S.-GERMAIN-L'AUXERROIS
L'origine de celle Église, comme celle de Saint-Germain-des- Prés, remonte au milieu du sixième siècle, c'est-à-dire au règne de Cliikleberl 1", fils de Clovis. Ce prince, sur l'invitation de saint Germain , évèque de Paris, fonda la première pour que les objets précieux qu'il avait apportés d'Espagne , et qui consistaient en vin fragment de la vraie croix, une étole ou tunique du martyr saint-Vincenl, et quelques autres reliques de divers saints , y fussent religieusement conservés. En même temps, et pour satisfaire au vœu de sa femme, la reine Ultrogollie, il ordonna la construction d'une seconde Basilique sur la rive droite de la Seine, sous le vocable du même saint Vincent et de saint Germain, évêquc d'Auxerre. Les actes de la dernière de ces fondations ne nous sont point parvenus^ il est vrai, mais elle estallestce par une tradition constante, par tous nos anciens historiens, en un mot, par une foule de documcns qu'il serait trop long d'énumérer, et qui tous font coïncider cette fondation avec celle de la précédente. Nous savons, enoutrC;, avec certitude, qu'on mit environ trente ans à bâtir l'Église, et qu'elle fut terminée en 581, du temps de Chilpéric *. Cependant, Félibien conteste la dédicace sous le nom de saint Germain; il croit qu'elle n'eut lieu que sous celui de saint Vincent. Sauvai, lui^
' Catlia christiana nova, t. vill, p. iii.
ne se prononce ni pour l'un ni pour l'autre des deux patrons, et, à l'égard de l'époque de fondation, il dit qu'elle est incertaine. Toussaint Duplessis et l'abbé Le Beuf rejettent la litularilé de saint Vincent, et admettent celle de Saint-Gcrniain-l'Auxerrois. Jaillot, Saint-Victor;, et Dulaure veulent que l'Église ait été uniquement érigée à Sainl-Germain-des-Prés par Chilpéric et non par Cliildebert, attendu, disenl-ils, qu'elle a porté la désignation de Sainl-Germain-le-Rond jusqu'au neuvième siècle, sans que jamais on y associât celui de Saint-Vincent. Us invoquent, à l'appui de leur opinion, 1" : le testament de saint Bertrand , évèque du Mans, en date de l'an 600, le XXir" du règne de Clotaire, fils de Chilpéric, par lequel il lègue une terre qu'il possédait dans le territoire d'Étampes, à la basilique nouvelle (Basilica nova), érigée par ce dernier, à la condition que le corps de saint Germain y serait transféré; 2'^ : le poème latin d'Abbon, relatif au siège de Paris par les Normands en l'an 886; plus, deux bulles, l'une du pape Benoit VII, et l'autre d'Alexandre III, où enelfet on lit tanlùl S. Germanuin teretem ou rotundum*, tantôt ahhalia ou monaslerhiin S. Gennani roliindi ** .
Telle est la base fragile sur laquelle les critiques dénommés ont assis leurs argumcns spécieux. Et d'abord, saint Bertrand ne devait pas ignorer que saint Germain, mort en l'an 576, avait été inhumé dans la chapelle de Saint-Symphorien, presque conligue à la basilique neuve de Sainte-Croix et do Saint-Vincent; comment donc aurait-il pu concevoir l'étrange pensée do vouloir que le corps du saint évoque de Paris fût transféré à celle de la rive opposée de la Seine? Quant au nom de Chilpéric, consigné dans l'acte de donation, le P. Dubois a fort bien prouvé qu'il y a eu erreur sur laeopie de cet acte, où il laut lire celui deChildeberl *** , puisqu'au moyen de cette rectificalion , toutes les obscurités sont éclaircies, toutes les contradictions conciliées. La dilTiculté (|ue l'on fait résulter de la désignation de Saint-Germain-le-Iîond est facile à lever. Elle s'explique par la forme circulaire qu'affectait soit l'Église ou même l'ancien clocher, soit le vaste cloître qui l'environnait. Il s'en suit que celle désignation ne saurait nullement iinpli(pier l'exclusion de la titularité
■ Abbon. De />t7/i.s l'arhiacir, lib. I, v. 17.' ; — lib. II, v. ôr..
■■ Tcxle des bulles citées.
••■ llist.eccl. l'arhieiisis, t. i, p. la».
