‹ Les églises de ParisChapitre 2 sur 39 · VI 1>-TR0DL'CTI0X · texte numérisé non relu

VI 1>-TR0DL'CTI0X

criant : » C'est ici la maison de Dieu, la porte du Ciel , vraiment le Seigneur » est en ce lien. » Et semblable à Jacob, l'homme du siècle qui avait cherché, partout ailleurs que dans ce sacré foyer, les lumières dont son esprit était avide, s'est écrié : « C'est ici la porte du Ciel elje ne le savais pas. ■

Aux siècles de fol, l'église de paroisse était le point central autour duquel, si l'on peut parler ainsi, gravitaient les habitations dont elle était environnée. Elle justifiait pleinement son origine hellénique, car la paroisse, parochm ou plutôt parœcifl, est l'édifice auquel correspondent et convergent les maisons qui se pressent autour d'elle : naca ootta, auprès (lu foyer domestique. La paroisse était le berceau de la vie spirituelle par le baptême, et môme , en quelque sorte, de la vie civile : car la naissance y était enregistrée. L'union matrimoniale y recevait la double consécration de la religion et de la société légalement constituée. Elle constatait la mort du citoyen, de même qu'elle célébrait ses chrétiennes funérailles. La paroisse liait l'homme à l'état et à la religion. L'homme ne vivait en corps et en âme que par la paroisse. Après sa mort ses dépouilles étaient confiées à la garde de la paroisse. Il n'était plus et la paroisse le protégeait encore. Ce que nous rappelons comme un souvenir dans notre patrie, est l'état présent de tous les pays de la catholicité. La France, fille aînée de l'église, n'y fait exception que depuis un demi-siècle. Mais on fait beaucoup plus aisément des lois administratives qu'on ne change le génie d'un peuple , surtout quand ce peuple doit sa civilisation aux lumières évangéliques. On peut bien placer des voiles autour de celte lampe mystique, mais on ne peut l'éteindre, car son huile découle du ciel et ne s'épuise jamais. La paroisse possède encore le secret d'une attraction que n'obtiendra jamais une démarcation de hiérarchie temporelle et séculière. La gradation des pouvoirs est-elle même astreinte, pour se définir, à emprunter le langage de la constitution catholique, car la hiérarchie n'est que la puissance sacrée.

Un mot sur l'origine des paroisses trouvera, pensons-nous, une place opportune dans cette introduction. Dans les premiers siècles, la paroisse n'était autre chose que l'arrondissement de la juridiction épiscopale. L'évoque était le curé paroissial. Les prêtres étaient les coadjuteurs de son ministère. Le nom de paroisse même était synonyme de diocèse. Au fond de son abside le pontife assis était entouré de son presbytère, c'est-à-dire du collège de ses prêtres, et présidait l'assemblée des fidèles. A l'aulel , pendant qu'il célébiait, les prêtres étaient ses assistons. De là, il résultait que le nombre des évoques était inliniment plus grand que de nos jours et cliaqui' agglomération un peu considérable d'habltuns composait celte

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primilivc paniisse épiscopale. Cependant le nombre des fidèles s'étani accru par les conquêtes incessantes et pacifiques du christianisme, on chai gea quelques prêtres de présider aux assemblées dans les villages dont la population n'était pas assez grande pour y établir un pontife. Au siècle de Constantin-le-Grand , il y avait déjà à-la campagne un grand nombre de ces églises subsidiaires auxquelles on finit par donner le nom de paroisses, tout comme à celles qui étaient présidées par les évêques. Les grandes villes se virent aussi en peu de temps divisées en circonscriptions déterminées dont les chefs prirent comme l'évêque le nom de Parochus, et la circonscription celui de parochia, paroisse. Mais la ville d'Alexandrie, qui fournit un des premiers exemples de cette subdivision , donnait le nom de laures à ces arrondissemens paroissiaux. Longtemps encore les chefs des paroisses ou laures n'eurent d'autre titre que celui de presbyter prêtre, et c'est particulièrement en France qu'existait cette dernière coutume. Le caractère dislinclif de la paroisse était la possession d'un baptistère. C'est ce qui la faisait participer au privilège de l'Église-raère, ainsi nommée, disent plusieurs écrivains canonistes, parce qu'elle enfantait à la foi par le sacrement de la régénération. La ville de Rome fut ainsi partagée en plusieurs titres , et le chef de chacune de ces divisions presbytéralcs ou paroissiales reçut le nom de cardinal . parce que , selon quelques élymolo gistes, c'est sur eux que roulait le gouvernement de cette église comme une porte sur ses gouds, à cardine, qui a cette signification. De ce soin paternel , en d'antres lieux , le prêtre titulaire prit la qualité de curator, curatus, curé, du latin cura, qui, en effet, signifie soin, sollicitude, surveillance. Et quel nom, plus propre à désigner la fonction du pasteur des âmes, pouvait être donné au prêtre chargé de veiller sur son troupeau? Tout se tient dans les choses de la foi, et une religion qui prêche l'humilité ne pouvait qu'inspirer une qualification aussi peu prétentieuse, tandis que le monde a des termes beaucoup plus vaniteux pour le simple chef de l'antorilé civile dans le plus modeste village.... le maire, major, c'est-à-dire celui qui prime et qui est plus grand que les autres. ..La paroisse, le curé, voilà l'administration spirituelle dans sa plus infime délimitation, et l'évêque , c'est-à-dire le surveillant qui lient la houlette pastorale et qui exerce la vigilance sur les brebis et les pasteurs secondaires, voilà le diocèse.

A l'exemple de la ville qui est le siège du Pape , c'est-à-dire du père commun de la catholicité, les cités importantes virent, comme nous l'avons déjà dit, se former dans leur sein des réductions paroissiales en faveur des habilans trop éloignés, par leur domicile, de l'église-mère ou calhé-

VIII IXTRODUCTK»".

(Irale. Et (elle fut la sollicitude des évêqiies pour le bien de leur troupeau que le secours spirituel vint, pour ainsi parler, en chercher les membres jusqu'au foyer domestique. Ainsi Paris, circonscrit pendant quelques siècles dans l'enceinte de la Cité. possédait plusieurs paroisses. A mesure que la ville s'épanouissait autour de cette ile si humble sous le nom de Lutéce. les paroisses s'élevaient comme des asiles que la religion offrait aux peuples qui venaient y puiser ses doctrines consolantes pour le temps et pour réternilé. A côté de la fragilité humaine se présentait le sanctuaire réparateur ; à côté de l'humanité souffrante , le refuge et le remède de l'infortune. Ainsi un grand philosophe n'a pas hésité â dire : " Chose étrange ! Il la religion, qui semble n'avoir d'autre but que la félicité d'une autre vie. i< fait encore noirebonheurdans celle-ci.» Et ces paroles simples et grandes comme la vérité n'étonneront que l'ame assez malheureuse pour ne pas comprendre la salutaire influence de la paroisse.

Les faubourgs de la grande ville avaient reculé leurs limites au fur et à mesure que les faubourgs primitifs en étaient devenus une partie intégrante. Ces habitations isolées autour des remparts ne pouvaient, en temps de guerre, participer aux bienfaits de la paroisse dont la clôture stratégique les avait séparées Les monaslères épars hors de cette enceinte leur ménagèrent les avantages spirituels. Mais comme l'église conventuelle exclusivement réservée aux religieux ne pouvait s'ouvrir qu'avec ménagement aux populations qui en occupaient les abords, une église paroissiale était édifiée très fréquemment par le soin des moines, el jamais la religion, tendre mère, ne perdait de vue ses enfans, el elle les abritait sous ses ailes. Les preuves en sont abondamment fournies dans le cours de cet ouvrage qui s'est proposé ce but spécial.

