patron héréditaire de cette famille de guerriers. Leurs armes brillaient aux vitraux et sur les murailles. H™ la marquise de Bréauté, fille du comte de Fiesque, avait garni l'autel d'une magnifique guipure et revêtu le prêtre d'une riche chasuble. M, de Ricarville, qui avait donné au tiers ordre le pi^re Casimir de Saint-Valery, délinîteur de la province de Suint-Vves, avait son tombeau dans cette chapelle.
A côté était celle de Xotre-Dame-tie-Bon-Secours, patriiiine (lu couvent- Celle-ci renfermait une image de la Reine des anges, faite avec du bois miraculeux de Notre-Dame de Boulogne. Cette précieuse relique avait été donnée au tiers-ordre, par H*" la marquise d'Aumont, dont le mari, étant gouverneur de Boulogne, l'avait reçue des mains du maire et des échevins de la ville. La pieuse donatrice, en léguant ce trésor aux enfants de Saint-François, leur avait imposé la charge de le faire vénérer dans une des chapelles de leur ordre. Ce fut pour s'acquitter de cette obligation , que le provincial le P. Oronce de Uonlleur, en lit don au couvent de Saint-Valery en 1631*.
Lo culte de Notiv-Dame de Boulogne, était très-répandu eu Normandie. Nous en trouvons la preuve parmi nous, dans l'église d'Avesnes, où la Vierge de Boulogne était représfititée
— 2fi —
dans un vitrail ', u Saiiit-Sa(>ns où elli! a uni- cliai>elle (t(> son nom, e( h Uiepi>o où sun image se. voyait au coin d'urift rue, on 177S>. Il paraît bien que celte dévotion se répandit duiis la J'riinii'. au XIV" siècle, el l'on reporte à 1420 rétablissement (l'une rliupelle de Notre-Dame de Boulogne, dans le Lois de Sainl-Cloud, pris Paris, appelé aujourd'hui U bois de BoiUognt ' .
Outre le bois de Notre-Dame de Boulogne, le couvent de Sainl-Valery possédait encore des reliques de saint Lucius, de saint Marianus, de saint Madius et de saint Antoine, martyrs. La cbapelle était toute parsemée d'armoiries. Les éeussons des Janville, des Tallebot, des La Ileuze et des Anglesipievitle, brillaient aux Titres qu'ils avaient données ''.
A présent c'est le désert et la désolation. Nous sommes presque revenus à la grange du bon prêtre anglais. Mais personne à présent ne se sent le courage de faire une prophétie. On est k peine certain du jour, comment répondre du lendemain? La grande Révolution française a fermé ce couvent, comme tant d'autres, et vendu ses biens ^. Les derniers Pares sesont dispersés dans le monde, â la grâce de Dieu. Seulement ici les bâtiments n'ont pas été vendus, ni aliénés. Après destinations diverses, ils ont été détînitivement affectés au service militaire de la place. L'artillerie et le génie y logent leurs liommes et leur matériel. Un arsenal de guerre a remplacé un arsenal de prières. Aussi, malgré son appropriation profane et et guerrière , lu niai»>n a conservé toujours sa physionomie monastique et religieuse. On sent que c'est ta demeure d'une famille absente, d'une famille qui n'a rien de commun aver celles d'ici-has,
Le ii juillet 18tS, quand nous avons vinilé le couvent de Saint- Valéry, nous avons trouvé que l'ensemble des constructions faites avec le grJ;s du pays formait encore un carré parfait. L'église, qui sert parfois aux élections du sutfrage universel, a une belle entrée sur la rue pour le public, t^'est un
' LtA Èglii«* de VarrùHd. de Dieppe, 6gli*et ruroW. [t. 217. — ' Il mI IiriiliAbk i|ue r'»l i cent Imaite que la rne Nalrp-Diime doit Min nom. — ' Arrtw d« ffo'ira. dn IHiU, |i. 84 Recherchf* hittoriqutt. par M, BaratMÎ. •- ' Tous les dtlaili tiltlorir|jFS qui précèilent tonl eilraiu d'une BuUAre génératr el parlieutiirf du lirri-ordre de Sainl-f'rantoii d'Astûr. par t« 1' Uaric de Vernon, t. m, p. 298 à 30S. Pnrit, 16(17. — ' Le t7 janvier ■701, k disirici ilf C*n] tciidri 13,000 fr, 22 arre; ile icrrc t Névirie, a(in«rtenanl aux Pitiilfoi'df Sa ini- Valéry. — .\rrh <l^p»rl,
grand vaissnaii encore reviïtu des lambris en bois dont le rouvrirent les nobles l't les religieux. Les (ieu\ chapelles de Bon- Secours el de Saint-Adrien formaient la pnintfivers le nord, elles sont encore fermées avec d'éli^gantes boiscrit's Ji colonnes torses dans le style de Louis XIIl, qui mériteraient d't^tre conaenées. Ces chapelles n'ont pas trop souffert. Aussi elles montrent îi côté d'armoiries féodales des devises républicaines . Ce ([ui prouve que l'église a servi lie club en 1793. Il faudrait peu d'argent pour remettre celte cliopelle en état de servir au culte et alors elle serait fort utile au quartier Saint-Legcr, quartier populeux et totalement dépourvu d'église depuis la destruction de ia chapelk' de ce nom. On pourrait établir ici. comme k Bon-Porl, une succursale fort précieuse pour une population chrétienne et très-allachée k ses devoirs.
Le cloître, contigu h l'église, est parfaitement consen'è. Seulement il est un peu plus sombre qu'au temps où les disciples (le Saint-François circulaient sous ses voAtes. Leurs sépultures peuplent seules ce dortoir de l'éternité, et, h coup sur, aux jours de la tourmente révolutionnaire les exilés envièrent plus d'une fuis le sort de ceux qui reposaient ainsi dans le Seigneur ii l'ombre des mura sanctifiés et bénis de leur couvent : Beati moTtui qiù in Dominii moriiinlar. De tous ceux qu'on y a descendus il ne reste plus que deux noms que nous p.vonslus avec respect et que nous transcrivons ici : « V. P. Cr.ndi(Ius Nicole obiit die 20 de;!embris I6fi7- Requiescat in pace. — V, P. Juvenalis, visitator ordinarius, obiit die martli 1787. • Os inscriptions sont simples et modestes comme celles des martyrs des catacombes. Déjà nous avions eu l'occasion d'admirer cette touchante humilité franciscaine dans le cloître des Péniti^nts (lu Havre, lorsque nous avons décrit l'église d'Inguuville ' . Hélas ! nous avons bien fait d'en prendre note en 1 8ii, car ce nécrologe franciscain vient de disparaître cette année. L'agrandissement de l'église d'ingonvilje, en 1851, a effacé pour toujours le dernier feuillet de la vie de ces zélés apôtres de nos campagnes.
NEVIliliE.
Néville est un des points les plus im|iortauts du l'elit-Caux. Situé sur une hauteur, d commande le vallon de Saint-Valery, où coulait jadis une rivière, que le saint abbé de Leuconaus
' U* Églite* àt iarroiutisKment du Havrt, t. i», p. 16.
boucha aviJC des balles de laine, s'il ftiut eu croire la Iraditioti lucale. C'était, ajoute le peuple, pour anéantir les pratiques supertilieuses dont cette eau sacrée était l'objet. Toutefois la source reparut au xv" sièle, pour disparaître de nouveau dans le iM'. Cette version populaire s'accorde avec les monumeuts historiques, qui attestent que Saint-Valery avait une rivière comme Etretal. Dupl^ssis et Noël de La Morinière sont les premiers témoins de la vérité historique t[ue nous essayons de faire rerivTe.
Néville était le siège d'une grande puissance féodale. Son chAteau dominait sur tous les pays d'alentour. Ses racines s' enfonçaient profondément dans le sol. De grands fossés, de larges douves protégeaient ces éternelles murailles. Les récits que font les démolisseurs de l'antique cpusseur des murs, sont vi-aiment faliuleux. Un grand mystîïre entoura long-temps les ruines de ce vieux ch&teau, et les récits les plus romanesques s'attachent encore it ses pierres, kson nom et jusqu'il ses fondements. Mais hélas I il n'en reste plus aujourd'hui que le souvenir. La charrue heurte parfois ces murailles arasées; le blé pousse là où naguère se dressaient les armes, et des laboureurs moissonnent \k où se battirent des châtelains bardés de fer. Un grand puits, resté comme dernier vestige, semble dire que tout ce qui s'élève tombe et qu'il n'y a que ce qui s'abaisse qui dure.
L'enceinte du vieux chflleau est devenue une ferme d'où l'uu jouit d'un magnifique point de vue. 11 y a peu d'années encore M. Hellouin, propriétaire actuel, a fait démolir les derniers fondements. On y a trouvé des pavages faïences, fleuris et fleurdelysés, et le sceau en cuivre de « Hicarl de Laistre « sans doute un garde-scel du xiii' siècle.
On l'ail remonter jusqu'à Ilerlel, compagnon de RoUon, l'origine normande du chAteau de Néville. Ses successeurs escortèrent Guillaume eu Angleterre et Richard en Palestine. Riche.>i iH chrétiens ils se montrèrent prodigues envers les églises et les monastères. Dans le cours du xw siècle, Pierre do Néville donna son église paroissiale II Hotrou de Warwick, archevi^que de Rouen. Au commencement du xur. Robert de Néville <lonna à l'abbaye de Fécamp les coutumes du hftvre Pi du port de Saint-Valery-cn-Oaux ", anciennement connu
' Hiit df Fffamp. pir Fillac, p. 193.
sous le iioiD de PoTl^!faearrit. Eu 1 282, Agntis de Néville, seule héritière de la tamille. é|iousa Ouilluuriie de ilréaulé, el porta ses biens k cette famille de héros. Guillaume périt à la bataille de Courtray, avec la fleur de la noblesse û-aiiçaise. Sa fille, pieuse et l'harltable, Ibnda, dans le vallon de Saiiil-Valery, la léproserie de Saint-Oeorgcs de Clïmacliy. C'est lit qu'elle se dévouii pour les pauvres et qu'elle trouva son tombeau , La bv gende du Miracle des Rose/i parfume cette tombe sainte, comme elle embaume la mémoire de la reine Elisabeth de Hongrie, cette fleur sainte du un' sit)cle.
Les Bréauté se distinguèrent dans mille sièges et combats contre les Anglais; car c'étaient de vulllatits chevaliers, fidèles à leui-s rois et k leur patrie. Aussi Henri V les dépouilla et donna leurs biens it Gautier de Houguefort, son chevalier ■; mais Charles VU le leur rendit après la cunquJllc du la r^uriiwiidie; aussi le pouillé de Raoul lloussel rétablit dans leurs droits les sires de « Brevi altaii. » Le peuple parle de rencontres entre les Bréauté et les sirns de fiétliancourt, de Heuglenlle et autres des envû'ons; mais aucun combat n'a donné tact de gloire it celte famille que celui qui fut soutenu sous les murs de Bois-le-Duc, contre l'Espagnol Grosbendonq. Il fut célébré par les troubadours populaires, chanté par le^ poètes, raconté par les historiens el rejiroduit par la gravure.
Ce fut dans la redoutable enceinte du château de Néville, sous la présidence d'un sire de Dréauté, que furent décidés la grande Ligue cauchoise et le sort des trois plus puissantes villes de la Haute-Normandie. Le 45 mars lo89, le commandeur de Cliattes, gouverneur de Dieppe ; de Villars, gouverneur du Havre; Claude Oroulard, premier président du parlement de Rouen, et M. deTiron, se réunirent pour une conférence où ils ne purent pas s'entendre. De Chattes et Groulard étaient myalistes. mais Villars était ligueur. Ils conclurent toutefois une tiève il'un mois, pendant laquelle chacun s'aiTermit dans sa résolution et se prépara pour la guerre ^.
Sur la place vide et silencieuse que nous arpentons en ce moment, on ue se douterait guire qu'un si grand évf>nement
' ntt cuiiiesïll VValKTiilluruit'rrurJ, TunUl. ii;rraiii do Br^auliy, 1431, ^jtnlns Nuriiiiiiiiix i\r. aiiiiu it, Bcnrici V. — Catalogue dm riitn ,\iir- LCeucom, tic. — ' Maniifccril anonîriic, p. 135.
se soil passif \h. Mais arrivons li Tti^'li^^' œuvre et sépulture desT cliJltelaiiis.
Ue monument (jui reste u'est pas ancien. On y reconnaît I cepeudaul la trace d'un graud éditée, construit priniitivemeul j au Kiir tttècle, mais il n'en reste que des fragments. L'église ogivale avait la forme d'une croix et le clocher s'élançait sur i les transepts. Cette vieille tour, placée entre chœur et nef, sur cguaire piliers dont on reconnaît encore les restes, supportait une haute flèche couverte de lames de plomb. Le 18 mai 1663, sur les quatre heures après midi, le tonnerre tomba sur l'aiguJIle et la réduisit en cendre. Le plomb fondu coulait comme de l'eau et tombait comme une pluie qui empêchait les travailleurs d'approcher. Le feu fut si violent qu'une des cloches fut | fondue et les deux autres cassées.
Toutes trois furent refondues en 1665. par les soius de i M, Jourel, tabellion et trésorier de l'église. On lisait sur la 1 principale l'inscription suivante : « L*an IC65 J'ai été bénite j par M' Raulin I,echarpenlier, prêtre du dioct-se de Seez, curé 1 de Néville, et nommée Franvoise, par messire François, sire de Bréauté, marquis de Hotot, seigneur-patron et chAteJain de Néville et autres lieux, et par haute et puissante dame Marie I Arbutpslc de Meulun de Montmorency, femme dudît marquis; M" Nicolas Jourel, tabellion, trésorier en charge; Pierre et ] Nicolas Bui-et, m'ont faite. » Sur la moyenne, un lisait: * 1665, fus bénite par M" Raulin Lecharpenticr, preslre du diocèse do Seez, curé de Néville, et nommée par messire Alexandre , sire de Brésuté , et noble dame Blanche-Agnès, son épouse. # Enfin, sur la petite) on lisait : « L'an 1665, fus bénite par M' Raulin Lecharpenlier, preslre du diocèse de Seez, curé de Néville, et nommée par messire Charles de Longaulné, , marquis de Bos-Hérout et gouverneur de Carentan, et haute j et puissante dame Marie de Fiesque, m^re dudit seigneur,' marquis de Bréaulé. ■
Ces deux dernières cloches ont été enlevées par la Révolulion, eu 1793, mais la plus grosse est restée. Toutefois elle 1 n'est plus la même, elle a été refondue l'année même de la I Révolution , comme le porte l'inscription suivante : < L'ui ^ (78tt, j'ai été bénite par discrête personne Charles-Constant Havas, curé de Néville, j'ai été nommée par messire François- Claude Le Camus , chevalier, conseiller au grand conseil de
Rouen, inteiidaiiL 'l' Aquitaine, seigneur et patron de Sévillo, Plaine-Spvelte, Porl-Nuvarre et autres lieux, Maire et Cartenet, fondeui*». •
Pour recevoir les trois cloches dont nous venons rie parler, na fit une nouvelle tour que l'on plaça au portail, selon l'usage dominant au xvii* siècle. C'est un majestueux et imposant corps-carré en grès, qui traversera bien des siècles l'effort des vents et des tempêtes. On lit sur un contre-fort : « La tour fut commencée le jour deSainl-Josepli, 1677. » M, Moquct, prêtre-chapelain de Saint-Jean 'de Plaine-Sevette et trésorier de l'église de Néville, conduisit l'œuvre de cette construction, oii l'on admire un bel escalier de 86 marches. Le toil, ipii couronne cette pyramide, est plat et disgracieux, il est surmonté d'un paratonnen-e place lil le 2 novembre 18iO, par M. Lefoyer, serrurier h Rouen. C'est afin d'éviter le retour de l'incendie de (663. La première horloge qui fut installée au clocher de Néville, datait de 1629.