sai.\t-gebmaivl'auxerrois. 19
patronale de Sainl-Gcrmain-d'Auxerre. En ce qui concerne l'omission du nom de Saint-Vincent dans les litres dont les critiques se prévalent, elle est en quelque sorte naturelle, il faut bien en convenir. Car, d'une part, on connaissait peu alors en France ce saint martyr espagnol, tandis que de l'autre, saint Germain avait acquis, même de son vivant, une immense popularité. De là l'usage de ne mentionner l'Église^, placée sous leur vocable commun, que par la dénomination moins compliquée de Saint- Germain-le-Rond , notoirement désignative de Saint-Germainl'Auxerrois. L'objection tirée du défaut de reliques de ce dernier saint a, en apparence, plus de valeur, sans être plus solide, et en voici la raison : c'est que le cas échéant du manque de reliques, comme dans celui-ci, on pouvait ériger des autels aux saints, qu'on voulait honorer, sur les lieux où quelque acte remarquable de leur vie s'était accompli. Le cinquième concile de Carthage (canon xivj, tenu l'an 401, a formellement légitimé, en la régularisant, cette coutume de l'Église primitive. Celui de Francfort (canon xlii), de l'an 794, en a de même reconnu et confirmé le principe. Or, l'abbé Le Beuf, tout en rejetant la titularité de Saint-Vincent, fournit du moins une preuve très plausible en faveur de celle de Saint-Germain. Il croit que peu de temps après la mort du grand prélat d'Auxerre, survenue en l'an 448, une chapelle (ut bàlie non loin de l'emplacement où se trouve l'Église actuelle, en mémoire de quel(|ue miracle opéré par lui de ce cùtc de la Seine, qu'il traversait pour aller de la Cité visiter sainte Geneviève à IN'anterre, lors de ses voyages danslaGrande-Bretagne, où il eut la gloire d'extirper l'hérésie de Pelage *. Jaillot, dont le témoignage n'est pas suspect, incline indirectement vers cette opinion. « Jesais, dit-il, que la sainteté de l'évèque d'Auxerre et les miracles sans nombre opérés à sa prière, sont constatés par les historiens les plus dignes de foi, et qu'au rapport d'Hèric, on avait planté des croix ou des mémoriaux, ou bâti des oratoires dans les ditl'ér'jns endroits où le passage de saint Germain avait été signalé par ses prédications ou par quelcpie miracle**.» On peut d'autant moins contester ces faits, qu'il en a existé des exemples en Angleterre, où le Saint n'avait que passagèrement séjourné. Lue chapelle mémoriale lui
• Disserlal., t. II, p. 12 à 14.
" Recherches historiques sur la ville de Paris, t. iv, p. 29.
fut érigée en un lieu où il prêcha plusieurs fois, près de Vérulam, à vinq-cinq kilomètres de Londres. Sa réputation de sainteté y eut tant de relenlissement, que beaucoup d'églises où il avait défendu avec éclat les divines vérités que l'hérésie cherchait à altérer, l'adoptèrent pour patron titulaire : celle, entre autres, de la célèbre abbaye de Selby, dans le comté d'Yorck. Aussi, la prétendue réforme d'Henri VIII n'a-t-elle point entièrement effacé le souvenir du missionnaire français. Un vaste champ dans le comté de Flint est encore appelé en dialecte gallois maes Garjnon, et dans la province de Cornouailles, on trouve un bourg nommé en anglaiSiS'wi Germans.^i\¥t3incG, il n'y avait presque pas de diocèses, avant la révolution de 89, où il n'existât d'église SOUS son invocation; et de nos jours, cent trente-deux villages ou petites villes portent son nom. Il est par conséquent plus que probable que l'ancien oratoire élevé à saint Germaind'Auxerre, au milieu d'une localité qu'il avait illustrée par quelque fait miraculeux, a été remplacé par l'église qui reconnaît Ultrogothe et Childebert pour fondateurs. La plupart des anciennes églises, non seulement de Paris, mais de la chrétienté, ont une origine semblable ou analogue.
Nous concédons qu'au neuvième siècle seulement, on a commencé à désigner l'église Saint-Gcrmain-l'Auxerrois sous cette dénomination. Ce changement dont Malingre, Dubreul, Félibien et Piganiol-de-Laforce avouent ignorer la cause, en avait une pourtant, car il n'a pas été arbitrairement imposé; c'est qu'on s'aperçut que la désignation antérieure pouvait Hiire ou faisait confondre cotte église avec celle de Saint-Germain de Paris dite des Prés, dont le nom avait aussi absorbé celui de saint Vincent, depuis l'an 754, époque à laquelle le cercueil du premier y fut transféré de la chapelle voisine de Saint-Symphorien. Ledi|>lôme de CliarIcs-lc-Chauve, de l'an 870, que Jaillot cite"*" pour s'en faire une arme contre la tradition, loin de lui être contraire, la corrobore et résout péremptoirement la question en sa faveur. Il porte que dès les temps anciens, le titulaire de l'église de Saint-Germain a été appelé du surnom d'Auxerrois : Quod à priscis tempnribus yiutossiodorensis dlcilur **. Laissons donc
nech. hisl. sur la ville de Paris, l. IV, p. 32. ■* Baluze, Cai)ilul. des roi! de France, t. Il, col. 1491.
saint-germain-l'auxebrois. 21
les adversaires de celle tradition se retrancher, en désespoir de cause, derrière l'iiypolhèse qucle texte, qui renverse leur système de critique, a été ultérieurement introduit dans le diplôme, qu'il n'était pas possible de passer sous silence, et dont ils ne dénient pas autrement l'authenticité.