Assez de ces publications frivoles dont l'époque ac'.uelle est inondée. Les ÉGLISES... ce litre seul annonce un recueil sérieux, une histoire grave et consciencieuse, quiinstruit par ses profondes recherches, édifie par l'esprit qui le caractérise, plail par les tableaux, les détails, les faits dont il e>l riche. Le siècle présent s'y rattache aux siècles écoulés, la chaîne des traditions est renouée Et qui sommes unus donc pour répudier nos pères? Ne soyons pas si fiers el n'oublions pas que nos successeurs nous apprécieront d'après la mesure dont nous aurons usé envers ceux qui tmus précédèrent. SI nous sommes trop sévères et même injustes à leur égard, dans un ou deux siècles, car le temps marche vite, m)us serons jugés, et celte foi< légitimement , avec usure. L'époque à laquelle une existence humaine se rattache a toujours paru aux esprits superficiels el irréfléchis le faite de la civilisation et des lumières. Sous Charlemagne . il y a plus

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(lo mille ans, on se croyait au point culminant de la triple gloire gueirière, artistique et littéraire. Ceri donne à penser à ceux qui en prennent la peine. Respectons donc nos aïeux et ne dédaignons pas leurs œuvres, leur goût et surtout leurs mœurs religieuses , leur attrait pour le sanctuaire paroissial qui était le centre de leurs plus chères affections, parce qu'il était le lien sacré de la famille.

A l'église paroissiale dont il fallait rechercher l'origine , signaler les phases architecturales, décrire l'ornementation , interroger les annales, annoter les événemens, il fallait associer les églises conventuelles les plus remarquables, et pour elles se livrer aux mêmes travaux. L'église du monastère devait exciter une sympathie presqu'égale à celle qu'éveille le souvenir de la paroisse. En effet, nos pères professaient pour le moùlier une vénération]aussi tendre que pour celui-ci. L'église du monasière était assez fréquemment la cure primitive et les moines avaient sur les paroisses proprement dites une suprématie qui les en faisait considérer comme les pasteurs suzerains . puisque la nomination de plusieurs cures leur était dévolue : c'est parce qu'ils en avaient anciennement rempli la charge. Quelques-unes de ces églises sont devenues paroisses effectives et plusieurs autres, sans jamais avoir joui d'une juridiction curiale, ont été changées en titresparoissiaux.il n'était pas , au surplus, dans l'intention des éditeurs des ÉGLISES DE p.\Ris de faire revivre dans leur travail ces anciennes institutions monasiiques dont la capitale élait si amplement pourvue. On voulait s'imposer des bornes et faire un choix de ce qui pouvait stimuler le plus généralement lacuriosilé de la génération présente. L'œuvre s'adresse à toutes les classes, sans doute, mais le grand nombre de lecteurs se compose de personnes auxquelles leurs occupations ne permelienl pas d'embrasser un ensemble considéralilede notions historiques et monumenlales. Celles qui, par leurs goûts et leurs habitudes, s'appliquent à des explorations de cette nature, sauront suppléer à l'insuffisance de ces docuraens dans la lecture des ouvrages qui épuisent cette matière se rattachant à toutes les branches de la science humaine et de l'histoire ecclésiastique.

Outre le but moral qui doit être celui de toute œuvre littéraire, et surtout d'un livre qui est intitulé : les Églises, il est permis d'envisager encore une autre On qui s'unit plus intimement qu'on ne pense à l'esprit religieux que le titre fait pressentir. C'est l'art chrétien auquel enfin le goût du siècle présent semble revenir avec amour. Trop long-temps un engoùment immodéré pour l'architecture classique du paganisme avait fait reléguer dans un obscur dédain les productions architectoniques du movcn-ûge. On leur jetait comme une injure l'épilhète de golhi(,xie=.

X IMRODLCTION-

cest-à-ilire barbares. « Pendant plus de trois siècles, si l'on élail forcé d'admirer les cathédrales de Reiras, Chartres, Bourges et Paris, on parais- » sait s'apitoyer sur un malheur qui serablail à jamais déplorable , c'est M que ces églises élaient gothiques. Et cependant on admirait, et com- » menl admirer ce qu'on dédaigne? c'est qu'une injure ne saurait faire )i perdreàlavérité les charmes qu elle possède, parce qu'ellene les tientpas » de l'homme. Ainsi on a pu injurier sur l'autel de son sacrifice , au Cal- » vaire , celui qui dit : Je suis la vérité. Mais à peine eut-il rendu le der- » nier soupir que les témoins de son agonie , ceux-là même qui l'avaient » accablé de leurs sarcasmes, se frappaient la poitrine et disaient : Celui- « ci élait véritablement le fils de Dieu L'erreur n'a qu'un temps, la vérité » demeure. Le gothique fut une injure. L'injure s'est glorifiée, que la vérité » éternelle en soit bénie. » C'est ainsi que nous parlions naguère au sein dune société littéraire très nombreuse, et une approbation non équivoque accueillait nos paroles. Les esprits semblent donc fous préparés à une réaction artistique dans le genre d'architecture applicable à nos temples chrétiens. La louange décernée aux œuvres des treizième, quatorzième et quinzième siècles trouvera donc un écho dans tous les esprits. Onconviendra enfin que le temple catholique ne doit point ressembler aux habitalions profanes, encore moins ne doit point retracer la forme des temples de l'idolâtrie. Nos pères n'allaient point demander à Vitruve payen la coupe de leurs ogives, de leurs rosaces, de IcMirs clochetons. L'architecte chrétien interrogeait sa foi et traduisait la réponse en ce que nous avons réappris à goûter. Bientôt l'affection s'y attachera et l'on ne peut aimer un type symbolique sans vouer son amour au dogme qui en a été l'inspirateur. Toutefois ne soyons pas trop exclusifs et surtout intolérans en ce qui regarde l'archileclure chrétienne, sous peine d'identifier avec la pierie une religion qui pard essus tout est esprit, et sous peine de stigmatiser aussi le génie architectoniqiie d'une contrée, et surtout d'une ville où l'on doit connaître l'esprit qui doii présider aux constructions religeuscs. Le vrai n'est jamais dans les extrêmes. La foi, dés lors qu'elle est catholique, n'est bornée ni par les temps ni par les lieux. Elle ne subit aucune phase dans ses dogmes , mais elle en rcconnait dans sa discipline et dans les objets matériels du culte. Ne soyons donc pas plus exigeans qu'elle-même; mais cela ne nous empêchera pas de proclamer le goût inné de la nation française pour la forme architecturale que nous aléguée le siècle de St-Louis. Ces réflexions préliminaires expliquent, nous osons le croire, le plan que les éditeurs des églises de paris se sont proposé, l'objet de leurs recherches, l'esprit qui les a vivifiées. Us se plaisent à compter sur la sympathie

I>TRODUCTIOîl. XI

de leurs lecteurs C'est là toute Tambition des hommes spéciaux qui ont consacré leur temps et leurs veilles à conquérir la bienveillance publique, en échange des notions qu'ils mettent au jour.

Deux tableaux où nous faisons figurer le double étal des paroisses de Paris, sous l'ancien régime el sous le nouveau, nous semble devoir intéresser la curiosité de nos lecteurs. Le premier nous montre les paroisses de la capitale en 1789. Le second, les églises paroissiales en 184-2.

Quand la révolulion des dernières années du siècle passé éclata, la vil le de Paris divisait ses paroisses en cinq catégories. Néanmoins chacune de ses cures était titulaire. La classificalion était ainsi établie : lo La Cité. 20 1a Ville; 3o l'Universilé ; 4» les Faubourgs ; 5o les lieux exceptés de l'ordinaire. Notre-Dame, la métropole, n'élail point une paroisse proprement dite, quoiqu'elle fut, en sa qualité de cathédrale, l'église-mère et par excellence l'ÉGLlSE DE P.\RIS.