Ce qui domine généralement dans la construction de l'église de Néviltc, c'est le grès de xvi' siècle, si universel dans le canton des Plains. La grande nef est accompagnée de deux allées latérales avec les(|uelles elle communique au moyen d'arcades cintrées, du xvi" siècle. Autrefois des poutres transversales soutenaient la charpente des nefs et du cha-ur. Celles du chœur furent coupées en 1773 et celles de la nef en 1776,
Les deux anciens transepts ont consené leur physionomie du xiu'' siècle, et sont devenus, l'un la chapelle du Saint- Sacrement, l'autre celle de Saint-Nicolas. Toutes deux étaient le siège de confréries, dont les titres de biens et de rentes se voient aux archives départementales. Les titres de la société du Saint-Sacrement n'existent guères que pour l'époque de la Révolution: mais la charité de Saint-Nicolas possède presque loules ses archives : d'abord ce sont des statuts approuvés en 15io, par l'arche vi^que Georges d'Amboise II, ensuite ce sont des contrats et pièces de propriété, de 1596 k 1789, puis onfîn le registre des inscriptions pendant les trois derniers siècles. Le chœur montre également, au milieu de ses travaux de la Hcnaissance, quelques caractères de l'église du temps des 'iroisadf's. L'arcade du crucifix est le lype le plus entier de ''citi' lielle époque de l'art chrétien. A droite et ii gauche du cIkuui'p sont les chapelles de la Sainte-Vierge et ite Sainte-
Anne, la fille flllii iiuVe, il<Hible nijdiliun, l'une ihi \m', l'au- »redu XVI" siècle.
La sacristie, de 1816, est la dentièrf tiAIiiist! faîte ii cette { église, dont uous allons maintenant passcreu revue le mobilier.
Le inallrc-aulel a été acheté à Péroime, eu Picardie, eo 1815, J pour la somme de 2,000 fr. On croit qu'il vient d'une ancienne i abbaye. 11 est en marbre rouge, comme les niarclies et les , gradins qui l'accompagnent. La coutre-table corinthienne qui ] le surmonte, a été laite en 18ii, par Vieillot, menuisier de j Reuville. pour 3,550 fr. L'ancien rétable, dévasté k la Révolu- | Y 4îon, avait été acheté eu décembre 1648, et avait coûté 1 ,820 fr. Le tableau qui décore le sanctuaire est une copie de l'Adora- ] tioH dos Bergers de Philippe de Champagne, donnée en 18i3 par le Ministère de l'inlérieur.
Le baptistère, en pierre, porte le millésime de 1614. Mais le , morceau le plus curieux de la uef, c'est le buffet d'orgues, joli i morceau sculpté av<^e beaucoup de goût dans le style de la Konaissauce. L'instrument commença Ji jouer le 1" mai 1625. Il fut r(!paré en entier en 1785 et en 1835. Nous pensons, toutefois, que la tribune qui le supporte est plus ancienne, et , qu'elle provient d'un jubé supprimé. La Révolution a mutilé, sur cette boiserie, cinq écussons de donateurs.
Celte église dut posséder une Patsiott, peinte sur bois au ] XVI" siècle. Il en reste encore quelques jolis fragments daus la 1 sacristie. Un nous a parlé aussi d'un caveau sépulcral, placé I sous le confessionnal, o"esI celui des sires do Bréaulé, dont la | Révolution a enlevé les tombeaux pour couler des balles.
L'église de Néville était très-riclic avant la Révolutiou, non- j seulement en mobilier, mais en biens-fonds. On eu trouverait | aiséiiicnl la preuve et les titres aux archives départementales, où se voient de nombreuses pièces relatives aux fondations, donations et rentes de cette église. Le même paquet contient 1 Ipois registres de comptes et délibérations de la fabrique, allant de 1605 ft 1683, de 1709 il 1750 et de 1755 il 1783. Mais un I dernier témoin local et monumental de l'ancienne opulence | de l'église de Néville, c'est lu fondation et la donation de I M* Jean K«l)assc, avocat, lieutenant au bailliage de Cimy- j Cauiel, décédé le 22 mai 1583, laquelle se lit sur les murs da4 la chapelle du Saint-Sacrement.
Mais il est une autre fondation pieuse et purement spirituelle J
dont nous (levons parler ici. Il s'agit de lu (iruct^ssion vutive que fait chaque aniii^e, k l'éylisc de Vittetleur, la pai-oisse de Néville. Comme la plupart des pf^lerinages dont la pest« est la cause, celui-ci a lieu le lundi de la Pentecôte, et voici h quelle occasion. En 17i3, le village fut affligé d'une épidémie qui en peu de temps enleva 132 personnes. Le deuit était dans toutes les maisons, la terreur régnait dans toutes les âmes- Grand nombre de malades étaient menacés de succomber, un en cite soixante qui avaient reçu l'Estrénie-Onetion. et qui n'attendaient plus que le moment de la mort. Dans celte extrémité, le peuple se tourna vers Dieu, implora les saints du Paradis, et s'engagea, par vœu solennel, h aller processionneilemenl k Villefleur, implorer la protection de saint Adrien et de saint Sébastien. On promit, si l'on était exaucé, de renouveler chaque année ce pénible voyage. La foi dans le cœur, la jiriJîre sur les lèvres, on se rend aux pieds des Saints, dans les sentiments de la dévotion la plus vive et du recueillement le plus profond. Le ciel exauça de si ferventes prières, et aucun de ceux qui avaient reçu les derniers Sacrements, ne passa de vie il trépas. Depuis ce temps on n'a jamais cessé d'accomplir cette sainte promesse.
L'église de Saint-Martin de Néville fut cédée, au m" siècle, à Rolrou, archevêque de Rouen, par Pierre de Néville, et confirmée par Jean de Néville, son fils. Cependant, d'après les pouillés, le seigneur du lieu serait resté patron -présentateur de la cure. Le pouillé de Rigaud indique le seigneur, non-seulement comme patron de l'église, mais encore d'une des chapelles, et celui de Raoul Roussel , nomme expressément le sire de Bréauté a de Brevi Altari. »
Duplessts dit qu'il y avait quatre chapelles en titre sur la paroisse de Néville. Sainte-Anne dans l'église paroissiale, Saint- Jacques dans l'enceinte du château, et SaintrJean-Baptiste au hameau de Plaine-Sevette. Cette derniëre, construite en grès au XVI" siècle, subsiste encore aujourd'hui, mats elle est devenue une propriété particulière et elle appartient 'iM. Lcvaillant d'Ëcret te ville. Enfin le bénédictin parle aussi d'une chantrerie qu'il croit être le reste d'une ancienne collégiale, fondée dans l'église de Néville par les ch&Ielains du lieu.
Sur le territoire de cette paroisse existent plusieurs croix quelles nous devons accorder une mention particulière. U
y en a une devant le presltytfire, dont uii iic cuimait pan l'origine. RenversLîc comme toutesles autres pendant la tourmente de 1793, elle fut pompeusement relevùc en 1817.
La Croix du drc de. Bréaulé u'a pas eu le même bonheur. \ Elevée il l'angle du village, au bord du chemin qui mène à Cany, ses débris jonchent la terre. C'est là, dit-on, que fut livré le premier combat contre les Anglais, lorsqu'ils vinrent attaquer le chftteau de Néville. C'i^tait après la pnse d'Harflcur, où le sire de Brëauté s'était illustrt^ par sa vaillance. Cette croix s'appelle aujourd'hui la Ctoix Hdlouin, sans doute depuis que M. Hellouin a acheté le chïlteau et la terre de Néville.
Dans le cimetière de la paroisse, se dresse, en face du portail, une croix en grës plantée en i58i, entre la Ligue et la Sainl-Barthélemy. On lit sur la base : " K' Jehan Scvestre, prostré, et Jehan Jane, ont donné ceste ^ (crois). »
La qualriëme croix de Néville s'appelait la Crfnx à la Rose, et portait ces mots écrits sur son socle ; « Discrète persoune M" Pierre DelAtre, curé de Saint-Georges et viciiire de Néville, a donné cette croi\. Priez pour lui. » Au-dessus on lit cette devise arec le millésime ; « In hoc signo vinces, 1624. » On remarque deux mains, doiil l'une montra un D et l'autre une H. C'est le poteau indicateur qui apprend au vo}'ageur la direction des villes de Dieppe et du Havre, dont il parcourt le ^nd cliemin. Cette croix étant tombée en n4i, fut relevée le M septembre 1780, par les soins de M. Martin, vicaire de Néville. Renversée de nouveau fi la Révolution française, elle a été replantée en 4821.
Néville, do l'ancien doyenné de Canville, comptait 330 feux en 1738. Aujourd'hui c'est une succursale de 1,587 habitants.
En hnissont cet article, nous devons mentionner encore trois curés de cette paroisse qui ont des titres à noire attention. L'un est M. Levasseur, bachelier en théologie, qui le 49 octobre 1763, signa une lettre d'adhésion h. la fameuse requeste provoquée par M. Lenfant et adressée par 56 curés du diocèse au cardinal de LaHochefuucauld, pour obtenir la censure des doctrines du P. Berruyer. Après la réponse du prélat nous ne voyons pas que M. le curé de Néville ait persisté dans la mauvaise voie où il s'était engagé. Le second est M. Dorange, qui en 1789-90, fut nommé par le clergé du département de Caudebec, député à l'assemblée provinciale de la Normandie, Le
troisième, enfin, ost M. l'abbé Dénard, tim' acluel, qui a rt-cueilU, sur l<t paroisse qu'il administre depuis longues a)mée,s. des notes précieuses qui nous ont beaucoup servi pour )a notice qu'un vient de lire. Nous nous faisons un devoir de lui en témoigner ici notre reconnaissance.
CAILliEVILLB.
Il lémoi gne
^^^^Re petite église, située sur la plaine, a él6 cunslruile pHl^^unvement au xtr siècle, au temps de l'architecluie iigivale primitive. De cette époque, nous citerons le portail et le clocher, dont la tour carrée s'élève entre le chœur et la nef, comme dans les temps anciens. Celle tour est supportée par quatre arcades ogivales, tapissées de colonnettes dont les chapiteaux se recourbent en forme de crosses. De l'autre côté le.s feuilles (tes chapiteaux s'épanouissent , larges et ouvertes , comme des plantes aquatiques. Le xvi" siècle a ajouté une nef en grès, au cAté du midi.
A la contre-table, où figure saint Aubin, patron de la paroisse, est un joli tableau de V Annonciation, qui provient d'un couvent qu'on ne cite pas. On lit au bas : « Ce tableau a este donné à ce monastère par M""' la princesse Louise Palatine, itbhessi- de .Uaaboisson, qui l'a peint il l'Age de 73 ans. > Dans la chapelle méridionale est une Aneemion, au bas de laquelle I nous n'avons pas lu sans plaisir la signature suivante : « Guillelmus Lemarchand, piniit, Deppieus, (716. s C'est une des I dernières œuvres de ce bon peintre, mort Ji Dieppe, en 1719. Lit aussi nous avons remarqué sur une pierre, le tombeau it M"* r>i''gose de Kerviilot, de Saint-Pol de Léon, veuve de fflessîrc Adrien Djel, escuyer, seigneur do Graville; on ajoute que les Dyel desceodaieut de hauts et puissants seigneurs, les Dyel. milords d'Angleterre.
L'église est entourée d'une litre noire armoriée, signe du pabHinage seigneurial. Devant l'égiise est une croix de pierre, «lécoupée dans le style du xvi" siècle. Au pied repose Adrien Arnois de Reutteville, chevalier et patron de Cailleville, dernier seigneur du lieu, mort en 1789. A côté est le tombeau de M. Langlois de fireleuil.
En n75, le clocher de l'éghse de Cailleville, ftit recouvert ^>ar jRcques Cavelier, couvTeur en ardoise, de Saint-Valery-en- ~^~ Ce brave homme plaça lui-même lo coq malgré ses 97
ans. n jouissait de tuuU^s ses fai^ullés el iTune sanlé importur- Itiible. Mais Ii^las! celle-ci lui fit ttéraut pour la premil're et dernière t'ois, lirAgGile 100 ans. H succomba, en 1779, à la terriMe (lysseiilerie 4[ui causa tant de ravages en Normandie cl dont Lepecq de La ClAlure nous a conservé les douloureux souvenirs. Nous avons dit que le patronage avait toujours été féodal. Eudes Rigaud nous en donne la preuve daiis son pouillé, en nous nommant le chevalier de Mellande, qui lui avait présenté le pri^tre Godefroy de Tilly, Cailleville alors valait 30 livres el comptait 70 paroissiens. Au xviii* siècle, cette paroisse, rangée dans le doyenné de Canville, possédait 100 [eux. Aujourd'hui c'est une succursale de 63o liabitants, très-récemment érigée. Eudes Rigaud nous apprend également que le curé de « Callevillc » était j>atrou-préseiitateur de la chapelle de la . léproserie de Cliniachy, fondée dans le vallon qui conduit. k Saint-Valery, et dont nous avons parlé h propos de cette ville. I te bénéfice alors valait 19 livres, chose rare pour une chapel- 1 lenie. Ajoutons ici, pour senir de renseignements à ceux qui l ^udierout plus complètement l'histoire de Cailleville, qu'aux [ «Thives départementales se trouve une liasse de papiers con- ■ t êernunl la seigneurie qui relevait de la bai-onnie de Vîttefleur.
INdOCVlIiliE-KS-PLAlNS.
L'église d'ingouville, cette vieille propriété de l'abbaye de ( Fécamp, renferme une nef du style ogival primitif qui peut ' passer pour un dos beaux monuments de la contrée. 11 n'y a | que ({ualre arcades de chaque côté, c'est dire qu'elle est fort courte, mais en revanche elle est d'un goût exquis. Les travée produisent & l'a-il un effet délicieux qui repose l'esprit et sa- I tisfait le goOt. Les chapiteaux qui surmontent les colonnes et | sur lesquels s'appuie l'amortissement des arcades, sont demiromans, demi -gothiques, et rappellent ceux de la nef du Bourg- Dun. Au-dessus des arcades règne un joli rang de fenestrelles malheureusement rebouchées d'une façon grossière. Les voûter <}ui ombragent cette trop courte nef, sont faites avec beau- J coup d'art, de grAce et d'élégance. Tout nous porte à croire! <[ue ce morceau appartient au xii' siècle, surtout k l'aspect da I pignon de l'ouest dont le revêtement extérieur est en pierre 1 lufTeuse.
L'appareil des murs dtt la grande nef h disparu par l'addi- J
tion. au xvi' siùcle, de deux iillées latérales, tkiles avec du grès comme luujours. L'église primitive devait âtre en croix. Les bras ont été elTacés par l'adjunction des nefs et des chapelles, ccpeudaiit une voûte reste encore pour proclamer le faitdispani. Le clocher alors s'élançait du milieu do l'église. Aujourd'hui c'est une tour carrée placée au côté sud du portail et couronnée d'une haute flèche d'ardoise frappée par la foudre, le 15 octobre 1843, consumée par un violent incendie et relevée les années dernières par le tète des paroissiens, sous la direction de M. l'abbé Robert, d'ïvetot. Le 21 mai <844 les vicaires-gént!raux capitulaircs avaient ordonné pour cet effet une quête dans toutes les églises du diocèse.