L'origine de l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois n'est pas le seul point sur lequel les opinions se soient divisées; la controverse s'est étendue à la question de savoir si ce noble et illustre temple , ainsi que Sauvai le qualifie * , était ou n'était pas annexé à une abbaye ou monastère. Ceux qui se sont prononcés pour latrirmative, outre les deux bulles plus haut cilées, en allèguent plusieurs autres d'une date postérieure, qui font mention de l'abbaye de Sa'mt-Germain-le-Rond ou Saint-Germainl'Auxerrois, comme dépendant de l'évéché de Paris, et qui paraissent considérer ces deux expressions comme parfaitement synonymiques. Us joignent à ces imposantes autorités celle d'Helgaud^ moine de Fleury-sur-Loire qui, dans sa biographie du roi Roberl-le-Pieux, fils de Hugues Capet, dit en propres termes que ce prince, dont il était contemporain, fit rebâtir le monastère de Saint-Germain-d'Auxerre ; et Sauvai affirme avoir eu et lu trois chartes et divers antres titres du cartidaire de T archevêché qui font foi, dit-il, que c était une abbaye jusquen 11G5 **. Ceux qui le nient opposent qu'au moycn-àge, des cathédrales, même des paroisses riaient qualifiées de monastère, et qu'en consé(|uence, l'argument (|ui s'appuie sur le texte de bulles et de chartes de l'époque, ne renferme pas le sens absolu qu'on lui prête. Cela est juste, mais cela ne rend point raison du motif pour lequel ces mois avaient alors une plus large acception que de nos jours. On ne peut néanmoins se dissimuler que si l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois avait appartenu à des moines, proprement dits, elle aurait eu une place moins équivoque dans l'histoire des ordres monasticpies, car on ne la trouve classée dans aucun ; on ne sait rien des abbés qui l'auraient gouvernée, ni de toutes autres circonstances inhérentes au régime conventuel. Ce manque de renseignemens positifs a daulant plus lieu de surprendre^ qu'il y avait des monastères au Mans, à Laon et à Metz, dont saint Vincent était le
* BM. des Aiiliq. de la ville de Paris, l. I, p. 20a. " Lemême, ibid.p.301.
22 LES ÉGLISES DE l'ARIS.
titulaire, et l'abbaye de Saint-Gerraain-d'Auxerre, à Auxerre même, est célèbre dans les annales bénédiclines. Essayons de découvrir la vérité, au milieu des nuages dont, à ce point de vue spécial, elle est enveloppée.
Dans la primitive église, les clercs ou prêtres qui desservaient les cathédrales étaient aussi appelés chanoines, du mot grec ■/.y.-jwj, règle, ce qui fit transporter le nom de canon aux décisions des conciles par ce double motif qu'elles servent de règle, en matière de croyance et en matière de discipline ecclésiastique. On en fit l'application à ces clercs, parce que leurs noms étaient inscrits dans un catalogue régulateur ; et en second lieu, parce que habitant dans les cloîtres de ces mêmes cathédrales, ils y vivaient en commun, sous l'observance d'une règle qui se rapprochait à certains égards de celles des moines : de là la distinction qui eut lieu au onzième siècle des chanoines réguliers et des chanoines séculiers; en d'autres termes, de ceux (|ui continuèrent la vie commune et de ceux qui la quittèrent; les premiers conservèrent à leurs maisons la dénomination de monasteria ou de cœnobia ; les corps de chanoines séculiers s'appelèrent chapitres, et les églises, cathédrales ou collégiales*, selon qu'ils appartenaient à une église épiscopale ou à une paroisse. De là le latin canonicus, les vieux mots français de kano'me et de nwuslier ou moutier donné aux cathédrales dans le moyen-âge.
Une remarque est à faire ici, rclalivcment aux chanoines des cathédrales. Ces chanoines, dès la primitive église, composaient \c presbjteriuni ou clergé, dont il est parlé dans la première épitre de saint Paul à Timolhée, et dont chaque évêque était environné; ils étaient son conseil et il ne prenait aucune décision sans l'avis préalable de ce conseil ; il y a mieux, c'est que l'obligation d'en user ainsi fut expressément ordonnée par le quatrième concile de Carlhage, tenu en l'an 397, auquel assistèrent deux cent quatorze évêques, parmi lesquels on trouve le grand saint Augustin. De nos jours encore, et bien que la plupart des prérogatives canoniales aient disparu, le chapitre calhédral, par ses vicaires capilulaires, gouverne le diocèse pendant la vacance du siège.