La Cité avait huit paroisses, savoir : La Madeleine, St-Gerniain-le-Vleux, ou plutôt l'Aivieux, St-Pierre-aux-Bœufs, St-Landri, Stc-Croix, St-Pierredes-Arcis, St-Barthélemi, sainte Marine.

La Ville, c'est-à-dire la partie de Paris situé au nord de la Seine , moins les faubourgs, possédait seize paroisses : St-Germaiii-l'Auxerrois, Sl-Eustache, St-Roch, Nolre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, St-Leu, Sle-Opporlune , St-Jacques-desBoucheries et les saints Innocens réunis, Sl-Merri, St-Josse, Sl-Jacques-de-l'Hôpital, St-Nicolas-des-Charaps, St-Sauveur, St-Jean-cn- Orève, St-Gervais, St-Paul , St-Loiiis-en-l'Ile.

XII INIRODLCTION.

L'Univeisilé , ou la partie de Paris au sud de la Seine, moins les lau. bourgs, comptait neuf paroisses : St-Séverin, St-Nicolas-du-Chardonnet , Si-Élienne-du-Monl, Si-Benoît, St-Hilaire, St-Côme, St-Andrè, St-Jean-du- Cardinal-le-Moine, Sl-Viclor.

Aux faubourgs étaient douze paroisses : St-Marcel, St-Médard, St-Hippolyle, St-Jacques-dii-Haul-Pas , Sl-Sulpice, St-Laiirent, Ste-Marguerite . laMadeleine-de-la-Villévêque, Sl-Philippe-du-Roule, St-Pierre-de-ChailloI, St-Louis-des-Invalides , St-Pierre-du-Gros-Caillou.

EnTm, six paroisses n'avaient pour circonscription territoriale que des cloîtres ou enclos et ne dépendaient pas de la juridiction ordinaire des archevêques de Paris. Celaient; St-Jean-Baplisie et Si-Denis réunis, la Sainte-Chapelle, U^ Temple, St-Jean-de-Latran, les Quinze-Vingts, St-Sympliorien, près de l'abbaye St-Germain-des-Prés.

Quand, après la tempête révolutionnaire , la ville de Paris eut été organisée en douze mairies, et que la paix eut été rendue au culte catholique, on ne tint aucun compte de l'ancienne division paroissiale. Douze églises furent érigées en cures titulaires ou paroisses de première classe, nombre égal à celui des arrondissemens municipaux. Un nombre déterminé d'autres églises reçurent le nom de succursales, dont les titulaires amovibles furent nommés desservans. A partir du 1" janvier 1830, six de ces dernières reçurent le titre de cures de 2* classe. L'état présent des paroisses de Paris est organisé comme il suit :

1" Arrondissement. La Madeleine, curede 1" classe. — St-Pierre-de-Chaillol , cure de 2« classe. — St-Lottis-d' Ant in , St-Philippe-du-Roule , succursales.

2' Arrondissement. St-Roch, cure de l'e classe. — yotre-Dame-de-Lorette , succursale.

.1' Arrondissement. St-Eustache, cure de l^e classe.— JVofre-Dame-rfes-Fi'c loires, Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, succursales.

4» Arrondissement. St-Germain-l'Auxerrois , cure ûei^e classe.— Point de succursale.

5" Arrondissement St-Laiirent, cure de fc classe. — Sl-Vincent-de-Pa\tl , succursale.

()" Arrondissement. St-Nicolan-des-Champs , cure de i'o classe — Sl-Leit, cure de 2e classe. — Slc-EliMtbeth, succursale.

7" -Xrrondissement. St-Herri ou pluliH Mérf^n'c , cure de l^e classe. — Nolre-Dame-des-Blancs-'Manteaux. St-Jean, St-Françnis, StDenis-auMaraU, succursales.

s* Arrondissement. Ste-Marguerite. cure de \'^ classe. — St-Anloine-den- Qiiinze-Viiuils . cure de -If classe. — Sl-Ambfoi.<e. surrursale.

INTRonUCTlO.N. Xlll

9- Arrondissement iVofre-Oame, église mélropolitaiiio. aichipiêtré, cure de i™ classe. — St-Germis, cure de 2» classe. — St-Louis-en l'Ile, Sl-Paut- St-Louis, succursales.

lOe Arrondissement. StThomat-d'Aquin. cure de 1''* classe. — Nolre- Dame-de-l' Àbbaye-aux-Boif, les Missions-Etrangère/, Ste-Yalère, sncciirsalcs. — St-Louis-des-Invaiides a le rang de cure titulaire.

lie Arrondissement. St-Sulpice, cure de l'^ classe. — St-Séverin , cure de 2« classe. — St-Gennain-des-Prés , succursale.

12e Arrondissement. St-Etienne-dti-Monl. cure de !« classe. — St-Médard, cure de 2e classe. — St-Sicolas-du-Chardonnet , St-Jaques-du-Haut-Pas , succursales.

Un coup-d'œil jeté sur ces deux tableaux fera comprendre que plusieurs des anciennes paroisses ont complètement disparu , tandis que plusieurs églises conventuelles sont devenues paroissiales et ne remontent qu'à l'année 1802. Dans celle dernière catégorie sont renfermées celles de Sl-Louisd'.\ntin, ancien couvent des Capucins; Nolre-Dame-des- Victoires , primitivement aux Augiislins ; Ste-Elisabelh , au tiers-ordre de St-François ; .VoIreDame-des-Blancs-Manteaux, aux Bénédictins; Sl-Jean-St-François, aux Capucins; St-Denis-au-Marais , aux Filles du St-SacrenienI ; Sl-Anibroise, aus Dames de l'Annonciation; St-Paul-St-Louis, aux Jésuites-, Sl- Tbomas-d'Aquin , aux Dominicains; Notre-Dame-de r.\bbaye-aux-Bois , à l'abbaye des Bénédictins de l'ordre des Citeaux; les Missions-Etrangères, au séminaire de nom; St-Germain-des-Prés, aux Bénédictins.

Beaucoup d'anciennes églises paroissiales ont totalement péri. Quelquesunes ont élé récemment édifiées par l'administration municipale, telles que la Madeleine, Notre-Dame-de-Lorette, Notre-Dame-de-Bonne-Nonvelle, St-Vincent-(le-Paul , non encore terminée, St-Denis-au-Marais. Plusieurs aulres ont élé agrandies, telles que Ste-Elisabeth, on considérablement réparées et embellies.

En terminant ces documens que nous ne croyons pas oiseux dans une introduction au li^Te des églises de paris , nous prierons qu'on nous pardonne une observation. Quand la population de la capitale était de moitié moindre que celle de nos jours, le nombre de ses paroisses était supérieur à celui qui existe en ce moment. En outre, cette ville possédait un grand nombre de communautés et plusieurs chapitres. Ces derniers élablissemens ouvraient, pour la plupart, leurs temples à un peuple nombreux qui s'y pressait. Les secours religieux ont évidemment diminué, tandis que le? besoins se sont accrus. Il est donc permis de désirer

SIV INTRODICTION.

Cl d'espérer que le nombre tles mnniimens sacrés sera mis en liarmonie avec l'exigence des temps pré-sens. N'esl-ce point nn vœu conforme au progrés de la civilisation, s'il est vrai, comme c'est incontestable , que le progrès ne soit possible que par le dogme et la morale de l'Evangile?

l'abbé pascal,

Mentbrc eorrespondanl du comité historique des arts et inonuniens près le niiaislère de l'inslruciiou publique.