Dans l'incendie le chœur surtout avait soulfert, voûtes et charpente avaient disparu. Tout cela a été rétabli dans le style du XII" siècle, style primitif de l'église. De ce temps restentencore les deus fenêtres du chevet, reprises au xvi" siècle avec du grfes. A cette dernière époque on reprit aussi en sous-œu>Te les colonnes du chœur, que l'on iït en grès. L'une d'elles est en spirale ornée d'un cAbIc et de coquillages, et portant sur .<:on chapiteau cette légende : « L'an mt \™ cens trente-quatre. » DanB le même temps on refit le clocher, on plaça deux pierres tombales dans le chœur, et on tailla le baptistère en * nil v^ luu. * Dès 1518 on uvait refait la croix du cimetière.
Ingouville, placé au centre du canton des Plains, auquel il a emprunté son surnom. Fut légué de très-bonne heure à l'abbaye de Fécamp. Aussi, dbs le x" siècle, nous voyons nos ducs normands, bienfaiteurs de ce monastère qu'ils aimaient tant, lui rendre ou lui confuraer la terre d'Ingouville, avec son église, ses dîmes et ses dépendances. « In^^Iti etiam viilam, dkait Richard I", en 990, et quidquid ibi meœ ditioni subjicitur 1. »
Son successeur s'empressa de confirmer cette large donation, dans la charte, si souvent citée, de 1026. « Ingulfi viilam ciimecclesiA^. > Enfin, toutes les chartes de nos archevêques^, lotîtes les bulles des papes *, contribuèrent ti affermir sur cette paroisse la juridiction temporelle et spirituelle de l'abbé de Pécamp- La riche abbaye possédait tant de terres îi Ingouvillc, qu'il la Révolution, lorsque le district de Cany les mit aux en- > Heiulria pia. p. 208. — ' Id., p. 216. — ' Gatl. Chri4t.. I. il, |j. IT. , I. ii,p. 681. — ' Ouplessl), t. I, p. M5.
clièrcs, comme biens nationaux, Invente dura plusieurs mois-- Duns les vacations, qui vont du \'-i mars au 36 juin 1793, nou9 voyons adjuger à uu<? Toule de petits acquéreurs, des propriétés dont l'ensemble no monte pas 'a moins do 323,000 francs '-
Lii paroisse de Saint-Lubin d'inguuville, qui ne fut jamais visitée |iur nos anciens archevêques, comptait tib feux en (738. Aujourd'hui c'est une succursale de t,000 liabitanis.
SAIIWT-HIOCIEH-ÈS-rijAIWS.
Cette église, qui commence le canton des Plains, est bAtîiï en grès comme toutes celles do ce pays. Elle doit dater de 1630, comme l'indique le rJiiflre de la nef. Les colonnes sont rondes et assez fines, mais le style général de l'édifice est froid comme la pierre qui le compose. Nous y avons remarqué deux statues assez curieuses. L'une est une jolie Sainte-Catherine, »i pierre, du tvi< siècle, l'autre un Saînt-Uermès, habillé en chevalier du moyen-âge. Les habitants font moins de cas de» trois nefe de leur église que de la contre-tahic et de l'autel en bois qui viennent d'y être installés en 1848. L'autel en chêne est assez bien sculpté, le rétable, qui se compose de colonnes corinthiennes cannelées, renferme une Hisurreetion , peinte par Emile Lafond. Celte boiserie a coûté 3,000 fr, et a été exécutée par Vieillot, menuisier n Saint-Laurent-en-Caux.
Sur l'autel sont deux reliquaires renfermant les précieux restes de saint Riquier, apportés ici de l'abbaye de Centule. Saint Riquier est bien choisi pour le patron d'une paroisse défrichée et possédée par les moines de Fécamp . Le nom de ce saint abbé nous fait supposer que l'érection de cette église doit remonter )i la fùi de la période mérovingienne, où tout au moins au commencement des temps carlovingiens. On sait que sous Charlemagne le nom de saint Riquier était en grand honneur. L'illustre empereur venait lui-même prier sur son tombeau.
Après cela nous comprenons diflicilement Duplessis lorsqu'il aflirme qu'en 1 1 Ot, Saint-Riquicr était encore «ne succursale d'Ingouville, dont elle aurait été émancipée en h 1 44. Ce fait, qui n'est pas absolument impossible, mériterait cependant bien d'être appuyé. Cequenousaavous, nous, c'est qu'au commencement du 11' siècle il y avait une église iiSaint-Kiquier . Dans sa
' Dtymaintt 'utiioimax rff premUre origine. — Arcli. Ufpiiri.
cliartedc I0i6, UicItanlIllHcoiilii'iiieeti ces Uiriiies.uu monastère de Fécanip : « Villam quîfi ilicitur Suucti-Kicarii cum ecclesiil ■. > Le diplôme de l'exemption, délivré vers 1150 par )'!irc)iev4<iue Hugues d'Ainieus, dit furmelliimeiit : < Ecclesiam Sttiicti-Richarii 3. » Il est possible, toutefois, que cette église n'ait été déclarée paroissiale et baptismale, qu'en lUi, mais alors il fallait eu administrer la preuve.
Saint-Riquier-ès-Plains resta toujours de l'exemption de Fécamp jusqu'en 1789. Dans ses arehives nous avons trouvé des mandements des derniers abbés. En 1738 on y comptait ■ 1i!0t'eux. Aujourd'hui c'est une succursale de 1,400 habitants.
S'-STLVAinr OD Al!Vei.ESQIIEVII.I.E-IiES-mVRS.
Ce village a deux noms, comme celui de Tourvilli>la-Chapelle, où l'église s'appelle Tourville et le ctiâteau Catteville. Ici l'église porte le nom de Saint-Sylvain, taudis que le mauoir retient la vieille dénomination d'Anglesqueville-les-Murs, « Angticavilla Murata, » comme disent les chartes de Fécamp. Cette rortercsse remparée d'Anglesqueville fut achetée, en 1265, par Uichard de Treigos, abbé de Fécamp, qui avait fait l'acquisitiou du littoral de la Urand-Vallée, pour y établir le ;>or( de Claqueiient.
Nous ne savons combien de temps l'abbaye de Fécamp posséda le lief d'Anglesqueville, mais il parait bien qu'elle u'a pas toujours joui du patronage de l'église. Car les pouiUés imprimés du diocèse en attribuent la présentation aux seigneurs du lieu, et nullement au muuastërc qui régnait en maître sur le canton des Plains.
Cette petite église de Saint-Sylvain fut autrefois uu vrai modèle de l'architecture ogivale primitive, appliquée h la campagne. Jusqu'au xvi" siècle, tout y était homogène et contemporain, chceur, sanctuaire, uef et clocher. Les femltres sont encore d'étroites ogives en pierre tufl'euse, et les six compar- Umeuts de voûte sont supportés par des chapiteaux ornés de crosses. Le chevet de l'église se termine par deux laucettes surmontées d'une rose unie. Ici la pierre poreuse se montre dans l'appareil coiume pour dire que cet édifice appartient !i la grande croisade monumentale qui éclata en 1 1 i5.
' NtuilTia pia. p. 21tl. — ' Hall, ekrùl., (. \i, p. 23. — l>oiu lieauuicr;
[. Il, p est.
11 est fAclieuxque le xvii'siËcIe Bit acculé au portail de cette église une mauvaise tour en gvks, i'roide et dure comme toutes les constructions du ce geuru. Nous prét'èrerioRS de bnuucoup l'élégaiit pignon percé d'ogives, pour les tinterelles, comme le sii' siècle savait le faire.
Du reste, le plus joli morceau de cette église, celui qui mérite une attention particulière, c'est l'élégante piscine que l'on trouve nu c4té de l'Épltre. Elle est formée par une double arcature ogivale qui s'appuie sur trois délicieuses colonnettes, dont deux sont cassées. L'intérieur renferme une crédence et deux cuvettes.
Saint Sylvain ou saint Silvin, patron de cette église, était un évéquc régionnaire, né près Toulouse, et mort il Auchy, en Artois, en 718. Missionnaire apostoti<iue, il prêcha l'Évangile dans le nord de la France, aux populations grossièrement ignorantes de ces contrées. Sa fête se célèbre ici le il de février, d'après le martyrologe romain. Ce jour-lil les hommes ofirent un paii> bénit.
Pour terminer la visite de cette église, nous citerons dans le chœur quelques pierres tombales etfacées , un baptistère en grès du temps de François 1*^, et une croix de cimetière sur laquelle ou lit : ■ L'an m \" et xis. >
Au moment de la Révolution, les archives de cotte église furent portées au district de Cany d'abord, puis au chef-lieu du département, où elles sont aujourd'hui. Elles consistent en une forte liasse de litres de rentes et de propriétés, de tatt' dations, de donations, d'aveux, de baux, de mémoires et autres pièces de comptabilité. Le registre des comptes et délibérations de la fabrique commence il 1613 pour finir Ji 1789. Nous y avons remarqué qu'en <665, Adrien Leclerc, m^tre menuisier, fît le tabernacle et les ornements de l'autel.
Saint-Sylvain comptait 70 feux en 1738. A présent c'est une chapelle communale de 500 habitants, qui font de grands sacrifices pour l'entretien d'un prêtre, d'une église et d'un presbytère.
eiTEVTTEVlLLE-ÉS-PIiAlHS ou tiE» tSVtÈS.
Cette église est construite en grèi, comme toutes celles du canton des Plains, que l'on appellerait avec autant de vérité le canton des Grès. Cependant elle conserve dans le chœur
dps restes de sa construction primitive t|ui lut en pierre tuffêuee ou calcaire d'eau douce. Les murs seuls présentent le lufdans l'appareil, mais il a disparu des contre-forls et des fenêtres; ces dernières ont étë refaites au tvj" siècle, il l'exception de celles du clievel qui sont dpmeurées primitives. Elles sont trois comme le voulaient la lîtur^e et le symbolisme chriîtien. La nef a été refaite en grès du ivi* siècle, ainsi que le clocher, qui est au portail. Les murs de la tour sont d'une épaisseur énorme, mais le corps-carré ne s'élève pas haut, non plus que la llèclie actuelle. L'ancienne, qui était plus élevée, a été consumée par la foudre, le 29 septembre 1 828.
Au xvi* siècle une allée latérale fut ajoutée h cette église. Suivant une pratique commune, ici elle fut mise au nord, tandis qu'ailleurs elle était régulièrement placée au midi. Nous pensons qu'elle ne fut achevée que sous Louis XIV. Saint Sanison, évéque de Dul, est patron de celte église, comme de celle de Bosville. Sa fête s'y célèbre le 28 juillet.
L'ancienne contre-table a été brisée à la Révolution. Il n'en reste plus que les sculptures du tabernacle, qui sont de 1690, et fort jolies. Elles sont en très-beau chêne et mériteraient d'itra dégagées de la peinture qui les comre. Le tableau de Jémtg en croix n'est pas sans mérite. Les stalles et la chaire viennent de Veules. On pense que le porlrait de religieux qui se voit dans le cliœur vient des couvents de Veules ou de Saint-Valery. C'est une asseï bonne toile.
Cette paroisse était un fief de la baronie de Cleuville, relevant de la grande seigneurie d'Estoutteville. C'était à ce titre que les Bstouttevîlle avaient donné l'église de Guetteville à l'abbaye de Montivillîers, de l'exemption de laquelle elle faisait partie. Cette donation, faite dès le xi" siècle, comme nous le voyons iians la charte de fondation délivrée par le duc Robert, an 4036 1, fut confirmée par Guillaume-le-Conqiiérant, et par les bulles des papes Célestin , en 1 132, et Innocent III , en 1 203 '. Cette rare faveur d'appartenir au diocèse de Hontivilliers est cause qu'Eudes Rigaud n'en parle pas dans son pouillë. En 1738 on comptai! 110 feux Ji GueutteviUe. Aujourd'hui c'est une succursale de 800 habitants.
FoNDKRiK DE CLocnRs. — Le jour que j'ai visité Gueulteville. - ' Cccle»inin de
le i^j Juin i8i9, j'ai vuulu voir la tbiiileric ili> cloches dp HH. Cartenel frères, vii^ille race ili> Lorrains, i'ondeurs de père en fils depuis plus de 150 ans. O jour-lii ils étaient tout entiers k l'exercice de leur art. Ils faisaient sceller et cuire les moules de cinq cloches, dont trois étaient (lentint^es ii l'église d'ingouvilte. près le Havre, une devait monter dans le clocher neuf d'Elétot, la dernière était pour Ancretteville-sur- Mei'. La première cloche d'Ingouville pesait 3,500 livres, la deuxième 1,800. la troisième 1,300: elles devaient coûter 9,001) fr- Celle d'Elétot pesait 1,000 livres et celle d'Ancref- I ttville 500. I
L'établissement est ou ne peut plus modeste. Sa simplicité ne . saurait mieux se comparer qu'à celle des arli»Ux eui-mémes. L'atelier consiste tout uniment dans un hangar fait avec des planches négligemment jetées les unes sur les autres, sans être même attachées avec des clous. Le fourneau est grossièrement maçonne avec de l'argde. La chaudière où se fond le métal est une construction en brique des plus simples. C'est avec l'argile jaune de leur jardin qu'ils font les moules.
Autrefois leurs pères allaient fondre les cloches k domicile, dans chaque ville, dans chaque village où ils étaient demandés. Eux ils restent <l Gueutteville et s'en trouvent beaucoup mieux pour le succès de leur fonte. Toutefois ils iraient volontiers à domicile si on le désirait, sans rien perdre de leur savoirfaire qui parait très-portatif.
Année commune, ils fondent de dix it douze cloches, ils pourraient en produire an moins une trentaine. L'an passé (1848j ils n'en ont pas fondu une seule, mais en18i9 les commandes promettaient de devenir nombreuses.
J'ai conseillé à ce^ braves gens d'ouvrir un registre et d'y | inscrire toutes les inscriptions des cloches qui sortiraient de I leur atelier. Je les ai engagés également k copier, avant de les ' jeter-dans le creuset, les inscriptions des vieilles cloches qu'on «nvoie k la refonte. J'ajoutais qu'un livre de ce genre serait uo jour une chose curieuse pour la postérité. Ces braves gens ont eu toutes tes peines du monde k me comprendre, et ils m'ont répondu naïvement que ce serait chose faisable s'il y ttnait irultmirnl un loiiin à nni/iu-r.
DROSAV.
Orosay possède deux églises, ou plulAl une clmpelle el ime
^lis^. La premiërË csl dciliëe .\ saint Roch, la seconde k sain^ Martin- Parlons d'abord de la chapelle.
Renfermée dans l'enceinte du presbytère, elle doit remonter au XI' siècle, et h cette époque elle portait le nom de Saint- Denis. Le lufse remarque au c6té nord et au pignon de l'ouest. "~ B au midi et k l'est, c'est le silex et le grès du xvii" siècle.
Dans l'cnroinle se Irniivcnf les images de saint Roch, de saint AdriPn, do saiiil SôJiaslien et de sainte Avoye, invoqués eontre la peste, rar n-tlr iliapelle a été Irès-fréquentée dans ifis épidémies, et oIIp i'eat encore aujourd'hui par suite de vi^ux faits dans le.s maladies. Le 16 aoAt de chaque année, la Kle (le saint Roch y est célébrée solennellement. Ce jour-Iîi,.
ou le dimanche suivant, les paroisses d'Hor.qui?villc, de Sainte- Colomhe, d'Ermeuouville, de HîkUtol-l'Auvray, d'Anglesqut^ ville-la- Bras-Long et de Crasvilli^-la-MaI)et, y viennent en procession, avec croix et bannières, par suite de vœux faits par les ancêtres et acquittés par les enfants. Toute l'année on y dit des Évangiles. Le premier de cliaquc mois on chante la grand'luesse de Saint-Rnch, et Ions tes vendredis on y dit une messe basse. Avant la Révolution, il existait une confrérie de Saiiit- Roch, qui avait son chapelain pour acquitter la messe quotidienne. La chapelle possède encore 300 livres de rentes, suite d'anciennes donations.