Les règles données par saint Augustin aux clercs de l'église
•Du iMolinet, Oriijine dei chanoines r^'t/uliers, p. T.'
saint-germain-l'auxerrois. 23
(l'Hippone, onl fait considérer ce grand prélat comme le premier fondateur des chanoines réguliers. Saint Paulin, en lui écrivant pour lui recommander deux de ses amis qui se rendaient en Afrique, le prie de saluer les saints a^'ec lesquels il est uni * ; et, dans sa correspondance avec saint Sévère Sulpice, il appelle sa maison de Nola une communauté de moines **. Les chanoines des églises collégiales vivaient de même en cénobites, et avaient leur doyen pour supérieur immédiat; les uns et les autres exerçaient les fonctions du saint ministère, avec charge d'ames : voilà les chanoines réguliers. Il est à croire que la condition sociale des peuples, (|ui se modifiait par la civilisation, œuvre du christianisme, développa des obstacles matériels et fit naître même des besoins spirituels qu'il fallait satisfaire, et qui, en certains diocèses, en certaines localités, ne permirent point aux chanoines de s'astreindre à la vie claustrale : de là les chanoines séculiers. JNous en avons un exemple dans saint Chrodegand qui, après avoir pris possession de son évèché de Metz, en 743, exigea que ses clercs vinssent habiter le cloître de sa cathédrale, pour y vivre en commun. Ces chanoines réguliers ne doivent pas être confondus avec ceux de l'ordre purement monastique de Prémonlré, institué en 1120, par saint Moibert , dont la règle avait été calquée sur celle de saint Benoit. Le concile de Meaux, convoqué par Cliarles-le-Chauve, en 845, prescrivit également la vie cénobiale aux chanoines^, dans leur maison (canon xxix), où il ne pouvait exister qu'un dortoir et un réfectoire; or, il résulte de l'ensemble des notions, souvent contradictoires, qu'on trouve éparses dans une foule d'auteurs anciens et modernes, que l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois était desservie et administrée par un collège ou chapitre de chanoines réguliers, qui relevait de l'ordinaire diocésain.
Un de ces auteurs, dignitaire et chanoine de l'église métropolitaine de Notre-Dame, dont la compétence en pareille matière ne saurait être sérieusement contestée, s'exprime dans les termes suivans sur la question, objet du débat entre les critiques: « Il est constant que les anciens évesqucs de Paris cl les chanoines de leur église vivoient eu commun, ainsi qu'il estoit usité quasi partout en ces temps-là. Tout leur bien temporel estoit donc en
• Epll. VI.
■■ Fpli. V et wtli.
24 l-ES ÉGLISES PE PARIS.
communauté, dont on voit encore les chartes dans les pastoraux de l'église de Paris, où les évesques appellent perpétuellement les chanoines leurs frères. Les chanoines jouissoient aussi de plusieurs droits spirituels conjointement avec leurs évesques,
comme es autres églises cathédrales La séparation de cette
communauté de biens semble avoir esté (aile par Elysiard, évesque de Paris, qui abandonna partie des biens de son église au chapitre, en l'an 973, sous le roy Lolhaire, par une charte du pape Benoit "VI , qui se trouve au petit pastoral de ladite église *. »
Maintenant, si nous rapprochons ces paroles positives de celles de Sauvai, qui déclare avoir compulsé les pièces dont parle Joly, nous n'en conclurons pas qu'il y eut une abbaye de moines à Sainl-Germain-l'Auxerrois, mais nous reconnaîtrons que l'existence d'un chapitre de chanoines réguliers, établi à cette église, justifie suffisamment l'appellation d'abbatia el de monasterium que lui donnent extensionnellement les bulles pontificales et les anciennes chartes.
Les églises de Paris éprouvèrent en général les funestes effets des pUleries, saccagemens et bruslemens que les Normands exercilcrent en nostre terre française, ainsi que s'expriment les vieux chroni(|ueurs; mais celles de Sainte-Geneviève, de Sainl- Germain-des Prés et de Saint-Germain-l'Auxerrois , furent les plus maltraitées. Les Normands se monirèrent pour la première fois sur les côtes de France en l'an 800, et aux embouchures de la Seine en 820. A dater de là jusqu'en 890, Paris devient le théâtre des cruels et cupides exploits do ces peuples, dont les mœurs barbares n'avaient pas encore été adoucies par les enseignemcns civilisateurs do l'Évangile. L'espèce d'anarchie dans laciuelle les dcscondans do Charlemagnc laissèrent tomber leur gouvernement, autant par faiblesse (pie par incapacité, explique la fréquence do leurs irru|)lions sur la capitale même. Peu s'en fallut (ju'ilsne s'en rendissent entièrement maîtres, dans celle qui eut lieu sous Charles-le-Gros. Ils y abordèrent avec une armée de trente ou quarante mille hommes**, commandés par quatre de leurs rois ou généraux, et sept cents grandes barques, sans compter un nombre immense de bateaux. Tout cet armement
■ Jolj, lliiloirc des lùcules vpiscuixilcs, \i. 'iOfi cl S09. ■• Abbon, De bellis Varisiaca: urbis, lib. I, v. II».