Comme l'histoire des peuples^ riiistoire des monumens a ses lacunes: l'une et l'autre se lient d'une manière trop intime pour qu'il en soit autrement. Si nous remonton- jns(|u'au premier feuillet de nos clironii|UCS , nous y trouvons un nom, à demieffacé, que les siècles nous ont religieusement transmis, une date à peine indiquée, cent l'ois mise en question par les savans, cent fois controversée, mais toujours victorieuse : ce nom et cette date sont trop loin de nous pour qu'il nous soit permis de les faire disparaître sans retour.

11 arrive aussi que ces profondes ténèbres, jetées sur un événement (|ue plusieurs siècles nous dérobent, semblent parfois se dissiper pour faire place à une lumière éblouissante. L'amour du merveilleux, dédaigneux des choses connues, ennemi du grand jour, et d'ailleurs trop à l'étroit dans les sentiers battus, s'élance d'un seul bond dans l'abîme béant (pie les tem|)s ont laissé derrière eux, s'y attache, s'y arrête pour édifier, à grands ellbrts d'imagination, mais sous le manteau de l'histoire, quel(|ues récits nouveaux tout aussi surprenans, et non moins vraisemblables que \cfi coules dvs iMiUe et une Nuits, Au fond de tout cela, rarement il y a quehpie chose : c'est un conte , le temps en fait toujours bonne justice. A côté de ces prétendues chroniques, ou plutôt bien au-dessus d'elles, d'autres chroni(|ues, celles que le frottement perpétuel des siècles n'a point effacées, se mon-

trent çà et là à l'historien pour le guider, l'intéresser et captiver son intelligence. Sans doute, ces couleurs sont bien riches et ces merveilles bien grandes pour que l'immense poésie des temps ne les ait pas enfantées ou tout au moins revêtues ; sans doute, les longues veillées d'hiver et les ineffables joies du coin du feu se révêlent tout au long dans ces traditions; sans doute, elles se sont augmentées, enrichies, brillantées, de foyer en foyer, de génération en génération; mais par cela seul qu'elles sont arrivées jusqu'à nous, parées de tous leurs charmes, de toute leur fraîcheur, de tout le pittoresque de leur origine, n'est-il pas raisonnable de penser qu'il y avait en elles un principe de vie, c'est-àdire un rayon de lumière ou de vérité? Par cela seul qu'elles ne sont pas mortes, ne peut-on pas hardiment conclure qu'elles ne doivent jamais mourir?

Ce voile mystérieux, ces traditions incomplètes entourent le berceau de Notre-Dame. On sait que vers 375 ou 380, sous l'épiscopat de Prudent ou Prudence, cette Basilique existait déjà ; quelques auteurs prétendent même qu'en 252 ou 253, se creusaient, à la pointe Est de l'île, par les soins de saint Denis^ les fondemens de cette Cathédrale. Là, s'arrête l'histoire de cette période, là aussi commencent les traditions qui, de miracle en miracle, nous conduisent au règne du success eur de Clovis.

Il est à peu près démontré que ce fut en 555, sous l'épiscopat de saint Germain et par ses conseils, que Childebert I" entreprit de rebâtir l'église cathédrale de Paris. La nouvelle Basilique, élevée sur les débris d'un temple dédié à Jupiter, fut vouée en r/ionneur- de sainte Marie, et dès lors, on ne l'appela plus, comme l'annoncent quelques pièces authentiques, que \! Eglise- Mère de Paris.

Les largesses de Childebert l^'', qui fit en faveur de l'église la cession de plusieurs terres importantes, contribuèrent beaucoup sans doute à la prompte édification de ce monument : car le service divin y fut célébré longtemps avant la mort du fondateur.

'< Il ne parait pas, dit l'abbé Le Beuf, dans son histoire du Diocèse de Paris , (|ue cette église ait subsisté au delà de trois siècles; car les Normands y mirent le feu en 857. » Jusqu'à cette époque malheureuse, la Basilique s'était enrichie des legs nombreux que la piété des fidèles et la magnificence des rois et

des évoques lui avaient à l'envi concédés. Depuis l'invasion jusqu'en 907, c'est-à-dire pendant un demi-siècle, l'église ne présenta plus que des ruines au milieu desquelles^ cependant, leservice divin ne cessa jamais d'être célébré. En cettte année, sous le règne de Cliarles-le-Siniple, Anchérie, évêquede Paris, exposa à ce prince l'état de délabrement de la Cathédrale, et obtint pour les premières réparations les revenus de l'abbaye de Rebais. Plus tard, en H23, Louis YI accorda à Dernier, Doyen de l'Eglise de Paris, une pension de dix livres qui devait être consacrée à la réparation de la toiture de Notre-Dame. Un des articles de cette charte mentionne que les bois, les poutres et autres matériaux seront fournis par l'évêquc lui-même. Ce fut vers cette époque, dit Gérard du Bois , qu'elle prit le titre de Nova Ecclesia, pour la distinguer de celle de Saint-Etienne (longtemps sa rivale), que l'on avait surnommé le Vieux. Enfin l'archidiacre Garlande fit faire à l'église des réparations nombreuses sous lesquelles disparurent les traces de vandalisme que trois siècles n'avaient pu complètement effacer.

« On doit, dit M. Gilbert , à la piété d'Etienne de Garlande la fondation d'une petite chapelle dédiée à saint Aignan et construite vers les années 1110 ou 1120, dans l'enclos de sa maison, située au cloître Notre-Dame, et formant l'angle des rues Chanoinesse et de la Calandre... On y célébrait autrefois J'olTice tous les ans, le 17 novembre; jour de la fêle du patron. Cette chapelle est solidement bâtie en pierres ; les arcs de la voûte sont en plein cintre. On s'aperçoit que le sol a été exhaussé , car les bases des piliers sont enterrées. On a cessé d'y faire l'office depuis 1790. * »

D'autres chapelles nombreuses, et plus anciennes que celle de Saint-Aignan, entouraient la basilique de Notre-Dame; celles de Sainl-Elienne, de Saiut-Jean-Dapliste , surnommée le Rond Ql qui renfermait le baptistère de la ville, de Saint-Denis du Pas, ainsi nommée parce qu'elle était séparée de l'église par un étroit sentier , étaient les plus remarquables. Presque tous ces petits oratoires furent détruits ou abandonnés au moment de la réédification ; quelques-uns , parmi lesquels nous devons citer le Rondel Saint-Denis, traversèrent presque toute notre histoire: le premier fut démoli en 1748 et le second en 1813.

' Description de la basilique de Notre-Dame.

Tel est, en quelques lignes, le récit succinct mais complet des événeniens de ces deux périodes. La première commença cin- (juante ans avant notre monarchie et finit en 555, sous le règne de Cliildebcrt l^" ; la seconde nous conduit jusqu'à Philippe-Auguste. Les documens historiques ne nous en apprennent pas davanlage.

Celle église, dont l'origine remonte aux premiers siècles du christianisme^ et qui fut tant de fois dévastée , brilla sous la troisième race de tout l'éclat d'une haute faveur. Le palais des rois de France, situé à l'Ouest de file, n'était séparé de la Cathédrale que par une très courte distance que les princes franchissaient souvent pour assister, en compagnie du clergé,, au service divin. Sous le règne de Henri l^"", ces cérémonies étaient déjà entourées d'une grande pompe; mais sous celui de Louis Vil, elles prirent un tel caractère de solennité^ que l'église ne se trouva bicntùt plus assez grande pour recevoir la foule qui s'y rendait de toute part. Il est |)robable que cette circonstance dut faire songer sérieusement à la reconstruction totale de l'édifice que l'on entreprit bienlùt après.