Qu'on nous permette d'ajouter un mot sur suint Roch et sur . son culte. Saint Aoeh, né h Montpellier vers 1395, secourut les pestiférés pendant sa vie, et il les guérissait très-souvent par la vertu du signe de la croix. Lui-même fut attaqué de I celte cruelle maladie, au milieu des exercices d'une vie labo- ' rieuse et frugale. (I s'appelait un pèlerin sur la terre, et malgré vie dévouée il eut k endurer les rigueurs de la prison. Ses I souJrranccG et sa charité le tirent réclamer par les peuples dans I ces adreuscs épidémies qui ravagèrent l'Europe au iiv° siècle. ' Le Concile de Constance lui-même l'invoiiua contre ce fléau, en U14. Depuis ce temps sa réputation s'accrut dans l'Église. Cepent^nt ce ne fut guères que dans les pestes du ïvi' siècle, que l'on eut recours à lui dans le diocèse de Rouen. La ville du Havre lui bâtit une chapelle, vers 1 SdO, au nùlieu d'un cimetièni de peslifttrés. Dans le diocèse de Beauvais, son culte ne pénétra qu'aprts la peste de (668. Le pieux évéque Nicolas de Buzenval, s'étant dévoué lui-même ft servir les pestiférés de Bresles et de Bosmesnil, délaissés par leurs curés, fonda h Bosmesnil une confrérie et une chapelle de Saint-Roch. < On peut eiicurei ajoute rbisturien de ce diocèse '. compter les paroisses qu'il visita, par les chapelles de Saint-Roch qui subsistent aujourd'hui. D
L'église paroissiale, dédiée k saint Martin, renferme deux styles bien dilîérents et bien caractérisés ; le style ogival primitif avec la pierre de laille, elle style ogival quartaire avncle grès du 1*1' siècle. Le monument a été remanié et rendu presque méconnaissable k force de modifications. Deux grandes
' AI. l'abM DrkUrP, Hitl. 4u diocttr de Beouvain. i. u\, pige W.
iicfs piirRlK-les on rornioiit le pinii, un rioclier <?n grès a été placé au bord t\c l'alliie latérale consacrée fi saint Nicolas.
Le cliœur a élé primitivement construit au xiii" siècle. De hautes fenêtres, mnlheureusemcnt coupées, le démontrent assez. Son pavage présente une grande pierre tombale du même âge, qui pourrait bien élre celle du fondateur. Mais la partie In plus monumentale que ce siMe nous ait léguée, c'tjst le grand portail, abrégé de celui de l'abbaye d'Eu, C'est une belle ogive ornée de tores, de trois colonnes avec des chapiteaux recourbés. Le tympan est orné d'une rose, deux fenêtres ogivales sont !i droite et Ji gauche, et une rosace ronde comme un œil-tle-bœuf couronne heureusement ce dessin.
M. le curé pense (ju'un incendie a mvagé cette église depuis deux siècles ; des poutres noircies lui semblent une démonstration de ce fait. Ce fut peut-^tre vers 1613, époque où l'on construisil, au cûté nord, une chapelle de la Sainte-Vierge greffée sur une chapelle tutTeuse du m' siècle. — Dans cette église on a conservé l'ancienne coutume de sonner l'élévation avec une clochette attachée <t la muraille du chœur.
Il paraît bien que de tout temps la cure de Drosay fut ce que l'on appelait d'épée. c'est-fi-<)ire à la nomination du seigneur de la terre. Cependant une charte de Henri 11, délivrée 'crs M 66 aux chanoines du Mont-au\-Malades, leur confirma H terre de Drosay, affermée par Richard de Ocville. « Terram e Droseio quam Ricardus de OcvilU tenel < . » Mais il parall Ken que les droits de patronage ne fiircnl pas aliénés ou fuent rachetés plus tard par les seigneurs, car les trois pouillés îiprimés et Duplessis constatent ce privilège féodal jusqu'k la f^volution. En 1738, Drosay, de l'ancien doyenné de Canville, Cfnpiait 120 feux. Aujourd'hui c'est une succursale de 800 httitants.
flAIIVTF.-C01.0nBK.
Hlo église, située sur une belle |>Iaine, a un clocher qui dat du ïiii* siècle. Sous la voûte et comme pour en soutenir les rceaux, sont quatre têtes couronnées de feuilles de lierre. Ce cocher, placé au portail, donne entrée dans l'église par uneiorte ogivale du xn" ou du xni' siècle. Le corps-carré qui le sunontc est fort ancien et menace ruine, malgré les répa- .. dtpBrt., cartons du Monl-aux-MsIadc).
rations que le xvr sièclu y a faites avec du grès. De la lour o cunimuni([U€ k la mif par une arcaiie décorée dans un bon J style ogival primitif. Inutile d'ajouter que le clocher est la seule i partie monumentale de cette église. La nef est une prosaïque maçonnerie de 1550, et le chœur de 1700, le tout en grès.
Sous le chœur, non loin des marches du siinctuaire, est un caveau sépulcral qui reuferme sept cercueils. Autrefois une grande pierre tombale du \m' siècle se voyait dans le chnncel, elle est mainteuant dans la nef. Ceci n'est iju'un déplacement, mais que sont devenues les trois pierres tombales dont l'i/îvtaireile lloiuii, par Parin, nous a conservé les inscriptions et les armes? Elles étaient aussi dans le cliœur il y a un siècle, et maintenant elles ue sont même plus dans l'église. Heureusement que le livre du bon prieur nous reste, et c'est chez lui , que nous irons puiser tes épitaphes oubliées et disparues. Ou I lisait sur Icâ deux premières :
" Ci-gli noble damoi^elle Fraiiïuije de Cherierclle.', lille Je metiire LaurenfileCbencrelles. chcviilicr,en tan vivant sieur de Grnménilcl Bouellr, al I tasat de meisire Thomns de Chenerellei, chevalier, aussi sieur dudil lieu, F rcmme de noble honimn Jean de Cavervllle, «leur de ce dit lien, IvqQCll*! décéda l'an iU2 » — « Ci-t{is«eiit iiublespentonDe) Jean ei Jean Collln etB ?<icJtas ei Jean. Til) duilit Nicalas, en teun vivant* leiRnenri deS«iDle-C»T tombe de pËre en fils, lequel Jean seennd Cpausa damoiâelle Jeanne Du f itiinil, Niculis FUI éponsv damuisellu Agni-s ilc Funisinc, cr Jean iroi- ] iltme eul(i|>ouiùdamoi«clleMareuerlLe de rreilreval. I>riezl>ieu pour ei
u Sur le même tombe, ajoute Karin, sont les armes du sieir i de i'.uverville, de gueules Ji trois chevrons d'or, et celles i« i Chencrellcs aussi, qui sont d'argent h un lion de sable '
Enlîn sur une troisième tombe on lisait ;
■ Ci-fiii noble |)er«)nneilHmoiMlle Anne de la Hotte, femme rie mcim I Vnirvan Je Cnverville, chevalier, Renlilhumme ordinaire de It chamttrela 1 Roi, Keigneur el patron de Salnle-Colnmbe el it'OrIval. Iai|nclle i)(c6) !• j 8 seplenibre 1631. Prlei Dieu pour son Ime. Ladlle Anne de la MolWMtl | lille de M. de II Molle, conieillcr en la coor de» AlJes de Norroandlo
C'était bien avec raison (|ue les sires de Cuverville avient leur tombe, leur litre et leur banc seigneurial à Ste-Coloihe» car leurs ancAtres avaient donné le patronage et les dims de cette église au prieuré de Saint-)^ de Rouen. Duplessisrapporte qu'au xti* siècle, llermengarde de Cuverville et s* enfants Guillaume, Henri et Remy: (îosselin de Saiiiie-CoomW
' Hitl. de Rnutn. i. n, v parUr, in-f>, lïSS.
aussi avec ses enfants Hiciian) et Guilliiunic, donnJirent k IVglise de Saint-Lô de RuutMi tout le droit qu'ils avaient sur celip de Satnte-Oolotnbû. CeUr. dotiatioti Tut conliriiiée par une charte de l'archevêque Rotrou. Eudes Higaud en parlant de V Sancta-Columna, » indique comme patron présentateur le prieur de Saint-LÔ. Ce bénéfice valait alors 40 livres. Outre le prt^tre Olivier, qui en était curé, tl dit qu'il y avait aussi un vicaire dont il ne donne pas le uom-
Au xv siècle, un nommé Jean Bailli, coutcsla aux chanoines de Saint-LÔ le patronage île la cure, mais il fut débouté par un arrêt de l'Échiquier, de 1 liî. Depuis, la possession du monastère rouentiais a élr^ sans trouble et sans interruption, jusqu'eu 1789.
A la ^iie d'une possession aussi constante, nous ne savuus trop comment nous expliquer la donation que lit Richard II à l'abbaye de Féeanip du Mesnil de Sainte-Colombe. * Mesnile quod dicitur Sancta-Columba cum intcgritale '. * Il est évident que cette propriété temporelle n'emportait avec elle aucun droit spirituel et bénéficiai.
Une vieille tradition locale prétend que Sainte-Colombe était autrefois un bourg qui fut détruit par les guerres, et que dans le cimetière, fi 60 coudées du clocher, on a enterré une cloche d'argent. L'histoire, peu d'accord avec ces assertions, accorde k Sainte-Colombe 80 paroissiens au xiii" siècle, et 60 feux au x%Tii*. Aujourd'hui c'est une succursale de 7o0 ^nes, eu y compreuant l'annexe de Plaine-Sève.
PLAlKE-StVE.
Ce nom indique une plaine nouvellement délivrée par la culture de l'épaisse forêt qui la couwait. Nous sommes en effet dans ce canton des Plains, qui lui donné de très-bonne heure h l'abbaye de Fécamp, que les moines arrosèrent de leurs sueurs ou qu'ils firent essarter par la main de leurs homme» et de leurs serfs. Ce grand travail tie régénération sociale et agricole dut avoir Ueu dans le cours du ui' et du xui' siècle. Aussi le cartulaire de Fécamp parle-t-il très-souvent des terres de « PlanA silvâ » et des donations faites, en 1267, par Raoul de « Plana silvâ ^. »
Les agriculteurs, en établissant leuréghse, la placèrent sous ' ffnutria pia. p. 217. — - Carliilalre du lur siSclr, h la blbliolli^uc pnbliqne de Rouen.
l'invocation du saint Jeaii-Qaptiste. rel ami du déserl, « eremïl cultur, » omme l'appelle l'Eglise, datait certes un patron bi^o 1 choisi pour uni^ forêt nouvellement défrichée. Nous pensons I que c'est le mi^me sentiment dt^ la solitude et du travad qui a 1 fkit choisir ce saint anachor6te pour patruu des paroisses de I Pierrefique , de Saint-Jeau-des-Essarts et de Saint-JpaD-d&- J la-Neuville, tous noms qui indifiuenl (les défricliements du «• ] sitcle.
La preniiÈre église de Plaine-Sève n'existe plus, celle qiû J subsiste aujourd'hui n'a de remarquable qu'un chœur en grËA I du XVI* sitïcle. De la première église il ne reste que la pierrA I touibale d'un curé, qui se trouve dans le sanctuaire. J'ai cm f lire sur cette dalle usée ces quelques mots incohérents : < .... BajocensiT quondam rcctor ecclesia^.... » Le baptistère J en grès, est de 1 Gi9.
Cette église, toute chétive qu'elle est, a cependant ét4 Voc- I casion d'une lutte acharnée et meurtrière, si l'on en croit Ul f tradition locale. Les vieillards racontent qu'au xvi* siècle, lora que l'on creusait les fondements de la nouvelle église, unel querelle s'éleva entre le sire de Bréauté et le sire de Bélhen->| court, pour savoir lequel des deux aurait l'honneur de poser I la première pierre. Pour décider ta tpiestion ils en vinrent aux 1 mains, et ils se tuèrent. Le combat cul lieu dans un champ, situé cutre Néville et Hocqueville, qui a conservé jusqu'ici le 1 nom de ilaU-Jimmée.
Outre le bénéfice ecclésiastique, l'abbaye de Fécamp possé- I dait encore la seigneurie de Plaine-Sève ; les pièces concernant 1 ce fief se trouvent au dépât départemental, dans les archives du grand monastère. Il y en a une ou deux liasses avec la seigneurie de Doudetot. Toutes les terres que Fécamp possédait dans cette paroisse, furent vendues par le district de Cany, le fO avril 1793. Ou en fit huit lots, qui montèrent îi environ 7,000 fi*. On montre encore la grange des dîmes au fond de la cour de l'ancien presbytère.
Plaine-Sève comptait 50 feux en 1738. A présent c'est une 1 commune de 310 habitants, annexée à Sainte-Colombe.
LE mE81VIE.-CEFFROV.
Sur la plaine qui sépare le ruisseau du Dun de la vallée, maintenant desséchée, de Saint-Valery-en-Caus, se trouTuen^J
deui bubiUitioiis primitivement unies, long-tonipii séparées par dos exigences féodales ni enlin réunies de uouveau pour leurs besoins civils et religieux. Le Memil, qui <ilait leur nom, indiquait une noble demeure, dans la langue latine du moyenège. La situation géographique forma le premier partage. L'un prit le nom, encore connu, de Mesail d'en haut, et l'autre celui de Mesnil d'en bas. Des seigneurs francs ou normands remplacèrent, par leur surnom, les désignations prises dans la nature. Ainsi l'un fut appelé le Mesnii-Duredenl, d'un seigneur normand surnommé iDensDunisi a l'autre s'appelale MesniL- Cirrici ou le Mesnil-Geffroy, Mesnih-Cirrici sive Gaufridi, comme le dît Eudes Rigaud. Un cartulaire de l'abbaye de Fécamp, du un' siècle, l'appelle le Hfegnil-Thirrrii « prupê Planam-Silvam, » et le pouillo, attribué ii Raoul Roussel, Me» nillum Gaufridi.
Une charmante demeure seigneuriale est restée en tête du Mesnil-Getîroy. Le castcl, gracieux et modeste, se termine par un triple toit, aigu et élancé comme au temps de Louis XIV. Les allées do tilleuls, les nombreuses charmilles, sont taillées et découpées avec un soin assidu. De hautes avenues de hêtre rép»Ddent aux alentours une fraîcheur bienfaisante ; les jardins sont découpés k la française. On dirait une miniature de Len&tre, se reposant du parc de Versailles.
L'i^glise, contigué Ji cette élégante propriété, est proprement tenue et soigneusement conservée. C'est en plein mois de Marie que nous y sommes entrés ; aussi nous avons vu l'autel de la ^nte-Viergc couvert de fausses-fleurs et de chandeliers, ombragé de baldaquins et de guirlandes de mousse, qui descendaient «les voûtes et qui tapissaient les murs.
Les autres remarques dans cette église ont porté sur une contre-table corinthienne de 1700, avec l'image ileSaint-Ouen, patron de la paroisse ; sur l'usage de revêtir de bois la cuve baptismale ; sur de nombreux cierges mortuaires, alignés le long des murs, et enfin sur les fenêtres de l'église, qui ne sont, hélas ! que des croisées de boutique ou de maison .
L'édifice est peu monumental. Le chœur, en grès, portai le chiflre de 15Si, mais les fenêtres ont été refaites en (713. La chapelle de la Sainte-Vierge, qui fut celle des seigneurs, dut ilrv reconstruite vers 1700. La nef, également en grts, doit B de I6S0, ainsi que le portail et la croix du cimetière. La
seuli; mitiquilt de ce lieu sainl, c'est un vieil il' i]ui comple plui de siècles <iue l'église.