sai.nt-germain-l'alxerrois. 23
couvrait plus de deux lieues de la rivière au-dessus de la ville, entourée d'une forte muraille, composée 1° del'ile Notre-Dame, dont le terrain, appartenant au chapitre de celte cathédrale, était séparé de l'île aux faciles *, par un canal que l'on combla au commencement du dix-septième siècle, époque à laquelle elle prit le nomde Saint-Louis, de l'église qui fut bâtie sur lesol mèmede la dernièrede ces îles**; 2o del'ile de la Cité ; 3° des quartiers Saint-André-des-Arts, Saint-Jacques, place Maubert, mais beaucoup moins étendus qu'aujourd'hui; 4o de (]uelques faubourgs peu considérables et de groupes d'habitations éparsessur les terres comprises ensuite dans l'enceinte nouvelle où Philippe- Auguste renferma Paris au douzième siècle. Us en ouvrirent le siège au mois de novembre de l'an 885, et ne le levèrent que dans le même mois de l'année 880. Ils établirent un camp de retranchement dans le faubourg Saint-Germain-l'Auxerrois , ils entourèrent le cloître de l'église d'un fossé dont une rue a depuis conservé le nom, et firent de ce point le centre de leurs opérations, contre les tours qui défendaient l'approche des deux ponts eabois, par lesquels on communiquait à la ville. Les parisiens, dans cette lutte aussi longue qu'acharnée, se signalèrent par des prodiges de valeur. La conduite de révé(|ue Goslin ou Gauzelin et du comte de Paris, Eudes, fils de Piobert-le-Fort, bisaïeul de Hugues- Capel, fut admirable : l'un exhortait, encourageait, priait Dieu, invoquait les saints patrons delà ville sur la brèche et au milieu des périls; l'autre, présent partout, observait, dirigeait, combattait avec intrépidité; aussi, les huit assauts successifs que tentèrent les Normands furent-ils victorieusement repoussés, quoique protégés par le jeu simultané d'énormes machines (béliers), marchant de front sur seize roues et portant chacune deux cents hommes, en même temps (ju'elles lançaient des grêles de pierres et de carreaux.
Mais les barbares^ en se retirant, laissèrent les églises, celle de Saint-Germain-l'Auxerrois, surtout, dans un état de ruine presque complet. Deux siècles environ s'étaient écoulés, lorsque sa reconstruction (ut ordonnée par le prince (pii composa moult beaux dictez et proses en latin, qui se chantent en toute la dires-
' Félibien, Hist. (le Paris, t. I, p. 'J3.
•• Dom Duplessis, Kouv. ann. de Paris, p. 134.
Hente, qui aima et honora gens clercs et lettrez*, par Vélèvo du célèbre Gerbert, devenu pape sous le nom de Sylvestre II, par Robert-le-Pieux enfin ** ; et comme ce roi savait fort bien que le titulaire de Saint-Germain-le-Rond n'était autre que Sainl- Germain-d'Auxerre, ileut soin de ne faire admettre, dorénavant, que cette dernière dénomination dans les actes publics de son règne, ayant trait à son œuvre de réédification. C'est là la cause de l'erreur dans laquelle sont tombés ceux qui en reculent l'emploi jusqu'au onzième et même au douzième siècle : nous avons vu plus haut ce qu'il faut en penser. Par un hasard quasi miraculeux , le tombeau de saint Landri, qui avait été inhumé dans cette église en 654, et, selon quelques anliciuaires, en 657 ou 660, fut retrouvé intact sous un amas de décombres. L'évêque Maurice de Sully, on 1171, fit mettre les reliques du saint dans une châsse de bois doré, et l'un de ses successeurs, Pierre d'Orgemontj les transféra dans une autre d'argent, en 1408. Certes, il méritait bien ces honneurs, le digne prélat parisien qui, dans la famine de 651 , vendit tout ce qu'il possédait, jusqu'à ses meubles, pour en consacrer le produit au soulagement des pau. vres de son diocèse^, et fonda pour eux l'hùpital qui prit le nom d'Hôtel-Dieu.
On croit que c'est Robert qui fit placer au-dessus du grand portail l'inscription gravée en lettres d'or sur un marbre noir, qu'on y voit encore, et (pii porte : C'est Childebert, 2""^ roi chrétien et Ultrogothe sa femme, qui fondèrent cette église. Les statues sculptées à chacun des côtés du portail, sont celles de ces deux personnages, d'un ange, de sainte Geneviève, de saint Marcel et de saint Vincent ***. Refait au treiziènie siècle, règne de Phili|)pe-le-Bel, il était partagé par un gros pilier qu'on enleva en 1700, pour rendre l'entrée plus commode. On enterra, sous la première arcade de la nef de droite, la statue de saint Germain, cpii était drossée contre le pilier, et ce, conformément à une ancienne coutume, (pii veut que les images des saints ([u'on Ole des églises, soient mises en terre sainte'***. Puis, au temps
■ Bcllcrores!, Aim. et Chroii. de France, in-f", p. 10.-, v".
■■ Il est auteur da <iiioliiues proses cl répoiH qui ont été .idmis dans la liturgie de nos églises; iiitre autres de la prose sur le Saint-Esprit, qui commence par ces mots : Saiicli spirilus wl ait nobis (jraiia ; autre sur la nativité de noire Seigneur : hahia Uicmia'.cm; sur les raarljrs : O COnilaïKiii martijrum Imidabilis, etc.
"■ Sauvai, t. I, p. 30Ï.