Le siège de la monarchie s'élant fixé à Paris, la Cathédrale se trouva donc trop [letite, et l'on s'occupa de sa reconstruction. Quoi(|ue bien moins éloignée de nous que les deux premières, l'époque de cette troisième fondation est encore si pleine d'obscurité, que les plusancic'ns historiens eux-mêmes ont reculé devant une date. Il est certain, cependant, que vers H63, l'évêque Maurice de Sully, homme supérieur à son siècle, etque sa grande intelligence seule avait élevé au siège épiscopal , entreprit la consliuction du majestueux édilîce ([uo nous voyons encore aujourd hui *. Le pape Alexandre 111, réfugié en Franco^ posa la première pierre, et en 118'i, le grand autel l'ut consacré par Henry, légat aposloli(|Uc, le jour de la (piatrième fèto de la Pentecôte, ce (jui |)orte à croire cpie le chœur était déjà terminé.

« En H85, dit M. Gilbert, un an avant la mort de Maurice de Sully, la construction de l'église était assez avancée pour qu'on pût y célébrer l'oUice divin. Héraclius, patriarche de Jérusalem,

■ Alaiincn de Sully fui un de ces écoliers qui dciiianilaienl raumùne i l'ai is, et auxquels 1 espoir d"obleiiir un bénéfice faisait supporler les rigueurs cxlr^nïos de l'élude. Il fui chanoine i Bourges. Le siège épiscopal de Paris devinl vacant; les éleoleurs , partagés d'opinions, remiicnl leur clioii à la décision de Maurice, qui, lui-même se nomma évCque. QalUacliris- /inild, 1. vu, p. 70.

venu à Paris pour y prêcher la croisade, célébra la messe dans celte église, le 17 janvier, en présence de Maurice de Snlly et de son clergé. »

El plus loin :

« Geoffroy, duc de Bretagne, fds de Henri II, roi d'Angleterre, décédé à Paris en 1 186, fut inhumé dans Noire-Dame, devant le grand-autel, ainsi que la reine Elisabeth de Hainaull, épouse de Pliilippe-Augusle, morte en 1189. «

Yers la même époque, le corps de l'archidiacre Philippe, fils de Louis-le-Gros, qui avait refusé l'évêchéde Paris, fut transféré de l'église Saint-Etienne dans Noire-Dame, et déposé derrière le grand-autel. L'église de Saint-Etienne fut abattue en 1218. « On trouva en creusant la terre, dit Le Beuf, les reliques suivantes, données par Philippe-Auguste : trois dents de saint Jean Baptiste, un bras de saint-André, des pierres dont saint Etienne avait été lapidé , et une partie du chef de saint Denis , martyr. »

Ces travaux étaient conçus sur une trop grande échelle pour qu'il fût possible de les mener de front; aussi voyons-nous ([ue chaque partie importante de l'édifice ne fut entreprise (|u'après l'entier achèvement dune autre partie. En 1257, le maitre ma' çon Jean de Chelles commença le portail méridional , et ce ne fut que cinquante ans plus tard, c'est-à-dire vers 1312, que le portail septentrional fut bâti avec les biens confisqués au\ Templiers, dont Philippe-le Bel venait de supprimer l'ordre. Les bascôtés ou courtines, les chapelles du chœur et la charmante porte du cloître, sont les dernières parties qui vinrent compléter l'imposant édifice. Enfin, en 14-47, Charles VII consacra des sommes considérables à rachèvement de Notre-Dame.

Il a donc fallu plus de deux cents ans pour élever 1 église cathédrale de Paris, et (juclques unes de ses merveilles s'étaient déjà assombries sous la puissance du temps , lorsque d'autres merveilles, fraîches et pures, mais vierges de celte harmonie que les siècles seuls donnent aux monumens, naissaient encore à profusion sous le ciseau de l'artiste. Image bien fidèle du chrisliaiiisme, le temple saint traversa comme lui et avec lui des ép0(]ues terribles qui tracèrent sur son front des cicatrices nombreuses et profondes :• invasion de barbares, guerres intérieures, persécutions et pauvreté, ont tour à tour, quelquefois en même temps,

essayé d'ébranler les fondeniens de TEglise. Le fer, lo feu et la misère lui ont livré une triple bataille; et, aujourd'hui, après des siècles d'une lutte incessante, l'Eglise se montre ;i nous majestueuse, riche de ses inestimables trésors de souvenirs, glorieuse de son passé et rayonnante de ses destinées futures.

Autour d'elle s'épanouirent ces fleurs précieuses qui naissent de la Charité pour consoler le pauvre et adoucir ses douleurs : une maison de secours, un asile pour les enfans trouves et un hôpital s'élevèrent sur la place du Parvis.

Le Parvis, qui fut témoin de tant d'événemens, écrits dans notre histoire en caractères ineffaçables, a été successivement agrandi, et l'église s'est lentemeni débarrassée de ces ignobles masures qui s'attachent encore si digracieusement à la plupart de nos anciens édifices.

On sait que c'était sur le Parvis de Notre-Dame que les condamnés à mort faisaient amende honorable avant d'être conduits en place de Grève. Les cardinaux Etienne et Déranger firent élever, devant le portail principal de l'église , le 11 mars 1314, un écliafaud où montèrenî Jacques de Molay , Hugues de Rccalde, Guy et un autre chevalier du Temple, pour entendre la sentence qui les condamnait à une détention perpétuelle. Ce fut aussi sur la ])lace du Parvis (]ue, ([ualre siècles plus tard, Robert-François Damiens, condamné au supplice pour avoir attenté à la vie de Louis XV, lit amende honorable le 28 mars 1757, jour de son exécution.

La cathédrale de Paris n'a jamais été dédiée. Comme dans toutes les églises de France, on y célèbre tous les ans son aniversaire, le deuxième dimanche après la fêle delà Toussaint, selon les prescriptions du concordatde 1802.

Tout a été dit sur l'archilccture de Notre-Dame. Elle offre un résumé fidèle des transformations de l'art au moyen-âge. Cependant, quelques remarquables que soient certaines de ses parties, on est bien foicé de rcconnaitro (jue d'autres basilicjues, delà même époque, jirésenlcnt un ensemble plus parfait, une finesse (le détails plus grande , et peuvent lui disputer la royauté que lui ont accordée quel(|ucs écrivains. Solidement assise sur ses bases, l'église de Notre-Dame a traversé les siècles qui n'ont pu que noircir ses murailles et user ses sculptures. Les élémcns eux-mêmes lui livrèrent souvent de terribles batailles. Le lundi.

4"juillet 1709, le tonnerre entra dans la basilique par la tour septentrionale, effleura le grand-autel, et vint s'abattre dans la chapelle de la vierge , pendant qu'on y célébrait la messe. La foudre, après avoir fait le tour de l'abside, sortit parla porte méridionale et alla frapper la sœur du chefcier ou chevecliier de l'église. Ce fut la seule victime. Mais, comme on le pense, les dégradations causées par les intempéries des saisons sont bien légères à côté de celles dont la main des hommes s'est rendue coupable. 1793, celte époque terrible, qui mutila tout ce que la France possédait de noble et de grand, laissa sur toutes les parties de Notre-Dame des traces ineffaçables. La Galerie des Rois, celle qui se trouve immédiatement au-dessus de l'ordonnance inférieure, renfermait 28 statues, hautes de 14 pieds et représentant les rois de France depuis Childebert l''"' jusqu'à Philippe Auguste. Ces statues, exécutées au commencement du XIIP siècle, ont été impitoyablement brisées en 1793, et les entrecolonnemens sont restés vides depuis cette époque. Dans la même année, l'autorité municipale de Paris ordonna la destruction d'une flèche en aiguille, haute de cent quatre pieds, (jui s'élevait sur la plate-forme octogone. Ce campanille était surmonté d'une croix de fer supportée par une boule de cuivre doré dans laquelle on trouva quelques reliques inconnues.