Ce bénéfice, qui possédait 60 paroissiens et valait 1 i livres ' au xiii" siècle, fut donné au prieuré de Saint-LAde Rouen, par ' Pierre de Canteleu, seigneur de ce village, et conlirmé en juin 1203, par Gautier de Coutauces, arclievéque de Rouen, ha prêtre Richard occupait cette cure au temps de saint Louis. Le prieuré de Saiut-Lô resta patron-présentateur jusqu'à la Révolution. Dans les archives de ce monastère, déposées h là prérec.lure àe la Seine-Inférieure, on trouve une liasse de pièces qui concernent le Mcsnil-Geffroy.
Duplessis dit qu'en 1 200, cette église n'était qu'une chapelle; ' aujourd'hui elle est l'éghse-mère , d'où relèvent trois autres \ églises jadis paroissiales et à présent de simples chapelles. Ce f sont les églises du Mesnit-Durdent, de Houdetot el d'Errae~ I nouville, ce qui compose une circonscription succursale de [ 850 habitants.
Au xn" siècle, les seigneurs de la terre du Mesnil étaient J les sires de Pinneville, châtelains de Sainte-Colombe et de | Fonlaine-en-Dun. Kn 1384, Elisabeth de Pinneville, dernière'] et unique héritière de cette maison, épousa Jcull're de Polin,' gentilhomme originaire de la Bourgogne, qui décéda en 1 4i4 .' 1 Par testament du 27 de novembre de cette année, le vieux ] chevalier fonda et dota l'église du Mesnil-Gelfroy, pour le r pos et soulagement de son Ame. Cette fondation, qui fut ap-^ prouvée par l'archevêque de Roueu et les moine-s de Saint-LA,'f a subsisté jusqu'il la Révolution, qui a détruit tant d'institution] pieuses et bienfaisantes. Pour nous, qui regrettons ces témot-'^ gnages de la foi chrétienne, nous nous faisons un devoir d'en'l consnner Ji la postérité un dernier souvenir.
LE HESML-DURDEM.
Le Mesnil a pris son surnom de seigneurs normands qui le J possédaient encore au xin" siècle. Comme nous l'avons dit | plus haut, le peuple lui a gardé long-temps le nom de Afemil- 1 Bas, relativement au Mesnil-Gelfroy qu'il appelait le Memil- | Haut. Aujourd'hui il n'y a plus ni seigneurs, ni curé, mais une j pauvi'e église délaissée, encore barriolée des armes de ses patrons et de ses bienfaiteurs qui ont disparu.
L'édifice qu'ont laissé les prêtres et les gentilshommes est |
— sien grfcs, avec un maigri.' clocher d'ardoise. Il l'sl silué dans an cimetière verdoyanl entouré de haies et d'arbres de hautefutaie. Toute la construction paraît récente. Le portail montre le chiffre de 1713, qui est peut-être la date de la nef. Quant au chœur, il conserve le cai'actère de sa construction ; un Ht auprès d'un cadran solaire de 1731, cette inscription latine, qui révële une date et un bienfait : f SwmpUbiis MichacHs AnUmii Vavllier, hujits eccUsia recloris, extructum anno 1731 .»
Au cdtâ nord est une chapelle de la Sainte- Vierge, qui dut être autrefois bôlie et ornée par les seigneurs du lieu. C'est peut-âtrc à eux qu'il faut reporter une pierre tombale effacée que l'on voit h l'entrée du choeur et sur laquelle on déchiffre fi peine 1^28.
Les seules observations que nous ayons pu faire k l'intérieur de cette église froide et délaissée, c'est k la contre-table un assez joli tableau d'Assomption, dans le style du si(>cle dernier; une statue de Saint-Aubin, êvéque, patron de l'église, ayant k :ies pieds un clerc en prières; un Saint-Léonard, en costume de liiacrt' avec un homme enchaîné, et enfin un Saint-Onuphre tout entouré de cierges, de chapelets et de fleurs, indices de culte et de pèlerinage qui contrastent tristement avec l'isolement de Saint-Nicolas, abandonné du peuple malgré nas trois rlereg- On nous a dit qu'd existait autrefois sur cette paroisse une mare de Saint-Unuphre , où l'on se baignait comme l'i Sainl-Arnould et k Biville-la-Baignarde. On y allumait également un feu qui s'est éteint.
La Révolution a cassé la croix de cimetière de « m. >■" lvi. »
Dans les deus pouillés manuscrits attribués, l'un k Eudes Rigaud , l'autre k Raoul Roussel , cette paroisse est appelée MemiUum-DuTedftU. En 1250 la cure rapportait 20 livres et comptait SO chefs de famille. Le seigneur-patron était, en 1250, Richard de Durdent, qui avait présenté le prélre Jehan. En 1ii3 c'était Guillaume Duredent. En 1738 il y avait 25 feux et 27 seulement en 1820. Aujourd'hui c'est une commune de 150 habitants, annexée k ta succursale du Mesnil-Geffroy.
9f ASrtliEVILIje-ÈS-PIiAlIVS.
Manneville, assis au cœur du canton des Plains, est situé sur l'étruil plateau qui sépare le ruisseau de Veules du vallon lie Saint-Valery. L'abbaye aux trois mitres posséda cette terre
— -ïi —
(lus le commeiicemeiit, et l'église entra dans suit e\em)itlûii Au&si nous ia trouvons menlioiuiûe sous te uuui île Maniivilla Bl lie Mannevtlla, dans les chaj't^s, lus diplômes et les bulles <}ui érigent et confirment le diocèse deFécump ' . Dès le xt' siècle Richard II, dans sa célèbre cliarle de 1026, avait conOroié an monastère < ecclesiant de MonnuvillA cum terra ad eam pertinente et duoabus hospitibus ^. > En tl04, le pape Pascal 11 ajouta II ces libéralités ducales le sceau de son autorité apoftolique ^. Hélas I tous ces grands biens de la terre, donnés par les puissants du monde, confirmés par de vaillants porteurs de glaives, sanctifiés et scellés par les bénédictions et les atiathèmes de l'Église, n'en furent pas moins enlevés par la terrible Révolution française. Le 33 aoAt 1793,1e district de Cany vendit 20,000 fr, les biens de la fabrîtiue de Hannevîlle, il fit plus, il lui enleva jusqu'à ses titres et ses parchemins, cetl« dernière consolation d'une grandeur tombée et «l'une noblesse mallieureuse.
Ces archives, qui se composent de baux, de reçus, d'aveux, de donations, de fondations, de devis et de comptes de fabrique, se trouvent maintenant au dépôt départemental, section des Irésors et fabriques. Dans l'énorme liasse qu'elles composent nous avons remarqué des titres de fondations des Kvt' et Kvii" siècles, un papier-journal qui remonte k 1 603, un inventaire du siècle dernier, des comptes de fabrique allant de 1657 k 1693, des lettres approbatives des statuts de la confrérie de Saint-Antoine et de Saint-Sébastien, érigée en UIO et renouvelée sous l'abbaliat pontifical de révérendissime Claude-François de Cantllac, abbé de Fécamp.
En parcourant rapidement ce dossier, nous avons roncoutré une pièce portant la date du 18 juillet 1673, qui intéresse beaucoup l'bistoire du monument. C'est un devis dressé par Nieohu Monfort, vn^er-maUi-e des ouvrages de carpml&rU et de masaort- THTte pouT k roy, imslre tire av. bailliage de Caux. Il dirlarr arniiT vinlé le débria arrivé à l'église de Notre-Dame de Matm«rille, par suite de la chûiede la tour placée à la croisée, m 1673. Ce devis renferme le détail de tous les outyrages tant de matnuniwrie et carpenlerie gue couvertures len plus nécessaires à faire el les plus pressante» pour le rétablissement de l'église, touchant
' GtUl. chriil., i. Il, irutrumenUi — Doiii Oeaunicr, I. u,p. Ml. — ' ffmwIHa pta. p. 316. — ■ Daptewl), t. i, p. S7d.
faji Téparatioiu H réédificaUotui du ilégrademenl el ruina ariMs en ladite églisf. par la chûu de la plus grande partie de la tour servant de croiséf.
Ci! malheur n'est pus le seul qu'ait eu II endurer la pauvre église <Ii( Manneville dans le cours de son existence. L't i? avril 1 840 le fiiu prit derrière l'autel et consuma le chœur, la sacristie cl toute la partie haute de l'édrlioe. Le 5 mai de la même année, M. l'abbé Fayet. vicaire-général, ordonna, au nom de M»' l'archevéquH, une <|u5te dans tout le diocèse pour le rétablisâemeut de celle pauvre église. M. l'abbë Lemonnîer, alors curé, a quêté de tous cAtés et a obtenu l'ameublement et \cs réparations. 11 avait fait précéder son arrivée dans les villeti par une lettre Tort touchante, dans laquelle il peignait le désastre i]ui l'avait réduit ii ctUbrtr tes minla mystères mr une table de bois appuyée fur wti dernier re.tle de muraille qui menaçait ruine. En (811 une somme de (5 h 20,000 fr, étant réunie, tant par la rliarité publique que par la commune et le gouvernement, M l'abbé Robert dressa un plan de restauralion qui a été exécuté avec succès.
Le choeur et les chapelles lat^'rales ont été remises â neuf, au moins U l'intérieur. Des voâtes et des colonnes ont été faites, le tout dans le style ogival primitif, malheureusement la matière consiste en de la brique ii laquelle un a donné une teinte rie pierre. Le défaut capital de celte construction , qui est gracieuse et d'un style vraiment chrétien, c'est la maigreur des colonnes principales, beaucoup It'op faibles relativement il retendue et à la puissance des voûte.s qu'elles supportent.
I.es murailles extérieures, qui n'ont pas été détruites par l'incendie, ont conservé les arcades romanes tulTeuses du XI* siècle. La nef elle portail, que l'on démolissait lors de ma visite en juin 18i9, renfermaient aussi le tufderS anciens temps. Un clocher nouveau, haut de trente-<|uatre mètres, va s'élever sur les plans de M. Robert. La construction en est confiée à MM. Noël et Burel, deSaint- Valéry, pour la somme de 5,000 fr.
la cloche que l'on doit monter dans cette tour porte l'inscription suivante : « L'an 1840 j'ai été bénite par M. Lemoiinier, curé de Manneville-ès-Plaîns, et nommée Marie-Anloinette-Louisc, par M. Jean-Isaac Guerard, maire et conseiller d'arrondissement pendant trente ans, et M"" Marie-An toineltihtde tvé, épouse de M, Gharles-Louis Canu, écuyer el clieva- ^^^iïi. 11. 4
lier Je la Lé^ibD-il'Houneur. Cai-lenet, fondeur il Gueultfr-^ ville. »
Manneville, de l'eieroption de Fécamp, no fut pas visité pw^ Eude» Rigaud. En 1738 on y complaît 112 feux. Aujourd'hui c'est une succursale de 74t habilanls.
Sur Manneville se trouve une jolie maison dn xyi" siècle, conslruite en grès avec fenêtres en pierre blanche et décorée ' d'une façon très-pittoresque. Celte vieille et fi^odale demeure a pour nous le mérite d'avoir été le berceau de M . l'abbé Ouin- Lacroix, qui y a vu le jour le 28 novembre 1817. VenuàRouea de très-bonne heure, ce digne ecclésiastique lit ses humanités au petit séminaire de Sainl-Aignan. Après avoir suivi k Paris les cours de la Sorbonne et du Collège de France, il partit pour Rome, oit il lit sa théologie dans le séminaire papal. Ordonné prt^Lre à Saint-Jean-de-Latran, en novembre 1840, il prit le grade de docteur en tliéologie et s'achemina vers la France, en visitant l'Italie, l'Allemagne et la Hollande. A son arrivée k Rouen II fut nommé vicaire de Saint-Maclou, où il est resté < jusqu'en1850. Pendant ces neuf années de ministère ecclésias- i tique, il coopéra activement k la restauration Intérieure de * l'église, et participa fi l'œuvre bienfaisante de la fondation des ' crèches. Avast de quitter Rouen pour Paris, M. l'abbé Lacroix nous a laissé deux ouvrages qui conserveront son souvenir parmi nous. Le premier est l'Hisluire de l'église et de la ' paroime àe Sainl-Madon de Rouen, un vol. in-S", de 28 avec lithographies de Dumée, imprimé h Rouen, chez Mégard, ] en 1846; le second e^t sa grande Histoire den anciennes cor— 1 poration» d'arls et métier* et dee confréries Teligieuses de la capitale de ta Normandie, au vol. grand in-8", de 763 pages» orné de 2'J lithographies, par Drouin, imprimé k Rouen, chez i Lecoinle frères, ou 1850.
BLOSSeVILLE-ÈS-PliAllKS.
Blosseville est une vieillu vicomte créiïo par nos ducs, qui prit, après la conquête de l'Angleterre, une importance qu'elle conservait encore k l'époque française. Aussi le savant Slepleton, dans la carte de la Normandie qu'il a rédigée avec les rôles de nos anciens échiquiers, donne ?i Blosseville une grande valeur géographique. Au an' et au iiii'siècles, les vicomtes de Blosseville jouent un rôle dans les comptes des Plantagcnets et dans les chartes de l'abbaye de Fécamp. One charte cite une '
discussion élevtSeeiitrQ le monastèi'iï el (îeofTmi Kidel, vicomte de BlossevîIIe. Chaque année les vicomtes devaient à l'échiquier de Normandie, en nature ou en argent, deux chapeii pour la pluie, « capax adpluEÎam. »
Du plus loin qu'on l'aperçoit dans l'histoire , l'église di^ Blosseville était unie îi l'abbaye de Fécamp. Dans sa charte de *0Ï6, Richard II avait confirmé « ecclesiam de villa quse dicilur Blossa cum lerrâ arabilî et acras sexaginta ' . » La famille des sires de Blosscville fit plus tard de grandes donations aux moines, tantôt ce sont des hommes, tantAt dt;s rentes, tantôt des bois sur les plaines, « nemoribus in planis ^. »
De cette famille de Blossovîlle, était sorti, au xu° si&cle, l'abbé Richard, qui fut d'abord moine de Mortemer et maître des frères convers. Le 11 juin H57, il fut béni it Rouen pour devenir le premier abbé du Vallasse. Ce fut lui qui fonda ce monastère et le gouverna dix-sept ans. L'archevêque Hugues l'appelle < virura venerabilem et religiosum 3. »
Malgré la propriété antique et incontestée de l'abbaye de Pécamp, sur la cure de Blosscville, Rigaud raconte que de son temps le roi de France et le vicomte de BlossevîIIe s'en disputaient le patronage. Celte cure alors valait 50 livras et comptait 100 paroissiens.
L'abbé de Fécamp, gros décimateur de cette paroisse, ne s'acquittait pas toujours très-bien de ses obligations. Vers la 6n du sv siècle, nous voyons le cardinal d'Estoutteville mettre arrêt sur les dîmes et les fruits du bénéfice, afin de réparer le chœur qui tombait en ruines et pour acheter des livres d'office dont le clergé était complètement dépourvu ^.
L'église do BlossevîIIe est un édifice en grès, du xvj' siècle. n est naturel que le grès domine dans ce canton, où les extractions sont très-nombreuses. Le chœur, terminé en abside triangulaire , a des voûtes assez élevées ; le clocher, entre chœur et nef, a une base en tuf avec des ouvertures ogivales. Les habitants dtsentqu'il s'y trouvait autrefois une porte ayant vue sur la mer, que l'on appelait la parte anglaise. Le sommet a été terminé avec du grès vers le temps de Louis XIV. La nef, les chapelles et le baptistère, sont trois contemporains de la première moitié du xvi" siècle. Sur les fonts baptismaux^ ' ffetalriajiia. \i. 217. — = Carlulaîrc Jn FÉtamp, p. 88. — ' flieuilria fia. p. 830. — ' Diifm-'e île I exemption de Fécamp. par ilom Flllaslre.
travail Je la Reihiissaiirti, on lil ces mots : « !'■ fut feste l'an ] mil v°^ XIIII-» — Les slalles du chœur viennent, dit-on, d'ui église lie Jésitilps, supprimée en 176S. mais il est permis d'en I douter.