*■" Le mime, ibid.
saim-germain-l'auxerro!S. 27
de Charles VII, au commencenienl du quinzième siècle, on rebâtit une partie de l'édifice qui^ dans son état actuel, se compose par conséquent de constructions de trois époques difiérenles. Il paraît qu'ayant pris le litre d'église royale vers le milieu de ce dernier siècle, on le lui confirma lorsque le Louvre devint le palais de nos rois, en -1564, et que Catherine doMédicis vint l'habiter. On lit dans les historiens qu'un vicaire, exerçant les fonctions curiales, y était attaché sous l'épiscopat d'Eudes de Sully, mort en 1208, et on en infère logiquement, que c'est vers ce temps qu'elle fut érigée en cure séculière; mais ce n'est qu'en 4744 qu'eut lieu la réunion de son chapitre à celui de la cathédrale. Jusque-là, les offices paroissiaux s'étaient célébrés dans une chapelle particulière appelée chapelle de la pai'oisse. Aussitôt après cette réunion, c'est-à-dire en 1745, les marguilliers, pour rendre l'église plus propre encore à sa destination spéciale désormais, y firent opérer des travaux considérables. Le chœur, auparavant fermé à la hauteur des arcades des bas-côtés, et n'ayant qu'une porte principale, plus deux latérales, fut entièrement ouvert tel qu'on le voit aujourd'hui. Des colonnes lourdes et de mauvais goût remplacèrent les pilliers gothiques; le jubé, Tun des plus beaux de France, après ceux de la Madeleine de T roye, et de St-Étienne de Brou, disparut à son tour. La perte de ce jubé, œuvre du célèbre Pierre Lescot, est d'autant plus regrettable, que c'était le seul qui restât des églises de Paris^ avec celui do St-Etienne-du-Mont.
Après celle de la cathédrale, l'école de Saint-Germain-l'Auxerrois passait pour la plus ancienne cpi'ait eue la capitale. Elle était très florissante sous le régne de Charlemagne, et quand bien même l'histoire n'aurait pas constaté sa célébrité;, elle nous serait révélée par un fait remarquable : C'est que le nom d'école est resté à une section de son territoire capilulaire, qui comprenait alors presque tout le côté occidental de la ville jusqu'au grand Chàlelel. D'autre part, ses chanoines jouissaient de plusieurs importantes prérogatives, parmi lesquelles le droit de nommer à tous les bénéfices, fondés sur toute l'étendue de ce même territoire. L'évè(]ue Imbcrt ou Ilumbert ajouta à leurs immunités; il leur attribua, en 1030, la disposition des prébendes canoniales de Sainte-Opportune, quoicpie celle-ci eut également un chapitre et fut par conséquent église collégiale. Galon, en
4108, et Maurice de Sully, en '1192, confirnièrenl la décision de leur prédécesseur.
Les revenus du chapitre étaient loin , cependant, de suffire à ses charges, vers la fin du quinzième siècle, à ce point qu'il se trouva dans l'impuissance de faire entièrement face aux frais de nourriture et d'entretien des enfans de chœur; il n'aurait pas même pu payer les émoinmens des maîtres de l'école deplainchant, si l'évèque Louis de Beaumont n'y avait pourvu par de nouvelles concessions, au moyen desquelles le nombre des élèves de cette école fut augmenté. Mais la chiite du pont aux meuniers, aujourd'hui pont Notre-Dame, où les chanoines possédaient un moulin, ayant causé un déficit, relativement considérable dans leurs ressources, Henri de Gondy les autorisa, en 1003, à unir à la mense capilulaire la première chapellenie qui viendrait à vaquer, par décès ou par résignation du titulaire. Le roi confirma cet acte du prélat, qui reçut aussi la ratification approbative de la cour du parlement.
On a vu plus haut que les Normands ayant établi leur quartier-général dans le cloitre de Saint-Germain-l'Auxcrrois, en avaient fait une forteresse. Cinq siècles plus tard , ce même cloitre devint un lieu non moins redoutable. Le fameux Etienne Marcel, prévôt des marchands et chef de la faction si connue dans notre histoire sous le nom de la Jacquerie, y occupait une maison, située entre la rue de l'Arbre-Sec et le quai de l'Ecole. Celait chez lui que ses principaux adhérons tenaient leurs assemblées secrètes; c'était là que l'on fomentait, que l'on dirigeait tous les mouvemens insurrectionnels qui ensanglantèrent le pays à cette époque désastreuse. Marcel, esprit médiocre, mais audacieux et dévoré d'ambition, est parmi nous le type des flatteursdes peuples, plus dangereux encore que les flatteurs des rois; aussi ne se cachait-il pas derrière le rideau , il avait le courage du crime ; car il assassina lui-même Robert, maréchal de Normandie et Jean de Conllans, maréchal de Champagne, en présence et dans la chambre du Dauphin, régent du royaume pendant la captivité du roi Jean en Angleterre. C'est là (ju'ayant été prié, en 1350, d'user de son influence et de son aulorilc pour faire cesser l'opposition (|ue trouvait partout le cours de la nouvelle monnaie qui venait d'être frappée, il repondit insolemment aux députés du prince qu'il n'en ferait rien, «lue telle était sa
SAINT-GERMMX-l/ALXERROrS. 29
volonté: il excita même , à cette occasion une émeute violente qu'on eut de la peine à réprimer. Ce flambeau de la sédiliun, sous le masque alors nouveau des intérêts populaires, était si peu français, dit Sauvai, qu'il se fit l'agent de Charles de Navarre, surnommé le Mauvais^ quoiqu'il///^ le plus capital ennemi de la France ; puis celui des Anglais auxquels il voulait livrer Paris.