La longueur de l'église, dans œuvre, est de trois cent quatrevingt-dix pieds; sa plus grande largeur de cent quarantequatre ; et sa hauteur, depuis la dalle jusqu'à la partie la plus élevée de la voûte, de cent quatre pieds. La façade en a cent vingt de développement. Les tours occupent les deux tiers de la façade, elles sont carrées et n'ont pas moins de deux cent quatre pieds d'élévation ; on arrive à leur sommet en gravissant trois cent quatre-vingt-neuf marches. On lisait autrefois sur une plaque de cuivre, scellée dans le mur, à cùlé de la porte d'entrée :

Si lu veux savoir comme est ample De Nolre-Danie le grand lemple, Il y a dans œuvre pour le sur Dix et sept loises de hauteur; Sur la largeur de viugt-qualre Et soixante-cinq sans raballre A de long; aux tours haul montées Trenle-qualre soiil bien complées; Le loul fondé sans pilotis Aussi vray que je te le dis.

Fj'aspect de la façade principale est imposant et sévère. Les trois portiques, déformes irrégulicres, mais enrichis d'une foule de statues et d'ornemens admirablement travaillés , ont aussi beaucoup souffert pendant la révolution. Le portail du Aord est remarquai)Ie par son Zodiaque : au 12^ signe, à la place de Gérés, a clé sculptée la vierge Marie.

Autrefois, il fallait monter treize degrés pour arriver jusqu'à ré"lise. <( Le degré, dit un auteur moderne, c'est le temps qui l'a fait disparaître en élevant d'un progrès irrésistible et lent le niveau du sol de la Cité, mais tout en faisant dévorer une à une, par cette marée monlanle du pavé de Paris, les marches qui ajoutaient à la hauteur majestueuse do l'édifice , le temps a rendu à l'église plus peut-être qu'il ne lui a ôté, car c'est le temps qui a répandu sur la façade cette sombre couleur des siècles, qui fait de la vieillesse des monumens l'âge de leur beauté. »

Les ferrures des portes, exécutées par le serrurier Biscornet, parurent d'un travail si merveilleux, que la crédulité du peuple et son amour pour le surnaturel, s'empressèrent d'y voir la coopération du diable.

« Les quatre portes ferrées des deux côlés du grand portail, dit M. de Monljoye, méritent l'attention des curieux. Les plus habiles dans l'art de la serrurerie croient que le fer a été fondu. On V remarque, dans plusieurs bandes, des têtes ayant des cornes, ce (^ui fait croire à bien des gens que c'est l'ouvrage du démon. Ils disent qu'un garçon serrurier, s'étant présenté pour être reçu mailre, on lui donna, pour son chefd'œuvre, les portes de Notre-Dame à ferrer; un pareil ouvrage étant hors de sa portée, et cherchant le moyen de l'exécuter, le démon se présenta à lui sous la (igured'un homme, et s'offrit à faire son chef-d'œuvre s'il voulait se donner à lui dans un certain temps , ce (pie l'ouvrier ne manqua pas d'accepter. Le lendemain , les ([ualre portes se trouvèrent ferrées, à l'exception des deux du milieu , que le démon ne put (iiire , parce que le Saint-Sacrement passe par là. Le serrurier se trouva dégagé par ce moyen de la promesse qu'il avait li)ile au démon , et fut reçu maître.

). Voilà ce que pensent les personnes crédules : n'est-ce pas une erreur bien grande de croire aussi aveuglément à l'industrie du démon? INc doit-on pas plutôt présumer que le nom de

Biscomet élait celui d'un habile serrurier, qui avait le secret d'employer le fer diirércmment que ses confrères, et que pour conserver à la postérité la mémoire de son nom dans son propre ouvrage, il aura mis dans les ornemens plusieurs tètes d'anireaux ayant des cornes, commearmes parlantes et faisant l'anagrame de son nom? »

Trois galeries, celle des Rois, celle de la Vierge et celle des colonnes, se déploient sur la façade. La galerie de la Vierge, était ornée autrefois d'une grande statue de la Vierge et de deux anges en adoration : la révolution a brisé ces images. Le péristyledela troisième galerie est enrichi de trente-quatre colonnes d'une seule pierre , remarquables par leur hauteur et la ténuité de leur diamètre. Entre la galerie des Rois et celle de la Vierge, se trouve une des trois grandes fenêtres ou roses , formées de vitraux éclatans; ces fenêtres, qui ont été souvent réparées, n'ont pas moins de quarante pieds de diamètre. L'église est éclairée par cent treize vitraux représentant des symboles et des sujets religieux. Ce fut^ disent quelques historiens, Suger^ abbé de Saint- Denis, qui fit présent à la basilique de Notre-Dame de ses plus anciens vitraux.

Une grande quantité d'arcs-boutans partent des bas-côtés de l'église, et viennent s'appuyer sur tous les points de la voûte. Des gargouilles nombreuses et admirablement travaillées, en formes d'animaux fantastiques, surgissent de tout l'édilice. Du côté droit, on pénètre dans l'église par le portail Saint-Marcel; le portail Septentrional s'ouvre sur le côté gauche. Ces deux entrées principales sont surmontées d'une rose pareille à celle de la façade. On remarque encore, à droite et à gauche de l'église, les vestiges d'anciens bas-reliefs représentant la vie de Jésus- Christ et quelques autres sujets de la même époque.

En entrant dans le temple, on se sent pénétré de respect, d'admiration et d'étonnement. La pensée s'élargit, devient chaste et recueillie sous ces voûtes colossales, rendues si légères par leurs fines nervures. La hardiesse des lignes, la richesse des ogives, les teintes mystérieuses que projètent çà et là les vitraux, réveillent l'âme que le tumulte avait endormie, et la plongent dans l'océan sans limites de l'infini. On est à la fois petit et grand,

* Beîcriplion au CKriOJildJ de l'Église de Paris.

\0 LES ÉGLISKS DE PAUIS.

faible et fort, en présence de cette grandeur, de celte force et de celte majesté. Si l'église est muette, ce silence a une voix ([ui vous parle élo(iuemnient, remue jusqu'à vos libres les plus intimes ; si l'orgue se fait entendre, les notes descendent, tanlôt douces et suaves comme des chants de vierges, tantôt violentes et fortes comme les voix de l'orage; tout s'anime à ces séraphiques accens; les lumières vacilent sur les lampes d'argent; les vitraux frémissent; les échos de toutes les chapelles répondent, et la foule s'incline : Dieu se révèle à vous !

Les voûtes ogives sont soutenues par cent vingt piliers de formes différentes, qui datent pour la plupart de la seconde construction. Le chœur, entièrement pavé en marbre, n'a pas moins de cent quinze pieds de long sur trente-cinq de large; au-dessus des bas-cùtés, et tout autour de la nef et du chœur, se déploie une fort belle galerie ornée de cent, huit colonnes d'une seule pierre. L'intérieur de Notre-Dame a la forme d'une croix latine.

On voyait autrefois, à droite en entrant dans l'église, une statue colossale représentant saint Christophe. En face de cette statue on lisait ces mots, gravés sur une colonne que supportait un homme à genoux : « C'est la représentation de noble homme, Messîre Antoine des Essarts Chevalier, jadis sieur de Thierre et de Glatigny au val de Galice, conseiller et chambellan du Roy notre sire Charles PI de ce nom, lequel chevalier fit faire cette grande image et remembrance de monsieur St- Christophe, en Pan 1413. Priez Dieu pour son âme. » La statue de saint Chrislophe, haute de vingl-liuit pieds, futabatlueon 1785.