Le grand méritii de cette église est dans ses verrières ; c'est une des plus riches de la contrée. Déjîi, dans le siècle dernier, époque où les vitraux abondaient en France, elle avait filé Vallention de Pierre Levieil, maître verrier et historien de cet art alors délaissé par la faveur publique. Cet auteur, homme (lu métier, parle des vitraux de Blosscville dans un mémoire intitulé L'art de la peinture sur verre, qui fut insoré dans le tome V de la Description des arts et nuStiem. Ils ont également I été l'objet d'observations faites par Hyacinthe Langlois, dans [ son Mémoire sur la peinture mir Terre, imprimé en 1823 H réimprimé en 1834.
Ce qui vaut mieux encore, c'est que depuis quelques années
elles ont attiré l'attention du gouvernement et du conseît-
géuéral de la Seine-Inférieure, qui li;s ont fait réparer par
1 H. You-Renaut, verrier de Rouen Le Ministre de l'Intérieur
i donna 450 tr. et le département 400 fr., sur la demande que
leur aih'ess^nt M. Leseigneur, député de Saint-Valery,
M. Deville, inspecteur de nos monuments historiques. Sccoitra
et travaux furent réalisés dans les années 1840 et 4841 . \useA
ces verrières sont présentement dans un état parfait.
Donnons maintenant le détail des sujets. Dans le chœur
L Bont trois fenêtres garnies de verrières; au fond, c'est Jésui
I croix , accompagné des deux larrons attachés avec des
cordes. Le soldat romain qui gardait ce champ du sang, semble
dire, en se frappant la poitrine : « Verè filius Dei erat iste.
Au-dessus, dans le remplissage, sont une Trinité et les écussODS
des donateurs. Ce tableau est bien peint et bien dessiné.
Au c4téde l'Évangile on voit saint Martin baiser un lépreux. Le saint est en chape, un religieux tient sa croix épiscopale, le lépreux porte un<'. toque rouge, un boqueton bleu, des cu- \ lottes violettes, des bottes %-ioIeltes et à revers blancs, une be- I BacG pend à sa ceinture, on lil au bas : « Comment saint Martin guérit un ladre en le baisant. » Dans la partie inférieure, saint Martin ressuscite un mort. Au bas est le donateur en surplis k grandes manches, avec collet brodé sans rabat, mains jointes et livre ouvert. Son écusson porte trois coqs d'argent sur champ
(le {{UGulcs. L'écu du ïoimuct est mi-parti de gueules et d'azur «vec lion, trois mi;rlettcs et chevron d'or. Au côté de l'Epltre e&t une /IniWHCÏafion; l'ange présente un lis avoc la devise : « Ave, gratiA plena. a La Vierge est habillée eu bleu-deroi fleurdelisé, puis ou voit divers sujets, le ciel, les anges, les baioU. etc. Dans le haut sunt les instruments de la Passion, on ht au bas : « (L'an) mil v" ilvi honntU personne Thomas
AUaU, bourgeuis et marchand à Dieppe, et dame ont donn/
reste vûtrc; pries Dieti pour eux. »
Uais c'est dans la tlmpelle de ta Sainte-Vierge que sont les plus riches verrières, II est impossible de trouver quciijuc chose de plus splendide, et de mieux accentuf; que les trois grands personnages qui remplissent la fenêtre terminale qui éclaire l'autel, Le premier sujet est un évëque, vêtu desachapr avec sa crosse et un livre. La tête en est magnilique: au milieu est une « Mater dolorosa ; » la Vierge tient le corps de Jésus- Clirist ; au pied do la croix, dans le lointain, sont les tours til les clochers d'une ville du moyen-âge. Le troisième personnage est un saint pape qui tient dans ses mains une tête couverte de la tiare. I) est vêtu d'une chape et porte une triple crois. Une jolie guirlande de fleurs entoure ddllcieusement ces personnages, dans le haut sont des anges dont l'un joue de la guitare et l'autre de la lyre.
Mais arrivons aux deux fenêtres qui renferment la vie de saint Lézin, patron de la paroisse. Ces morceaux sont d'un dessin et d'un coloris achevés.
La première fenêtre contient quatre sujets. Le premier est intitulé : « Sept péchés martelg pires que »epl diabUg. » On voit le saint évêque, crusse en main, mitre en tête, exorciser une possédée que deux hommes tiennent .'i bras-le-corps. De sa bouche, tordue et euntraetée, sortent de la fumée et sept diables noirs. On remarque que le saint n'a point de barbe, tandis que tous les autres en ont. Deuxième sujet : f Boiteux et aeeutjlea garis par samt Lëiin. > On voit le saint entrer dans une église, suivi d'une troupe de boiteux et d'aveugles. Troisième sujet : « Doute boitetix et aveugla! s'en votil garin. » [ci le saint bénit, avec ses doigts ef sa crosse, une troupe de boiteux et d'aveugles : * Boiteux et aveugles les gnrit. • Puis, ces pauvres ; s'en retourneni, marchant droit ci portant liéquillea sur .épaules. , .
Le quatriêmi: sujel est le sacre de sainl Léziii. La cérémonie se passe dans une église, au pied d'un autel dont le rétable est fort simple. Le bienheureux, i genoui, reçoit sur sa Idte tonsurée, la mitre qu'y déposent trois évêques vêtus de chapes. Le roi assiste h la cérémonie, il a' un sceptre, une couronne, un habit (leurdelisé et le collier de l'ordre de Saint-Michel. Cett« présence fait allusion h un fait raconté dans la légende, qui prétend que le roi fit passer notre saint de connétable et de gouvemeuT d'Angers, !i la dignité d'évêque de cette ville.
La deuxième fenêtre renferme également quatre sujets. Le premier montre saint Lézin, dans une grande église, lavant les pieds d'un pauvre qui est enveloppé de bandelettes. Une femme est là présente : « Saint Lésin Uiee les pieds et consolle la vetvt. • Le second sujet, c'est: t. Saii^ Lisin importuné d'un aveugle. > On voit le saint dans une église, prêchant dans une chaire montée exprès. La chaire est en bois, tapissée de vert par devant et de rouge en haut. L'évéque tient sa crosse. Au bas de la chaire est un clerc avec barrette et surplis il grandes manches. Parmi la foule qui écoute, on voit un malheureux aveugle qui crie à tue-tSte. Le résultat de cette interruption forme le sujet du quatrième panneau : « Avetigle^ié gari par saint l.ixin. » On voit dans une église gothique s'avancer une procession de clercs en habits de chœur Les enfants portent des cierges.
Au siècle dernier, la vie de saint Lézin occupait quatre fen^ très, au lieu des deux que l'on voit aujourd'hui. Levicl nous en a conservé les sujets, d'après les renseignements que lui avait donnés M. Marye, receveur des décimes du diocèse de Rouen <. La première montrait saint Lézin gagnant la bataille. On le voyait, dès le vu' siècle, faire habilement usage des batteries de canon . Le second sujet, de la même fenêtre, montrait * saint Lézin se mariant pour plaire au roi, puis s'approchanl de son alfidie et la trouvant ladre.
Sur le quatrième, qui terminait la vie du saint, on voyait d'abord les prisons ouvertes devant des prisonniers, qui portaient encore des fers aux pieds et aux mains, avec cette légende : « C« sont dex priionnieri délir>rés au seul seing de la croix. » Cette légende et un morceau de la verrière se trouvent encore ' dans une des fenêtres de la chapelle des Cinq-Plaies de Notrc-
' L'arl dt la prinlurt lur verre, prpniirrr p«rlir, p 57,
Seigneur. Sur le sciund lubleau, des angos volligcaii-iil nulour (lu lit sur lequel \it suinl était couché, et environné de ses paires, auxquels 11 puruissait donner les dernières instructions. Lu légende portait : n Anges vujs par mint Lézin mourant, t Enfin après sa mort, le peintre avait représenté un crucitîx, deux cierges allumés, quatre petites croix, six chandeliers et huit Sainbeaux, avec ces paroles : <i Aceugla-né gari priant an tnmbeau du »aint. s
En 1823. lorsque Hyacinthe Langlois rédigeait son premier mémoire sur la pointure sur verre, une des quatre funâtres avait disparu. Hélas 1 pourquoi faut-il qu'une seconde ait disparu depuis? carie 12 juin 1Bi9, lorsque nous avons visité cette église, nous n'y en avons plus trouvé que deux, mais admirablement réparées. Puissent-elles ne jamais périr, et puissent les habitants de Blosseville compléter un jour l'histoire de leur saint patron, dont nous leur fournissons ici les premiers éléments t Leur dévotion envers saint Léiin n'est pas encore tombée, quoi qu'elle soit bien moindre qu'autrefois. Sa fête est loiyours célébrée avec pompe, le 43 février. Des pèlerins viennent s'y faire dire des Évangiles, et naguères on couvrait de dentelles l'image qui est dans le sanctuaire.
On raconte, à propos de l'origine des vitraux, une étrange histoire. La tradition prétend qu'ils n'étaient point faits pour Blosseville, mais pour Saint-Valery. Après avoir été fabriqués h Rouen avec beaucoup de soin, quatre chevaux, attelés il un cbarriot, les amenaient un jour de cette ville, lorsque arrivés au lieu dit les Cavées, tls ne voulurent plus avancer. On eut beau les fouetter, rien n'y fit. Alors on les tourna vers Blosseville, et d'eux-mêmes ils se rendirent à l'église. Ce^ vitraux sont si beaux qu'ils méritaient bien [|ue leur berceau fût entouré d'une mystérieuse légende.
Nous croyons, nous, que ces vitraux ont été exécutés pour Blosseville, et la preuve c'est qu'ils reproduisent les actes de saint Lézin et non ceux de saint Valéry. U est ATaisemblabl e qu'ils sont le fruit de la générosité de lu confrérie de Saint-Lézin et de Saint-Martin, très-riche au muyen-âgc, mais puissamment aidée par les châtelains et vicomtes de Blosseville. Il ne serait pas impossible que ces belles vej-rières aient été données à l'église par Jean de Saint-Mard, vicomte de Blossevilln, maître (rii6tel Hii roi Louis XI, maître des eaux et foréls en Nor-
maiidio el Picardie, capitaine di' CuudiibiM- i-l ('u|iitiiiiiit des nobles de l'arrière-ban de Normandie '.
Cette vicomlé, que nous avons vue si priipoudérante au iii'el au siii* siècles, e^t bien déchue aujourd'hui. C'est k peine si l'on vous indique la place du vieux château oii sont quelques débris. Le lieu ou l'on tenait les plaids et la justice porte encore le nom de Cour le ComU, et c'est îi peu près tout ce qui subsiste de vivant de cette puissance du passé.
A présent Blosseville n'est plus qu'une paroisse ordinaire, portant le titre de succursale, avec 900 habitants. En 173811 y avait 120 feux, et )00 paroissiens en 1260, au temps des défrichements. Le pays, quoique trës-élevé et en pl;iine, est loin d'être sain. Des maladies épidémlques s'y font sentir k peu prt,'5 tous les demi-siècles. Eu 1818 une maladie contagieuse enleva 80 personnes, et Lepecq de La Clôture raconte, dans Bon grand travail sur les maladies de la Normandie, qu'en 1775. . une tiîivra exanthématcuse tua 40 adultes à BlosseTilIe i. En- i ttu le qui prouve que le mal ne date pas d'hier, une procession , va chaque année, le 8 septembre, k La Gaillarde, par suite d'un vœu fait à Notre-Dame et k saint Adrien.
Outre l'église paroissiale, Duplessis mentionne encore deux *l chapelles à Blosseville. l'une appelle ÎVotre-Dame-la-Blanche ou . la chapelle Blanchet, assise dans l'ancien manoir du lieu, il la<1 présentation du seigneur. La seconde est celle de Notre-Dam&-*j des-Mareltes, au hameau de ee nom. Les titres latins l'appel—^ lent < Capella B. M. de Marlbus. b La chaiTue en rencontre 4 encore les tuiles eu labourant. Enllu les habitants parlent de<J la Croix l^d, ou l'on va encore le jour des Rameaux, dire u De Profandis pour les victimes ou les fondateurs. VEULES.
g I". — mSTOIRE gEhCkàle.
Veules est un ancien village assis au rivage de la mer, entre j deux falaises et dans un étroit vallon. Son nom lui vient d'un -, petit ruisseau qui prend sa source près des chaumières, tra-*] verse le bourg dans un lit de cresson et se jette k la mef , après n'avoir fait tourner que les moulins du bourg. Aussi, dans tout h: pays d'alentour, le ruisseau de Veules est cité |
' Le P. Anftlme, Uùt. de ta nuiwon de France tl des grand» offleiert J (ff la couromir, I Ti,p.«31,-'T n, p. Iï3.
cumiiii; l(! Ly))G des li^oislds, parce qu'il nu cuule qUi: {luur lui seul. Duplossis, il y a un siisck-, constulail dàjk ce diclou populuire-
iÛiiis si la rivittre a duimé sou num au village, ce fut la liuigue saionue ou Scandinave qui i'ul la marraine du ruisseau . Les vieux titres latins ou fraudais varient beaucoup dans l'orthographe de ce nom qui n'a été Qxée que depuis quelques siècles.
En 1036, Ricliai-d II prononce Vuella '. Le diplôme de l'exemption, délivré par l'archevêque Thibaut, au milieu du xii> siècle, dit Wellis >. Le pape Célestin III écrit Wetlis en1l96),etllonorius III, VetolioeaiHO*. Le pouillé d'Eudes nigaud ^crit Welleis eu 1260, et le carlulaire de Fécamp, du xiif siècle, donne les trois versions françaises et latines de Veulis, Welies et Weulles &.
Quoi qu'il en soit du nom de Veules et de sa fontaine, nous pouvons affirmer que les premiers habitants vécurent des eaux. La plupart furent des marins, le reste fut des meuniers. C'est ainsi qu'ils sont encore connus dans les pays d'alentour".
Veules, comme tous les points du littoral, fut occupé par les Romains, mais jusqu'ici les débris de la conquôte n'ont été ni recueillis avec soûi, ni étudiés avec critique. Les Saxons, peuple flottant, durent occuper cette gorge maritime, comme ils tenaient Veulettes, les Dalles, Harlleur, Vittefleur et Oistretal. Lorsque les Francs, cette seconde couche germanique, se turent fondus avec la première dans le cours du \i' siècle. la moitié de Veules, quoique rangée daus le Talou, Ht partie (lu domaine des comtes de Caux, qui possédaient tout le plateau des Plains Jusqu'à la Durdent. Il est probable que saint Waninge, en fondant l'abbaye de Fécamp, lui donna la rive gauche de la Veules où était une chapelle de Saint-Martin.
Outre l'église, l'abbaye de Fécamp possédait dans ce vallon un fief, des terres, des dîmes, une grange, un hôpital, des moulins, les coutumes du port et les droits sur la boucherie. Un cartulaire du xiii" siècle mentionne la donation d'une terre pour l'entretien des cierges de l'abbaye '. Dans le même temps
' A'flulriu pia. p. S lapograph., I. il, v- ^'' l>. 300. — ' V6%ei S2 el iitcle, 4 cr> I78S, 7 en Rouen, |i 70.