C'est à celte église qu'ont été baptisés, en 1.316^ Jean 1", fds posthume de Louis-le-Hulin, lequel, n'ayant vécu que huit jours, n'a pas été compté au rang do nos rois *. — En 1389, Isabelle de France, fillede Charles VI. — En 1573, Marie de France, fille de Charles IX. — Parmi les personnages illustres qui y ont été inhumés, nous trouvons le président Fauchet, auteur d'unlivre estimé sur les antiquités gauloises cl françaises, et Malshcrbe, le premier qui ait revêtu notre langue poétique des formes propres à son véritable génie.
Que si l'on veut faire apprécier l'importance de Saint-Gerniain-l'Auxerrois, en tant que paroisse, il suffit de rappeler que son clergé, vers la fin du règne de Louis XIV, était composé d'un curé, d'un chanoine prébende de l'ordre de Saint-Victor, de quatorze chanoines, y compris le doyen et le chantre, de deux vicaires principaux, de douze chapelains, et de cinquante prêtres habitués.
On ignore, au reste^ quelle a pu être la forme de l'église bâtie par Childebert, puisque la désignation de Saint-Germain le-Rond pouvait provenir, comme on l'a dit, de la forme du cloître ou de celle du clocher. On sait toutefois que les anciennes églises des Gaules alTectaient différentes figures : il y en avait de rondes, de quadrilatères; d'autres en croix, qui étaient lambrissées ou voûtées, mais presque toujours avec galeries latérales ou triple nef, et avec façade généralement tournée à l'Orient **. On sait très bien, que quelle que fût la forme extérieure des églises, elles accusaient toutes un symbolisme mystique qu'il est impossible de méconnaître, et que la basilique payenne ne pouvait pas avoir. La grande nef, disposée en croix comme souvenir de celle de Jésus-Christ , les bras de cette crois prolongés jusqu'aux murs latéraux qui entouraient l'édifice lorsqu'il
■ HénauU, Abrégé chrouol.de l'Histoire de France, p. IS7 de l'édition in-^". *■ Grégoire de Tours, nisl. Franc, liv. Il, cli;4p. 14 el 18.
y avait double bas-cùlés ou nefs latérales. Ainsi , qu'elles eussent une nef seule ou trois, la forme cruciale était constamment observée^ de même qu'elles avaient, dans tous les cas, une triple porte d'entrée, dont la signification trinitaire est de toute évidence. Nous allons en fournir une preuve, que nous n'avons vu citée nulle part, car nous l'avons découverte dans les écrits de saint Paulin, évêque de Noia ; il parle des deux églises qu'il fit bâtir, dont l'une sous l'invocation de saint Félix, son patron: « L'autel est placé au milieu de trois voûtes ; les deux plus petites sont latéralement jointes à la grande, et ces voûtes représentent l'ineflable mystère de la Trinité : Pleno coruscat tiinitas mjsterio *; la seconde, sous le nom des apôtres et martyrs Pierre et Paul , n'est séparée de la première que par une galerie soutenue de trois arcades au moyen de laquelle on communique de l'une à l'autre, et elles aboutissent de deux côtés, à trois différentes portes, dont le sens mystérieux est expliqué par l'inscription suivante: ces trois grandes entrées en arc du temple saint, marquent le nombre sacré des personnes divines :
Aima domus triplici patet ingredieniibus arca Testaturque piani j'anua trina /idem **. »
Or, saint Paulin florissaitdans la dernière moitié du quatrième siècle; et pourtant, il faut remonter plus baul encore pour découvrir la pensée-mère du symbolisme chrétien, car il est né dans les cryptes de Rome, où les premiers fidèles se réfugiaient en lemps de persécutions, ou bien s'y réunissaient en secret pour y célébrer les saints mystères. C'est en ellet dans les catacombes de la ville éternelle, tmetous les arts du christianisme se retrouvent dans leur berceau, rempli de la poussière des martyrs ^ c'est là qu'existent aussi une foule de petits temples, modèles primitifs des églises clirctiermes'**'*.
Lors(|ue, vers le milieu ilu moyen-âge, l'arcliilccture dite gothique ou ogivale vint modifier le style lombard, ([ui lui-même avait son principe dans le style bysantin , ce symbolisme reçut un plus grand développement. Le transept inclina un peu à gauche, en
■ Epllre XXXII, p. »Ofi de l'édil. laline in-li de ir.lj.
" La môme, p. 208.