La première [>ierre du grand-autel fut solennellement posée, en 1G99, par le cardinal de ^oailles, archevè(|ue de Paris, (|ui en fit la l)énédiclion. L'on déposa sous cette pierre une lame de métal qui portait ces mots :

LOYIS-le-Griinil,

lils de Lovis-le-Jiivle i-t petit fils de Henri-

le-Grand :

après avoir dompti' l'tiérésie,

rélal)li la vraie reli;.'ioii dans tout son

riiyniiiiic,

terminé glorieuseiiienl plusieurs grandes

guerres

par terre et par mer,

voulant accomplir le vicu du roi son pèro

et y ajouter des marques de sa piéliS

a fait faire dans l'église cathédrale de Paris, un autel avec ses ornements d'une magnificence au-dessus du l" projet, et l'a dédié au dieu des armées, maître de la paix et de la victoire, soiisrinvocalioii de la sainte Vierge, palrone et protectrice de ses étals, l'an de N. S. I6iit).

A celle même époque, en 1699, le chœur fut recommencé sur les dessins de Hardouin Mansard; il ne fut terminé qu'on 1714, par de Colle. Le sanctuaire est élevé sur sept marches de marbre. Le devant du grand-autel, représentant le Ciirist au tombeau, élait en marbre, en bronze doré et en or moulu, et les côtés en porphyre. Les bas-reliefs (jui décorent l'autel principal, tel que nous le voyons aujourd'bui, sont l'œuvre de M. Deseine. Six anges, de Chavannes, en bronze, supportés par des socles de marbre blanc, complètent, avec les magniri(|ues boiseries sculptées des stalles, et quelques tableaux de Philippe-de-Champagne, Louis-de-Bouiogne, Lafosse, Jouvenet et Halle, la décoration du chœur.

Parmi les richesses monumentales et artistiques qui se dressaient en foule dans le chœur, les chapelles et les bas-côlésde l'église, nous ne devons pas oïdjlier la statue de Louis XIII par Coustoux , celle de Louis XIV par Coysevox, une magnifique descente de croix par Coustoux l'aîné ; le caveau de marbre blanc, placé au bas du sanctuaire, qui renfermait les entrailles de Louis XIII et de Louis XIV ; les chaires sculptées, un magnifique candélabre d'argent du poids de 320 marcs, donné en 1639 par Anne d'Autriche, femme de Louis XIV ; la statue en albâtre de la Vierge par Raggi ; les tombeaux de Philippe-de-France, archidiacre de Paris, fils de Louis-le-Gros ; de Geoffroy, duc de Bretagne, fils de Henry II, roi d'Angleterre; de la reine Isabelle, première femme de Philippe II; de Philippe-de-France, comte de Boulogne, fils de Louis Mil; de Louis de-France, duc de Guyenne, fils de Cliarles VI ; do Denis du ÏNIoidin, évéque de Paris; de Juvcnal des Ursins; de Henry Claude, comte d'Harcourt , etc. j etc.

Le temps et 93 ne nous ont conservé que quelques-unes de ces pages.

Extérieurement^ les bas-côtés du chœur étaient entourés de bas-reliefs représentant les scènes de la vie de Jésus-Christ, sculptés par Jean Ravy et maître le Bouteiller. Ces sculptures remontent au milieu du xiv<= siècle; on en voit encore quelques parties dans un état de conservation remarquable.

A gauche, dans l'église, à côté de l'escalier de la tour, se trouve une pierre sculptée d'environ huit pieds de haut sur quatre de large, représentant le jugement dernier; sur le premier plan, on aperçoit un^cadavre rongé de vers, sous lequel on lit :

« Preoccapaverunt me dolores mortis ; torrentes iniquitatis conturh avérant me; nam siim vermis, et non homo. Induta est caro mea putredine et sordihus pulveris ; cutis mea aruit et contracta est : Dcus, Deus meus^ respice in me et miserere mei, quia tibi peccaui et malum coram te fec'i. »

Cette terrible image est la première qui se présente en entrant dans ÎNotre-Dame par la tour septentrionale.

L'église cathédrale renfermait des reliques nombreuses et d'une authenticité incontestable. Les principales étaient : le chef de saint Philippe, apôtre, donné à Notre-Dame, en 1.406, par Jean duc de Berry ; le chef de saint Dcnys; un doigt de saint Jean- Baptiste; une partie considérable de la vraie croix, envoyée de Jérusalem à Paris dans lexii" siècle ; la châsse de la sainte Vierge, celles de saint Corne, Damien, etc., etc.

Les malheureuses et trop fréquentes réparations que l'église Notre-Dame a subies, la démolition de ses plus anciennes chapelles, (elle en comptait autrefois quarante-cinq et n'en a plus cjue trente-une aujourd'hui), le badigeonnage des voûtes et des piliers, des mutilations sans nombre, ont porté de rudes alleinles à la beauté du monument, et lui ont laissé des traces à jamais ineffaçahles.

Il faut monter, avons-nous dit, 389 marches pour arriver au sommet des tours. De la terrasse supérieure, la vue s'étend sur tout Paris, et embrasse un des plus merveilleux spectacles du monde. La charpente des voûtes^ appelée la /orcV, est entièrement construite en bois de chêne; sa hardiesse et sa solidité font encore l'admiration de tous les hommes de l'art.

Le bourdon ^ la plus grosse cloche de France, se trouve dans la tour méridionale, cette énorme cloche fut refondue en 1G85, et baptisée en présence de Louis XIV et de la reine, sous les nom

NOTRE-DAME. Id

ùe Emmanuel- Louise-Tlierèze. Jusqu'à celle époque, elle avail

conservé le nom ùq Jacqueline. Quand on la sonne, sa grande voix

traverse lous les bruits de Paris , et se répand en sons lugubres

dans les campagnes environnantes. Cette cloche est la seule qui

soit échappée à la fonderie révolutionnaire. On la démonta en

479/1 dans la crainte qu'on ne s'en servît pour donner l'alarme,

et ce ne fut que huit ans après, à l'occasion du concordat,, qu'on la

remit en place. Son poids est de 31 milliers et celui du ballant

de 976 livres. Elle avait pour sœur et pour voisine, Marie, le

deuxième bourdon, qui pesait 25 mille livres. Cette cloche, dont

la première fonte remontait à 1472, fut brisée en 1792.

On lisait sur le mouton ùi Emmanuel-Louise-Thérèze :

Laudo Deum verum, plebem voco; congrego cleriim, Defunctos ploro ; pestcm fugo, fcsiadccoro.

La tour septentrionale renfermait huit cloches, toutes ont été détruites en 1792 ; en voici les noms : Gabriel, fondue en 1641, pesait 10,500 livres; Guillaume, refondue en 1790, pesait 7,002 livres; Pasquiei; refondue en 1765, pesait 5,400 livres; Henriette-Thibault, refondueen 1764, pesait 4, 185livres; Jean, refondueen 1769, pesait 3,127 livres; Claude, refondue en 1714, pesait 2,000 livres; Nicolas , refondue en 1714, pesait 1,510 livres; Françoise, fondue en 1769, pesait 1,200 livres. Toutes ces cloches portaient les noms de leurs donateurs.

Ce fut dans la basilique de iS'olre-Dame que se célébrèrent jusqu'à la révolution toutes les grandes solennités nationales*. Après leurs victoires, les rois de France venaient au pied de son grand-autel pour adresser à Dieu leurs actions de grâce; ils y venaient aussi chercher des espérances cl du courage avant le combat. Les tribunes, tendues des étendards pris à l'ennemi, se remplissaient alors de tout ce que la France comptait d'illustrations. L'église était trop petite pour recevoir la foule, qui encombrait la place du Parvis et circulait à grand'peine dans les rues environnantes. Chaque jour amena pendant longtemps une nouvelle victoire et une nouvelle solennité.