— ' Duni Beaunier. ReeutU hùl.. chroml. cl ' IJ , p. 313. — ' Fallue, HUt. de Fiean^,
— 'Ht avait à Veuiu 6 moulins au iin>' et 10 en 1833. — ' Msb. de la bibliulli. <Ie
Guillaume Uaucosle, habitant du lieu, cède àl'itbbaye, ses droits sur le port de Veulcs et la pâche qui s'y faisait >. Elle consistait surtout en maquereaux, harengs, etc. Lu mâme seigneur ajouta la donation du moulin de Veules, ce qui, avec les cinq meules déjà octroyées par Richard II, formait pour les moines une belle exploitation industrielle.
Ce moulin de Veules était sans doute celui qui se trouve au bas de la Grande-Rue, qu'ils nomment aujourd'hui leMoulisde-Bas et qui, en 1235, était appelé le Moulin de la Mer 3. Ce dernier nom lui venait de ce qu'étant situé au bord de la mer, sa roue tournait tantôt avec la rivière, tantôt avec le flux et reflux. Ce fut certes un procédé bien ingénieux d'utiliser ainsi ce qu'il y a de plus capricieux et de plus indomptable sur la terre. Legrand d'Aussy attribuait l'invention de ce système à un charpentier de Dunkerque, encore vivant au siècle dernier. Hais M. Léopold Delisle prouve, par ses savantes recherches, que cette industrie existait dès le xt" siècle. Après avoir montré celui de Veules tournant en 1335, il cite deux moulins de Dieppe, qui marchaient ainsi au xiV siècle, au profit de chevéque de Houen ^, seigneur temporel de cette ville. Il va.J plus loin, il nous fait voir, en Angleterre, à l'entrée du port de < Douvres, un moulin li marée qui gênait l'entrée du port au, temps du duc Guillaume. Nul douteque le Conquérant n'ait mis >] bon ordre ii cet abus, nuisible à la navigation, le lien essentieli de l'Augleterre et de lu Normandie.
Chose étonnante, malgré les révolutions des arts et les pro-' grès de l'industrie, malgré les modilications de la propriété et i la transformation des rivages, le mouUn de Veules tourne encore avec le Qux et reflux de la mer , ce qui n'est pas la chose la moins curieuse ni la moins pittoresque de ce bourg. Cela prouve aussi combien la plage a peu changé depuis six siècles * .
Une chose toutefois a varié Jt Veules, c'est la marine. U. n'y a plus de bateaux sur cette plage, qui comptait encore SI barques eu 1 CIO. On ne voit plus de poisson dans cet échouage où le prévAt des moines décimait féodalement, et où s'appro-
' M», de 1s biblioth. île Rouen, p. 52. — ' Molendlnoni mtta. — CtrtnlaitG Je Ftcamp, ciié pir H. ttopolà Delisle, dam tes Éluda iw la eoHftiiion de la cloue abricot* tt làat de Vagriadlure en yormandù, i maym-dge. p. S13 — ' Iil., ibM., p. 013. — ' U. Lct>ar dit, jeneMtei qiifli lfmolgD«grs, qne et moulin fui reculé av I|V' siècle el m ivni'.
— fi3 —
visioDD aient les marchés voisins. Quelques caiiuU, vuilk touL ce qui reste d'une flottille que les lempStes et les orages ont chassée vers de meilleurs rivages, car il faut bien savoir qu'un quartierde Dieppe doit son nom aux pécheurs du village où nous sommeset ce quartier od l'appelle encore le PetitVeules, une rue même porte le nom de rue dei Veulets. Ce fut vers 1620, après un incendie ou une tempête, que ces pauvres marins se réfugièrent k Dieppe et s'établirent hors des murs, sur on terrain vague sorti des eaux depuis cent ans. Les chroniques de Dieppe parlent de cette émigration qu'attestent aussi les monumeuts el la tradition. Ajoutons que le terrible coup de vent de la veille de Saint-Jean (23 juin nS3j , acheva du détruh-e, k Veilles, le peu de marine qui avait survécu à l'émigration dieppoise '.
Outre la marine et l'industrie, il y avait aussi du commerce à Veules dans les temps anciens. J'en citerai pour preuve ie marché qui subsiste encore et qui fut créé par le vicomte de Btosseville, le chemin des Chasse-Marées, les maisons de l'octroi et de l'amirauté; je citerai surtout la rue aux Juifs, dernier vestige de ces célèbres changeurs ou banquiers du moyenâge, dont nous voyons revivre les quartiers dan.s les rues avx Juif» de Rouen, de Dieppe el de Fécamp. Entre 1200 et 1203, les rôles de l'échiquier de Normandie nous montrent Jeansans-Terre, empruntant sans cesse aux Juifs de Rouen, do Saumur, de Lillebonne et de Monlivilliers. Les rôles, publiés récemment, nous ont révélé les noms des Rotscliild, de ce roi Sans-Avoir, c'étaient les Bruno, les Josse et les Bomarie, de Rouen, les Affaite, de Montivilliers, et les Abraham, de Lillebonne 3.
Cette malheureuse nie aux Juifs, de Veules, fui détruite par lefeu, le jour des Cendres de l'aimée 1814. Dix-sept maisons de ce quartier devinrent la proie des flammes *. Mats hélas ! les incendies ont souvent dévoré Veules, comme tous les bourgs d'autrefois. Le plus terrible, dont on ait gardé le sou-
' Hui. abrigàei chranol. dt Dieppe, mss. nnonyoïe, p. 311. — Ètretat rtit* ntftroiM.p. W. — Le Havre a lott arrimâiucmenl, i. a. — ' ilolali in iHiTt Londùtmti atttrvali, vol. i. — Il ) SYlit aassi îles Juif» ï Caudcbec, cor, par uoe cbartc de 1333, le tui de France accorile nut religieux ilc Saiut-WanilHIlG la maiaan de <i Viele, Jiulsi de E^chaudebcc i< Cariulaire<IeSalot-Wandril1e,p. 1,067 — ' Guilmelh, l>rjcripi., t. ii, p. 399.
^i^roijs parler b
venir, est c.;lui du juillet 1781 , Ici i iiazeile de France ' •
« On écrit de Veuliîs, bourg de la Wiiéralité de Rouen, yuc le vendredi, 6 du présent mois, vers les neuf heures du soir, le feu prit en ce bourg, par la négligence d'une Temme qui avilit laissé un enfant seul chez elle : la maison était voisine de l'église de Saint-Martin dans le centre du lieu. L'incendie se communiqua gtînéRilement dans toute la partie du bourg qui va vers la mer, au poiut que 1 61 maisons, tant de la paroisse Saint-Martin que de celle de Saiutr-Nicolas, oui été la proie de» 1 flammes. Le feu n'a cessé i]uc lorsqu'arrivé à la mer, il n'a I plus trouvé de maisons ft brûler ; ce qui a riïdutt Ji la misère S9Û personnes. N'ayant presque rien sauvé de leurs meubles, les incendiés ont été obligés de rester sans pain et de coucha sur la cAlc, pendant 31 heures, les maisons des boulanges^ et des cabaretiers ayant été complètement détruites. » Le dommage causé par cet affreux sinistre fut estimé à 337,673 livres ', perte énorme pour un humble village. Le registre des doléances et des aumOnes, destinées ii réparer le mal, est encore conservé au presbytère. Ce que la Gazelle a oublié de dire, c'est que le clergé se conduisit admirablement dans cette circonstance, et que l'archevëclié de Rouen lui adressa des éloges ti ^ des félicitations.
Encore un mot sur les propriétés territoriales de Veulcs- J Clutre l'abbaye de Fécamp et la collégiale de Sainl-Quentiflu d'autres maisons religieuses possédaient à Veules des fiefs, <' tiroits, des terres et des (Urnes. Nous citerons entre autrei] l'abbaye de Beaubec, près Forges, qui avait h Veulcs une sel*J gnebrie dont tes archives départementales possèdent les aveui^^ et le livre-terrier. Au xnr siècle, Osbert de Cailly avait dont h cette abbaye de Cisterciens, fondée en 1127, son fief di£ Rou\Tay, sur la paroisse de Veules, consistant en vassauXi hommes, maisons, terres, chemins, eaux, harengs, liberté ' franchises et usages relevant de cette propriété féodale. Tous"* ces droits, toutes ces possessions, tous ces revenus sont détaillés dans le « Papier terrier et déclaratif du franc-tief de Veules, assis en la paroisse de Saint-Martin de Veules, appar
' Gatettr tU Franee. du Z7 juillel 1761. — - Guilmeili, DaeripS:. f. 31HI. — ' Au Jépfti d« \a pri>recture, lection ilc Beaubec, liatte d'iTH de la ifignrurk dt \'rulei,
tenant k messioius le» uJihé, piiotir et relif^iniiK de l'ubbaye de Notre-Dame de Beaubec, ordre de Cyleaux, fuit el dresstJ sur les anciens et nuuveaux aveus, en l'année 17*9». » Cette propriété de Beaubec, encore bien connue àVeules, fut vainement attaiiuée par le vicomte de Blossnville. Les Cisterciens enn-nt toujours raison du j^rand seigneur.
Pour finir par le chapitre des traditions locales, Veules se dit un pays très-ancien. Kn matière d'anticjuité, les prétentions de ses habitants sont taîims exagérées. Nous en citerons quelques-unes, sans garantie toutefois de la critiiiue historique el sur ta seule autorité des dictons populaires. Ces bonnes gens, comme ceux d'Étretat et de Criel, appellent leur pays la Cité, et ils ne tendent rien moins qu'à en (aire la mJsre-patrie de tous les points maritimes des environs. De Voules ils t'ont sortir Veulettes et même Saint-Valery~en-{^ux. En ce cas ce serait le gland qui aurait produit le chêne. Saus souscrire à aucune de ces assertions, nous convenons que le territoire de Veules est de nature ii justifier quelques prétentions. Il est couvert de constructions, de maçonneries ou de terrassements ', qui indiquent les mouvements de populations diverses et de générations superposées.
Avant la Révolution, Veules faisait partie du doyenné de Canville, Vun des trois qui formaient l'ArcIndiaconé du Petit- Caux. Cependant si l'église de Saint-Nicolas était du diocèse de Rouen, celle de Saint-Martin, on peut le dire, était du diocèse de Fécamp. Cette exemption archiépiscopale est cause que nous n'avons sur elle aucun renseignement dans la grande statistique diocésaine rédigée par Eudes Rigaud. Hais lorsque l'abbé Saas dressa, par ordre de M*' de Tressan, le pouillé de t738, il fait figurer la paroisse de Saint-Martin pour187feux et celle de Saint-Nicolas pour H 2. Ce qui donne pour le bourg u» total de 299 maisons ou familles.
Dans la nouvelle division départementale, décrétée le 22 décembre 1789, Veules fut renfermé dans le canton de Saint- Valery et le district de Cany. Plus tard fut érigé l'arrondissement d'Yvetot et Veules y entra avec Saint-Valery, dont il est le satellite. Mais la Révolution avait supprimé tes deux paroisses, les deux portions et les chapelles. Elle ne laissa sub-
' Arcli- dépsri. à Isprër.— ' Lea derniers lerrasBemeDU.surla cAieJ'aval. t occssionnéa par le Camp de Yeulei, qai tlurg quinze mai* va 1747.
sist«r que l'église de Siiiiil-Martiii ni réunit le bourg en une seule paroisse. En 18S0 on y comptait iOO feux el 1,489 habitants. A présent ou eomiitc 1 ,600 personnes el pourtant Sainl- Martin n'est qu'une suecursule avec curé et vicaire.
% II. — l'ëGLISK de SIIKT-MARTIH.
Une tradition d'abbaye s'attache l\ l'église de Saiat-Httrtin de Vcules, comme k Noire-Dame d'Etretat et ikSaint-Valery de Veulettcs. Cela se conçoit aisément si l'on fait attention aux origines. Toutes ces églises ont appartenu primitivement h des monastères et ont été desservies soit par des cbaooineSi soit par des bénédictins. De lit l'idée d'abbaye passée chez le peuple, qui n'oublie rien.et eutrctenuc par la visite dos moines et la juridiction des abbés.
Saint-Martin de Veules, qui fut une paroisse de l'exeraption de Fécamp dès la naissance de cet étonnant privilège, avait élA donné au monastère avec le canton des Plains. Dans le principe elle relevait de l'église de Saint-Vaiery, ainsi que celle de Uauneville. Duplessis atteste cette dépendance ■, que le silence des premières chartes confirme suffisamment. Ce n'est qu'en 4036 que Kichard II nomme, pour la première fois, l'église et le fiof de Veules dans la grande cliurle confirmative des biens de l'abbaye qu'il délivre dans son palais de Fécamp 1. , Malgré cette désignation spéciale, qu'il connaissait sans doutetj Duplessis n'en soutient pas moins que Saint-Martin de Veulea, émancipé de Saint-Valcry eu 1404, resta succursale de Hannevillc-ès-PIains jusqu'en 1174, époque où il jouit plcinemeat des droits curiaus'. Ce qui est plus certain, c'est qu'en 1196, une bulle du pape Célestin 111 renferme l'église de Veules parmi les paroisses de l'osemption de Fécamp *, ut dès le milieu de ce m<!me m" siècle, une charte d'esemp^on, délivTée par Thibaut d'Amiens , archevêque de Rouen , mentionne l'église paroissiale de Veules ^. Il est donc très-vraisemblable que l'ciistence de ce bénéfice remonte plus haut que ne l'a soupçonné le premier historien de nos églises.
Du reste, si l'on jugeait de l'antiquité paroissiale de Veules par son église, elle ne remonterait guëres qu'à la lin du in* ou au commencejnent du xiii'^ siècle, épuque ou flurissait l'ogive
' IMeripUun. I. i«', p. 77. — ' IVeuilria pia, p. 2J6. — ' /Mcnplida. 1. 1", p. T7. — ' Nentlriapia, p. 243. — > Dom Beaiinkr, Reeiteit hùlorigue, chronolog. cl lopograph.. tome ii, p 681.
primitive. De ce(t<- grande période monuiiteutale il ne reste que le clocher, tour carrée qui dut Ctre bftti parles arcbitectes de l'école Bénédictine, qui avaient ronstruit les lanternes d'Etretat et de Fécamp, Le clocher de Veules est leur frère putné. Comme eux il appartient k l'ogive naissante et il dut ft>rmer, entre le cbœur et la nef, une fort belle lanterne. Les colonnettes qui tapissent les quatre gros piliers sont d'un joli style, et elles seraient dignes d'admiration si on ne les avait peintes en marbre de cabaret ou en devant de boutique.
Le reste de l'église de Veules a été construit au ivi« siëcle avec le grès si abondant dans ce pays, car, depuis des siècles, c'est le grand commerce de la localité, et les murs de nos églises, ainsi qne le pavage de nos villes, viennent des gréihes de Veules et des environs. Le portail indique que cette reconstruction eut lieu : « L'an mil v" xxvii. i Malheureusement le style de cette époque est très-dur et très-froid avec de pareils matériaux ; aussi l'église de Veules, malgré ses trois nefe et l'élévation de ses arcades, ressemble ît un grand corps sans &me-
L'église est lambrissée dans sa totalité. Dans la nef du milieu on lit ; L'an hil v" xxviii (ul achevée; merci à Dieu. » Sur le berceau de l'aile méridionale on lit avec peine : < L'an «IL V" xLii, fut fait par CUmeni Legras, Marin D'ouïe.... et Pierre BerriUe, thrésavrie^rs et parnehieti» . »
En 1846, on a ajouté & l'église de Veules une belle sacristie, d'un guAt original, mais qui ne manque pas d'ornements de pierre; elle a été travaillée à Dieppe et montée II Veules par M. Hénault, maître maçon de l'église Saint-Jacques. L'ancienne sacristie avait été donnée en 1604, par Naudin Leroy, pour être la chambre du prédicateur des stations.