••■ Rooul-RochcUe, Tableau des catacombes de nome, p. IC el 43,
SAINT-GERMAIN-LALXERROIS. 31
signe de l'inclinaison de la tête de Notre-Seigneur de ce côté, avant d'oxpircr; l'arc aigu si multiplié, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, les colon nettes isolées ou en groupes adhérant aux piliers^ les lignes pyramidales, les flèches aériennes plus ou moins nombreuses placées sur les toitures, les clochers conicjues ou qiiadrangulaires, terminés en aiguille, tout cela représente visiblement le sacrifice, les vœux, les prières, qui montent, qui s'élancent vers le ciel. Il n'y a pasjusqu'à cette multitude d'animaux, de satyres, de nains, de figures bizarres qu'on trouve sculptées autour des portes de la plupart des cathédrales, et y font contraste avec les statues d'anges et de saints, qui n'aient une signification symbolique. C est l'opposition des bons et des mauvais esprits^ c'est l'antagonisme qui existe entre le bien et le mal, la vertu et le vice ou le péché : « Voilà pourquoi , dit un savant archéologue, les sujets grotesques paraissent à côté de sujets nobles, les figures féroces ou monstrueuses à côté de figures pacifiques, et le profane à côté du sacré *. » A l'église de Saint- Germain-l'Auxerrrois , toutes ces idées profondément chrétiennes ne sont pas exprimées d'une manière aussi complète qu'à Kotre-Dame, par exemple, parce que, lors des divers remanieniens qu'elle a subis, on a négligé d'assortir les reconstructions partielles au caractère d'unité primitive qu'elle avait quand elle fut entièrement rebâtie par le roi Robert. Cependant, il est aisé de les y reconnaître encoreen partie, car cet édifice, sous le rapport de l'art comme sous celui des souvenirs qui s'y rattachent, n'en est pas moins un des plus intéressans et des plus majestueux de Paris. Nous venons de parler de souvenirs : ce mot en réveille en nous de bien tristes et de bien douloureux ; les journées des 14 et IS février 1831 seront à jamais mémorables par les actes de vandalisme et de stupide fureur auxquels se livra le peuple égaré par des passions que l'on n'a que trop suscitées en lui. Les iconoclastes orientaux du viii« siècle brisaient les images vénérées des temples catholitpics, mais ils ne s'altacpiaient ni aux autres objets du culte, ni aux tombeaux, ni surtout aux édifices eux-mêmes. Toutes ces profanations , toutes ces impiétés ont été commises au sein de la capitale d'un pays qui passe pour porter le sceptre de l'intelligence et de la civilisation ! les cheveux se
* Guignaul, doIcs el addilioos à l'ouvrage de Crcuzer sur les Hcli'jloiis de l'Aiiliquiie, 1. Ii p. SIS.
dressent, en songeant que mùme le signe glorieux de la régénération, à la fois spirituelle el lerreslrede l"humaniié,qui couronnait le faite de la sainte basilique, ne trouva point grâce et fut abattu, foulé aux pieds par des chrétiens, des catholiques! et si le magnifique portail du xiii'^ siècle qui en décore la façade échappa aux mutilations, aux outrages de ces insensés , il le doit, suivant M. Ernest Breton , au porche du vestibule qui lui sert d'avant-corps. Les niches vides de ce même porche viennent de recevoir les statues en pierre, exécutées dans un bon style par M. Després, des saints Vincent, Germain, Denis, Cloud, Marcel, Ceran, Aglibert et Landri; des saintes Geneviève, C!otilde, Radegonde, Isabelle de France et de Jeanne de Valois : celles de saint Charlemagneet de saint Louis ont repris leur place dans les deux niches supérieures de la façade. Bientôt tous les désastres seront réparés. Les grands travaux intérieurs sont très avancés, ainsi que ceux qu'on pratique aux vingt-une chapelles qui occupent les deux nefs latérales et le chevet. Les peintures des vitraux sont remarquables par la pureté du dessin, par la beauté des couleurs moyen-àge qui ont été employées. A l'extérieur^ les vieilles masures qui encombraient les approches du monument auquel elles étaient adossées, ont disparu. M. Goddc a mis le sceau à la réputation de savant architecte dont il jouit parThabilelé avec laquelle il a dirigé l'œuvre de sa restauration arlisli(|ue. Il s'est |>arliculièrcment attaché à lui restituer le caraclère d'unité architccloni(|ue ([u'il ne possède pas, comme nous l'avons dit, dans toute sa |ilénilu(le. Pour atteindre à ce but rien n'a été négligé, car il y a fait concourir les plus petits objets^ en les raccordant avec harmonie d'abord entre eux, puis avec le style général de l'édifice. La dépense faite, sans compter celle qui reste a faire, dépasse le chiilre de 400^000 francs : les fonds en ont été réalisés par la fabrique , la ville et le gouvernement. Ajoutons peut-être indiscrètement que M. Demerson, curé de la paroisse dont le dévouement égale les lumières, a voulu y contribuer desespro|)res deniers pour une forte somme. Nous devrons à celte réunion d'elfoils et de sacrifices de voir renaître , j)our ainsi dire de ses cendres, l'anticiue église de Childebert et de Robert-lePieux, plus digne ([ue jamais de ses saints patrons: Germain d'Auxerrc et Vincent.