Le 22 décembre 1627^ tiuarante-quatre drapeaux enlevés aux Anglais dans file de Fié furent déposés à Aotre-Dame.

En 1693, un Te Deum fut chanté dans Notre-Dame à roccasion

' On sait que ce fut dans l'église JN'olre-Dame que, le 2 décembre 1804, Napoléon, rcvêlu du manteau impérial, fui oint parle pape Pie VII.

de la victoire de Marseille, remportée par le Tnaréchalde Luxembourg. La nef et une grande partie de la voûte étaient tendues des drapeaux prisa Fleurus, à Stenckerke et à Norwinde. « Place, place, >' dit Conii en écartant la foule qui se pressait devant le maréchal, « laissezpasser le tapissier de Notre-Dame! n

Ces cérémonies ne se célébrèrent pas toujours au milieu du silence et du recueillement. On rapporte que le jour de Pâques de l'année 1728, une troupe de larrons prolita de celte solennité pour tenter un hardi coup de main et dévaliser les assistans. L'office touchait à sa fin, et la foule serrée dans l'église répondait pieusement aux dernières prières des prêtres : tout-à-coup, des cris déchirans, qui se firent entendre de divers points, répandirent la plus grande confusion et remplirent tous les cœurs <W{- {roi. La voûte s'écroule ! la voiile s'écroule !.. D'où partaient ces cris? personne ne songea à se le demander. Les portes cédèrent sous le flot mouvant qui se ruait contre elles; l'office fut suspendu ; des vieillards, des femmes, et des enfans furent étoulfés et horriblement mutilés sous les pieds de trois mille personnes. Pendant le tumulte, les voleurs, qui avaient donné la fausse alarme, firent une abondante moisson d'argent, de bijoux et d'objets précieux : la peur élait trop grande pour qu'on pût les apercevoir. On ne connut que le lendemain les véritables causes de cet événement.

En parlant de (juclques-unes des anciennes cérémonies qui se célébraient à Notre-Dame, M. de Monjoye s'exprime ainsi dans sa Description des curiosités de l'église de Paris :

« Lorsque le roi et la reine viennent à Notre-Dame, on sonne la veille les deux bourdons , Emmanuel et Marie, depuis cinq heures jusqu'à cinq heures et demie ; le matin on bourdonne à sept heures. Lorscpie le roi et la reine sont près d'arriver, on sonne toutes les cloches do l'église. Tout le chapitre, précédé de ses suisses, huissiers, du Spé, portant la grande croix, se rend en chappes à la grande porte de l'église, suivi de M. l'archevêque en habits pontificaux. Le roi et la reine étant entrés dans l'église, M. rarchevè(|ue leur présente de l'eau bénite et ensuite les encense, puis le roi et la reine s'élant mis à genoux sur des carreaux qui leur sont présentés par les deux chanoines intcndans de la fabrique, M. l'archevèciue leur donne la vraie croix à baiser, après quoi tout le chapitre précède le roi cl la reine que M. l'ar-

NOTBE-DAME. 15

chevêque accompagne et conduit dans le chœur sous un dais qui leur est prépare". Le roi et la reine, après avoir entendu la messe, viennent faire leur prière à la chapelle de la sainte Yierge, et le chapitreavecM. l'archevêque les accompagnent jusqu'à la grande porte de l'église, au son des orgues et do toutes les cloches. Ce our-là l'église est gardée par les cent-suisses du roi et le chœur par les gardes-du-corps.

» On fait à Noire-Dame, tous les trois ans, la bénédiction des drapeaux des gardes-françaises et des gardes-suisses , des étendards et guidons des mousquetaires et des gendarmes.

» La veille de la bénédiction, on bourdonne à cinq heures du soir, Emmanuel et Marie; le jour, à sept heures du malin, à l'arrivée et à la sortie de la troupe. Toute la troupe étant arrivée, l'état-major va chercher M. l'archevêque pour le conduire à la sacristie où il prend ses habits pontificaux. M. l'archevêque étant arrivé au bas de l'autel et s'étanl assis sur un fauteuil, bénit les drapeaux et les étendards et ensuite monte dans son trône, pendant qu'on chante le Siib tuum, etc. Domine sahiun, etc. , après quoi il donne la bénédiction, et l'état-major le reconduit dans la sacristie pour quitter ses habits pontificaux, et ensuite dans son palais archiépiscopal , le tout au son des tambours et instrumens *. ><

Parmi les personnages distingués par leur naissance, leur piété, leurs bienfaits envers l'église et leur érudition, qui ont illustré le clergé de Paris, nous devons nommer : .\dam de Petit-Pont, d'.ibord chanoine de cette église, en 1145, ensuite évoque de Saint-Asapli, en Angleterre; Hugues de Champfleury , d'abord chanoine, puis évê(|uc de Soissons, et enfin chancelier do France, sous le régne de Loiiis-le-Jeune ; Pierre , chantre de l'église de Paris, un des plus célèbres éru Jits du xii" siècle, auteur de plusieurs ouvrages de théologie, mort en 1199; Pierrede Poitiers, chancelier de l'église, un des plus grands scholastiques de son temps; Pierre de Corbeil , (|ui devint évèque de Cambrai et archevêque de Sens; Pierrc-le-Mangeur, chancelier de l'église de Paris, auteur d'une histoire scholasliquc; Pierre Lescot, abbé de Cluny cl chanoine de Notre-Dame, mort en 1578, et une foule d'autres ecclésiastiques dont les verlus, les lumières et les bienl'ails ont honoré les premières places de l'église et de l'étal.

* Description des curiosilis de l'Èrjlise de Paris. I70J.

Nous n'avons eu que trop souvent déjà l'occasion de le dire, la révolution n'épargna pas l'antique basilique de Paris. Comme sur toutes les églises de France, la tourmente laissa surNotre-Dame les déplorables traces de son passage. La cathédrale resta longtemps fermée et son sanctuaire fut profané. Cette fatale époque est trop connue, elle est encore trop près de nous pour que nous puissions en parler davantage. Si le monument tout entier ne s'est pas écroulé sous les leviers froids et aveugles des démolisseurs, c'est parce qu'il eut fallu des années entières pour renverser ses bases solidement assises : le pays avait besoin de tous les bras et de toutes les volontés.

La restauration fil disparaître, autant qu'elle le put, les dégradations que l'église avait souffertes. En 1822, on vota une somme annuelle de cinquante mille francs qui devait être continuée jusqu'à l'entier achèvement des travaux. Les réparations les plus ur"enles furent entreprises; mais la Galerie des Rois est encore veuve de ses statues, et le monument ollre de toute part des stigmates que vingt ans de paix n'ont pu faire disparaître, et qui ne s'effaceront sans doute jamais.

Contre la partie méridionale de l'église , s'élevait l'ancien archevêché; ce monument, construit en 1409, a été en partie détruit pendant les journées des 4 4 et 15 février 1831. Dans son aveuglement et sa fièvre coupable, le peuple ne songeait pas sans doute qu'une heureuse pensée germerait bientôt de cet acte de vandalisme. Les ruines de l'archevêché sont enlevées depuis (juelques années, à leur place, des allées demaronniers ont été plantées, et aujourd'hui, grâce à ces travaux, la vue peut embrasser l'ensemble de la Basili(pie sans être blessée par les constructions misérables qui étouffent presque toutes nos anciennes églises.

l'abbé MOREAU,

Premier Vicaire A Aolre-Damo.

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