En 1835, la première fois que j'ai visité l'église de Veules, j'avais remarqué sur un porche en bois, au côté du midi, une masse considérable d'ossements blanchis, provenant du cimetière, c'était un reste de ces anciens reliquaires autrefois si communs parmi nous, et que l'on retrouve encore dans les églises et dans les cimetières de la Bretagne, du midi de la France et de toute l'Espagne. Il est fait mention du chamieT de Veules dans un registre de 1623. Jadis cette coutume était commune parmi nous; fi Harfleur on montre encore la i Bourg-Dun. dans les archives, nous
avons trouvi! menlion ilns « lioux où l'on tiiiposait 1*'S os. • Sur les combles de l'églist^ Saint-Remy de Dieppe on retrouve eu» core des fëmiirs qui proviennent de cet usage. Enfin A Rouen, lorsqui^ l'on a neusé autour des églises de Saint-l.fl. de Saint- Hichel et de Sainl-Pierre-l'Honoré on a rencontré dt>s masses ^Ossements provenant d'anciens reliquaires. I^s cloîtres de l'attre de Sainl-Maclou et du cimetière de UoiUivilliers étaient chargée de ces vénérables restes que l'on exhumait en creusant les fosses. Le reliquaire de Veules a disparu vers IBiO. 11 était déjà menacé en ISHO, car M. l.ebuy écrivait que
tait quelque chose de choquant et que l'on ne voyait guëres d'étranger qui ne demandât à ce que ces os lussent rendus tt la terre dont ils étaient sortis, t
L'église de Saint-Martin de Veules, autrefois partagée en deux porUons, était à la collation pleine de l'abbé de Fécamp. Ce partage d'honneur et de juridiction dans une seule et mdine église n'était pas sans inconvénient. On peut même dire que c'était un grave abus et la cause de bien des scandales.
Le mémoire rédigé eul69<i, par Gabriel Duclan et Guillaume PiJlaslre, pour simtenir Vexeinption ' de Fécamp contre l'ar-
' Défaite ât l'exemption el de la juridiction de l'abbaye de Féeatnp pour lervir lU réponit à l'arch. de Koum. un vol. in-folio de 200 p , IWS.
chov^qHe Cotbert, rappurtf. nircii ((!!!*, M. Lrsaiiva^e. cuiv (le la preiiitère purlion de Siiinl-Martiii, Iroubtail l'oHict; de la secomle. I>la dut armer frl^quprnmenl, el loules les paroissi's où cet nbus a e\'\slé sont pleinf^ il'liistoires Komblables.
L'abbé dp Fécainp avait ]cs deux tiers de la dtïne, el iljB Inixsalt nu\ deux curés que le troisième tiers, les novales eHre oblations des fidèles. Ces deux pauvres bénéficiers se parta- {^pâlent (également le revenu, le travail et la misère. Car ce clergé fiil toujours très-pauvre.
lirftce aux travaux de M. l'abbé Lebay, (\m a parcouru les registres et recueilli les traditions, nous savons quelques ili'-- Uiils sur l'histftire de Sainl-Martin. depuis te règne de Henri IV jusqu'il nos jours. Les plus anciennes Hrcbives, qui remontent il 1609, racontent ijue cette année-là on rettt la charpente des trois nefs, pour une somme de 7(3 livres, avec des chi^nes de la forCt d'Eawy. L'année suivante on pava les nefs, et les iîunrranl, de Néville, construisirent six piliers pour 620 livres. Pauimier et Blondel, maçons du mt^me village, firent les autels il« pierre de Saint-Nicolas et de Sainl-Eloi.
Cfi fut en 163ft que l'on établît îi Veules le jeu d'orgue qui subsiste encore. En I7H l'organiste nommé Bernois, de Dieppe, recevait 100 livres par an. Soupçonné une fois de n'avoir pas fait ses pflqnes, il fut ré^'oquti par le prieur de F»'camp, qui le reprit quelque temps après parce qu'on reconnut qu'il avait satisfait fi son devoir pascal dans le pays de sa naissance. La discipline ecclésiastique était fort sévère ii Veules. En IB53, l'ùRicial de Fécamp ordonna aux cabareliers de fermer leurs tavernes pendant les offices du dimanche, sous )>eine de 45 livres d'amende.
Parmi les prêtres de Veules nous en citerons deux qui ont mérit« une mention particulière. L'un fut M. Petit, curé de t712à)718. n était doyen de l'exemption de Fécamp. En173i il fit blanchir son église par un nommé Lefebvre, de Saint- Valery. Il fonda, pendant sa vie, quatre grand'roesses aux Quatre-Temps de l'année, avec une distribution de pain aux pauvres. Il fut enterré dans la chapelle de la Sainte-Vierge. sous l'image de saint Sébastien. Là était une statue funèbre, couchée sur deux pierres brutes, avec un chien aux pieds. M. Lebay dit l'avoir fait enterrer vers 1824, au même endroit, à cin([ pieds sous It-rre, M. Ouilmetli, qui paraît avoir recueilli
quelques reiisei^tnemeiiU sur ce tombeau, ajoule ({ue e celui d'un sire de Blossevillo ■.
L'autre prêtre dont nous voulons parler est M. Marin, ■ Marie de Vatlemare, homme de bien qui a vécu et qui est d g^odeur de sainteté. Celait un simple chapelain qui a fait ii église plusieurs fondations utiles; une inscription, gravée soi marbre noir, en 1653, en a r-onservé le souvenir jusqu'à n jours. Décédé vers i660, on dit qu'il fut retrouvé entier eit^ n66, lorsque l'on repava l'église. Mais nous croyons peu k ' ces histoires de r.onserra lions merveilleuses qui se retrouvent partout. Nous savons, toutefois, qu'après la Révolution, lorsqu'on démolit, à Rouen, l'abbaye de Saint-Amand, on retrouva dans un état parfait de conservation, une abhesse inbuméi depuis plus de cent ans.
En 1791, lorsqu'on eut supprimé couvents et abbayes, Isl fabrique de Saint-Maitin acheta au district de Cany bon nombre d'ornements. Elle se jiara également des dépouilles de Saint-Nicolas et des Pénitents. Le tabernacle actuel vient àa r.ouvenl. Toutefois la Terreur dépouilla celle église, et en1803j lors de la rentrée des prêtres légitimes, il fallut demander | Rouen des tableaux pour déi'oier l'église.
A l'époque dont nous parlons, M. Leblanc était devenu curé de Saint-Martin de Veules, dout les deux derniers titulaire» avaient simultanément prêté le serment constitutionnel. Apres avoir approprié les murs de son église, il repeupla la tour â^À ses trois cloches, ce qui coûta 8,000 fr. Deux uns après il mo[^ rut le i décembre 1 81 8, léguant k son église une partie de » avoir. Il eut pour successeur M. l'abbé Lebay, k qui c vons une mention particulière.
Ce bon curé est à coup sûr la personnalité la plus 'mtére»-1 santé que nous présente l'histoire de l'église de Veules, Né %■ La Ciaillardc, en 176^, il vint à Veules en 1783, sitôt après s ordination. 11 était alors quatrième prêtre fk l'église de Sainfr- Martin, qui comptait deux curés et deu\ vicaires pour 900 paroissiens. Pour s'aider à vivre il desservait la chapelle du Val, dont il avait les oblations. Il raconte lui-même qu'il arriva dans la paroisse le premier dimanche de juillet, fête de la Dédicace dans toute l'exemption de Fécamp. Vers 1790 il devint. | vicaire de Sain t-Pierre-le- Vieil ; puis il revint ii Veules passeij ' Dtirription, 1 it, p 111.
uva,^
. laV
aide àa
Ii> Icuips de la Ri'voliitioi). Nous pn^siiiiiaiis qu'il pr^la sëi-inenlRt qu'il en pr^ta })lus(run. Rplrailé et repentant au Oonrordal, il resla vicaire de Veules jusqu'en t807. époque où il devint curé de Gueutleville-ès-Plains. Enlin pour lu quatrii-me et dernière fois, comme il le dit lui-mènir', il revînt k Veules le 6 mars 1819, avec le litre de cui-é. A peine entré en fonctiORS, son premier souci, comme il a soin de nous l'apprendre, fiit de réorganiser les confréries, nombreuses et mal administrées, sujet de scandale plutôt que d'édification. On en comptait au moins sept ou huit, venant de toutes les paroisses, de Saint-Nicolas, des Pénitents et do la chapelle du Val. Il étudia leur histoire, parcourut leurs statuts, et avec ces cléments dicta de nouvelles règles qui leur donnèrent une nuuvelle vie. Parmi ces confréries, les principales étaient celle du Sainl- Nom-de-Jésus, établie k Saint-Nicolas en 1639, celle des Cinq- Plaies, fondée à Saint-Martin en 1617, pour inhumer les morts de Veules et des environs, celle du Sacré-Cœur, transférée des Pénitents, celle de Saint-Clair, qui existait à la chapelle du Val, en 1664; enfin les confréries du Rosaire et du Saint-Sarrement.
Après quinze aniiées de cure, le bon pasteur mourut le 1 7 mars 1634, il l'ftge de 7â ans. Les dernières années de sa vie turent consacrées & la rédaction d'un manuscrit historique, qu'il intitula : PaTticvlariUi sur le bourg de Veules, depuUsa fondation.
Ce mémoire, d'environ 60 pages, est intéressant pour la localité, que son auteur connaissait parfaitement. Malheureusement aucun esprit de critique historique n'a présidé <i sa rédaction. Tout ce qui est antérieur au xvii^siëcle, est apocryphe, mais k partir de 1600, époque où il trouve des manuscrits et où la tradition n'était pas perdue, l'auteur acquiert un mérite véritable et son ouvrage devient digne de l'attention des hommes sérieux. Encore faut-il le consulter avec prudence et ne s'en servir qu'avec discrétion. Toutefois nous devons louer cet emploi des loisirs d'un vieillard, et nous serions heureux de rencontrer partout un guide aussi naïf et aussi intéressant.
- Ltr.LISE SAINT-NICOLAS.
Une partie du vallon de Veules dépendait jadis delà terre de Sotteville. Au x' siècle les bords du Dun et le plateau qui le domine il l'ouest, vieille propriélé des ducs de Normandie,
furent donnés par les RicImrJ h Dudon, leur historien, et à la J eu ll(igiale de Saint-Quentin <. Quelques commentateurs sent- | blent (lire qu'une cliapelle y existait dès-lors, mais que ce d'^ ] tait qu'une simple succursale de la paroisse de Solteville >. Aussi c'est sous le modeste titre de rliapelle que cette église j fait son apparition dans l'histoire.
Une vieille tradition, recueillie par l'abbé Lebay et consi- ] gnée par lui dans son travad sur Vculcs s, prétend que la prômière chapelle, construite par les marins, était dédiée it saint Pierre, le pécheur de Génésaretli . Il est vraisemblable que cette création du xi' siècle, cette époque si florissante pour la Normandie, aura été baptisée au m", lorsque les reliques de saint Nicolas arrivèrent fi Bari, dans le royaume de Naples. Les merveilles que la légende répandait sur le saint évéque ds ' Myro, l'auront Tait adopter par les marins de Veulea.
Saint-Nicolas dut garder quelque temps le titre de chapelle^ c'est sous ce nom que le désigne le pouillé d'Eudes Rigaud *,
i en 1260 en estime le revenu h 13 livres et la population k 40 cheh de &mille. Mais les pouillés imprimés des derniers . siècles, lui donnent le litre de paroisse, et en 1738 elle atteignait le chilt're triss-respectable de 112 feux. En 1785, le lendemain du grand incendie et la veille de sa suppression, il n'y avait plus que 55 habitants.
L'église de Saint-Nicolas était située sur le penchant de Is côte qui monte vers Sotteviile, presque au bord de la falai Le trésor en était riche et la cure était très-pauvre. Les cha- I noines de Saint-Quentin gardaient la dhne. Le curé n'avsiig qu'une portion congrue de cent écus, qu'on juge du vicaira.
En 1582, Nicolas Danois donna It cette église une acre d« terre, un calice et uu ciboire, à condition qu'on lui dirait une messe tous les vendredis de l'année. A la Révolution tous les biens de Saint-Nicolas passèrent au trésor de Suint-Martin, ils lui valent encore un revenu de 1,200 fr.
Nous devons citer ici quelques curés de Saint-Nicolas. 1639 M. Quiécy établit dans son éghse la confrérie du Saint- Nom-de-Jésus, fondée h Rouen par les religieux de l'ordre de ■ Saint-Dominique. H eut la permission d'inviter autant de pift* ,
' CflH. ehritl.. t. SI, iiulrummia, appmdix. — ' Id., Ibid, — ' eulariiA sur le bourg de Vnilet drpuii m {«ndolitm. m«s. de M. l'abbé-J LabtT. — ' Capclla S'i-Klcolai île VciJJcis,
Ires qu'il voudrait pour Us rfii'ijmoiiies. Celti' iissocmtion fui transférée îi Suttit-Marliti cii 1791. Eii 1664 le curé ayant éprouvé île gruuds ilésagn-iueiits k l'occasion de la sonnerie, lit faire un rt^i^leiui'iit par ran'liidiacre. Lorsque M. Ouiéey mourut i-ri lt)6i, il y avait liiilt prêtres fi Satut-Nicolas.
M.Li^bayrui!unte iju'rn I70i le curé lîodard démolit la vieillir chapelle de Sainl-Pierro, duut les débris furent employés par M. de Blosseville fi lu construction de son clititeau- Ce même seigneur ayant tenté, en 17iK, de mettre ses armes sur l'église Saint-Nicolas, le« chuiiuines de Saint-Quentin les firent effacer. Une des dernières ligues de l'bistoii-e ecclésiastique de cette paroisse, ce fui la part que prit M. L.-N. Piot, curé de cette paroisse, k la manifestation des prêtres du diocèse de Rouen contre les doctrines des PP. Berruyer et Hardouin, jésuites. M. Piot signa lu i)remière lettre adressée en 1763 à l'archevêque de Rouen, [tar 56 ecclésiastiques, el il signa aussi la réjdiqiie adressée l'année suivante par 64 curés.
La constitution civile du elorgé ferma doublement les portes (ie cette église^ D'abord en anéantissant son titre paroissial, ensuite eu proscrivantledernier titulaire. M. Leblanc manqua de perdre la vie j) l'occasion du serment . 11 émigra en Pologne oti il passa dis ans. A la première nouvelle du Concordat il rentra en France, et se lit donner la cure de Veules, dont il prit possession malgré vent et marée. Il avait contre lui les deuiL curés jureurs de Saint-Martin et toute la population qui le prit k cailloux et le touriueula long-temps. II fallut une énergie de fer pour triompher de tant d'obstacles accumulés. Nous remarquons, du reste, que des diflicultés semblabips s'opposèrent à l'installation des curés concordataioîs el lêgilimes il Fécamp et k Élretat.
La pauvre église de Veules lui moins heureuse que son curé, elle ne se releva pas du coup que la Révolution lui avait porté. Bile ne fut pas attaquée de suite, mais en 1821 la main des démolisseurs s'appesantit sur elle. Malgré soisantfi années cl le marteau des acquéreurs, ses ruines sont encore intéressantes, les pans de mur, les arcades et les fenêtres du chœur sont d'un efl'et pittoresque. Le x\\' siècle l'avait solide- 'aenl conslruite avec du grcs, 1628 l'avait réparée et consolidée, klel point qu'elle a pu résister à un demi-siècle de des- InKtion.
L'autel devait êlre de pierre ; car dans l'abside Iriaiigulain on aperçoit une maçonnerie destinée k en supporter la tablei I.a croix du cimetière, encore restée delmul, tsl d'un grêi assez bien travaillé dans le style de la Renaissance. Parmi la déeombres de l'église on reconnaît encore la statue du patron delà paroisse. Saint Nicolas, priez pour elle!